vignette|redresse=1.5|Caméras de surveillance au coin d'un bâtiment. La mise en balance des bénéfices (sécurité, aide aux personnes en difficulté) et des risques de l'implantation de dispositifs de vidéoprotection (atteinte aux libertés publiques et individuelles, intrusivité, discrimination, prise de décision erronée) soulève des questions éthico-sociétales. Les préconisations et jurisprudences engagent à ce que leur déploiement obéisse au principe de proportionnalité entre ces atteintes et l'objectif poursuivi.. vignette|Opérateurs vidéoLa sociologue Élodie Lemaire a réalisé une enquête ethnographique sur les vidéo-opérateurs dans un centre de surveillance urbaine. Cf. . dans une salle de supervision.
La vidéosurveillance (ou vidéoprotection qui est le nom officialisé en France dans une loi sur la sécurité intérieure en 2011Article 17 de la , sur Légifrance..) est un système de caméras et de transmission d'images, disposé dans un espace public ou privé pour le surveiller à distance ; il s'agit donc d'un type de télésurveillance. Les images obtenues avec ce système peuvent être traitées automatiquement et visionnées, puis archivées ou détruites. La surveillance a pour but de contrôler les conditions de respect de la sécurité, de la ou de l'exécution d'une procédure particulière.
Mais on ne parle de télésurveillance stricto sensu qu'à partir du moment où le système est industrialisé et permet à un opérateur (surveillant) de contrôler simultanément plusieurs lieux sur une batterie d'écrans, ceci à des fins civiles.
Selon ses partisans, la vidéosurveillance permet de prévenir le terrorisme et plus généralement la criminalité (attaques à main armée, cambriolages, agressions sur voirie) et d'opérer un contrôle social (mouvements de foule)
À l'opposé, ses détracteurs lui reprochent fondamentalement son atteinte à la vie privée et aux libertés fondamentales tout en étant inefficace à prévenir les délits. Dans les pays démocratiques, elle nécessite d'être contrôlée par des organismes indépendants, comme la CNIL en France, pour en limiter ses extensions..
D'autres mettent en avant son coût par rapport à son efficacité limitée. Ainsi plusieurs rapports, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, esquissent-ils un bilan critique. Un représentant de Scotland Yard à la d' parle ainsi de (« échec complet »), parce que les officiers de police ne sont pas assez formés, souvent, ils ne veulent pas chercher les images vidéo, CCTV boom has failed to slash crime, say police - The Guardian, 6 mai 2008..
Historique Une fiction inspiratrice En , George Orwell publie son roman d'anticipation 1984, une dystopie dans laquelle Big Brother (qui signifie « Grand Frère ») est le chef du et d'un État autoritaire qui surveille toutes les personnes qui y vivent, par une surveillance audio et vidéo. Big brother est devenue une figure métaphorique du régime policier et totalitaire, de la société de la surveillance, ainsi que de la réduction des libertés. est devenu une façon de dénoncer les systèmes de surveillance (vidéo, voyeurisme)Voir à ce sujet : François Brune, Sous le soleil de Big Brother, Paris, L'Harmattan, 2000 .
Premiers pas Le premier système de vidéosurveillance fut installé par Siemens AG en 1942 en Allemagne pour observer le lancement des fusées V-2Dornberger, Walter, V-2, Ballantine Books 1954, ASIN: B000P6L1ES, p. 14.. Un système est commercialisé en 1949 (Vericon) aux US sans avoir besoin d'une autorisation du gouvernement.
brevette en 1969, un système de sécurité domestique, avec une caméra qui peut être dirigée vers quatre points d'observation avec un moniteur pour voir une personne qui se présente devant la porte d'entrée. Comme les premiers systèmes n’enregistrent pas, ils nécessitent une surveillance humaine permanente.
En 1968, la ville d'Olean, dans l'État de New York, est la première aux États-Unis à surveiller ses rues, dans un objectif de lutte contre la criminalité. En 1973, Times Square est équipée.
Durant les années 1980, le Royaume-Uni a été le premier pays au monde à généraliser ce système (à la suite des attentats de l'IRA). Il reste actuellement le pays d'Europe le plus « télésurveillé », Londres étant réputée comme la ville où la vidéosurveillance tant publique que privée est la plus importante.
En Grande-Bretagne en 1985, la ville de Bournemouth s'équipe puis les autorités locales de King's Lynn en 1987. Les premières statistiques semblent ne pas montrer d'effet.
Le développement de la vidéo-surveillance des espaces publics et des entreprises dans les années 1980 et 90, s'étend à divers bâtiments (écoles, banques, parking, parcs) publics et privés.
En 1998, fonctionnent à New York.
Des politiques de vidéosurveillance ont été mises en place dans plusieurs villes européennes durant les années 1990.
Le déploiement de ces systèmes dans l'espace public peut être soumis à un régime d'autorisations juridiques, de règles et de contrôles, en particulier sur l'espace public (par exemple, le contrôle de la CNIL en France, et la régulation par le RGPD pour Union européenne).
Évolutions technologiques Le développement de la vidéo et des cassettes permet d'enregistrer et de détruire les images, rendant l'usage beaucoup plus fréquent dans les années 1970. Ce système est popularisé dans des séries policières comme Columbo.
Initialement, en France, on parlait de circuit fermé. Ainsi, la diffusion des images était interne au bâtiment, par opposition à une diffusion vers l'extérieur de la télévision. C'est d'ailleurs le sens du terme anglais CCTV (Closed-Circuit TV).
L'évolution technologique passe par l'amélioration des caméras. La première caméra vidéo portative au monde date de la fin des années 1970 (premier caméscope en 1983).
Les caméras actuelles les plus performantes sont de type numérique, en couleur, et permettent des zooms et une bonne mise au point.
Sous l'effet des évolutions technologiques rapides, des systèmes de reconnaissance faciale sont construits autour du déploiement de caméras de vidéosurveillance connectées à un réseau de télécommunications et à des applications d'intelligence artificielle.
Glissement sémantique en France En France, le glissement sémantique transformant la vidéo « surveillance » en vidéo « protection » s'opère sous la présidence de Nicolas Sarkozy, grâce à son conseiller en matière de délinquance urbaine Alain Bauer., promoteur du changement de terminologie. Cette transition lexicale dans les années 2010 illustre le processus de légitimation politique de l'utilisation de caméras qui correspond au passage du rôle dissuasif et répressif à l'encontre du terrorisme à une conception plus large permettant la protection des personnes (lutte contre la délinquance à partir de la loi LOPPSI 2, lutte contre l'atteinte aux personnes, les incivilités, le sentiment d'insécurité, mais aussi aide aux personnes en difficulté, telle que l'assistance à un individu ayant un malaise, la prise en charge des sans-abris la nuit).. Le choix du terme vidéoprotection, qui se veut plus rassurant, répond à une logique de communication vis-à-vis du climat de méfiance orwellienne que suscite celui de vidéosurveillance. Il illustre aussi le processus d'accoutumance aux caméras dans l'espace public, à leur banalisation, au sens où leur implantation tend à se développer dans tout type de lieu (voie publique, commerces, banques…), leurs usages se diversifient et les oppositions à ce dispositif s'affaiblissent..
Déploiement progressif France vignette|Caméras de surveillance sur les quais d'une gare RER. Une politique de vidéosurveillance a également été mise en place en FranceJacky Durand, Un jeu de dupes entre État et élus, Libération, 10 décembre 2009 «Un jeu de dupes entre État et élus » - Libération. Depuis l'initiative de Patrick Balkany en 1993 à Levallois-Perret, la vidéosurveillance s'est généralisée : les professionnels reconnaissent installer chaque année entre de vidéosurveillance"Paris et Londres coopèrent dans la lutte contre le terrorisme", Radio France internationale(RFI). En 2007, le nombre de caméras « autorisées » (donc dans l'espace public) était estimé à , mais pourrait atteindre un million d'ici peu.. Ces caméras sont notamment présentes dans les transports publics, en particulier les gares et aéroports, ainsi que sur les routes. Dans une circulaire réglementaire de relative aux objectifs en matière de sécurité intérieure, Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l'Intérieur, disait fixer comme objectif de Circulaire réglementaire du 5 février 2009 relative aux objectifs 2009 en matière de sécurité intérieure, NOR : INTC0900026C, Bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur.
Michèle Alliot-Marie a mis en place en un plan dit de « vidéoprotection », dont une partie consiste à raccorder les centres de surveillance urbaine (CSU), géré par les communes, aux commissariats et aux postes de gendarmerie ; 80 raccordements avaient été faits en Ministère de l'Intérieur, circulaire du 26 mai 2008 relative aux raccordements des centres de supervision urbaine aux services de police et de gendarmerie et conditions d’attribution du Fonds interministériel de prévention de la délinquance en matière de vidéoprotection. NOR : INTK0800110C (publié dans le Bulletin officiel du ministère, (mai 2008), 5 octobre 2008 , 122 en , permettant aux forces de l'ordre d'avoir un accès direct aux images enregistrées par les caméras installées par les mairies. Le choix à cette époque du terme de « vidéoprotection » à la place de « vidéosurveillance » n'est pas anodin, le premier ayant un aspect positif alors que le second renvoie à la « société de surveillance » dénoncée par les « anti-caméra ».. Le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD)Toute question doit être adressée à videoprotection@intérieur.gouv.fr peut financer à 100 % ces raccordements. Ces centres de supervision sont souvent protégés par des dispositifs biométriques de contrôle d'accès. La France, qui a près d'un million de caméras installées à cet effet en 2012, distingue depuis la vidéosurveillance de caméras installées dans les lieux non ouverts au public, et la vidéoprotection qui s'applique aux lieux publicsVidéosurveillance / vidéoprotection : les bonnes pratiques pour des systèmes plus respectueux de la vie privée, article de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, 21 juin 2012.
Dans les transports en commun, la SNCF (RER C et D) et la RATP ont équipé leurs gares et stations d'« équipement à agent seul » (EAS). Les premiers équipements de ce type ont été testés en 1976..
À Paris, en 2009, le maire Bertrand Delanoë et son équipe acceptent le « Plan de vidéoprotection pour Paris » proposé par la préfecture de police, qui renforce la vidéosurveillance. Les Big Brother Awards lui remettent le prix Orwell localités 2009 pour la vidéosurveillanceGagnant Orwell 2009 : Bertrand Delanoë et Christophe Caresche, mairie de Paris - Big Brother Awards France. Dans son « palmarès des villes à fuir », le journal régional de PACA Le Ravi utilise parmi ses indicateurs le nombre de caméras de vidéo-surveillance par habitantLe palmarès 2012 des villes à fuir de PACA, Le Ravi, 5 janvier 2012..
Le site d'information OWNI a publié en un « palmarès des villes sous surveillance », étudiant les politiques municipales en matière de vidéosurveillancele Palmarès des villes sous surveillance, publié par le site d'information OWNI en décembre 2011. Ce palmarès (qui classe Nice en tête et souligne le peu de villes sans caméras) constate que le sujet est une ligne (très générale) de clivage gauche droite, les villes tenues par la droite étant équipées, en moyenne, de trois fois plus de caméras par habitant.
En , Éric Piolle, nouveau maire écologiste de Grenoble, affirme qu'il n'est pas favorable au maintien des caméras de surveillance de la ville, proposant en public de les revendre au maire de Nice, Christian EstrosiJournal de 20h de France 2 le 4 avril 2014..