L'influence du jaïnisme en Inde fait référence au rôle que joue le jaïnisme dans la vie sociale et les questions sociales en Inde. Il s'agit en particulier des questions d'égalité, de liberté religieuse, d'émancipation des femmes, de non-violence, de tolérance et de bien-être des individus. Cela est dû avant tout à l'action et à la prédication de Mahâvira, le fondateur du jaïnisme , qui ont laissé une trace profonde dans la société indienne.
Généralités Afin de trouver une solution à un certain nombre de problèmes particulièrement néfastes de son temps, Mahâvîra a engagé plusieurs actions sur le plan social. Après avoir connu l'éveil, à l'âge de quarante-deux ans, il sillonna inlassablement Maghada pendant trente ans, rencontrant ainsi de très nombreuses personnes issues des milieux urbains, tribaux et ruraux, auxquelles il enseigna prêcha les principes et les règles de conduite du jaïnisme.
Il eut, par sa personnalité et par ses prédications, une grande influence sur toutes les couches de la société indienne, et surtout sur celles qui étaient opprimées. En plus de révéler la voie de la libération (moksha) à laquelle ses auditeurs aspiraient, il leur exposa les moyens véritables grâce auxquels tous, sans distinction de caste ou de statut, pouvaient atteindre cet objectif.
La foule vint à lui en nombre, attirée par son charisme, sa philosophie et sa morale, à quoi s'ajoutaient la sincérité de ses intentions et le chemin spirituel qu'il proposait. Les adhésions au jaïnisme furent nombreuses, soit en tant que laïcs soit en tant qu'ascètes. Mahâvîra a ainsi prêché et développé un nouvel ordre social qui allait modifier profondément la vie des adeptes. Les penseurs et précepteurs jaïna, les Acharya, continuèrent à défendre par la suite cette politique sociale dont les différents points sont ceux abordés ci-dessous.
L'instauration de l'égalité sociale entre les hommes
Sur le plan social, la contribution la plus importante de Mahâvîra a été celle de l'instauration de l'égalité entre les quatre classes (varna), qui existaient dans la société indienne. Il y est parvenu, en organisant ses très nombreux disciples en un ordre unique, tout à fait différent de l'ordre brahmanique de l'époque.
La société védique était alors composée de quatre classes: celle des Brahmanes (brâhmana), celle des guerriers (kshatriya), celle des paysans (vaishya), et celle des serfs (shûdra) qui, disait-on, provenait respectivement de la bouche, des bras, des cuisses et des pieds de Brahman, le Créateur. Ces membres, prétendus à l'origine des quatre divisions, et l'ordre dans lequel ils étaient donnés, indiquaient le statut des gens, dans la société. Le fait que ces classes étaient dites d'origine divine pouvait laisser croire qu'elles étaient très anciennes et bien définies. En fait, celles-ci étaient non seulement distinctes et séparées, mais elles furent, aussi, plus tard, affectées d'un esprit de rivalité entre elles.
Dès le début du Rig Veda, la profession de Brahmane commençait à revendiquer, pour elle, des droits supérieurs ou de caractère sacré, et a instauré des règles différentes pour les différentes classes. Ces prérogatives de la caste sacerdotale créaient des clivages dans la société. Les kshatriya occupaient une position proche de celle des Brahmanes. Les paysans et les serfs étaient, eux, fort peu considérés - bien que majoritaires, par rapport aux autres. Ainsi, à cette époque, la société était complètement figée, en ce sens qu'une importance extraordinaire était donnée aux Brahmanes et que personne n'était autorisé à changer de classe, celle-ci dépendant de la naissance. Mahâvîra et les Âchârya jaïns ensuite, manifestèrent leur opposition à ces dispositions injustes, basées sur une supposée inégalité originelle, et sur une large discrimination sociale. Certes, Mahâvîra reconnut la division de la société en quatre classes, mais il basa celles-ci sur les activités exercées par les gens, et non sur leur naissance. Il donna une liberté totale et entière à chacun et à tous, y compris aux femmes et aux serfs, d'observer les pratiques religieuses communes, et il les admit dans son ordre, sans distinction. Le jaïnisme ouvrit ainsi ses portes à tous, laïcs hommes et femmes, ascètes hommes et femmes, avec la possibilité pour eux de pratiquer la religion suivant leurs capacités.
La société voulue et souhaitée par Mahâvîra et par les Âchârya jaïna fut une société où les classes ne seraient plus héréditaires, avec des cloisonnements étanches entre elles, mais où chacun aurait la possibilité d'en changer, selon ses aptitudes. Dans cette société, toutes les classes seraient uniquement considérées comme des modes de vie, et une grande place serait donnée aux personnes. Il n'y aurait plus d'endroit où quelqu'un serait dégradé ou oublié, car chacun serait libre d'exercer la profession qu'il voudrait et d'observer les mêmes rites et les mêmes pratiques religieuses que les autres.
Cette conception de la société eut un impact immense. Le principe de l'égalité des classes était affirmé, la mobilité entre elles rendue possible, et le critère de la naissance, pour l'appartenance de celle-ci, totalement abandonné.
Cela eut un effet salutaire sur les conditions d'existence des hors-classes (des intouchables) qui, jusque-là, étaient totalement privés d'instruction, sans aucun droit, soumis à des traitements infects, affectés aux tâches les plus basses de la société indienne, et totalement écartés des pratiques religieuses. Des restrictions nombreuses étaient aussi mises à leurs mouvements et à leurs façons de vivre. Mahâvîra fut, par ses enseignements, une grande consolation pour eux.
Les résultats des prises de positions jaïna furent l'instauration d'un statut social pour les opprimés, un changement d'attitude envers les « non-aryens » et les masses populaires, et une opposition progressive à la poursuite de la pratique de l'esclavage, sous toutes ses formesdans Le Jaïnisme en Inde de Tiffen.
L'affirmation de l'indépendance des individus face à la domination des prêtres
Après l'affirmation de l'égalité sociale, Mahâvîra et les Âchârya jaïna mirent sérieusement en cause la position privilégiée des Brahmanes. Depuis les temps védiques (à partir de 1500 ), leurs prêtres jouissaient d'un statut social élevé, de privilèges politiques, de concessions économiques, et de facilité religieuses, par rapport aux autres classes. Avec leur situation avantagée, ils avaient l'habitude d'occuper des positions élevées dans la société, et ils en profitaient pour exploiter les masses, dans plusieurs domaines, notamment dans le domaine religieux, qui revêtait pour les gens une grande importance.
Mahâvîra lança une attaque énergique et vigoureuse contre cette caste et contre ces pratiques ingénieuses pour exploiter le peuple. En même temps, il facilita l'accès des gens du commun à sa religion et il donna à chacun, sans considération de classe, d'égales facilités pour sa pratique. Il assura que le salut, qui est le but principal de la vie, pouvait être obtenu en observant les règles de conduite prescrites par la doctrine, et non par toutes sortes de sacrifices, effectués par les prêtres.
Cette approche pratique et morale de la religion, exprimée avec force par Mahâvîra, affranchit les gens de la domination des prêtres, les rendit indépendants d'eux et créa dans la masse un sentiment de confiance en soi. En s'élevant contre ceux qui exploitaient les individus, en les maintenant dans l'ignorance et totalement dépendants de leurs faveurs, il parvint à réduire considérablement leur influence.
L'opposition de Mahâvîra se limita, toutefois, à la caste des prêtres. Elle ne visa pas tous les Brahmanes, car il apprécia toujours leurs qualités intellectuelles. Il en admit de nombreux dans la religion jaïna. Plusieurs entrèrent dans son ordre ascétique, et il choisit même le maître brahmane le plus instruit, Indrabhûti Gautama, comme premier apôtre, ou principal disciple (ganadhara).
On peut ajouter, à ce sujet, que Mahâvîra fit son premier sermon (upadeça) soixante-six jours après avoir atteint l'omniscience et seulement après avoir obtenu la collaboration dIndrabhûti Gautama pour traduire correctement ses paroles au peuple qui l'écoutait. Ainsi, il montra toujours de la considération pour l'éducation et pour la science des Brahmanes, mais il s'attaqua vigoureusement à la domination de leurs prêtres.
L'émancipation religieuse des femmes
Une autre influence particulière de Mahâvîra et des Âchârya jaïna, sur le plan social, concerne l'élévation du statut des femmes indiennes. Durant la dernière partie de la période védique, elles avaient été réduites à un statut pratiquement identique à celui des intouchables. Comme eux, elles n'avaient pas le droit de pratiquer une religion, ni d'être admises dans un ordre religieux de laïcs ou d'ascètes. Elles étaient considérées comme non concernées par les textes sacrés.
thumb|400px|femmes jaïna, d'origine tribale, au temple de Ranakpur
Dans de nombreux passages des écritures védiques, les femmes sont dépeintes comme des êtres néfastes, et il est demandé d'éviter de les regarder, de même que les intouchables, les cadavres, etc. N'ayant pratiquement aucune place dans la vie religieuse, elles étaient alors négligées et déconsidérées.
Avec Mahâvîra, la basse condition des femmes indiennes fut modifiée, radicalement, et de diverses façons. Il supprima les nombreuses restrictions qui leur étaient imposées, spécialement en matière de pratique religieuse, et il ne fit aucune distinction entre les hommes et elles, dans l'observation de sa foi. Dans celle-ci, les règles de conduite sont exactement identiques, pour les hommes et pour les femmes. Il en est de même pour l'étude des textes sacrés, l'observance des devoirs quotidiens, la pratique des vœux, l'entrée dans les ordres ascétiques, les règles de pénitence, la réalisation des progrès spirituels, etc.
Mahâvîra a, en effet, toujours montré une attitude d'égalité entre les hommes et les femmes, que celles-ci soient épouses de rois, membres de l'aristocratie ou du peuple. De ce fait, nombreuses furent celles de la haute société qui saisirent l'occasion de réaliser leur salut, en entrant dans la voie jaïna comme nonnes (sâdhvi).
Il a été reconnu que l'ordre quadruple de Mahâvîra comportait: 14000 sâdhus, 36000 sâdhvis, 100000 shrâvaka (laïcs hommes) et 300000 shrâvikâ (laïques femmes), ce qui montre bien que l'élément féminin était largement majoritaire. C'est là un signe évident que les femmes ont été très ardentes à tirer profit de l'occasion qui leur était offerte.
Nombreuses furent celles de familles royales, proches parentes de Mahâvîra, qui rejoignirent son ordre ascétique. Par exemple, Chandanâ, Jydestâ, les deux jeunes sœurs de la reine Trishâla, la mère de Mahâvîra, et Yashasvatî, la femme de son oncle maternel, entrèrent dans son ordre. Chandanâ fut chargée de la direction des nonnes.
Ainsi, Mahâvîra réalisa l'émancipation des femmes indiennes en leur donnant, comme aux hommes, la possibilité d'atteindre le principal objectif de leur vie, c'est-à-dire la libération. Elles firent le meilleur usage de cette possibilité et furent nombreuses à se distinguer comme enseignantes et comme prédicatrices.
Le développement de l'éducation des filles
L'indépendance religieuse accordée aux femmes eut des répercussions dans d'autres domaines, en Inde. L'égalité leur fut donnée, également, en matière d'éducation. Une grande importance fut attribuée à celle des filles dès Rshaba, le premier Tîrthankara. C'est ainsi que celui-ci dit à ces deux filles, Brâmi et Sundarî, que ce ne serait que lorsqu'elles auraient reçu une éducation que leur vie serait féconde et que « de même qu'un homme instruit est tenu en haute estime, par les personnes éduquées, de même une dame instruite occupe la position la plus élevée, dans le monde des femmes ».