L'Organisation des nationalistes ukrainiens ou OUN (, ou ОУН) est un mouvement nationaliste extrémiste ukrainien créé en 1929 lors d’un congrès fondateur à Vienne, par Yevhen Konovalets et Andriy Melnyk. Elle englobe l'Organisation militaire ukrainienne (UVO). Son but était de maintenir la force de la nation ukrainienne par la dictature. Elle est née dans l'ouest de l'actuelle Ukraine, dans les oblasts de Volhynie et de Galicie appartenant depuis 1920 à la Pologne.

En , au cours d'un congrès de l'OUN à Cracovie (alors en territoire sous contrôle allemand), Stepan Bandera s’oppose à Andriy Melnyk et fonde une aile plus radicale.

Il résulte de ce conflit deux courants rivaux, identifiables par l'initiale de leurs leaders : l'OUN-B (ou les « Banderivtsi »), celui de Bandera ; l'OUN-M (ou les « Melnykivtsi ») dirigée par Melnyk. Toutes deux sont financées par l'Abwehr et plus particulièrement par la consacrée au sabotage. Plus grande organisation d'extrême droite ukrainienne active durant l'entre-deux-guerres sur le territoire de la Seconde république polonaise où elle participera à la Shoah, elle était principalement active avant, pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. Son idéologie a été qualifiée par les chercheurs de forme ukrainienne de fascisme, prônant le Führerprinzip, un culte de la violence politique, le racisme et un antisémitisme virulent.

Idéologie Fascisme L'organisation est classée selon John Alexander Armstrong en tant qu'organisation nationaliste intégrale. Il n'existe pas de différence fondamentale entre fascisme et nationalisme intégral, ce dernier étant une variété de fascisme. Les nationalistes ukrainiens eux-mêmes n’ont pas utilisé cette classification de nationalisme intégral, alors que les références au fascisme et au nazisme abondent dans les textes nationalistes des années 1930 et 1940. L’idéologie de l’organisation a été fortement influencée par la philosophie de Dmytro Dontsov, du fascisme italien, de Nietzsche et du nazisme, combinant un nationalisme extrême avec le terrorisme, le corporatisme et le Führerprinzip. Selon Iaroslav Orshan, un influent idéologue de l’OUN : . Par ailleurs l'OUN préconise le meurtre de masse, les propos de Stepan Bandera en 1936 sont assez explicites : .

Racisme Le maintien de la pureté raciale était un appel important aux fidèles nationalistes. Les membres de l’OUN étaient guidés par une liste de règles comportementales appelées les 44 règles de vie d’un nationaliste ukrainien une brochure idéologique clandestine rédigée par Dmytro Myron, connu sous le pseudonyme d'Orlyk44 Правила Життя Українського Націоналіста (Traduction : les 44 règles de vie du nationaliste ukrainien), Texte programmatique et clandestin de l'extrême-nationalisme ukrainien, ancré dans la tradition de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) au cours des années 1930-1940. Adoptant un discours hautement racialisé, et empruntant fortement aux théoriciens raciaux nazis Alfred Rosenberg et Hans Günther, le discours retrouvé sur les tracts de l'OUN distribués à ses membres ainsi que dans l'almanach édité en France énonçait : .

L'OUN partageait avec les nazis allemands une vision du monde basée sur un raciste biologique : Organisation des nationalistes ukrainiens : La nation comme espèce, Texte fondateur de l'organisation. Ce qui est confirmé dans un autre texte fondateur de l'organisation nationaliste : Organisation des nationalistes ukrainiens : La famille dans le système du nationalisme ukrainien organisé, texte fondateur. Le professeur Dr. St. Rudnytskyi, dans son livre sur la base du nationalisme ukrainien, écrit que : .

Antisémitisme Bien que les influences de l’Allemagne nazie ont eu un impact significatif sur les attitudes antisémites de l’OUN, l’organisation avait sa propre tradition antisémite, indépendante des nazis. Le nationalisme ukrainien en Galice avait déjà développé un récit à la fin du XIXe siècle, complété par un discours anti-juif élaboré.

La presse nationaliste ukrainienne des années 1930 publiait régulièrement des articles antisémites. Dontsov lui-même a régulièrement publié des articles antisémites dans la presse affiliée à l’OUN, soit sous sa propre responsabilité, soit sous forme de traductions des principaux théoriciens nazis. Dans un article de 1929 paru dans la revue Rozboudova Natsii, le laboratoire intellectuel et principal journal idéologique de l’OUN, Iurii Mylianych a décrit les juifs ukrainiens comme un corps étranger et majoritairement hostile au sein de notre organisme national et exhorté les Ukrainiens à élaborer des lignes directrices pour une politique ukrainienne envers les Juifs.

En 1938, Volodymyr Martynets, l’éditeur de Rozboudova Natsii, décrivait les Juifs comme un parasite, moralement nuisible, corrupteur et hostile, racialement inapte au métissage et à l’assimilation. Plutôt que des pogroms violents et des meurtres de masse, Martynet a soutenu qu’un isolement total et absolu des juifs du peuple ukrainien serait une solution plus efficace au problème juif.

Coopération avec les fascistes

Coopération européenne L’OUN coopère étroitement avec d’autres États et mouvements fascistes : l’Italie, le Japon, l’Espagne et, en particulier, l’Allemagne et établit des contacts avec la Garde de fer en Roumanie et plus tard avec le chef chetnik Draža MihailovićDossier de Mikhail Dmitrievich Stepaniak, HDA SBU.

Les relations de l’OUN avec les Oustachis étaient étroites ; les organisations entraînaient ensemble leurs terroristes dans l’Italie fasciste. L’OUN a assassiné plusieurs politiciens polonais de premier plan, parmi lesquels Tadeusz Hołowko en 1931 et Bronisław Pieracki en 1934, et a fourni de l’aide à oustachi pour l’assassinat du roi Alexandre Ier de Yougoslavie et du ministre français des Affaires étrangères, Louis Barthou, en 1934.

En septembre 1937, Volodymyr Martynets représente l’OUN au cinquième congrès des nationaux-socialistes à l’étranger (Reichstagung des NSDAP-Verbandes der Source deutschen) à StuttgartDARO, Delo Stepana Ianishevskogo, microfilm no. 124148. L’OUN a également soutenu les efforts allemands contre la Tchécoslovaquie.

Epuration ethnique en Ukraine Après l’invasion allemande et soviétique de la Pologne, de nombreux membres dirigeants de l’OUN se sont rassemblés dans la partie occupée par les Allemands de la Pologne, le gouvernement général. Ils ont été davantage radicalisés par la brutale occupation soviétique de l’ouest de l’Ukraine en 1939-1941 et par l’entraînement idéologique et militaire d’un grand nombre de leurs dirigeants par l’Allemagne nazie à partir de 1938-1939.

Se considérant comme un allié naturel de l’Allemagne nazie et des puissances de l’Axe, l’OUN(b) déclare qu’il est prêt à entrer en guerre contre l’URSS. À Berlin, le 17 juin 1941, Reinhard Heydrich, chef du bureau principal de la sécurité du Reich, réunit des dizaines de SS et de policiers pour leur faire part de ses instructions concernant l’encouragement aux actions dites d’auto-nettoyage. Une semaine plus tard, le 25 juin 1941, dans une lettre adressée à Bandera, Yaroslav Stetko écrit : TsDAVO Ukrainy, f. 3833, op. 1, spr. 12, l. 10, Telegramme de Iaroslav Stestko no. 13, 25.6.1941 Les instructions données aux milices de l’OUN(b) les exhortent à nettoyer le terrain des éléments hostilesInstructions du Bureau Révolutionnaire de l'OUN(B) pour les militants de l'organisation en Ukraine pendant la période de guerre, Section G, Adopté en mai 1941.

Les militants de l’OUN ont participé aux pogroms de juillet 1941, au cours desquels beaucoup d’entre eux ont fait preuve d’une brutalité supérieure à la moyenne. Dès leur arrivée à Lviv, les commandos du bataillon ukrainien de Nachtigall pouvaient compter sur un contingent auxiliaire fanatiquement antisémite avec une bonne connaissance des conditions locales. Des tracts de l’OUN, distribués dans les premiers jours de l’invasion allemande, exhortaient la population : Ukrains’kyi narode!” OUN(b) flyer, July 1, 1941, TsDAVO Ukrainy, f. 3833, op. 1, spr. 42, l. 35

Choix politiques

Acte politique d'indépendance Le 30 juin 1941, l’OUN(b) publia l'Acte de renouveau de l’État ukrainien (Akt vidnovlennia Ukrains’koi Derzhavy), espérant que l’Ukraine obtiendrait un statut similaire à celui de la Slovaquie de Tiso ou de la Croatie de Pavelić. Iaroslav Stetsko s’est présenté comme son premier ministre au nom de Stepan Bandera. Sa proclamation semble calquée sur la déclaration des Oustachis, qu’il suit de près, mais dans ses références explicites à Hitler, elle va plus loin que les Slovaques et les Croates. Stetsko a précisé que le nouvel Etat coopérerait étroitement avec la Grande Allemagne nationale-socialiste sous le Führer Adolf Hitler.

La déclaration de l’État ukrainien s’est accompagnée de violents pogroms. Le gouvernement de Stetsko a exprimé sa volonté d’anéantir les juifs d’Ukraine, et Stepan Lenkavskyi, son principal propagandiste, a plaidé pour la destruction physique des juifs ukrainiens. Stetsko a approuvé la destruction des juifs et l’opportunité d’apporter les méthodes allemandes d’extermination des juifs en Ukraine. Grzegorz Rossoliński-Liebe fait référence aux plans de l’OUN(b) visant à évacuer ou éliminer les minorités ethniques et à les remplacer par des Ukrainiens ethniques qui seront réinstallés sur des terres ukrainiennes ethniques en tant que Plan général ukrainien. Au moins 58 pogroms sont documentés dans les villes d’Ukraine occidentale, le nombre estimé de victimes varie entre 13 000 et 35 000. Le bataillon Nachtigall, composé presque exclusivement de militants de l'OUN(b) servant en uniformes allemands sous le commandement de Shukheyvch, ont perpétré des fusillades de masse contre des Juifs près de Vinnytsia en juillet 1941TsDAVO Ukrainy, f. 3833, op. 1, spr. 57, ark. 17–18.. Stetsko a décrit les pogroms de juin 1941 comme une forme d’autodéfense ukrainienne.

Non seulement les nazis, mais aussi l’OUN(m) ont rejeté la légitimité de la déclaration du 30 juin faite par l'OUN(b). Le 30 août 1941, leurs principaux militants Stsiborskyi et Senyk sont assassinés, très probablement par l’OUN(b). Le 15 septembre, Bandera est de nouveau arrêté et maintenu dans une prison de Berlin comme prisonnier d’honneur jusqu’en octobre 1943. Il a ensuite été transféré au camp de concentration de Sachsenhausen, au nord de Berlin, où lui et Stetsko ont été placés dans un confinement relativement confortable dans le Zellenbau, une caserne spéciale pour les prisonniers politiques haut de gamme. En octobre 1944, il est libéré et reprend sa collaboration. D’autres dirigeants de l’OUN(b), parmi lesquels Roman Shukhevych et de nombreux futurs commandants de l’UPA, ont continué à servir en uniforme allemand jusqu’en 1943. Ainsi, la rupture de l’OUN(b) avec l’Allemagne nazie a été tiède et les contacts ont été maintenus à plusieurs niveaux jusqu’à la fin, et même après la guerre.

Réorientation politique en 1943 Les batailles de Stalingrad et de Koursk ont été des tournants majeurs dans la guerre, annonçant l’effondrement des puissances de l’Axe et forçant l’OUN à réévaluer sa stratégie et à chercher de nouveaux alliés stratégiques.

Au printemps 1943, des unités armées OUN(b) sous les ordres de Dmytro Kliachkivsky et Roman Shukhevych prennent le contrôle de l’armée insurrectionnelle ukrainienne (Ukrainska Povstanska Armiia, UPA) du groupe de Taras Bulba-Borovets, son fondateur originel. La nouvelle direction était composée de militants de l'OUN(b) impitoyables, dont la plupart ont été formés par l’Allemagne nazie et beaucoup ont été profondément impliqués dans l’Holocauste.