Le boulevard Saint-Michel est une voie de Paris séparant les 5 et arrondissements depuis la Seine jusqu'au quartier de Port-Royal (les numéros impairs appartiennent au arrondissement et les numéros pairs au ).
Situation et accès thumb|left|Le boulevard Saint-Michel entre la rue des Écoles et la rue Soufflot (partie sud). thumb|left|Le boulevard Saint-Michel entre la rue des Écoles et la place Saint-Michel (partie nord). Le boulevard s'étend du pont Saint-Michel à l'avenue de l'Observatoire. Il est appelé familièrement « Boul’Mich’ », par contraction de « boulevard Saint Michel », qui lui fut jadis conféré par les étudiants, peut-être par anticléricalisme.
C'est la partie nord du boulevard qui est aujourd'hui la plus animée, grâce à ses nombreuses librairies et boutiques de vêtements, dont la librairie Gibert Joseph.
Il longe le jardin du Luxembourg.
Il donne notamment accès à l'entrée principale de la Sorbonne et du square Samuel-Paty, via la rue des Écoles, ainsi qu'au musée de Cluny, via la rue Du Sommerard.
Origine du nom Cette voie doit son nom au pont Saint-Michel à laquelle elle mène et qui était situé au voisinage de la chapelle Saint-Michel-du-Palais.
Historique thumb|left|Schéma illustrant l'emplacement de l'ancienne porte Saint-Michel (à gauche de l'image), précédemment appelée porte d'Enfer. Sous le Haut-Empire romain, une voie longeait la plupart des bâtiments public de Lutèce : les thermes de la rue Gay-Lussac, le forum, le théâtre de la rue Racine, les thermes de Cluny. Elle est appelée, par l’archéologue Théodore Vacquer, « via inferior » car elle n’aboutissait pas à la Seine, contrairement au cardo maximus. Bien qu’elle soit considérée comme l’amorce d’un axe menant à Chartres, les fouilles n’ont pas permis de découvrir de trace, contemporaine à la période, d’une voie au-delà du quadrillage urbain, page 60..
Le boulevard Saint-Michel fut percé suivant les directives du baron Haussmann au , parallèlement à la rue Saint-Jacques qui marque l'axe nord-sud historique. En 1855, un décret déclare d'utilité publique la création du boulevard Saint-Germain et le redressement et l'élargissement à trente mètres de la rue de la Harpe , destinée à prolonger le boulevard du Centre (actuel boulevard de Sébastopol) sur la rive gauche..
Le , la ville de Paris et l'État signent une convention prévoyant l'exécution dans un délai de dix ans, à partir du , du prolongement du boulevard de Sébastopol à travers à l'île de la Cité (actuel boulevard du Palais) et entre la place Saint-Michel et le carrefour de l'ObservatoireConvention entre l’État et la ville de Paris ayant pour objet l'ouverture ou l'achèvement de diverses grandes voies de communication dans cette ville .Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, édition 1997, , ..
Le prolongement du boulevard Sébastopol (rive gauche), de la place Saint-Michel au carrefour de l'Observatoire, par l'élargissement à de la rue d'Enfer et de la rue de l'Est et l'isolement du jardin du Luxembourg du côté de la rue d'Enfer est déclaré d'utilité publique le Décret du ..
À l’approche de l’ancienne porte d'Enfer, débouché de la rue Monsieur-le-Prince, un déblai de 2 mètres de haut a été nécessaire, page 106...
Le percement du boulevard entraîne la disparition partielle ou complète d'un certain nombre de rues existantes, telles la rue Mâcon, la rue Poupée et la rue Percée-Saint-AndréAvril Frères, Boulevard de Sébastopol (rive gauche). Partie comprise entre les rues Saint-André-des-Arts et Serpente. Plan parcellaire, 1856 ..
Il constituait, avec le boulevard de Sébastopol, le nouveau grand axe nord-sud de la capitale et fut tout d'abord appelé « boulevard de Sébastopol rive gauche » avant de changer de nom en 1867.Arrêté du 26 février 1867 ..
En , un affaissement du sol dans une zone d'anciennes carrières a pour effet la formation d'un gouffre de 11 mètres de profondeur sous les immeubles portant les (voir ci-dessous).
Le 30 janvier 1918, durant la Première Guerre mondiale, le boulevard Saint-Michel est touché lors d'un raid effectué par des avions allemandsExelsior du 8 janvier 1919 : Carte et liste officielles des bombes d'avions et de zeppelins lancées sur Paris et la banlieue et numérotées suivant leur ordre et leur date de chute. Une plaque commémorative y rappelle cet événement, ainsi qu'au .
En , entre 6000 et 7000 manifestants étudiants du Quartier latin qui voulaient marcher en direction du palais Bourbon sont stoppés par des gardiens de la paix au carrefour des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain. Peu après, l'Assemblée nationale vote à l'unanimité un vœu condamnant des violences policièresEmmanuel Blanchard, « Quand les forces de l'ordre défient le palais Bourbon (13 mars 1958). Les policiers manifestants, l'arène parlementaire et la transition de régime », Genèses, 2011/2 (), p. 55-73..
En mai 68, de par sa proximité avec la Sorbonne, le « boul' Mich' » est l'un des principaux lieux d'affrontement entre la police et les étudiants. Il a été bloqué de barricades et de fourgons de CRS pendant plus d'un mois.
L’extension jusqu’à la mer Un candidat politique nommé Duconnaud proposa en 1928, en guise de promesse électorale, de prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer. L'idée fut ensuite reprise par Ferdinand Lop qui aurait, à la suite d'une question de savoir par quel bout il serait prolongé, répondit non sans panache : « Il sera prolongé jusqu'à la mer par les deux bouts »René Heller, « Vue sur mer », Le Monde, 27 octobre 2005.« La véridique histoire du vrai-faux Duconnaud », Le Monde, 9 avril 1988..
Bâtiments remarquables et lieux de mémoire Les principaux édifices du boulevard Saint-Michel sont :
De la place Saint-Michel à la rue Soufflot Les vestiges des thermes de Cluny ( ou ). Angle , rue Racine et rue de l'École-de-Médecine : l'hôtel des Étrangers fut le lieu de réunion du Cercle des poètes zutiques. : immeuble de rapport de l’architecte Benjamin Tremblay, acheté en 1867 par l’archéologue Heinrich Schliemann, découvreur de Troie.. : l'une des entrées de l'ancien siège des éditions Hachette. : ancien Café Vachette (disparu)Café Vachette, notice cliché d'un menu (v. 1896-1905), catalogue en ligne des Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris.. : le révolutionnaire, écrivain et historien bulgare Zahari Stoyanov y meurt le . : annexe de la librairie Gibert Joseph depuis 1996.En 1938, le cinéma Le Latin ouvre à cet emplacement, précédemment occupé par un restaurant. Doté de 400 places, comportant un balcon, ce cinema est d'abord spécialisé dans les actualités et les courts-métrages puis dans les films policiers. En mai 68, une barricade est dressée à proximité. En 1972, il se reconvertit dans le cinéma pornographique, plus lucratif. La désaffection du genre dans les salles conduit à sa fermeture en . Deux ans plus tard ouvre l'annexe de la libraire Gibert Joseph., toujours présente en 2021. : la cinéaste Maria Koleva y vivait de 1973 à son hospitalisation en 2024Paul-Éric Langevin, « Maria Koleva (1940-2025) ».. : le lycée Saint-Louis. : entre ces deux numéros, la rue Cujas aboutit sur le côté est du boulevard Saint-Michel. Celui-ci passe un peu plus au sud par l'emplacement occupé du à 1684 par la porte d'Enfer (ou de Saint-Michel) de l'enceinte de Philippe Auguste. Cette porte de ville fortifiée, qui marquait, côté extra-muros, le point de départ de la rue du même nom en direction du sud, ayant pris le nom de porte Saint-Michel à la fin du , on donna ce nom au carrefour qui fut aménagé à sa place à la fin du et disparut à son tour dans les années 1860.
Après l'intersection avec le carrefour giratoire de la place Edmond-Rostand (à l'ouest), orné d'une fontaine, et la rue Soufflot (côté est), le boulevard longe les grilles du jardin du Luxembourg. , faisant angle avec la rue Soufflot : ancien café Capoulade qui vit, le , la création du groupe Nicolas Bourbaki, composé de mathématiciens (plaque commémorative)La naissane parisienne de Nicolas Bourbaki, Tangente, novembre-décembre 2021, p. 5.. Figure emblématique du boulevard Saint-Michel (voir supra), l’homme politique et fantaisiste Ferdinand Lop harangue les passants depuis la terrasse, dans les années 1960.
De la rue Soufflot à l'avenue de l'Observatoire : hôtel de Vendôme, site principal de l'École des mines de Paris.À cet emplacement, en 1265, l’Hôtel-Dieu reçu en donation un terrain sur lequel se tenait un moulin à vent, considéré comme le premier construit à Paris.. : immeubles relevant du patrimoine immobilier affecté au Sénat« Règlement du Sénat et instruction générale du bureau », Sénat, 2021.. : immeuble occupé par la conservation des Jardins du Luxembourg, dont le personnel dispense dans le pavillon Davioud (au sud-ouest du jardin) les cours gratuits de l'École d'horticulture du jardin du Luxembourg. Celle-ci fut ouverte en 1809 sur l'ancienne pépinière impériale du Luxembourg, à l'emplacement de celle des Chartreux« École d'horticulture du Jardin du Luxembourg » sur le site du Sénat senat.fr..Une plaque indique que le poète Leconte de Lisle (1818-1894) habita cette maison de 1872 à sa mort. : emplacement du Café Mathieu. L’éditeur Bernard Grasset organise des réunions d’écrivains, à partir de 1938. Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Jean-Luc Godard fréquentent l’établissement. Jean Eustache, dans La Maman et la Putain, évoque le café.. : à l’angle avec la rue Gay-Lussac était située l’entrée de la station de la ligne de Sceaux, appelée gare Médicis. Elle était surmontée d’un auvent métallique et d’une horloge. : immeubles haussmanniens situés dans une zone d'anciennes carrières ayant fait l'objet d'une consolidation au moyen de piliers prenant pied au sol même de la galerie située en dessus. Cette mesure conservatrice et de mise en sécurité des occupants a été prise et mise en exécution après un affaissement du sol et un effondrement spectaculaire qui se sont produits dans l'après-midi du , par temps d'orage, avec formation d'un gouffre de 18 mètres de long, de 7 mètres de large et de 11 mètres de profondeur. Malgré l'éboulement des fondations des façades de ces deux immeubles, les parties supérieures, suspendues sur le vide, étaient restées intactes, par un hasard extraordinaireAdolphe Pieyre, « Les Catacombres de Paris », dans la Revue du Midi, , 1893, note (en ligne).. : Édouard Branly (1844-1940) y demeure de 1928 à sa mort.Décès Paris 5e, 17 février 1940 (acte )-17 avril 1940 (acte ), cote 5D 267, page 20/31 acte : l'actrice de cinéma muet Maryse Dauvray (1891-après ), y demeure lors de son mariage en 1918Archives de Paris, registre des mariages du arrondissement 1918, cote 5M250, vue 25/29, acte . : Foyer international des étudiantes. En 2019, une plaque est apposée en hommage à sa fondatrice, Grace Whitney Hoff. : immeuble de la première moitié du « 95 boulevard Saint-Michel » sur le site bercail.com.. Au rez-de-chaussée logea le compositeur César Franck, de 1865 à sa mort en 1890. La photographe Germaine Krull (1897-1985) y habita et y eut son studio au début des années 1930... 97 : porte ouvragée.
: place Louis-Marin, aménagée en 1967 sur le terre-plein devant ces deux immeubles et ornée de la fontaine de la Guérison. Située à hauteur de la rue Auguste-Comte, elle est délimitée à l'ouest par le boulevard. Sur le côté opposé aboutit la rue de l'Abbé-de-L'Épée. Au sud s'embranche une section de lancienne rue d'Enfer qui subsiste sous la dénomination rue Henri-Barbusse.
: immeuble signé ROSET & BOILLAT ARCHITECTES 1909 (au premier étage à droite, entre deux fenêtres), abritant le Centre culturel d'Égypte au rez-de-chaussée.