vignette|Centre d'appel indien. La délocalisation, en anglais offshoring, est le transfert, par une entreprise d'activités, de capitaux et d'emplois dans des régions du monde offrant pour elle un avantage compétitif du fait : soit de coûts plus bas (main-d'œuvre peu coûteuse, meilleur accès aux ressources naturelles, fiscalité moins élevée, réglementations sociale et environnementale moins exigeantes) ; soit d'un pôle de compétence technologique, ou du moins de personnel plus qualifié ; soit d'infrastructures mieux adaptées ou d'un environnement plus attrayant.
La délocalisation, et son contraire la relocalisation, sont les deux possibilités de choix de localisation des activités productives de biens et de services. Facteur fondamental de l'aménagement du territoire, elles sont le domaine d'étude de la géographie économique. Pour les entreprises, ce choix se fait en fonction de l'attractivité des territoires. Pour les gouvernements, le choix de localisation se fait en fonction d'autres critères souvent opposés comme les recettes fiscales et sociales, le plein emploi, la synergie économique et technique, la répartition démographique, l'utilisation des infrastructures et des équipements existants L'ancrage territorial des entreprises permet de renforcer la sédentarité de celles-ci.
Définition de la délocalisation
Définition La délocalisation consiste à l'abandon d’une activité de production nationale, le transfert de cette activité vers une unité de production à l’étranger et l'importation de la partie de la production réalisée à l’étranger destinée au marché national ou local.
Selon Philippe Villemus, auteur de Délocalisations, aurons-nous encore des emplois demain ? (Seuil, 2005), « la délocalisation est la séparation entre les lieux de production et de consommation. Autrement dit, les produits sont fabriqués dans un lieu différent de celui où ils sont consommés »Philippe Villemus, Délocalisations, aurons-nous encore des emplois demain ?, Seuil, 2005..
Concernant cette épineuse question de définition, Brahim Labari, sociologue marocain ayant consacré sa thèse de doctorat de sociologie à cette questionL'Économie contre la culture ? Les délocalisations industrielles françaises au Maroc. Études monographiques dans deux villes, thèse de sociologie, université Paris Ouest, 2004, 556 p., écrit : « La complexité d’une telle définition tient à la multiplicité des formes voisines, comme les investissements directs étrangers (IDE) ou la prise de participation dans une entreprise locale. Elle tient aussi à l’importance de la délocalisation selon le secteur d’activité concerné. La différence existe entre une filiale d’une grande entreprise de fabrication des ordinateurs et une unité des costumes ou des jouets. L’impact est inégal que ce soit en termes d’emplois perdus ici et gagnés là, ou en ce qui concerne la capacité de l’entreprise à faire face à la concurrence. Il est d’usage de commencer par l’étymologie car elle donne déjà une indication sur le terme et ce de quoi il est composé et ce à quoi il renvoie.
Étymologiquement, il s’agit de changer un « local » pour un autre considéré comme étant plus rentable. Le suffixe « local » permet d’inclure aussi bien les transferts d’une ville ou d’une région à une autre à l’intérieur d’un même pays, que d’un pays à un autre, voire d’un continent à un autre. Dans sa conception la plus stricte, le terme « délocalisation » signifie la fermeture d’une usine sur le plan national et son transfert à l’étranger suivi de la réimportation de la production. Jean Arthuis avance la définition suivante : « Les délocalisations industrielles consistent à séparer les lieux de production ou de transformation de marchandises des lieux de consommation » (Arthuis, 1993). Si cette définition suffit à différencier les délocalisations des multinationales, elle paraît trop schématique pour être validée. D’autres définitions sont proposées et ont en commun d’insister davantage sur les lieux de provenance. Il s’agit, entre autres, du sens que retiennent les économistes, les statisticiens et les hommes politiques (Tapia, 1995, ). Mais il faut convenir que les délocalisations ne sont nouvelles que dans la forme. Quelques exemples qui vont dans le sens de cette affirmation. « Quand voyagent les usines » ouvrage capital dans lequel Alain Wisner (1985), ergonome français, a décrit comment les transferts de technologie s’accompagnent du transfert de la culture de ses concepteurs : « La technologie est une grande culture et non une science. Pour faire du transfert, il faut un émetteur et un récepteur, et si le récepteur ne peut pas avoir le même langage, la même compréhension que vous, il n’y aura pas de transfert ». Ce faisant, cet auteur élabore le paradigme de l’anthropotechnologie pour comprendre le bien-fondé de ces transferts. Il insiste à juste titre sur les formes sociales d’appropriation des objets techniques à travers une triade de comportements (par exemple rejet, acceptation, adaptation). Ces transferts sont inhérents au système capitaliste et obéissent aux stratégies expansionnistes des entreprises. Ce qui est nouveau c’est l’environnement qui favorise leur expansion et légitime leur bien-fondé et dont les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) ne sont que le dernier avatar. On peut également faire valoir la théorie des « avantages comparatifs » chère à David Ricardo, économiste anglais, qui consiste à ce que chaque nation a intérêt à se spécialiser dans une production donnée pour être compétitive et partant jouer une carte gagnante dans le commerce international. L’évolution des rapports entre le Nord (pays riches) et le Sud (pays pauvres) entraîne la transformation du processus de la délocalisation, voire son inversion. On parle alors de la « relocalisation » comme en témoigne le cas des quatre dragons asiatiques. Dans la mesure où leurs économies se développent avec des taux de croissance élevés, leurs importations croissent et leurs niveaux de salaires se rapprochent des niveaux occidentaux : on assiste alors à des délocalisations à rebours de certaines de leurs productions. Les formes apparentes de délocalisations industrielles largement éprouvées avec ses coûts, ses avantages, ses acteurs, ses logiques marchandes si familières concourent à déformer ses perceptions, ses représentations, sa légitimation, ses ressorts cachés et ses incidences dans les pays du Sud. Le facteur culturel et sociétal central pour comprendre ce phénomène dans ses impacts sur l’organisation du travail car il est la trame de la rencontre de deux modèles : un modèle d’organisation importé, supposé englué dans une sorte de rationalité économique universelle (c’est la théorie de la convergence), et un modèle culturel « indigène » faisant sens aux populations locales (ce sont les paradigmes alternatif à cette théorie). La définition pour laquelle complète les précédentes avec une posture sociologique. En effet, à l’aune des définitions précédemment évoquées, que ce sont des définitions à contenu économique et à controverse politique, cette perspective retenue n’est pas complétée par une démarche monographique de type ethnographique, c’est-à-dire la description et l’observation qui est à la base même de notre méthode, c’est-à-dire une « descente » vers les configurations locales pour voir comment les populations « ordinaires », les salariées, la main-d’œuvre locale, ressentent et se représentent l’économie mondialisée à la lumière de l’organisation du travail au sein de ces entreprises délocalisées ». In Brahim LABARI, le Sud face aux délocalisations, Houdiard éditeur, Paris, 2007.
Définition des économistes selon le Sénat Le rapport du Sénat Délocalisations : pour un néo-colbertisme européenSource : http://www.senat.fr/rap/r03-374/r03-374.html de l'homme politique Francis Grignon propose la définition suivante.
D’où vient le processus de délocalisation ?
La délocalisation est une pratique ancienne, qui consiste à déplacer une unité de production afin de bénéficier d'avantages industriels. La libre circulation des capitaux, et des personnes ont amené un regain de cette pratique. pousse les pays, régions et agglomérations à des politiques de redynamisation améliorant leur attractivité économique et incitant à la création de nouvelles activités pour remplacer le « vide » économique ; incite à des formes de management très décentralisées, par exemple le système de l'entreprise étendue, permettant de coordonner sans engager de grands capitaux les meilleures sources de produits et de compétences dans les divers points de la planète et d'être par ailleurs présents sur les marchés économiques les plus porteurs ; induit, à l'inverse, la tentation du protectionnisme, qui risque d'être contre-productif, en isolant des flux économiques mondiaux et en amenuisant le pouvoir d'achat du fait de l'absence de concurrence qui entraîne des prix internes élevés par manque d'efforts d'amélioration et création de rente de monopoles locaux, diminuant encore davantage la compétitivité.
Il se trouve cependant dans l'histoire de l'après Seconde Guerre mondiale des pays qui ont profité d'un protectionnisme opportuniste comme le Japon ou les dragons de l'Asie (Corée, Taïwan, Hong Kong, Singapour). Dans le cas du Japon, de la Corée et de Taïwan, cette stratégie a permis une hausse particulièrement rapide du niveau de vie de la population.
Pays et secteurs concernés Pays concernés
Les délocalisations concernent deux types de pays : les pays subissant les délocalisations (les pays d'origine), qui perdent leurs centres de production, en général les pays industrialisés. C'est le cas de l'Europe Occidentale ou les États-Unis. les pays bénéficiant des délocalisations (les pays d'accueil), qui voient s'implanter chez eux de nouveaux centres de production, en général les pays émergentsPays du Sud à croissance élevée. Il existe plus de 2000 entreprises françaises qui disposent d'un centre d'externalisation au Maroc.. Toutefois, la réalité est plus complexe, et l'on voit aussi des pays industrialisés (pays riches) bénéficier des délocalisations. Par exemple, en France avec l'implantation de l'usine Toyota à Valenciennes.
Dans son numéro 22 (hors série), la revue Sciences humaines note que les délocalisations sont, dans la quasi-totalité des cas, effectuées entre pays à niveau de développement similaire. L'exemple français de la fin des années 1990 est très significatif à cet égard. 90 % des investissements français dans le reste du monde sont réalisés dans des pays riches et uniquement 1 % dans d'autres pays comme la Corée du Sud ou Hong Kong.
Exemples de populations et secteurs concernés Aux États-Unis, les travaux et de Jagdish Bhagwati Jagdish Bhagwati, Arvind Panagariya et T.N. Srinivasan, « The Muddles over Outsourcing », Journal of Economic Perspectives 18:4, automne 2004, - version sur le site e-JEL (payant), version en accès libre (et al) ont souligné que les délocalisations avaient peu de chance de menacer l’emploi. Les emplois de services représentent 70 % de l’emploi total dans ce pays (et dans les économies des pays riches en général). Très peu d’entre eux sont susceptibles d’être délocalisés car ils supposent une proximité des producteurs et des consommateurs.