Le baron François-Paul de LisolaSon nom est parfois écrit L'Isola. est un homme d'État, habile diplomate qui s'est mis au service des Habsbourg et a rédigé des ouvrages dénonçant la politique des rois de France, né en 1613 à Salins dans le comté de Bourgogne et mort Autriche à Vienne en 1674.

François-Paul de Lisola fut par ses écrits, largement diffusés dans le Saint-Empire romain germanique et en Angleterre, un des adversaires les plus acharnés de Louis XIV, dont il dénonça dès 1667 dans le Bouclier d'Etat et de Justice les « prétentions qui s'étendent presque sur toute l'Europe ».

N'étant pas noble, avant de recevoir le titre de baron du Saint-Empire (en allemand : Reichsfreiherr) en 1659, François-Paul de Lisola n'a jamais été ambassadeur, mais résident, diplomate, publiciste défendant les intérêts de la maison des Habsbourg d'Autriche, empereurs du Saint-Empire, s'opposant aux prétentions des rois de France par des moyens qui ont amené Louvois à donner l'ordre de l'arrêter et s'il s'opposait, de le tuerLettre de Louvois au comte d'Estrade en 1674 : « Il y a bien de l’apparence que M. de Lisola doit bientôt partir de Liège pour s’en retourner à Cologne. Comme ce serait un grand avantage de le pouvoir prendre, et que même il n’y aurait pas grand inconvénient de le tuer, pour peu que lui ou ceux qui seraient avec lui se défendissent, parce que c’est un homme fort impertinent dans ses discours, et qui emploie toute son industrie, dont il ne manque pas, contre les intérêts de la France, avec un acharnement terrible, vous rie sauriez croire combien vous feriez votre cour à sa majesté, si vous pouviez faire exécuter ce projet lorsqu’il s’en retournera. ».

Il utilisa les pseudonymes François de Warendorp , Christophorus Wolfgangus, Christophe Wolfgang et Christophe Wolfphany.

Biographie François-Paul de Lisola appartient à une famille noble d'origine génoise qu'il disait être liée à la famille Spinola, le rapprochant d'Ambrogio Spinola, général génois commandant l'armée espagnole de Flandre et ayant remporté le siège de Bréda, en 1625. Il est né à Salins, fils de Jérôme Lisola, écuyer, seigneur de Thise, et de Suzanne Recy, baptisé le Philippe-Louis Joly, Remarques critiques sur le Dictionnaire de Bayle, chez E. Ganeau, Paris, 1752, Première partie, E. Longin, « Simon de Villerslafaye et sa réponse au livre de Jean Boyvin sur le siège de Dole », note , dans Mémoires de la Société d'émulation du Jura, 1903-1904, série, volume (lire en ligne). Son père était né à Lyon. Il a quitté Lyon pour s'installer à Besançon où il est reçu citoyen le et l'année suivante il est greffier dans une cour de justice de l'archevêque de Besançon. En 1614, il est associé en amodiation des salines de Salins. Son frère, Jérôme de Lisola, a été un chanoine de la cathédrale de Besançon. Il a étudié le droit à Dole où il a obtenu son doctoratHermile Reynald, « Le baron de Lisola. Sa jeunesse et sa première ambassade en Angleterre (1613-1645) ».

La Franche-Comté était une possession des Habsbourg depuis le traité de Senlis après le mariage de Maximilien d'Autriche avec Marie de Bourgogne. Maximilien d'Autriche a organisé la gestion de ses possessions en quatre cercles. Les Pays-Bas et la comté de Bourgogne faisaient alors partie du cercle de Bourgogne. Charles Quint a divisé ses possessions entre les Habsbourg d'Espagne et la branche autrichienne en 1556. Le comté de Bourgogne, la Franche-Comté, est alors une des possessions du roi d'Espagne Philippe II qui y règne en tant que comte de Bourgogne. Il lègue la comté à sa fille Isabelle d'Autriche à condition qu'elle épouse son cousin, l'archiduc Albert d'Autriche, en 1598. Le comté de Bourgogne devait revenir au roi d'Espagne s'ils n'avaient pas d'héritier mâle. Le pacte de neutralité de la Franche-Comté conclu avec la France est renouvelé en 1611 jusqu'en 1640. Albert d'Autriche meurt en 1621 sans héritier et Isabelle d'Autriche se retire chez les Clarisses. La Franche-Comté est alors administrée par Philippe IV.

Isabelle d'Autriche meurt en 1633 et la Franche-Comté revient en pleine propriété aux Habsbourg d'Espagne. En , Lisola prononce l'éloge d'Isabelle d'Autriche à Dole en 1634. Le succès de ce discours a amené à son impression. Cet éloge n'est pas une polémique contre la politique de la France. Il célèbre la veuve ayant pris le voile, la protectrice des arts, sa protection de la Contre-Réforme. Avant cet éloge, il s'était exercé à la poésie car on trouve neuf stances de six vers de lui dans La Sylvanire de Jean Mairet, en 1630Stances de François de Lisola dans l'introduction de La Sylvanire. On trouve aussi un sonnet de lui dans le livre de Jean Puget de La Serre, Histoire curieuse de tout ce qui s'est passé à l'entrée de la Reyne, mère du Roy très chrestien, dans les villes des Pays Bas publié en 1632 (lire en ligne). Il a commencé sa carrière comme avocat à Besançon qui est alors une terre d'Empire relevant de l'empereur du Saint-Empire romain germanique.

Louis XIII intervient dans la guerre de Trente Ans en 1635. Il rompt le pacte de neutralité sur la Franche-Comté en 1636 et commence la guerre de Dix Ans. Les troupes françaises font le siège de Dole en 1636. Lisola est mêlé à des troubles à Besançon en 1638. La Franche-Comté est dévastée par les troupes françaises en 1638. Lisola se rend à Vienne en 1639 où il s'est mis au service de Ferdinand III. Louis XIV vient juste de naître. Première ambassade à Londres (1640-1645) Il a acquis la faveur de l'influent Maximilian von und zu Trauttmansdorff. À sa demande, il est envoyé à Londres en 1640. Là, il s’est efforcé d’aborder les questions politiques. L'objet de cette première mission est d'éviter le rapprochement entre l'Angleterre de Charles et la France de Louis XIII. Ce rapprochement avait une première cause : La guerre de Trente Ans a été provoquée par l'acceptation en 1619 du trône de Bohême par l'électeur du Palatinat Frédéric V Wittelsbach, protestant et à la tête de l'Union protestante, contre l'empereur Ferdinand II. Il s'était marié en 1613 avec Élisabeth Stuart, fille de Jacques et sœur de Charles , rois d'Angleterre. Ferdinand V du Palatinat est battu en 1620 à la bataille de la Montagne-Blanche et mis au ban de l'empire par l'empereur Ferdinand II en perdant aussi le Palatinat qui est donné à la branche catholique de la famille Wittelsbach, Maximilien de Bavière. Les rois d'Angleterre vont essayer d'aider Frédéric V à retrouver le Palatinat. Jacques avait envoyé une expédition pour l'aider en , mais il meurt en mars. Charles a continué a appuyé son beau-frère. Il s'est marié le avec Henriette Marie de France, sœur de Louis XIII. Le roi d'Angleterre a demandé à l'empereur de restituer le Palatinat à Frédéric V, mort en 1632, et à son fils Charles Ier Louis du Palatinat. Ferdinand II meurt en 1637, remplacé par Ferdinand III. Devant le refus de l'empereur, Charles s'est rapproché de Louis XIII et Richelieu en 1637 en leur promettant de déclarer la guerre à l'empereur contre l'appui de Charles Louis pour lui obtenir la restitution du Palatinat. Charles-Louis publie en 1637 un manifeste pour soutenir ses prétentions sur le Palatinat. Grâce à des subsides anglais, Charles Louis et son frère Rupert lèvent un corps d'armée renforcé par des troupes envoyées par Axel Oxenstierna, grand chancelier de Suède. Ils entreprennent le siège de Lemgo, en Westphalie, mais doivent le lever à l'arrivée de l'armée impériale et sont battus le à Vlotho par Melchior von Hatzfeldt. Le prince Rupert est fait prisonnier gardé à Linz pendant trois ans. Libéré, il a commandé la cavalerie royaliste pendant la première révolution anglaise, à partir de 1642. Il est fait duc de Cumberland en 1644. Il a tenté de trouver un accord avec Charles Louis du Palatinat.

La seconde cause du rapprochement entre les rois d'Angleterre et de France vient des troubles religieux. En Angleterre, pays anglican, l'opinion publique craint le rétablissement du catholicisme.Lisola, présent à Londres depuis 1640, reçoit ses lettres de créance en . Il a découvert à Londres les conflits religieux en Angleterre. Ils vont commencer en 1639-1640 par les guerres des évêques entreprises par Charles contre les Écossais calvinistes. Dans ses rapports envoyés à l'empereur Ferdinand III en 1640 et 1641 il décrit les troubles religieux en Angleterre qui poussent Charles à se rapprocher de Louis XIII.

Lisola va surtout s'opposer à la politique de Richelieu qui cherche à séparer les Habsbourg d'Autriche des Habsbourg d'Espagne et à empêcher aux premiers de se rendre maître de l'Allemagne. Dans une lettre de 1640 à Maximilian von und zu Trauttmansdorff, il remarque que la guerre a obligé le roi de France à augmenter les impôts ce qui a provoqué des troubles dans les provinces. Il propose à l'empereur de soutenir financièrement ces révoltes. Il a également soutenu des émigrés français opposés à Richelieu, Benjamin de Rohan et Bernard de La Valette réfugiés à Londres. Lisola n'a pas réussi à s'imposer face aux ambassadeurs français. Sa première mission a échoué mais il a écrit à l'empereur que la meilleure façon de l'aider s'était que « les parties continuent à lutter avec des forces à peu près égales ; aussi m'opposé-je de tout mon pouvoir à une réconciliation entre le roi et le parlement ». Lisola rédige à Londres, en , un texte sur la situation en Angleterre dont il ne subsiste plus qu'une copie. Il doit quitter précipitamment Londres où sa maison est pillée. Il est à Bruxelles en .

Pendant cette première mission diplomatique il a fait la connaissance de certains personnages dont il va cultiver les relations pendant sa seconde mission diplomatique à Londres

Après 1645 Il a fait nommer Jean Mairet résident de Franche-Comté à Paris, fonction que celui-ci exerça de 1645 à 1653, date à laquelle Mazarin l'exila par lettre de cachet, alors que Lisola allait le faire nommer résident de l'empereur à Paris.

Il participe en 1646 aux négociations de la paix à Münster, mais temporairement à cause de ses sentiments anti-français. Pendant ces discussions le cardinal Mazarin a écrit dans un Memorandum aux négociateurs français, daté du , que « l'acquisition des Pays-Bas forme à la ville de Paris un boulevard inexpugnable. Ce serait alors que l'on pourrait l'appeler le cœur de la France (Paris), et il serait placé dans l'endroit le plus sûr du royaume ». Pour ce faire, il envisageait d'échanger la Catalogne y compris le Roussilon qui est occupée par la France contre les Pays-Bas espagnolsActa Pacis Westphalis : 72. Memorandum Mazarins für Longueville, d’Avaux und Servien Paris 1646 Januar 20. Les Pays-Bas espagnols vont constituer un enjeu pour l'empereur du Saint-Empire, le royaume d'Espagne, les Provinces-Unies et le royaume d'Angleterre. Pour Lisola, c'est une « avant-muraille », c'est-à-dire une ceinture défensive protégeant du « grand pouvoir de la France ».

Après la mort de Ladislas IV Vasa, le , il est envoyé en Pologne pour défendre les intérêts de l'empereur. Il écrit le à Jean-Adolphe de Schwarzenberg en attribuant le soulèvement des cosaques « au manquement d'un roi ou du moins d'un chef, qui puisse agir avec l'autorité suffisante pendant l'Interrègne » (il s'agit de l'interrègne entre Ladislas IV et Jean II Casimir Vasa).

Pendant la Fronde, il a essayé de créer une alliance en Alsace pour s'opposer au gouvernement de cardinal Mazarin. En l'absence de soutien espagnol, cette tentative a échoué.

Ambassade en Pologne (1655-1661) et missions diplomatiques auprès de l'électeur de Brandebourg (1655-1658)