vignette|Arnica montana var. montana

L’Arnica des montagnes, ou Arnica montana, est une espèce de plantes herbacées vivace rhizomateuse du genre Arnica et de la famille des Asteraceae. Cette plante européenne principalement montagnarde est typique des sols acides et pauvres en éléments nutritifs. Ses populations, fortement malmenées par l'agriculture intensive, deviennent de plus en plus rares. Cette situation lui vaut d'ailleurs d'être nommée dans de nombreux textes de loi la protégeant et particulièrement dans la Directive habitats européenne.

En médecine traditionnelle, l'arnica des montagnes est décrite dans des pharmacopées européennes pour son usage dans le traitement de petits traumatismes comme les hématomes mais cet usage n'est pas soutenu par des études scientifiques. Les études sur les préparations homéopathiques n'ont pas montré d'efficacité supérieure à un placebo..

Afin de fournir les laboratoires pharmaceutiques, dont la demande européenne annuelle est estimée à de capitules secs, l'arnica est cueillie à l'état sauvage. Cependant, la demande croissante en produits phytothérapeutiques et homéopathiques et sa rareté semblent inconciliables. En effet, devant la raréfaction des stations sauvages causée par les pratiques agricoles modernes, la cueillette tend à se concentrer sur quelques sites et à les surexploiter. De plus, sa culture reste à l'heure actuelle aléatoire tant ses exigences sont nombreuses.

Néanmoins, des alternatives se mettent en place : la recherche sur sa culture avance, l'Allemagne et la communauté européenne ont ouvert leur pharmacopée pour accueillir une plante thérapeutiquement équivalente tandis que d'autres mettent en place des conventions entre les différentes parties en jeu afin de concilier économie et écologie.

Description

Plante vivace de 20 à , à rosette, l'Arnica des montagnes (Arnica montana var. montana) fleurit entre mai et août selon les étages de végétation. Elle est pollinisée par les insectes et ses graines sont dispersées par le vent.

Toute la plante est de couleur vert pâle et couverte de poils glanduleux très odorants (trichomes). Cette plante est facilement reconnaissable d'une part grâce à ses feuilles basilaires sessiles, ovales et à nervures longitudinales saillantes en dessous ; l'ensemble des rosettes forme couramment des plaques compactes. D'autre part, elle s'identifie aisément grâce à sa hampe florale de 20 à munie de 2 petites feuilles caulinaires opposées ou sub-opposées. Ses capitules jaune-orangé sont assez grands (6-) et solitaires (ou réunis par 3 ou 4), dégageant une forte odeur aromatique caractéristique. Comme chez beaucoup dAsteraceae, le capitule est composé de fleurs ligulées femelles (longueur : 20-) et de fleurs tubulées hermaphrodites (longueur : ).

Le fruit est un akène dont la graine est légèrement velue et aussi longue que l'aigrette de soies blanchâtres et non plumeuses qui la surmonte.

Variétés et cultivar Arnica des montagnes commune : Arnica montana L. var. montana Tela Botanica, Arnica montana var. montana, Taxon 6648. synonyme : Arnica montana L. subsp. montana synonyme : Arnica montana L. var. alternifolia Cariot & St.-Lag. synonyme : Arnica montana L. subsp. montana var. alpina L. Arnica des montagnes espagnole : Arnica montana var. atlantica (A. Bolòs) B. Bock, 2013 Tela Botanica, Arnica montana var. atlantica, Taxon 119393.. synonyme : Arnica montana subsp. atlantica A.Bolòs synonyme : Arnica montana L. var. angustifolia Duby

La variété atlantica a des feuilles basales plus étroites et plus longues et porte des feuilles caulinaires sur chacune de ses bractées alors que la variété montana porte ces feuilles uniquement sur sa hampe florale. De plus, elle est souvent plus haute (jusqu'à ) et son involucre est laineux. Les capitules se développent, de façon plus sporadique, du mois de juin au mois d'octobre et sont d'un jaune tendre et non pas orangé comme dans la variété montana.

Considérée comme une sous-espèce depuis 1948, la particularité atlantica est déclassée de façon provisoire au rang de variété par Benoît Bock en 2012. Ceci car ses caractéristiques morphologiques ne sont pas flagrantes ; en effet, il ne pourrait s'agir que d'écomorphoses, c'est-à-dire de modifications morphologiques non héréditaires dues à l'environnement. Dans ce cas, seule une mise en culture conjointe des populations atlantica et montana permettrait de trancher. Mais les mises en culture ex-situ se sont pour l'instant soldées par des échecs.

Arnica montana 'Arbo' : cultivar créé par U. Bomme en 1990

Synonymes Doronicum arnica Desf. (1804, Tab. École Bot., éd. 1 : 101) . Doronicum montanum (L.) Lam. (1786, Encycl. Méth., Bot., 2 : 312)

Étymologie vignette|droite|Senecio doronicum : il est possible de le confondre avec Arnica montana. Ce séneçon pousse dans le même biotope que Arnica montana subsp montana, mais ses feuilles sont alternes et beaucoup plus coriaces. De plus ce séneçon ne dégage aucune odeur particulière.

D'après Pierandrea Mattioli, dans la Grèce antique, la plante nommée par Dioscoride alcimos, c'est-à-dire « salutaire » serait l'arnica des montagnes. Selon Paul Victor Fournier, ce serait Matthaeus Silvaticus, au , qui serait le premier à l'avoir nommé « ptarmica ». Cependant la plante est confondue avec le genre Alisma ou Damasonium. Ce nom sera repris par Conrad Gesner au , puis transformé par le médecin allemand Jean-Michel Fehr en « arnica » au .. Par la suite de nombreuses dénominations se succédèrent. En effet, la proximité du genre Arnica avec le genre Doronicum souleva de nombreuses polémiques entre le et le . Joseph Pitton de Tournefort, au , l'insère pour la première fois dans le genre Doronicum et la nomme « Doronicum plantaginis folio alternum ». Carl von Linné, au , donne pour caractères distinctifs de l'arnica, toutes les semences aigrettées, et cinq filaments stériles dans les demi-fleurons. Il crée donc des genres distincts et nomme l'espèce selon sa méthode binomiale « Arnica montana ». À la même époque, Jean-Baptiste de Lamarck classe le genre Arnica au sein des Doronic et la nomme « Doronicum oppositifolium ». De même, selon Bernard de Jussieu et Pierre Jean François Turpin, le premier des caractères de Linné est trop peu important pour établir une distinction générique et le second n'existerait pas. D'autres noms voient alors le jour comme « Doronicum montanum » en 1786 et « Doronicum arnica » en 1804. La classification actuelle retiendra celle de Carl von LinnéFlore médicale, par François-Pierre Chaumeton, publié 1814 C.L.F. Panckoucke..

L'étymologie de « arnica » est mal connue. Ce nom proviendrait peut-être de l'arabe comme il était d'usage à l'époque mais il est plus probable qu'il vienne d'une altération latine du grec ancien « ptarmique » (plante dont les fleurs font éternuer) du substantif « éternuement », du verbe forme moyenne « éternuer ». La forme moyenne explique la substitution de n à m dans la forme grecque qui est à l'origine de la forme latine. L'amuïssement de pt s'explique par le fait que le latin ne connaît pas ce groupe de consonnes à l'initiale. Cette étymologie fait clairement allusion aux propriétés sternutatoires de l'arnica. Par ailleurs, Jean-Michel Fehr la recommande en 1678 comme poudre à priser et à éternuer purgeant le nezTrésor de la langue française informatisé : Arnica..

L'épithète montana, féminin de montanus présent dans les appellations faisant référence au genre Doronicum comme au genre Arnica, signifie « montagnard », indiquant le caractère principal de sa répartition. Elle provient du latin mons.

Appellations vernaculaires Populairement, en France, Arnica montana est appelée « plantain des Alpes » à cause de la forme lancéolée de ses feuilles et de leurs nervures longitudinales saillantes, « tabac des Vosges » ou « tabac des Alpes » par allusion à l'ancien usage de ses feuilles. Ces deux noms font également référence à son aire de répartition. De plus, elle est nommée « herbe aux chutes », qui est une façon de nous rappeler son caractère anti-ecchymotique. Enfin, elle est nommée « Bétoine des montagnes » J.-C. Rameau, D. Mansion, G. Dumé, Flore Forestière Française. Guide écologique illustré. 2 : Montagnes, IDF, 1989. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, Actes Sud, 1996..

En Allemagne, elle est désignée par ou signifiant « tueuse de loup » car la plante passe pour vaincre la puissance du loup. Le mythe nordique du loup Fenris oppose ce dernier à la pure vitalité du soleil, le loup tentant d'assombrir tout ce que le soleil représente en nous Arnica. Une plante médicinale pleine de force et de sensibilité, Christina Kiehs-Glos, 07/2005, Ed AETHERA..

La désignation scientifique ou ses traductions littérales (en français : « Arnica des montagnes », « Arnique des montagnes » et « Arnique montagnère ») sont internationalement plus répandues que les appellations vernaculaires ; que ce soit en allemand ou en français, leur usage est souvent tombé en désuétude.

Écologie Distribution géographique vignette|gauche|redresse=1.3|Carte de répartition d’Arnica montana.Arnica montana est une plante originaire des régions montagneuses de l'Europe et du sud de la Russie, région appelée Écozone paléarctique. Plus précisément, Arnica montana subsp montana est essentiellement présente en Europe, du sud de la Norvège et de la Lettonie, au sud du Portugal, des Apennins nord et au sud des Carpates. Quant à la variété atlantica, elle est limitée à une zone allant du sud-ouest de la France au sud du Portugal. Voici quelques décennies, Arnica montana était encore une plante commune en Europe. Elle pouvait se rencontrer partout sur le continent, de la plaine jusqu'à . Aujourd'hui, elle est en forte diminution sur la totalité de son aire de distribution et elle se cantonne aux stations les plus hautes et les plus difficiles d'accès Arnica montana sur Traffic Network. D. Bown, Herbal: the essential guide to herbs for living, Pavillion, Londres, 2001..

En France, Arnica montana subsp montana est très rare à l'étage collinéen ; elle est surtout présente à partir de l'étage montagnard jusqu'à l'étage alpin. Elle est présente dans les Pyrénées, le Massif central, le Morvan, les Ardennes, les Vosges et les Alpes. La variété atlantica se rencontre en plaine en Sologne ainsi que dans le Sud du département des Landes d'où elle a quasiment disparu Pierre Dupont, Atlas de la Flore de France, 1990, Muséum d'histoire naturelle, Paris 10..

Exigences écologiques vignette|droite|Pieds de Arnica montana subsp montana au sein d'une lande à callune.Arnica montana var. montana est une variété continentale héliophile (ou de demi-ombre). Elle est totalement acidiphile et se plait au sein des sols pauvres en bases (calcifuge) et en éléments nutritifs. Par contre, elle est très peu exigeante quant au substrat pédologique : elle accepte aussi bien les tourbes et les argiles, que les limons (surtout sableux ou caillouteux) et les arènes. Ces sols devront néanmoins contenir de la silice et être modérément secs à humides (parfois avec des contrastes hydriques au cours de l'année).Arnica montana var. atlantica est une variété sub-océanique, également héliophile (ou de demi-ombre). Elle ne supporte pas les chaleurs extrêmes mais contrairement à la variété montana, craint les gelées tardives. De plus, elle préfère les sols humides à très humides. Quant à ses autres exigences édaphiques, elles sont identiques à celles de la variété montana, à savoir un sol acide à très acide ne contenant que très peu de bases et de phosphates.