Le Grand Silence (titre original : ) est un western spaghetti franco-italien réalisé par Sergio Corbucci et sorti en 1968.

Le film, librement inspiré de la guerre du comté de Johnson à la fin du , met en scène un pistolero muet (Jean-Louis Trintignant), qui se bat pour défendre un groupe de hors-la-loi et une jeune veuve vengeresse (Vonetta McGee) contre un groupe de chasseurs de primes impitoyables menés par Tigrero (Klaus Kinski) et le banquier corrompu Henry Pollicut (Luigi Pistilli). Conçu par Corbucci comme un western désenchanté et nihiliste inspiré par la mort de Che Guevara et de Malcolm X, le film souligne la façon dont l'action de l'État et ses lois sont progressivement dominées et corrompues par les forces du capital. Le Grand Silence prend par ailleurs le contrepied des westerns aux environnements désertiques et poussiéreux en situant son intrigue dans les montagnes enneigées et glaciales de l'Utah pendant le grand blizzard de 1899. Contrairement à la plupart des films du genre, qui ont été tournés dans la province d'Almería en Espagne pour représenter des régions comme le Texas et le Mexique, Le Grand Silence a été principalement tourné dans les Dolomites italiennes.

Coproduit par les sociétés Adelphia Compagnia Cinematografica en Italie et Les Films Corona en France, Le Grand Silence a reçu un accueil commercial mitigé en Italie, notamment en raison d'une interdiction aux moins de 18 ans. Le film a proportionnellement assez bien marché en France et en Allemagne de l'Ouest alors qu'il n'a pas du tout été projeté au Royaume-Uni et aux États-Unis durant plusieurs décennies. D'abord controversé pour sa noirceur et son pessimisme, la réputation du film s'est accrue au fil des années. Ayant fait l'objet de plusieurs ressorties en salles, notamment en 2012 et 2017, Le Grand Silence est aujourd'hui largement plébiscité par les critiques comme l'un des plus éminents westerns spaghetti, et comme le chef-d'œuvre de Sergio Corbucci. Les éloges portent sur le jeu des acteurs, l'utilisation de paysages enneigés, la musique d'Ennio Morricone et la subversion par le film de plusieurs codes du western. Il a été associé aux westerns Django (1966) avec Franco Nero et Le Spécialiste (1969) avec Johnny Hallyday pour former le deuxième volet d'une trilogie ( « boue et sang ») de son réalisateur.

Synopsis À l'hiver 1898-1899, un grand blizzard souffle dans les hauteurs de l'Utah, ce qui pousse des paysans et bûcherons à devenir voleurs et donc hors-la-loi pour survivre. Ils se cachent dans les bois, en attendant une amnistie imminente qui disculpera nombre d'entre eux de crimes qu'ils n'ont pas commis. Le cynique Pollycut, qui veut profiter des intérêts que l'État lui verse s'il avance l'argent de la prime aux chasseurs de têtes, profite du fait que les primes restent pour l'instant sur les têtes des hors-la-loi pour mettre une armée de chasseurs de primes à leurs trousses. Parmi les malheureux, le mari de Pauline Middelton, un Noir contraint de voler pour manger parce que Pollycut lui a refusé un prêt. Il est tué par Tigrero, l'un des plus féroces chasseurs de primes de la région, avec trois autres hors-la-loi qui, fatigués d'attendre l'amnistie et poussés par la faim, voulaient pénètrer dans le village à leurs risques et périls.

Pauline, décidée à se venger, fait venir un pistolero qui est la terreur des chasseurs de primes : on l'appelle Silence parce que « après son passage, il n'y a que le silence de la mort », mais aussi parce que, enfant, on lui a coupé les cordes vocales pour qu'il ne raconte pas comment ses parents ont été cruellement abattus par trois chasseurs de primes (l'un des trois, le seul encore en vie, était Pollycut). Silence, armé d'un Mauser C96, un pistolet à dix coups transformé en petite mitrailleuse, a une méthode bien rodée pour ne pas avoir d'ennuis avec la justice : il provoque la personne qu'il doit tuer jusqu'à ce que celle-ci dégaine son arme, alors, grâce à ses réflexes et à la rapidité de son pistolet automatique, Silence dégaine une seconde fois et abat son adversaire, ayant l'excuse de la légitime défense ; parfois il épargne sa victime, mais dans ce cas il tire quand même dans les mains de sa proie, pour l'empêcher de tenir une arme pour le reste de sa vie (Pollycut est en effet dépourvu du pouce de la main droite.).

Silence exige mille dollars pour tuer Tigrero. Pour récupérer la somme, Pauline se rend chez Pollycut et lui propose de lui vendre la maison ; il est tout à fait disposé, mais seulement en échange de faveurs sexuelles de la part de celle-ci. Dégoûtée, elle préfère s'en retourner pour offrir ses faveurs à Silence à la place. Pauline et Silence deviennent ainsi amants.

Entre-temps, le gouverneur nouvellement élu, espérant faire régner l'ordre avant de déclarer une amnistie pour les hors-la-loi, nomme le soldat Gideon Corbett, vertueux mais maladroit, shérif de Snow Hill. Mais la nouvelle mission de Bennett commencent mal, car durant le voyage qu'il effectue pour prendre son poste, des bandits lui volent son cheval pour le manger. Après une longue marche, Corbett monte dans la diligence qui transporte Tigrero et Silence. Corbett est peu impressionné par Tigrero, tant pour son caractère, cynique et fanfaron, que pour les haltes incessantes qu'il impose à la diligence au cours desquelles il récupère les différents cadavres qu'il a laissés dans la neige à divers endroits du chemin. Une fois au village, Corbett lui refuse le paiement des primes et lance des enquêtes pour s'assurer que tout se déroule « en toute légalité ».

Après une bagarre avec Silence, Tigrero est arrêté par le shérif, qui est déterminé à l'emmener dans un pénitencier pour servir d'exemple à tous les autres chasseurs de primes, non sans avoir ordonné à Pollycut et à d'autres habitants de la ville de laisser un chargement de provisions à l'extérieur du village pour les affamés, afin qu'ils ne soient plus une source de nuisance. En chemin, Tigrero trouve un prétexte pour s'arrêter, récupérer un fusil précédemment caché et tirer sur la fine couche de glace sur laquelle se trouve le shérif, le faisant sombrer dans les eaux glacées. Il rattrape ensuite les autres chasseurs de primes, les avertissant qu'ils pourront toucher leur prime car les hors-la-loi sont sur le point de s'abattre en masse sur la ville.

Pendant ce temps, Pollycut et son assistant entrent dans la maison de Pauline et, après avoir brûlé la main droite de Silence, tentent de violer Pauline. Mais Silence parvient à se libérer, à défigurer l'assistant et à tuer Pollycut. Tigrero, mis au courant des faits, ne tue pas les hors-la-loi capturés, mais les enferme dans le saloon en attendant l'arrivée de Silence. Dès leur rencontre, Silence est blessé par deux complices de Tigrero qui, voyant que son adversaire ne peut se défendre, lui donne le coup de grâce avec son Colt SAA. Pauline, qui l'avait suivi en le suppliant de ne pas tomber dans le piège, se jette désespérément sur Silence et s'empare de son arme en la pointant sur Tigrero, qui la tue à son tour. Puis, avec les autres chasseurs de primes, il massacre froidement tous les hors-la-loi. Alors que Tigrero et ses hommes s'apprêtent à toucher leur prime, il prend le Mauser de Silence des mains de Pauline. Les tueurs quittent Snow Hill sous le soleil du matin.

Le carton de fin révèle que le massacre des hors-la-loi et la mort de Silence et Pauline ont conduit les autorités locales à abolir le système des primes et à condamner les chasseurs de primes comme des criminels ayant profité de la loi pour répandre la violence. Dans la mort, Silence a finalement réussi à mettre fin au système barbare des primes, devenant ainsi un martyrCarton de fin pré-générique : « Les massacres de 1898 condamnèrent les chasseurs de primes qui avaient fait du meurtre un exécrable modèle de vie. Sur ces lieux, on put lire longtemps cette phrase : "L'homme peut fouler ce sol pendant mille ans, jamais ça n'effacera le sang des victimes". ».

Fins alternatives Dénouement optimiste En raison de la nature très pessimiste du dénouement original, Corbucci a été obligé de tourner une fin alternative pour apaiser ses producteurs, qui voulaient que le film soit attrayant lors de sa sortie prévue pour les fêtes de fin d'année. L'histoire de la production du Grand Silence laissait entendre que cette fin optimiste avait été tournée spécifiquement pour les marchés nord-africain et asiatique, bien qu'il n'y ait aucune preuve que cette fin ait été visionnée dans l'une ou l'autre de ces régions Simon Abrams (2018). The Great Silence (Ending the Silence) (livret). Film Movement. p. 4-5. B07BZC5KDP., mais certaines séquences tournées pour cette fin sont apparues dans les bandes-annonces du film. Cette fin (sans bande sonore) était présente dans les bonus qui accompagnent la plupart des rééditions en DVD. Depuis les éditions en Blu-Ray, cette fin dispose désormais d'un son italien synchronisé, comme dans le Blu-ray édité chez Film Movement.

Dans cette fin, Tigrero sort son arme sans attendre d'y être invité par Silence. Soudain, Corbett, qui a survécu à sa chute dans le lac gelé, arrive en ville à cheval et tire une balle dans la tête de Tigrero, ce qui permet à Silence d'abattre les autres chasseurs de primes. Corbett libère les hors-la-loi tandis que Pauline enlève les bandages de la main droite brûlée de Silence, révélant un gantelet qu'il utilisait pour se protéger, avant d'appliquer des bandages sur sa main gauche blessée. Alors que Corbett emmène les hors-la-loi à la prison locale en attendant leur amnistie, il demande à Silence de devenir son adjoint, ce qu'il accepte avec un sourire.

Selon Hélène Lacolomberie de la Cinémathèque française, Corbucci a réalisé cette fin alternative de fort mauvaise grâce, en bâclant ses plans, pour la saboter délibérément et ainsi imposer sa vision pessimiste, âpre et implacable qu'il avait initialement tournée. Dans la fin optimiste, Corbucci alla même jusqu'à faire un gros plan sur le gantelet de Silence, « laissant deviner à la caméra, aux producteurs, un énorme doigt d’honneur ».

Dénouement ambigu Corbucci a également livré une autre fin, moins connue, à ses producteurs. Cette version est un remaniement de la fin pessimiste avec des séquences supplémentaires qui n'ont pas été montrées au cinéma. Elle n'a jamais été rendue publique jusqu'à ce qu'elle soit incluse dans les bonus du Blu-ray de Film Movement.

Cette fin montre l'homme de main de Tigrero qui tire une balle dans les deux mains de Silence avant que celui-ci ne puisse dégainer son arme ; blessé, il s'effondre sur le sol sous le regard choqué de Pauline. Semblant changer d'avis, Tigrero fait signe à ses hommes de quitter le saloon. Les destins de Silence, Pauline et des hors-la-loi restent donc inconnus.

Analyse En examinant les dénouements alternatifs, le critique de cinéma Simon Abrams estime que le rejet par les producteurs des deux fins susmentionnées était justifié, les décrivant comme des « conclusions émotionnellement insatisfaisantes pour l'anti-fable de Corbucci, par ailleurs déchirante ». S'il considère que l'échec du dénouement ambigu réside dans l'absence de réponses sur le sort des personnages, il juge la fin optimiste « amusante » en raison de sa tentative de bouleverser le ton préétabli du film. Il considère également que cette dernière est intéressante pour les amateurs des films de Sergio Leone, le gantelet de Silence pouvant servir de référence à l'utilisation par Joe d'une plaque de métal pare-balles dans Pour une poignée de dollars.

Fiche technique Titre français : Le Grand Silence ou Le Grand Massacre Titre original italien : Réalisation : Sergio Corbucci Scénario : Sergio Corbucci, Mario Amendola, Bruno Corbucci, Vittoriano Petrilli Adaptation française : André Tranché Photographie : Silvano Ippoliti Montage : Amedeo Salfa Affiche : Yves Thos Musique : Ennio Morricone (dirigé par Bruno Nicolai) Décors : Costumes : Maquillage : Lamberto Marini