John Atkinson Hobson, connu sous le nom de J.A. Hobson, ( – ) est un essayiste et économiste britannique.

Il est particulièrement connu pour la critique de l'impérialisme britannique qu'il développa dans son livre Imperialism. A Study (1902), ouvrage qui inspira directement Lénine dans la rédaction, au cours du printemps 1916, de son essai L'Impérialisme, stade suprême du capitalismeLénine, L'impérialisme stade suprême du capitalisme , Éditions sociales, Paris, 1979. Hobson participa par ailleurs à l'éclosion du social-libéralisme et critiqua, au prix de sa carrière universitaire, la loi de Say, critique reprise ultérieurement par Keynes. De cet échec naquit une réflexion sur l'orthodoxie ne se limitant pas à l'économie ou à la religion mais également à la politique et, se référant à un rationalisme et à une libre-pensée entendus dans un sens large. Sa critique économique porta également sur la théorie néoclassique de la rémunération des facteurs de production.

Biographie Premières années Né à Derby d'un père qui avait été maire libéral de la ville, J. A. Hobson fit des études classiques au Lincoln College d'Oxford. Il enseigna en lycée (Public school) avant de devenir journaliste et maître de conférence à l'University extension à Londres en 1887. De sa rencontre avec l'alpiniste A.F Mummery, naquit un livre, The Physiology of Industry, où les deux auteurs critiquent la loi de Say. Cela valut à Hobson l'interdiction d'enseigner l'économie en universitéJohn Atkinson Hobson, 1902, Imperialism, Unwin Hyman, 1988. Introduction de J.Townshend, ..

Il épouse le Florence Edgar Hobson, Américaine originaire du New Jersey, poète, écrivaine et suffragiste, le couple a deux enfants.

L'homme de clubs En 1893, il fonda le Rainbow Circle, un cercle dont le nom s'inspire du lieu où il se réunit pour la première fois : The Rainbow Tavern à Fleet Street. Formé de libéraux, de socialistes, de fabiens, de marxistes ainsi que d'impérialistes et d'anti-impérialistes. on trouve parmi ses membres les plus assidus des personnages voués à un brillant avenir, comme Herbert Samuel, Ramsay MacDonald ou Sydney OlivierHobson, 1938, . Le Rainbow Circle fit partie des promoteurs des réformes sociales de 1906-1914.

Par ailleurs, Hobson fut membre de la South Place ethical society tout comme un de ses amis, Graham Wallas, dans la mesure où le Hobson, 1938, . Il s'éleva par ailleurs contre la tendance Hobson 1938, .

Hobson et l'écriture De 1896 à 1898, il participa à la Progressive Review, dont le secrétaire était Ramsay MacDonald. Cette revue se fixait pour objectif la promotion d'un libéralisme rénovéHobson 1938, ou New Liberalism, notion qui connut par la suite un développement important en Angleterre. Pour Hobson, Hobson, 1938, . . Pour les rédacteurs l'incarnation de ce type d'État était l'Allemagne de Bismarck qu'ils voyaient comme une incarnation de la pensée de MachiavelHobson, 1938, . Par ailleurs, cette revue était sensible au fait que le progrès n'était pas seulement politico-économique mais également culturelHobson , 1938, . Néanmoins, la revue ne connut pas un grand succès public et sa parution cessa assez vite.

En 1899, Hobson fut envoyé en Afrique du Sud par Leonard Trelawny Hobhouse pour couvrir la guerre des Boers pour le Manchester Guardian. Il en revint très anti-impérialiste, prêt à écrire son ouvrage le plus connu Imperialism. A Study en 1902.

À la demande toujours de Leonard Trelawny Hobhouse, il devint, en 1905, éditorialiste à la Tribune. La collaboration cessa cependant assez vite car le travail de journaliste dans un quotidien ne lui convenait pas. Plus heureuse fut sa participation à l'hebdomadaire Nation qui publia de 1906 à 1920 nombre de ses articlesHobson, 1938, . Selon lui, les éditeurs (H.W.Massigham, Richard Cross) de cette revue . En 1922, John Maynard Keynes racheta par la suite la revue et lui donna un ton moins Oxford et plus Cambridge.

Hobson et la Première Guerre mondiale La Première Guerre mondiale lui montre qu'il s'était trompé en pensant que les hommes civilisés étaient à 80 % rationnels. Il estime maintenant qu'il faut diviser par deux ce pourcentageHobson, 1938, . En , il est proche d'un petit Neutrality Group, qui compte Graham Wallas, Gilbert Murray Lowes Dickinson, Lord CourtneyHobson, 1938, . Il tentera, mais trop tard, d'obtenir le soutien de James Bryce. Puis, il fera partie de lUnion of Democratic Control (for Foreign Policy) dont les membres les plus notables étaient notamment, E.D Morel, Ramsay MacDonald, A.Ponsomby, Charles Trevelyan, Norman AngellHobhouse, . Plus tard, il écrira : Hobson, 1938, .

Il sera membre du Bryce Group, regroupant notamment Lowes Dickinson, et ses amis Graham Wallas et Leonard Hobhouse, qui élaborera le premier jet de ce qui deviendra la Société des NationsHobson, 1938, . Très vite, il estimera que ce projet ne prenait pas assez en compte les inégalités économiques des pays et le problème d'accès aux matières premières. Pour mieux exposer ses vues sur la question, il publie en 1915 Towards International Government. Dans son autobiographie, il note remarquant au passage qu'il a fallu dix-huit ans d'existence de la Société des Nations pour que cette nécessité soit reconnueHobson, 1938,

Dernières années Après la Première Guerre mondiale, il constate que le paysage économique et politique a été profondément transformé. Les gouvernements se sentent obligés d'intervenir dans l'économie pour protéger les producteurs et les consommateurs de conséquences dont ils ne sont pas responsablesHobson, 1928, . Sur le plan politique, le parti libéral qui durant la période victorienne a été le plus proche à la fois des capitalistes et des classes les plus défavorisées se voit supplanter chez les premiers par le parti Conservateur et chez les seconds par le parti travailliste laissant le champ libre aux conflits de classeHobson 1938, . Lui-même rejoint le parti travailliste. Toutefois dans son livre Confessions of an Economics Heretic, il écrit : Hobson, 1938, .

Insommiaque, souffrant de névralgies, il meurt en . De son vivant, il a exercé une influence certaine non tant sur le cours des événements que sur le plan de la pensée. Il laisse une œuvre considérable en volumeJohn Atkinson Hobson, 1902, Imperialism, Unwin Hyman, 1988. Introduction de J.Townshend, dont Imperialism demeure l'élément le plus connu.

Orthodoxie, rationalisme et libre pensée chez Hobson Dans son autobiographie Confessions of an Economic Heretic, il souhaite susciter la méfiance envers les rationalistes et les libre-penseurs. Il se penche également sur ce qu'est l'orthodoxie en économie.

Selon lui, l'orthodoxie est l'acceptation de théories et d'opinions qui font autorité. Se plaçant sur le plan mental, il estime que c'est Hobson, 1938,

Pour Hobson, une des clés principales du succès de l'orthodoxie est qu'elle est soutenue par un mélange d'émotion et de croyances magiquesHobson, 1938, . Ce mélange ne se retrouve pas que dans la religion mais aussi dans les croyances politiques et économiques. Pour lui, le rationalisme et la libre-pensée consistent justement en une méfiance envers ce mélange d'émotion et de croyances magiques. Aussi, il pense que le fait que rationalisme et libre-pensée aient été tellement annexés par les opposants à la religion en ont affaibli la portée en se focalisant trop sur le domaine religieux au détriment d'autres champs comme le politique ou l'économique .

Hobson et la crise du libéralisme anglais au tournant - À la fin du le libéralisme anglais connait une double crise : sa doctrine est perçue par certains comme dépassée ou du moins comme devant être profondément revue pour l'adapter aux temps modernes; son expression politique, le parti libéral qui est, alors, un des deux grands partis anglais avec les Tories, est profondément divisé notamment sur la question de l'impérialisme. Cette double crise à la fois stimule et traverse l'œuvre d'Hobson.

Contestation du laissez-faire et sous-consommation Pour Hobson, comme pour d'autres libéraux progressifs, le laissez-faire du milieu de l'ère victorienne est devenu un dogme qui empêche les libéraux de répondre à la demande croissante de réformes sociales. Sur le plan économique, Hobson, qui est favorable aux réformes, va contester la loi de Say qui veut que l'offre crée sa propre demande, idée qui constitue pour ainsi dire la clé de voûte de la thèse de l'autorégulation des marchés. John Maynard Keynes considérera plus tard le livre où Hobson et A.F. Mummery défendent cette idée comme ouvrant une nouvelle époque de la pensée économiqueJohn Atkinson Hobson, 1902, Imperialism, Unwin Hyman, 1988. Introduction de J.Townshend, ..

Ce premier livre de Hobson, pose également la thèse de la sous-consommation, une idée qui veut que d'un côté, il y ait une production potentielle et de l'autre des personnes qui ne peuvent pas consommer. Dans sa critique, il a été précédé par John Ruskin qui a dans Unto This Last écrit Prum, .

Pour Hobson, la sous-consommation vient d'une mauvaise répartition des revenus entre des capitalistes qui bénéficient de sur-revenus (surplus income) qui conduisent à un excès d'épargne ou d'investissementPrum, (il ne distingue pas entre les deux ce que lui reprochera John Maynard Keynes)Prum, . Pour remédier à cet état, il préconise d'un côté l'instauration d'un impôt sur les revenus ainsi qu'un alourdissement des droits de succession et de l'autre, une hausse des salairesPrum, .

Le livre The Physiologie of Industry lui vaut d'être exclu de l'univers académique (il était alors maître de conférences à la London University Extension) à la suite d'un avis négatif du Professeur FoxwellPrum, . Plus tard, cette exclusion le conduira à intituler son autobiographie Confessions of an Economic Heretic] (1938). Au-delà de son cas, il voit à la fin du une opposition sur la thèse de la sous-consommation. S'il a souffert de cette exclusion, s'il fut pour certains selon l'expression de G. D. H. Cole par contre cette situation contribua aussi à sa notoriété

La crise à l'intérieur du parti libéral anglais Le parti libéral anglais lui paraît arrivé en fin de cycle après 1895. Il est doublement divisé. D'un côté entre les libéraux impérialistes qui suivent Lord Rosebery et les libéraux anti-impérialistse qui se placent dans la continuité de Gladstone, d'un autre et les lignes de fracture ne se recoupent pas, entre partisans du laissez faire et partisans de réformes sociales. Cette opposition est encore avivée par la guerre des Boers : les impérialistes étant clairement favorables au conflit, les autres, notamment David Lloyd George, s'y opposant tout aussi fermementJohn Atkinson Hobson, 1902, Imperialism, Unwin Hyman, 1988. Introduction de J.Townshend, . Hobson se range résolument dans les rangs des seconds et inspiré par la guerre des Boers, écrit son ouvrage le plus connu Imperialism.

Concernant le second point de fracture, Hobson est en faveur de réformes sociales. À travers le Rainbow circle, il tente de . S'il ne réussit pas à sauver le parti libéral du moins eut-il une certaine influence sur les réformes sociales entreprises par les libéraux de 1906 à 1914 et contribua-t-il, avec d'autres, à commencer à poser les bases du New Liberalism ou Social-libéralisme, courants d'idées très marqués également par son anti-impérialisme.

Critique de l'impérialisme