Wolfgang Amadeus Mozart ou Johannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus Mozart, né le à Salzbourg (principauté archiépiscopale de Salzbourg) et mort le à Vienne, est un compositeur germano-autrichien de la période classique. Il est considéré comme l'un des plus grands compositeurs de l'histoire de la musique. Avec Joseph Haydn et Ludwig van Beethoven, il porte à son apogée l'école classique viennoise.
Enfant prodige et compositeur précoce, il est produit en public dès l'âge de sept ans à travers l'Europe, où il subjugue les assistances avec sa sœur Maria Anna. Mort à trente-cinq ans, il laisse une œuvre considérable : sont répertoriées dans le catalogue Köchel.
Selon le témoignage de ses contemporains, il est, au piano comme au violon, un virtuose. Il écrit dans tous les genres musicaux de son époque, et excelle dans chacun d'eux. Il est reconnu qu'il porte à un point de perfection le concerto, la symphonie et la sonate, et qu'il est l'un des plus grands maîtres de l'opéra.
Son nom passe dans le langage courant comme synonyme de talent, sinon de génie précoce.
Biographie Enfance (1756-1773) L'enfant prodige vignette|gauche|redresse=0.6|Maison natale de Mozart à Salzbourg, devenue un musée sur la vie du compositeur. vignette|gauche|redresse|Mozart enfant, portrait peint en 1763, probablement par Pietro Antonio Lorenzoni.
Mozart naît le à du soir au numéro 9 de la Getreidegasse à Salzbourg. Il est le fils de Léopold Mozart, musicien, compositeur et pédagogue originaire d'Augsbourg, ville libre d'Empire, qui occupe alors la fonction de vice-maître de chapelle à la cour du prince-archevêque de Salzbourg, et d'Anna Maria Pertl, sa femme., fille d'un fonctionnaire de la cour de Salzbourg.
Comme Trèves, Cologne ou Mayence, Salzbourg est une principauté ecclésiastique du Saint-Empire, sous l'autorité d'un prince-archevêque, et rattachée au cercle de Bavière. Elle est alors une petite ville (10 000 habitants), sur un des itinéraires joignant l'Empire et l'Italie, et tout entière centrée avec ses familles nobles, ses bourgeois, ses petits fonctionnaires et ses artisans sur la cour du prince-archevêque.
Souabe par son père, salzbourgeois par sa mère et sa naissance, Mozart ne se dira jamais autrichien ou bavarois, mais toujours allemand.
Wolfgang est le cadet de sept enfants. Trois enfants sont morts en bas âge, avant la naissance de sa sœur aînée Maria Anna (surnommée , née en 1751), et deux autres sont aussi morts de maladie entre la naissance de Nannerl et la sienne..
Wolfgang est baptisé le lendemain de sa naissance dans une chapelle de la cathédrale Saint-Rupert de Salzbourg. Son acte de baptême porte les prénoms de Joannes Chrysost[omus]Jean Chrysostome est le saint fêté le jour de sa naissance le 27 janvier. WolfgangusWolfgang (littéralement : la « venue du loup » ou la « démarche du loup ») est le nom de son grand-père maternel, connu comme chanteur et chef de chœur. Theophilus. Theophilus, signifiant , a des équivalents, allemand (Gottlieb, prénom que son père lui attribue un mois après sa naissance), italien et latin (Amedeo prénom adopté lors de son voyage en Italie en )..
Wolfgang se fera appeler généralement « Wolfgang Amadè Mozart », mais s’amuse tout au long de sa vie à déguiser et à déformer ses différents noms en de Mozartini, Gangflow (Wolfgang à l’envers), Trazom.. Mais les signatures de sa correspondance ne comportent jamais le prénom Amadeus, qui ne sera employé qu'après sa mort.
Mozart est un petit garçon émotif et tendre, joignant la plus attentive docilité à une spontanéité primesautière, avide de tout apprendre (les mathématiques) et racontant des histoires avec une imagination débordante. Il s'épanouit au sein d'un foyer uni et aimant. Il joue avec sa sœur Nannerl, de peu son aînée et bonne musicienne, et reçoit l'enseignement du remarquable pédagogue qu'est son père.
Dès l'âge de trois ans, il révèle des dons prodigieux pour la musique : il a l'oreille absolue et certainement une mémoire eidétique.. Ses facultés déconcertent son entourage et incitent son père à lui apprendre le clavecin dès sa cinquième année. Le jeune Mozart apprend par la suite le violon, l'orgue et la composition. Il sait déchiffrer une partition a prima vista et jouer en mesure avant même de savoir lire, écrire ou compter. À l'âge de six ans (1762), il compose déjà ses premières œuvres (menuets KV. 2, 4 et 5, allegro KV. 3 inscrits dans le Nannerl Notenbuch, « cahier de musique pour Nannerl »)Deutsch, , ..
Mozart ne reçoit pas d'autre éducation que celle donnée par son père. C'est cependant moins au génie en herbe qu'au virtuose que sa famille prend garde. Léopold a envie de faire connaître cet élève hors de pair et son maître, le prince-archevêque, autorisera des tournées qui feront honneur à sa cour.
Le voyageur
vignette|gauche|redresse|Leopold, Wolfgang au clavecin et Maria Anna (dite Nannerl) Mozart en 1764. Entre 1762 et 1766, le jeune Mozart entreprend le Grand Tour lors d'un long périple musical avec son père, employé par le prince-archevêque Sigismond de Schrattenbach, ainsi qu'avec sa sœur aînée Maria Anna, qu'il appelle Nannerl. Ils vont d'abord à Munich, puis à Vienne, avant de s'engager, le , dans une longue tournée en Europe, qui les emmène de nouveau à Munich, puis à Augsbourg, Mannheim, Francfort, Bruxelles où il loge une nuit au château de Hasselbrouck, Paris, Versailles, Londres, La Haye, Amsterdam, Dijon, Lyon, Genève et Lausanne.
Le jeune musicien émerveille les cours et les souverains, les dilettantes et les curieux. Il est cajolé et récompensé, parfois en espèces, mais plus souvent en bagues ou en montres, difficilement monnayables. On admire la simplicité naturelle dont il fait preuve avec les princes. Pour mieux éprouver sa virtuosité, on lui fait accomplir des prouesses comme jouer sur un clavier recouvert d'un drap. À Londres, le naturaliste Daines Barrington tente de montrer que Wolfgang n'est qu'une sorte de singe savant exhibé par son père devant la noblesse européenne et qu'il s'agit d'une supercherie, mais les épreuves auxquelles il soumet l'enfant révèlent qu'il est bien un prodige..
Le jeune Mozart démontre ses qualités exceptionnelles de virtuose, non seulement au clavecin, et plus tard au pianoforte, mais aussi au violon et à l'orgue.
Jamais un apprentissage aussi riche et divers n'a été offert à un jeune musicien. Il rencontre deux musiciens qui vont le marquer définitivement : Johann Schobert à Paris et à Londres Johann Christian Bach, fils cadet de Jean-Sébastien Bach. Ce dernier lui fait découvrir le pianoforte, inventé au début du siècle, et l'opéra italien ; il lui apprend également à construire une symphonie. C'est déjà la moisson des premières œuvres : seize sonates pour violon et clavier, onze symphonies et en 1767, à l'âge de onze ans, un premier Singspiel sacré, Le Devoir du premier Commandement (K.35), et un premier opéra, Apollo et Hyacinthus (K.38), une comédie latine destinée à être interprétée par les élèves du lycée dépendant de l'université de Salzbourg.
De retour à Salzbourg, Mozart se rend régulièrement à Vienne, et, durant l'été 1768, compose deux autres opéras : Bastien et Bastienne et La finta semplice ; il n'a alors que douze ans. L'année suivante, il a 13 ans, le prince-archevêque Schrattenbach le nomme Konzertmeister (l'équivalent de premier violon). Onze ans plus tard, il n'aura toujours pas monté en grade.
vignette|Mozart (au clavier) en 1770 avec le violoniste Thomas Linley, autre enfant prodige, détail d'une toile anonyme du (collection privée). Son père obtient un congé sans solde, ce qui lui permet de faire découvrir l'Italie à son fils. De 1770 à 1773, il effectue trois voyages successifs en Italie : Vérone, Florence, Rome, Naples, Lorette, Bologne, Venise et surtout Milan. Alors qu'il visite Rome, il entend le Miserere de Gregorio Allegri le mercredi de la Semaine Sainte, le . Après une seule audition, il aurait parfaitement retranscrit l'œuvre, morceau célèbre mais complexe, d'une durée d'un quart d'heure et alors non publié. Une autre version de l'anecdote mentionne une seconde écoute le Vendredi Saint, Mozart regardant cette fois sa transcription et y apportant quelques modifications..
Le pape le nomme chevalier dans l'ordre de l'Éperon d’or.
À Bologne, le père Martini, érudit illustre, l'initie au vieux style sévère et le fait recevoir à l'Académie philharmonique qui n'admet en principe que des membres âgés de plus de vingt ans. Mozart a alors quatorze ans et c'est la dernière haute distinction qu'il recevra de sa vie.
En Italie, Mozart étudie l'opéra, genre musical dans lequel il excellera, mais découvre surtout la bouffonnerie et le travestissement des masques, la concision dense et la netteté du trait, le brio d'une vivacité jamais alourdie. La musique italienne l'instruit moins qu'elle ne le révèle à lui-même en libérant son tempérament des docilités de l'enfance. Il italianise en Amadeo le dernier de ses prénoms, Gottlieb.
Les œuvres de cette période correspondent bien à cette découverte personnelle : symphonies, musiques de chambre, un premier opera seria, Mitridate (1770), une réussite formelle de virtuosité vocale, un oratorio, La Betulia liberata (1771, composé à Salzbourg entre deux voyages), un spectacle de cérémonie, Ascanio in Alba, un autre opera seria plus personnel, Lucio Silla (1772) qui ne reçoit qu'un demi-succès.
Au service du prince-archevêque Colloredo (1773-1777) thumb|Portrait de Wolfgang Amadeus Mozart vers 1770. Le jeune Mozart qui a parcouru l'Europe n'a plus d'autre horizon que Salzbourg. Cette perspective est rendue d'autant plus étouffante par l'avènement, le , du nouveau prince-archevêque Hieronymus von Colloredo-Mansfeld. Prince éclairé et progressiste par certains côtés, le prince-archevêque Colloredo, à la différence de son prédécesseur Schrattenbach, est entiché de musique italienne et bien décidé à mettre au pas les Mozart père et fils qu'il trouve arrogants et trop souvent absents. Son nouvel employeur lui impose la forme des pièces qu'il doit composer pour les cérémonies religieuses. À dix-sept ans, Mozart a du mal à accepter ces contraintes, et ses relations avec le prince-archevêque vont en se dégradant au cours des trois années qui suivent.
Mozart réagit à cette situation par une surabondance créatrice : son premier vrai concerto pour piano, son premier quintette à cordes, trois symphonies dont la première (K.183) des deux symphonies qu'il écrira en sol mineur, une partition pour le drame de Thamos. Cette poussée créatrice marque le début de la première maturité mozartienne. Une accentuation et une mobilité nouvelle dans l'expression des sentiments se fait jour, parfois jusqu'au tragique le plus brutal. Avec un dramatisme aigu et un art personnel pour combiner rythmes et mélodies, l'art du jeune Mozart ne ressemble déjà plus à aucun autre.
C'est à cette époque qu'il fait la connaissance, à Vienne, de son illustre aîné Joseph Haydn, avec qui il entretiendra tout au long de sa vie une correspondance et une amitié teintée d'admiration, réciproque. Mozart lui donnera le surnom affectueux de « papa Haydn », resté aujourd'hui encore vivace. Joseph Haydn à Léopold Mozart qui le rapporte :
Wolfgang Amadeus Mozart à propos de Joseph Haydn :
Dès 1776, Mozart souhaite quitter Salzbourg. Après une année de préparatifs, il envoie le sa démission à l'archevêque Colloredo qui, au lieu de l'accepter, le renvoie purement et simplement de son poste de Konzertmeister pour cause d'absences trop fréquentes. Mozart ne semble pas apprécier la gravité de sa situation : partout où il sollicitera un poste, on éconduira ce jeune musicien sans recommandation qui a été mis à la porte par son maître.
En quête d'une situation (1777-1779)