Gaston de France, plus connu sous le nom de Gaston d'Orléans et surnommé « le Grand Monsieur », né le à Fontainebleau, baptisé le à Paris et mort le à Blois, duc d'Orléans, est le troisième fils d' et de Marie de Médicis.
Il a consacré une grande partie de son existence à conspirer contre son frère et le cardinal de Richelieu, puis contre Anne d'Autriche, veuve de , et le cardinal Mazarin, qui l'exile finalement à Blois en 1652.
Biographie gauche|vignette|redresse|Portrait de Gaston, enfant, alors duc d'Anjou.
Origines familiales Il est le fils d' (1553-1610), roi de NavarreLe royaume de Navarre d'Henri est réduit à la Basse-Navarre, après l'annexion de la Haute-Navarre par le roi d'Aragon Ferdinand II en 1512. depuis 1572 et roi de France depuis 1589, premier roi de la dynastie des Bourbon, qui succède à la dynastie des Valois.
Sa mère, Marie de Médicis (1575-1642), seconde épouse d'Henri, est la fille de , grand-duc de Toscane.
Sa marraine est Marguerite de ValoisDite « la reine Margot ». (1553-1615), première épouse d' (de 1572 à 1599), fille d' et de Catherine de Médicis (1519-1589). C'est d'elle que vient le prénom de Gaston, son prénom usuel, en l'honneur de Gaston de Foix (1444-1470), fils de la reine de Navarre ÉléonoreElle est reine à l'époque où le royaume de Navarre est encore intact.. Ses deux autres prénoms, Jean et Baptiste, viennent de son parrain, le cardinal François de Joyeuse.
Ses demi-frères aînés sont César de Vendôme (1594-1665) et Alexandre de Vendôme (1598-1629), tous deux bâtards légitimés, Louis (1601-1643) et Monsieur d'Orléans (1607-1611) qui n'a pas reçu de prénom, étant mort avant d'être baptisé (il a seulement été ondoyé à la naissance), tous deux légitimes, et Henri de Bourbon-Verneuil (1601-1682) et Antoine de Bourbon-Bueil (1607-1632), tous deux également bâtards. À la mort de Monsieur d'Orléans en 1611, Gaston devient duc d'Orléans et héritier présomptif de son frère .
Titres Fils de France de la maison capétienne de Bourbon, il est titré duc d'Anjou en tant que prince héritier et appelé « Monsieur », titre conféré au frère du roi.
À partir de la mort de son frère , il devient le « Grand Monsieur » par opposition à son neveu, le « Petit Monsieur », Philippe, frère cadet de .
Il porte aussi au cours de sa vie les titres de duc d'Orléans, de Chartres, de Valois, d'Anjou et d'Alençon, de comte de Blois, de Montlhéry et de Limours, de baron d'Amboise et de seigneur de MontargisAnselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique de la maison royale de France, tome I, Paris, La Compagnie des Libraires, 1725, ..
Conspirateur et libertin Cultivé et raffinéAmoureux des sciences et des arts (protecteur de la troupe de Molière), mécène, collectionneur, musicien, etc., velléitaire et inconstant dit de lui le Cardinal de Retz., Gaston de France passa sa vie à conspirer, d'abord contre son frère et contre le cardinal de Richelieu (préférant à leur centralisation absolutiste une monarchie mixte avec représentation des corps sociaux à travers les assemblées d'États provinciaux ou généraux), puis contre sa belle-sœur Anne d'Autriche et contre le cardinal Mazarin. Ses conspirations échouèrent toujours, faute de réel projet politique. Velléitaire, Gaston dénonça souvent ses complices, puis les vit périr (voir d'Ornano, Chalais, Montmorency, et Cinq-Mars).
Pour se venger, il crée un « Conseil de vauriennerie », regroupant des amis avec qui il mène une vie désordonnée (il est réputé joueur et amateur de femmes)Henri Sacchi, La Guerre de trente ans : L'Empire supplicié, Éditions L'Harmattan, 2003, .. Michel Delon le voit comme le chef de file des libertins de l'époque, dont les passe-temps était les chansons à boire, les poèmes érotiques et les parties de débauche, fréquemment bisexuellesMichel Delon, « Libertinage », Encyclopædia Universalis (lire en ligne) avec identifiant, consulté le 9 mars 2013 ou « Orléans Gaston duc d' (1608-1660) » en accès libre partiel (lire en ligne), consulté le 24 avril 2022..
Campagnes militaires et complots sous Gaston d’Orléans joue un rôle complexe sous le règne de son frère, mêlant participation à des campagnes militaires et implication dans de multiples rébellions, souvent motivées par son opposition à l’absolutisme de et du cardinal de Richelieu mais donnant une impression générale d'inconstance et de versatilité.
Héritier présomptif du trône jusqu’à la naissance de en 1638, il s’oppose régulièrement à la centralisation absolutiste promue par Richelieu et . Il défend une vision d’une monarchie mixte, où les corps sociaux (noblesse, parlements, États provinciaux) auraient un rôle plus important, contre l’absolutisme naissant. Ses rébellions, bien que nombreuses, échouent souvent en raison de son caractère velléitaire et de son manque de projet politique cohérent.
En 1626, Richelieu contraint Gaston à épouser Marie de Bourbon-Montpensier, une union qu’il rejette. Encouragé par des nobles comme la duchesse de Chevreuse et le comte de Chalais, Gaston s’engage dans un complot visant à assassiner Richelieu. Le complot est découvert et Chalais est exécuté mais Gaston, protégé par son statut d’héritier, échappe à la répression. Il accepte finalement le mariage, qui lui confère le titre de duc d’Orléans mais son épouse meurt le en accouchant d'une fille, Anne-Marie-Louise d'Orléans, la « Grande Mademoiselle » : jusqu'à sa majorité, le patrimoine considérable des Montpensier est sous la tutelle de Gaston. vignette|Gaston de France, duc d'Orléans par artiste inconnu, . En 1628, celui-ci reçoit le commandement nominal de l’armée royale lors du siège de La Rochelle, un bastion protestant allié à l’Angleterre. Cependant, son rôle est limité, car ne tarde pas à prendre la direction effective des opérations. Cette nomination reflète la volonté de Richelieu de canaliser l’énergie de Gaston, mais elle montre aussi la méfiance du roi envers son frère, qui ne bénéficie pas d’une réelle autorité militaire.
En 1631, Marie de Médicis, qui s’opposait à Richelieu, s'exile aux Pays-Bas espagnols. Gaston se déclare en faveur de sa mère et tente de lever des troupes. Il se réfugie en Lorraine : en , contre la volonté de et Richelieu, il épouse secrètement la princesse Marguerite, sœur du duc , alliée de l'empereur et de l'Espagne dans la guerre de Trente Ans alors que la politique de et Richelieu va de plus en plus vers un conflit avec les Habsbourg qui entraîne l’invasion de la Lorraine par les troupes royales. Gaston fuit à son tour aux Pays-Bas espagnols.
En , il participe à la révolte du duc . À la tête d'une armée de mercenaires, il appelle le royaume à la révolte. Le duc de Montmorency, gouverneur de Languedoc prend les armes contre Richelieu mais est battu à Castelnaudary le . Après l’échec de la révolte et l’exécution de Montmorency, Gaston est pardonné mais se retire à nouveau à l’étranger. Il ne revient en France qu’en 1634, sous conditions imposées par Richelieu.
Pendant la guerre de Trente Ans, Gaston participe à des campagnes mais refuse de lui accorder une reconnaissance significative, notamment en raison des tensions liées à son mariage non autorisé avec Marguerite de Lorraine. Son implication militaire est souvent perçue comme un moyen de maintenir son statut de prince sans lui conférer un pouvoir réel.
En , alors que l'Espagne entre en guerre contre la France, Gaston conclut un traité secret avec les Espagnols et complote contre Richelieu avec le comte de Soissons. En , il participe au côté du roi au siège de Corbie () en Picardie. Corbie est reprise aux troupes espagnoles. Le comte de Soissons, qui avait préparé l'assassinat de Richelieu, doit s'enfuir à Sedan.
En , la naissance de le prive du rang d'héritier présomptif. Il perd son crédit financier et ne peut poursuivre l'extension du château de Blois, ni la restauration du château de Chambord qu'il a entreprises.
En 1642, Gaston est impliqué dans le complot orchestré par le marquis de Cinq-Mars, favori de , visant à éliminer Richelieu. Lorsque le complot est découvert, Gaston, fidèle à son habitude, dénonce ses complices pour sauver sa position. Cinq-Mars est exécuté, Gaston est une fois de plus épargné, mais humilié.
Sous la minorité de mourant l’a nommé gouverneur et lieutenant général du Languedoc. En 1643, après la mort de , Gaston lieutenant général du royaume et chef des conseils, sous l'autorité théorique de la reine, pendant la minorité de . Pourtant Anne d'Autriche s'impose au Parlement de Paris et prend les rênes du pouvoir en tant que régente avec le soutien de Mazarin. Il continue les opérations de la guerre franco-espagnole, remportant plusieurs succès notables. Il conquiert une partie du comté de Flandre, dont Gravelines le et Béthune, puis, en 1645, Bourbourg, Armentières, Courtrai et Mardyck.
Ces victoires renforcent temporairement son prestige militaire et sa position politique, bien que son autorité reste subordonnée à la régente Anne d’Autriche et au cardinal Mazarin.
Pendant la Fronde, à partir de 1648, Gaston joue un rôle ambigu. Initialement, il soutient Mazarin et la régente Anne d’Autriche, mais en 1651, il rejoint les princes rebelles, cherchant à limiter le pouvoir de Mazarin. Fort de sa popularité au Parlement et de son titre de lieutenant général, il tente de promouvoir une politique d’apaisement entre les parties. De juillet à , pendant la visite officielle en province de la régente et du roi, il fait figure de roi à Paris. Mais il ne peut éviter le déferlement de violence de Jean-Marie Constant, C'était la Fronde, Paris, Flammarion, 2016 ., son manque de constance et sa versatilité le rendant inefficace. Après la reprise de Paris par les forces royales en 1652, l’exile à Blois, où il reste jusqu’à sa mort en 1660.
Un bilan politique décevant Gaston est animé par une combinaison de rivalité personnelle avec , d’opposition idéologique à l’absolutisme et d’ambition personnelle. Sa position d’héritier présomptif jusqu’en 1638 le rend à la fois puissant et vulnérable, car il incarne une alternative potentielle au règne de son frère. Sa vision d’une monarchie moins centralisée attire des nobles mécontents de Richelieu, mais ses complots manquent de cohérence et de détermination. Son mariage avec Marguerite de Lorraine, par amour et par défi, illustre son désir d’autonomie face à la raison d’État. Les rébellions de Gaston s’inscrivent dans un climat de tensions nobiliaires et de résistance à la centralisation de l’État.
Richelieu, en renforçant le pouvoir royal, marginalise les grands princes comme Gaston, qui rassemble les opposants. Cependant, la répression systématique des complots (exécutions, emprisonnements) et la consolidation de l’absolutisme sous et marginalisent durablement son rôle.
Il est souvent décrit comme inconstant et velléitaire, dénonçant ses complices pour éviter les conséquences (Chalais, Montmorency, Cinq-Mars). Cette attitude, combinée à l’absence d’un projet politique clair, limite l’impact de ses rébellions. Ses succès militaires, notamment en Flandre, contrastent avec son incapacité à transformer ses victoires en influence politique durable.
Gaston est souvent réduit à l’image d’un prince rebelle et frivole, mais des études récentes réhabilitent son rôle comme mécène, collectionneur et humaniste. Sa vision d’une monarchie tempérée, bien que défaite, reflète une alternative politique à l’absolutisme. Son exil à Blois et la censure de son oraison funèbre par Louis XIV montrent la volonté de la monarchie d’effacer son influence.
Exil à Blois (1652), mort et funérailles (1660)
Mazarin l'assigne à résidence dans son château de Blois en 1652. Il entasse dans la galerie Henri IV, située entre le jardin haut et le jardin bas, ses nombreuses collections.
Il est mort dans son château de Blois en 1660, il est inhumé à la basilique Saint-Denis, ultime privilège attaché à son sang royal.
confère alors le titre de duc d'Orléans à son propre frère Philippe.
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