Thérèse Charlotte Louise Frédérique Amélie de Saxe-Hildburghausen (en allemand : Therese Charlotte Luise Friederike Amalie von Sachsen-Hildburghausen), princesse de Saxe-Hildburghausen puis, par son mariage, reine de Bavière, est née le à Seidingstadt, dans le duché de Saxe-Hildburghausen, et décédée le à Munich, en Bavière. Membre de la branche albertine de la maison de Wettin, elle est reine de Bavière de 1825 à 1848.
Issue d’une famille cultivée mais modeste, la princesse Thérèse grandit en Thuringe. Élevée dans la religion protestante, elle épouse le prince catholique Louis de Bavière en 1810, ce qui donne lieu à d’importantes festivités à l’origine de l’actuelle Oktoberfest. Autorisée à conserver sa foi, la princesse est le témoin des vexations dont sont victimes les protestants de Bavière. Elle n’en soutient pas moins ses coreligionnaires et patronne notamment la construction de l’.
Très engagée socialement, Thérèse finance de sa cassette de nombreuses organisations caritatives. Devenue reine de Bavière à l’accession au trône de Louis , en 1825, elle fonde, deux ans plus tard, l’ordre de Thérèse, dont la mission est l’aide aux nécessiteux. Fidèle soutien de son époux, elle l’accompagne en représentation et le conseille politiquement à chaque fois qu’elle en a les moyens.
Les nombreuses liaisons du roi mettent toutefois la patience de la souveraine à l’épreuve. De fait, Louis n’hésite pas à mettre en avant ses maîtresses, sans se préoccuper de ce que ressent son épouse. La relation qu’il entretient avec Lola Montez, à partir de 1846, conduit ainsi Thérèse à s’éloigner publiquement de lui pour montrer sa désapprobation. Cependant, quand le scandale débouche sur une révolution, en 1848, Thérèse change immédiatement d’attitude pour soutenir son mari.
Louis abdique, malgré tout, à la suite de ces événements et Thérèse devient reine douairière. Elle meurt du choléra six ans plus tard, en 1854.
Famille Thérèse est le du duc Frédéric de Saxe-Hildburghausen (1763-1834) et de son épouse la princesse Charlotte de Mecklembourg-Strelitz (1769-1818), elle-même fille du duc Charles II de Mecklembourg-Strelitz. Par sa mère, Thérèse est donc la nièce des reines Louise de Prusse (1776-1810) et Frédérique de Hanovre (1778-1841). Les rois Frédéric-Guillaume IV (1795-1861) et Guillaume de Prusse (1797-1888), le roi Georges V de Hanovre (1819-1878) et la tsarine Alexandra Feodorovna de Russie (1798-1860) sont ses cousins et cousines.
Le , Thérèse épouse, à Munich, le futur Louis de Bavière (1786-1868), lui-même fils du roi Maximilien de Bavière (1756-1825) et de sa première épouse la princesse Wilhelmine de Hesse-Darmstadt (1765-1796). De cette union naissent neuf enfants : Maximilien II (1811-1864), roi de Bavière, qui épouse, en 1842, la princesse Marie de Prusse (1825-1889) ; Mathilde (1813-1862), princesse de Bavière, qui s'unit, en 1833, au grand-duc Louis III de Hesse-et-du-Rhin (1806-1877) ; Othon (1815-1867), roi de Grèce et prince de Bavière, qui épouse, en 1836, la princesse Amélie d'Oldenbourg (1818-1875) ; Théodolinde (1816-1817), princesse de Bavière ; Luitpold (1821-1912), prince et régent de Bavière, qui s'unit, en 1844, à la princesse Augusta de Toscane (1825-1864) ; Adelgonde (1823-1914), princesse de Bavière, qui épouse, en 1842, le duc François V de Modène (1819-1875) ; Hildegarde (1825-1864), princesse de Bavière, qui s'unit, en 1844, à l'archiduc Albert d'Autriche (1817-1895) ; Alexandra (1826-1875), princesse de Bavière, directrice et abbesse supérieure de l'abbaye royale zur Heiligen Anna à Munich et Würzbourg ; Adalbert (1828-1875), prince de Bavière, qui épouse, en 1856, l'infante Amélie d'Espagne (1834-1905).
Biographie Une petite princesse saxonne Enfance et jeunesse
La princesse Thérèse est issue de la maison de Saxe-Hildburghausen, elle-même membre de la branche ernestine de la maison de Wettin. Ses ancêtres choisissent le duché de Saxe-Hildburghausen pour résidence en 1680. La ruine financière dans laquelle quatre de leurs chefs successifs laissent le pays conduit le Saint-Empire à nommer une commission de débit pour étudier les demandes de leurs créanciers et rééquilibrer les dépenses. En 1806, Thérèse atteint l'âge de 14 ans et le travail de cette commission s'achève, mais la situation n'est pas encore complètement rétablie.
La princesse voit le jour dans la résidence d’été du duché, à proximité d'Hildburghausen, au château de chasse Landséjour, qui n’existe plus aujourd’hui. Le , elle est baptisée par Andreas Genssler, le chapelain de la cour, et reçoit le prénom de Thérèse. Ce choix n’est pas anodin : il honore les liens amorcés autrefois par le prince-régent Joseph-Frédéric de Saxe-Hildburghausen (mentor du père de Thérèse) avec l’impératrice Marie-Thérèse. Les parrains et marraines de la petite fille sont sa grand-mère Frédérique de Hesse-Darmstadt, le duc et la duchesse d'York, la princesse Caroline de Palatinat-Deux-Ponts-Birkenfeld, le prince héritier Louis de Bade et enfin le prince-évêque de Wurtzbourg.
La princesse grandit aux côtés de ses frères et sœurs Charlotte, Joseph, Louise, Georges, Frédéric et Édouard au . L'union de ses parents n'est guère heureuse. Selon la princesse Marie-Louise de Leiningen-Dagsbourg-Falkenbourg, arrière-grand-mère de Thérèse, qui séjourne au château en 1792, le duc Frédéric tandis que la duchesse .
Pour Thérèse et sa fratrie, la mince liste civile imposée par la tutelle administrative impériale au duc Frédéric se traduit par des conditions de vie précaires. La viande est rare au menu de la famille, la blanchisserie du château manque de savon et, faute de pouvoir remplacer les chandelles consumées, il faut même un jour abréger un bal. Lorsque Louise de Mecklembourg-Strelitz, la tante de Thérèse, et son mari, le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse, viennent pour la première fois en visite à Hildburgshausen en 1803, les administrateurs allouent toutefois une enveloppe financière pour améliorer les voies d’accès à la ville et renouveler le mobilier du château.
La mère de Thérèse, la brillante duchesse Charlotte, arrive malgré tout à entretenir une activité intellectuelle au château, si bien qu'Hildburghausen finit, grâce à elle, par être surnommée la « petite-Weimar ».. Artiste, la duchesse assouplit les principes de l'étiquette et convie à la cour musiciens, peintres et poètes, parmi lesquels l'écrivain Jean Paul, qui se fiance avec l'une de ses dames de compagnie et reçoit, en 1799, le titre de conseiller. Parmi les autres poètes protégés par la duchesse, on peut également citer Friedrich Rückert, qui dédie à Thérèse et à ses sœurs Charlotte et Louise son poème « Mit drei Moosrosen »Voici les premières lignes du poème :..
Thérèse est élevée dans le respect des croyances luthériennes, essentiellement par Johanna Nonne (1760-1837) et l’aumônier de la cour Heinrich Kühner (1772-1827). Toute sa jeunesse, elle évolue dans un environnement libéral et cultivé, qui malgré la relation difficile de ses parents, reste empreint de chaleur et de complicité avec ses frères et sœurs. La princesse étudie la littérature classique allemande et la langue française. Le peintre de la cour Carl August Kessler lui dispense des cours de peinture et Johann Peter Heuschkel, qui enseigne le piano à Carl Maria von Weber, compte aussi Thérèse parmi ses élèves.
Fiançailles
La princesse Thérèse est, à l'origine, promise à son oncle Georges de Mecklembourg-Strelitz, mais elle figure également sur la liste des épouses potentielles commandée par Napoléon en 1809. Ce document regroupe les princesses qui permettraient à l'empereur autoproclamé de s'allier par mariage à une vieille maison princière européenne.
Cependant, le prince régent Louis de Bavière se montre plus rapide que les autres prétendants de Thérèse. En effet, le prince craint d'être contraint par Napoléon d'épouser l'une de ses parentes, comme le fut sa propre sœur Augusta, mariée à Eugène de Beauharnais. L'héritier du trône bavarois déclare ainsi : . Le roi Maximilien pousse par ailleurs son fils à se rapprocher de Thérèse. Il lui dit ainsi : .
Louis de Bavière séjourne au château d'Hildburghausen du 21 au , tandis que ses parents se rendent à Paris sur invitation de Napoléon. Le prince régent est persuadé que ce voyage vise à négocier avec l’empereur son mariage avec une princesse française. Le choix de Louis se porte donc rapidement sur Thérèse, bien que sa sœur Louise soit réputée plus jolie qu'elle. En , le père de Louis envoie son consentement depuis Paris et laisse entendre que Napoléon avait, lui aussi, jeté son dévolu sur la princesse Thérèse : . Les fiançailles se déroulent le à Hildburghausen, en l'absence des parents de Louis qui se trouvent encore en France. La correspondance entre les époux nous apprend que c'est lors du bal de fiançailles que Louis, qui s'enflamme assez facilement, semble être tombé amoureux de Thérèse. Un détail de leur contrat de mariage retarde les noces que Louis voudrait pourtant imminentes. Les deux jeunes gens sont en effet de confessions différentes et Thérèse refuse de se convertir au catholicisme.
Pour la cérémonie de fiançailles, la cour de Bavière envoie à Hildburghausen le baron Karl Ludwig von Kessling. L'annonce officielle de l'engagement est faite le et Thérèse reçoit en cadeau un portrait de son futur époux serti de brillants. La princesse part pour Munich avec ses parents et sa sœur le . Une grande fête est donnée à Hildburghausen pour cette occasion. Friedrich Rückert écrit pour cet événement le poème de mariage et de départ An eine fürstliche Braut. C'est en mémoire de cette fête d'Adieu que l'on célèbre, depuis les années 1990, la Theresienfest à Hildburghausen. Au fil des années, cette fête est devenue la plus grande fête populaire du sud de la Thuringe.. La famille part ensuite pour Bamberg, où elle est accueillie par le duc Guillaume en Bavière, puis à Ratisbonne, où elle est saluée à coups de canon, puis à Saint-Emmeram, chez une tanteMartha Schad la qualifie par erreur de marraine de Thérèse . de Thérèse, la princesse Thérèse-Mathilde de Thurn-et-Taxis. Frédéric , le père de Thérèse, y reçoit la médaille de l'ordre de Saint-Hubert et on présente à Thérèse son futur intendant de cour, le comte Fabrizio Evaristo Pocci (1766–1844), qui lui remet une lettre de Louis empreinte de nostalgie.
Princesse de Bavière Un mariage resté dans les mémoires
Le matin du , la famille royale célèbre la fête du roi Maximilien dans l'église Saint-Michel de Munich. Le soir même, Louis et Thérèse, qui souffre alors d'une rage de dents, s'unissent en la chapelle royale de la Résidence. C'est le premier mariage princier que connaît la Bavière depuis 1722. Cinq jours de fêtes nuptiales coûteuses donnent au jeune royaume de Bavière (créé seulement 4 ans auparavant) l'occasion d'exhiber ses fastes.
Les festivités commencent le sur la place Max-Joseph. La ville est illuminée et l'entrée à toutes les activités organisées pour accompagner les noces (bal populaire, opéra, concerts et représentations théâtrales) est gratuite. Le Certaines sources donnent le 16 octobre., sur la place Sendlinger Tor, une grande course de chevaux organisée par la garde nationale célèbre à son tour les noces princières. En prévision de l'événement, Thérèse s'est fait confectionner auparavant, à Hildburghausen, une robe aux couleurs de la Bavière. Les époux sont salués par 9 couples de paysans en costume traditionnel venus des 9 districts du royaume bavarois. En l'honneur de la princesse héritière, cet emplacement est baptisé « Theresienwiese ». L'année suivante on recommence les festivités, et depuis cette époque, la tradition est perpétuée chaque année à travers l'« Oktoberfest » (fête de la bière), sur l'actuelle esplanade Theresienwiese.