L'immigration est un phénomène démographique qui a généré d'importantes augmentations de population et changements culturels au cours de l'histoire des États-Unis. Les immigrants sont arrivés à raison de plus d'un million environ par an durant la première décennie du et d'environ un million par an au cours de la dernière décennie. L'immigration a été considérablement réduite de 1915 à 1965, en partie du fait de la dépression de la fin des années 1920 et 1930 et sous l'effet de diverses mesures restrictives. Les immigrants d'aujourd'hui viennent de pays autres que ceux du début du siècle et arrivent dans un plus grand nombre de centres urbains. Leur arrivée soulève toutefois en ce début de siècle certaines des mêmes questions qu'au début du précédent.
Histoire Temps des colonies
Premiers colons jusqu'aux années 1660 Les États-Unis ont cela d'original qu'ils ont été fondés par des immigrants. Les premiers colons furent anglais, espagnols, français et néerlandais. La majorité d'entre eux étaient des Anglais qui arrivèrent à partir du et qui jusqu'aux années 1660 constituèrent le flux principal de migrants, cela grâce à une politique volontariste de la couronne britannique. Ils submergèrent au fil des siècles les colonisations coexistantes. Après l'établissement d'une première colonie à Jamestown en 1607, la couronne britannique décida en 1622 de reprendre en charge la colonisation. Pour faire venir la main d'œuvre, elle incita les pauvres d'Angleterre à émigrer à travers le système des indentured servants. On leur promettait une terre, et pour payer le voyage il suffisait de travailler gratuitement pendant un certain temps, souvent de 4 à 7 ans, ce qui revenait à être esclave temporairement. Jusqu'en 1662 l'exploitation des terres était assurée par des colons anglais venus là dans des conditions précaires, pas bien meilleures que celles des esclaves indiens et africains. On a calculé qu'au moins 50 à 66 % des émigrants de 1600 à 1776 avaient relevé du régime de l'engagisme c'est-à-dire avaient été des indentured servantsLeonard Dinnerstein, Ethnic Americans, a history of immigration, NY éd., 1999, .
Esclaves africains En 1662, pour compenser la baisse d'immigration due aux guerres cromwelliennes (1649-1661)Leonard Dinnerstein, Ethnic Americans, a history of immigration, NY éd., 1999, ., la couronne donna à la Compagnie royale d'esclavage africain (Royal Company of African Slave Trade créée en 1660) le monopole sur le commerce d'esclaves. Les exploitants de coton et tabac promouvaient également cette main d'œuvre pas chère, car leurs revenus baissèrent avec les Navigation Acts de 1650/1651. En 1650, les Noirs représentaient seulement 5 % des habitants ; en 1776 ce chiffre est passé à 22 % ; en Virginie, la population noire passe de .
Années 1680 à 1760 Ces colons furent vite rejoints, à partir des années 1680, par des millions d'Écossais, Irlandais, Allemands, Français, Hollandais, Italiens, Russes, Polonais, Scandinaves, Grecs, Chinois, Japonais, Africains, et Sud-Américains ; si bien que les États-Unis forment une véritable mosaïque multiculturelle. Ces mêmes migrants se mêlèrent au fil des ans aux populations autochtones d'Amérique : les Amérindiens, qui pour être distingués des futurs arrivants furent appelés « Native Americans ». La majorité des immigrés du temps des colonies étaient Anglais et protestants. Ils se mêlèrent avec plus ou moins de succès aux populations immigrantes catholiques. Avec l'arrivée massive des esclaves africains à partir des années 1660, le système des indentured servants n'était pas aboli pour autant, et il continuait de drainer des immigrés anglais. La couronne britannique décida aussi d'envoyer des condamnés vivre en Amérique en échange de leur liberté. Bien que leur nombre fut petit, ils ne reçurent pas un bon accueil et en 1751 la Virginia Gazette les comparait à des serpents. Le développement de l'esclavage dans les colonies ne plaisait pas aux blancs pauvres qui y voyaient une concurrence déloyale, il ne plaisait pas non plus aux humanistes puritains, comme les quakers, qui étaient par principe contre l'esclavage. William Penn était l'un d'eux. En 1680, il reçut une terre et fit venir des colons anglais : de 1675 à 1725, anglais et gallois s'établirent dans la vallée de la Delaware, ils militèrent pour l'abolition de l'esclavage et l'égalité des femmes. Par la suite des congrégationalistes et des anglicans s'ajoutèrent. William Penn menait une véritable campagne de propagande pour inciter les Européens à venir, il n'hésitait pas à embellir la vérité et à parler d'un paradis où les récoltes seraient toujours bonnes.
De 1680 à 1760 les colonies britanniques passèrent de à environ deux millionsLeonard Dinnerstein, Ethnic Americans, a history of immigration, NY éd., 1999, ., le principal vecteur de cette croissance démographique résultant du flux migratoire largement positif. Parmi ces migrants la majorité était constituée de Nord Irlandais. Il y avait aussi . français, chassés par la révocation de l'édit de Nantes en 1685), s'établirent à Boston, New York et en Caroline du Sud. Quelques Suédois, Écossais et Hollandais s'ajoutèrent à eux. Dans les ports s'établirent aussi des communautés juives, par exemple, à Savannah, Charleston, Philadelphie, New York, Newport. Ces migrants étaient chassés d'Europe par l'intolérance religieuse et les difficultés économiques, certains étaient attirés par l'opportunité de faire fortune. Cette vague subite de migrants a suscité des peurs chez les premiers établis : le nombre de Nord Irlandais étaient tel que les Américains craignaient d'être submergés démographiquement et véritablement détrônés socialement par euxLeonard Dinnerstein, Ethnic Americans, a history of immigration, NY éd., 1999, .. On prit des mesures coercitives notamment contre les Nord Irlandais, mais aussi contre les catholiques (par antagonisme religieux) en Caroline du Sud dès 1698, mais aussi au Maryland, en Virginie, en Pennsylvanie, etc. La « terre promise » américaine, terre de liberté et de prospérité économique, n'était pas toujours réalité ; les nouveaux arrivés déchantaient ; mais dans leurs courriers certains continuaient d'entretenir le mythe auprès des Européens, ce qui convainquait les sceptiques de les rejoindre à leur tour. Certains immigrés repartaient vers leur terre d'origine ; ceux-là dépeignaient une mauvaise image du pays, dressée à partir d'expériences vraies et vécues : pionniers massacrés régulièrement par les Indiens par exempleLeonard Dinnerstein, Ethnic Americans, a history of immigration, NY éd., 1999, .. Le voyage lui-même était difficile. Avant même de toucher terre, les migrants affrontaient mille maux : le voyage pouvait durer de six semaines à six mois selon les conditions climatiques (tempêtes, calme plat...), chaque passager ayant rarement plus de à lui pour le voyage, la maladie profitait de la promiscuité et des conditions d'hygiène pour proliférer et le mal de mer s'y ajoutait. Plus le voyage durait, plus les conditions empiraient, les plus jeunes et les plus vieux mouraient en cours de route ; plus le voyage durait, plus les problèmes de nourriture et d'eau se posaient, entraînant (rarement) des cas de cannibalisme. En 1741, un bateau irlandais débarqua 60 des , les étaient morts. Parfois, tous ou presque mouraient : en 1752, un bateau hollandais débarquant à Philadelphie n'avait plus que 21 de ses d'origine, les autres étaient morts de faim. Parmi les survivants, se trouvaient parfois des pauvres qui avaient promis de payer leur voyage en échange d'un service de deux ou trois ans auprès de leurs créditeurs ; des familles entières furent ainsi séparées à leur débarquement entre différents maîtres ; parfois si dans une même famille les parents étaient morts, et que seuls restaient les enfants, ces derniers étaient éduqués et utilisés comme esclaves par les créditeurs jusqu'à leurs . Et si on avait la chance de faire le voyage rapidement (six semaines au mieux) et d'arriver sain et sauf, les armateurs des navires retardaient indéfiniment le débarquement sous prétexte de quarantaine, astreignant ainsi les passagers à payer des surtaxes, vidant ainsi leurs poches...
Le Congrès imaginait une Amérique blanche et protestante quand il déclarait en 1790 que seules « les personnes blanches et libres qui ont émigré aux États-Unis ou seront appelées à le faire » pouvaient prétendre à devenir des citoyens nationalisés. L'arrivée de flux de migrants de divers pays d’Europe a entrainé une nette révision de cette politique. Comme le souligne l’historien Matthew Frye Jacobson, « l’arrivée de nouveaux venus a semé la panique dans le pays et conduit les Américains à adopter une vision plus restrictive et politisée des critères d’attribution de la couleur blanche. Les journalistes, les sociologues et les agents de l’immigration ont pris l’habitude de diviser les Européens blancs en “races”. Certains étaient considérés comme “plus blancs” — et plus dignes de la citoyenneté — que d’autres, qui avaient une couleur de peau trop foncée pour être socialement acceptables. »
Apport nord-irlandais Les Nord-irlandais, Scotch-Irish, en anglais, étaient les descendants des Écossais établis en Ulster depuis 1616. Le gros de leur immigration se produisit après 1717. Ils étaient généralement poussés à l'émigration par les famines à répétition. Très pauvres, ils étaient réduits à voler, mendier, organiser toutes sortes de trafics pour survivre, d'où leur mauvaise réputation ; mais ils étaient aussi les animateurs de spectacles de rue, de théâtre Leonard Dinnerstein, Ethnic Americans, a history of immigration, NY éd., 1999, . Ils représentent le deuxième groupe d'immigrés le plus nombreux après les Anglais : s'établirent de 1717 à 1776L. Dinnerstein, Roger L. Nichols, David M. Rheimers, Natives and Strangers: ethnic groups and the building of America, 1979, New York, .. Leur pauvreté les poussait souvent à migrer vers la frontière avec les Indiens où les conflits étaient nombreux. Ils furent les principales victimes de la rébellion de Pontiac (1763), et la passivité des autorités de Philadelphie à les protéger conduisit aux émeutes de 1763-1764.
Apport allemand