Chéticamp (prononcer ) (en micmac : Awjátúj (orthographe Francis-Smith), littéralement « rarement plein ») est une localité et le district numéro 1 de la municipalité du comté d'Inverness., située sur la côte occidentale de l’île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse. Elle forme avec Saint-Joseph-du-Moine et Margaree la région francophone et acadienne du comté. Ses habitants sont les Chéticantins ou parfois Chéticantains.
Le Jersiais Charles Robin fonde un poste de pêche à Chéticamp en 1780 mais le village est habité de façon permanente à partir de 1782, lorsque des réfugiés de la Déportation des Acadiens viennent y vivre. Robin et les autres marchands réduisent la population à un état proche du servage durant un siècle, jusqu'à ce que le mouvement coopératif du permette à la population vivant surtout de la pêche de se libérer. Après plusieurs exploitations minières plus ou moins fructueuses, l'économie se diversifie dans la fabrication de tapis puis dans le tourisme. Une crise économique frappe la ville depuis 1992.
Chéticamp possède une riche culture acadienne, marquée par une architecture, une cuisine, un folklore, une langue et une musique avec de nombreuses particularités uniques à la région.
Chéticamp est situé à l'entrée du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton et possède plusieurs attractions touristiques, dont l'église Saint-Pierre, trois musées, des festivals, une plage et plusieurs ports de pêche.
Toponyme Le nom « Chéticamp » fut donné par les Micmacs, qui vivent toujours sur l'île du Cap-Breton bien qu'ils soient peu présents en ville. Il se prononce « aoutchaadououtch » dans la langue micmacque, ce qui signifie « rarement plein », faisant vraisemblablement référence à l'embouchure du havre de Chéticamp qui possédait autrefois une large dune s'agrandissant davantage à marée basse. Ce nom s'écrivait Aotjatoj dans l'orthographe Pacifique. Il est désormais orthographié Awjátúj dans l'orthographe Francis-Smith ., ce qui donnerait Awja:tu:j dans l'orthographe du Lexique et Awja’tu’j dans l'orthographe de Listuguj.
L'orthographe française connut plusieurs variations au fil du temps. Les missionnaires écrivirent successivement I. Ochatisia (1660), Ochatis (1689), Chétican, Chéticamps (1725) et Chétifcamp (1803). L'orthographe actuelle apparut pour la première fois le , sous la plume du missionnaire Antoine Manseau. Dans la langue française, le nom se prononça successivement Le Chady, Le Grand Chady, Le Chady Grand, Île de Chedegan et finalement, la version actuelle, Chatican. Chéticamp est la prononciation la plus fréquente ailleurs.
Le nom ne prend pas toujours d'accent aigu en anglais, soit Cheticamp.
Un village de l'Ouest de la Nouvelle-Écosse, Saint-Alphonse-de-Clare, s'appelait à l'origine Chéticamp-de-Clare. Son nom fut changé pour éviter des problèmes de livraison du courrier.
Géographie
thumb|Carte topographique de Chéticamp, montrant les quartiers et principaux lieux-dits. Les limites montrées sont celles du plan de zonage. Géographie physique Situation Chéticamp est situé à de route au nord de la chaussée de Canso et à de route à l'ouest de Sydney. La ville est située sur la rive occidentale de l'île du Cap-Breton, au cœur de la région de Chéticamp, dont elle est en quelque sorte le chef-lieu.
Chéticamp n'a aucun statut légal mais on considère généralement que la ville s'étend sur entre la rivière de la Prairie au nord et le Grand Lac au sud, ce qui correspond au territoire du plan de zonage .. Le quartier du Lac, au sud du Grand Lac, peut aussi être considéré comme faisant partie de Chéticamp. Le village de Saint-Joseph-du-Moine s'étend au sud alors que le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton se trouve au nord. Une région sauvage s'étend à l'est pendant près de jusqu'à Ingonish et l'océan Atlantique. Par contre, un secteur du parc national est historiquement lié à Chéticamp. Il comprend les ruines des hameaux du Buttereau et de Cap-Rouge. La partie habitée de Chéticamp a une superficie d'à peu près , ce qui, avec une population de .Ce nombre inclut Saint-Joseph-du-Moine ainsi que Terre-Noire, dans Margaree. La plus grande partie de la population de ce secteur demeure à Chéticamp., donne une densité de population d'environ .
Topographie Chéticamp est situé au bord du golfe du Saint-Laurent, sur le versant occidental du plateau du Cap-Breton. Les terres s'élèvent graduellement à partir de la mer. Le point culminant du plateau est situé à au-dessus du niveau de la mer mais le point le plus haut dans le territoire de la ville est situé à environ d'altitude. Le havre de Chéticamp, long de du nord au sud et mesurant jusqu'à de large, est l'autre élément distinctif de la topographie de Chéticamp. Il est délimité à l'ouest par l'île de Chéticamp, de forme grossièrement rectangulaire et mesurant du nord au sud par . C'est en fait une presqu'île, reliée au continent par Le Banc, un isthme qui ferme le havre au sud. Le principal cap est La Pointe, située au sud-ouest de l'île et qui délimite, avec le Banc, une vaste baie presque circulaire, L'Anse. La Pointe est aussi le nom donné à la portion triangulaire au nord du territoire, délimitée par le golfe et la rivière de la Prairie. La pointe à Cochons se trouve au sud-est du havre et délimite un autre plan d'eau, Les Bras, qui lui-même possède d'autres ramifications, dont le bassin du Redman à l'est ainsi que l'anse à Petit-Homme et l'anse aux Huileux au sud. thumb|L'embouchure de la rivière de Chéticamp et du ruisseau Aucoin. La ville est visible à l'arrière-plan.
La montagne directement à l'est de la ville est la Montagne Noire. La montain des Écureaux est située plus au sud. La ville est bordée au nord par le Buttereau, qui, malgré son nom, fait plus de de haut. Au-delà du Buttereau se trouvent les rigouèche. Les principaux sont le rigouèche à Bernard et le rigouèche à Bessure. Au nord-est s'élève la Grande Falaise, la paroi à pic de la montain à Jérôme. Visibles de la ville se trouvent aussi, au pied de la montagne, un rocher appelé le Pillier et la Presqu'île. Il y a tout de même quelques buttes et buttereaux à l'intérieur de la ville, par exemple la butte du cimetière, la butte de l'ours, le buttereau à John, la butte à Hubert à Henri, la butte des Constant, la Butte de la commune, la Butte à Élie et la Butte à John à Raymond. L'altitude maximale de l'île est de , mais le relief y est généralement plat. Une bonne partie du littoral de la ville est formé de falaises et de talus. Il y a par contre quelques plages, dont la plage Saint-Pierre située sur Le Banc et constituée de sable, le platin, à l'entrée du havre, et la plage de gravier de Petit-Étang.
Le principal cours d'eau est la rivière de la Prairie, ou rivière Chéticamp. Son embouchure dans le golfe est constituée d'un barachois et son principal affluent dans la ville est le ruisseau des Aucoin, qui se jette en rive gauche après avoir passé à l'est de la ville et au travers du marais de la Prairie. Vers le sud, la Frênière se jette dans le golfe par le Petit-Étang. La rivière du Platin ou rivière Fiset se jette dans le bassin du Redman. Le ruisseau de la Ferme se jette dans le golfe. Le ruisseau de l'Usine se jette dans le Grand Lac, qui se déverse dans le ruisseau du Lac et finalement dans le golfe. Le principal plan d'eau est le Grand Lac, au sud. Il y a aussi l'étang à Johnny à Eusèbe, le Petit Étang et l'étang de Pointe-à-la-Croix.
Il y a de nombreux autres lieux-dits, dont l'Abime, l'anse au Brick, l'anse du Bois-Marié, les Bouleaux, le Brûlé, le buttereau à Pierrot, les Caps, la Cave à Loups, les Caveaux, les Caves, le Chemin des vieux, le Chemin du Portage, le Chêne, le Collet à Orignal, la Coulèche, la Digue, l'étang à Phirin, la Ferme, le Four à Pierre Bois, le Gabion, le Grand Plé, les Grandes Parts, le Gros Cap ou le Nique-du-Corbeau, la Grosse Tête, le havre à Marcel, le havre de la Pointe, la panwax à Piquet, le Petit Havre, le Petit Plé ou Belle Marche, la Petite Allée, la Petite Prairie, la Petite Source, le Plateau, le Platin, le Plé, le Plé des Bœufs, la pointe aux Pois, la pointe Enragée, le pont de Ciment, les Prées Rondes, le quai à Braquette, le Redman, le ruisseau creux, le ruisseau de l'île, le ruisseau du Mât, le ruisseau du Mitan de l'Île, la Source Bouillante, la source des Bostonais, la Sucrerie, la Terre Rouge et le trou à Pochard.
Climat Chéticamp bénéficie d'un climat tempéré caractérisé par des hivers doux et des étés sans chaleur excessive. La situation de l'île du Cap-Breton entre le golfe du Saint-Laurent et l'océan Atlantique influence le climat, en causant des changements rapides de température, des redoux en hiver, du brouillard et un enneigement abondant, de l'ordre de 300 à par hiver.. De plus, les tempêtes tropicales sont fréquentes à l'automne et la neige peut être présente jusqu'en juin en altitude. Le vent dominant vient de l'ouest pendant presque toute l'année et est généralement doux, sauf pendant 4 à au printemps où il souffle de l'est. Lorsque le vent du sud-est, ou Suête, souffle sur le plateau, il prend de la vitesse et s'abat sur la côte occidentale. Phénomène plutôt rare, le suête peut donner des rafales de vent allant jusqu'à pouvant causer des dégâts importants et des accidents. Les vieilles maisons étaient autrefois attachées avec du fil d'acier pour éviter qu'elles ne s'envolent, et les Chéticantins ont su s'adapter à ces conditions en reconnaissant les signes avant-coureurs, en construisant des maisons plus solides qu'ailleurs et en adaptant les toitures. D'ailleurs, l'arrivée du suête est annoncée à la radio. Malgré ces conditions climatiques extrêmes, Chéticamp bénéficie de nombreuses journées calmes et ensoleillées.
La première station météorologique fut installée à Chéticamp en 1935 mais il n'y a pas de relevés disponibles entre 1945 et 1956.
Milieu naturel thumb|Deux forêts se chevauchent à Chéticamp. Chéticamp est situé dans l'écorégion des hautes-terres de la Nouvelle-Écosse tandis que le plateau est compris dans l'écorégion des hautes-terres du Cap-Breton. Tous deux sont situés dans l'écozone Maritime de l'Atlantique..
Flore Plusieurs secteurs de la ville ne sont pas développés, bien que de nombreux boisés aient été influencés par les feux de forêts ou la présence humaine. Au pied du plateau s'étend la forêt acadienne alors que la forêt boréale se retrouve au sommet. Bien que présente sur l'île, la taïga ne se retrouve que dans les secteurs les plus élevés, éloignés de la ville. La forêt acadienne est une forêt mixte, très diversifiée, dont la composition peut varier considérablement d'un secteur à l'autre ; dans le cas de Chéticamp, la forêt n'est pas interrompue par une montagne comme ailleurs sur l'île. Les arbres représentatifs de cette forêt sont l'érable à sucre (Acer saccharum), le merisier (Prunus avium), le hêtre américain (Fagus grandifolia), le sapin baumier (Abies balsamea) et la pruche (Tsuga).. Les arbres les plus représentatifs de la forêt boréale sont le sapin baumier (Abies balsamea) et le bouleau à papier (Betula papyrifera) mais on retrouve aussi l'épinette blanche (Picea glauca) et l'épinette noire (Picea mariana).. Les arbres restent relativement petits et ne vivent pas plus de 50 à . L'épaisseur du couvert forestier et les sols acides expliquent la rareté des buissons et des strates herbacées. Les végétaux les plus courants du sous-bois sont la trientale boréale (Trientalis borealis), la clintonie (Clintonia), le cornouiller du Canada (Cornus canadensis), la maïanthème du Canada (Maianthemum canadense), la linnée boréale (Linnaea borealis) et le sphaigne brun.
Faune thumb|Un orignal photographié dans le parc national.