« écoterrorisme » est un néologisme controversé, contraction des termes « écologisme » et « terrorisme », utilisé pour désigner la menace, l'intimidation, la destruction de biens ou les actes de violence contre des personnes commis au nom de l'écologie.

Le terme est forgé en 1983 aux États-Unis et est utilisé à partir de 2002 par les autorités américaines, en particulier le Federal Bureau of Investigation (FBI), pour qualifier certaines actions du mouvement des droits des animaux. En Europe, le terme est utilisé depuis les années 2020 par certains médias et personnalités politiques pour disqualifier des mouvements sociaux, tels que des actions de désobéissance civile, manifestations, sabotages ou destructions de certains outils agricoles menées par des groupes écologistes. Cependant, aucun acte de n'a jamais été qualifié par le moindre tribunal, et l'utilisation de ce terme est réfutée par la communauté scientifique et la plupart des institutions internationales, qui y voient au mieux un abus de langage, au pire un outil de bataille sémantique pour réprimer, stigmatiser et intimider les militants écologistes, et justifier leur brutalisation par les forces de l'ordre.

Définition Fondation ultra-libérale Le néologisme est forgé en 1983 par l'écrivain américain et militant ultra-libéral , président du et fondateur autoproclamé du mouvement américain , qui promeut la dérégulation de la propriété privée. Il l'utilise pour la première fois dans un article du mensuel libertarien Reason et le définit comme un “Ecoterrorism”: Terrorist Threat or Political Ploy? par Hirsch-Hoefler, Sivan, Mudde, Cas, Studies in Conflict & Terrorism, juillet 2014, Vol. 37, Edition 7..

Définition antiterroriste américaine La section antiterroriste du Federal Bureau of Investigation (FBI) définit l'écoterrorisme comme .

Législations par pays Royaume-Uni Au Royaume-Uni, les autorités incorporent dans leur loi de sécurité intérieure des dispositions visant à protéger spécifiquement les chercheurs des actions du mouvement des droits des animaux.

En 2023, la loi sur l'ordre public , accorde à la police des pouvoirs étendus pour restreindre les manifestations pacifiques, introduisant de nouvelles infractions pénales et ciblant explicitement les militants environnementalistes.

États-Unis Aux États-Unis, des lois spécifiques telles l'Animal Enterprise Terrorism Act sont adoptées en 2006..

France En France, le droit ne prévoit aucune distinction des actions écoterroristes des incriminations classiques de ou : c'est le terrorisme en tant qu'action qui est condamné, indifféremment de son mobile. Il existe dans le code pénal une notion de , mais celle-ci vise l'emploi de méthodes visant à dégrader l'environnement dans un but terroriste, bien éloigné de l'activisme écologiste : . Autrement dit, le fait de polluer consciemment et volontairement l’environnement, soit exactement le contraire de ce que souhaitent et font les mouvements écologistes..

Critique du terme : résistance pacifique, démonstrations médiatiques, sabotage ou terrorisme ? L'Organisation des Nations-Unies définit le terrorisme comme : .. Dans les faits, quasiment aucun groupe écologiste ne correspond à cette définition, puisqu'aucun groupuscule d'ampleur significative n'a jamais ciblé des vies humaines ni cherché à semer la terreur, la plupart se contentant de pratiquer le sabotage ciblé sur des objets.

L'usage du terme est donc contesté par la large majorité des militants écologistes, et considéré excessif et inapproprié par les spécialistes du sujet, y compris les institutions judiciaires nationales et internationales, jusqu'aux Nations-Unies.

L'accusation en écoterrorisme demeure donc, pour l'essentiel, un élément de langage abusif visant à discréditer, criminaliser et intimider les mouvements écologistes., et a notamment été utilisé massivement par le ministre de l'intérieur français Gérald Darmanin. Mais malgré ces nombreuses accusations et incriminations, il n’y a jamais eu en France de condamnation de militants ou mouvements écologistes pour des infractions commises dans le cadre d’une « entreprise terroriste », et le Conseil d’État déboute systématiquement les incriminations en écoterrorisme portant sur des groupes activistes écologistes, tels que Les Soulèvements de la Terre..

D'ailleurs, aucune juridiction significative ne semble avoir jamais constaté de faits d'écoterrorisme, et une directive de l’Union européenne relative à la lutte contre le terrorisme de 2017 précisant les actes qui peuvent être considérés comme des (définies comme visant systématiquement les vies humaines) signale explicitement que . Dans ses Lignes directrices sur la liberté de réunion pacifique, le Bureau pour les institutions démocratiques et les droits de l'homme de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe souligne l'importance de protéger le recours aux actions pacifiques de désobéissance civile, en précisant que , que et que .

Dans un rapport paru en , le rapporteur spécial des Nations unies Michel Forst, au titre de la convention d’Aarhus (le texte onusien protégeant les défenseurs de l’environnement), sonne l'alarme contre la banalisation de l'accusation en écofascisme ou écoterrorisme dans les discours politiques dès qu'il est question de contestation environnementale : . C'est au contraire selon lui cette criminalisation des défenseurs de l’environnement qui constitue une ..

Le terme apparait donc essentiellement comme une simple critique politique sans réelle existence concrète, comme la notion similaire d'écofascisme.

Historique En Amérique du Nord La mouvance écologique radicale apparue en Grande-Bretagne à la fin des années 1960, notamment en lien avec les mouvements anti-chasse, se déplace aux États-Unis au début des années 1970 et donne lieu à la naissance des groupes comme ou Earth First!, et plus tard Earth Liberation Front. Xavier Raufer, criminologue et ancien militant d'extrême droite. considère que les premières actions pouvant être qualifiées d'écoterrorisme débutent dans l'Ouest des États-Unis par , mais que la mise en place du Patriot Act après les attentats du (précisant que tout sabotage devient un acte terroriste, sanctionné de 10 ans de prison minimum), en marquerait la fin..

En 1988, un groupuscule du mouvement de « libération animale », associé au réseau d'organisations opposé aux armes à feu Freedom States Alliance est accusé d'avoir planifié un attentat le , contre Leon Hirsch, président d'une firme qui pratique l'expérimentation animaleThere's Something About Mary: Unmasking a Gun Lobby Mole, Mother Jones, juillet 2008.. Toutefois, l'enquête révélera plus tard qu'il s'agissait d'un coup monté par la firme de sécurité privée Perceptions International, agissant pour le lobby du Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives pour discréditer ces causes..

Dans la même veine, en 1991, un certain publie aux États-Unis un texte d'une rare violence intitulé Screaming Wolf, A Declaration of War; Killing People to Save Animals and the Environment, Patrick Henry Press, 1991., procédant à des appels au meurtre et recommandant notamment d'éventrer les bouchers ou d'expérimenter sur des scientifiques, dans un retournement total jusqu'à l'absurde des pratiques animales. Toutefois selon la philosophe Anne Dalsuet, , l'auteur étant totalement inconnu et lié à aucune organisation identifiéeAnne Dalsuet, Philosophie et écologie, Gallimard, 2010.

Entre 1978 et 1994, le terroriste Theodore Kaczynski alias tue 3 personnes et en blesse 23 autres à l'aide de 16 colis piégés, et revendique son acte dans une posture écologiste et surtout anti-technologique, d'inspiration anarcho-primitivisme et néo-luddiste. Toutefois, son acte est isolé et relève davantage de la psychiatrie que d'un engagement politique, l'auteur étant un marginal instable et solitaire affilié à aucun groupe politique connu..

En , Jeffrey Luers« The U.S. Goes on Green Alert, When is a vandal a terrorist? When he's also an environmentalist », sur nrdc.org.« Ecoterrorism as a career », a Jeffrey Luers's interview. est condamné à 22 ans et 8 mois de prison pour avoir brûlé trois SUV à Eugene, dans l'Oregon, avec l'aide d'un ami, pour attirer l'attention sur la consommation excessive de gazole aux États-Unis et le réchauffement climatique. Les dégâts sont estimés à environ . Un expert assure que Luers a pris soin de ne blesser personne. Sa libération intervient au bout de dix ans, en « Jeff's Story », sur le site de soutien..

Le FBI estime en 2002 que l'Animal Liberation Front (ALF) et l'Earth Liberation Front (ELF) ont entre 1996 et 2002 commis plus de 600 actes criminels aux États-Unis, entraînant des dégâts estimés à plus de de dollars.. En 2008 il considère encore les actions écoterroristes et des extrémistes du Mouvement des droits des animaux comme étant l'une des sources de terrorisme interne les plus importantes avec plus de 2000 crimes en 30 ans pour un montant de plus de 100 millions de dollars de pertes matérielleshttps://archives.fbi.gov/archives/news/stories/2008/june/ecoterror_063008. Toutefois, la qualification de terrorisme pour des actes visant exclusivement des biens et jamais des personnes, peut être considérée comme excessive dans un tel cadre.

En Europe Mouvements antinucléaire et animalistes dans les années 1980 Dans les années 1980, Marco Camenisch et Chaïm Nissim sont qualifiés de terroristes pour des attaques sur des centrales nucléaires.

Mouvements anti-OGM dans les années 1990 et 2000

Mouvements pour le climat et extensions sémantiques dans les années 2020 France En France, selon le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, Éric Denécé, les actions de Faucheurs volontaires d'Organisme génétiquement modifié (OGM) au début du et d'Extinction Rebellion démarrées au début des années 2020 sont .. De même Michel Badré considère en tant que l'un des responsables en 2017 de la mission de médiation du Projet d'aéroport du Grand Ouest que qualifier d'écoterroristes les opposants à son installation à Notre-Dame-des-Landes est .. Le politologue Eddy Fougier, estime en 2016 que les actions des associations animalistes et néo-luddistes menacent certes la sécurité des entreprises en France (notamment celles du secteur des OGM ou celles qui pratiquent l'expérimentation animale), mais ne constituent pas pour autant un .. Le directeur général de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), Nicolas Lerner confirme en , . tout en appelant à rester vigilanthttps://www.dgsi.interieur.gouv.fr/decouvrir-la-dgsi/notre-histoire/archive-des-prises-de-parole-des-anciens-directeurs/djihadisme.

Cependant, au début des années 2020, plusieurs actions menées en France, de désobéissance civile, manifestations (entrainant parfois des oppositions violentes avec les forces de l'ordre), sabotages et destructions de certains outils agricoles (retenue de substitution, champ de muguet, etc) sont qualifiées d'écoterroristes dans les médias. et par plusieurs personnalités politiqueshttps://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/ecoterroristes-contre-vrais-ecolos-de-droite-au-conseil-regional-des-pays-de-la-loire-35f3282a-10d4-11ee-a6c1-52654847d406 telles que Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur.. Ce rapprochement avec le terrorisme est critiqué par des personnalités politiques, majoritairement de gauche, qui le voient comme .. Noël Mamère, ancien homme politique écologiste, décrit l'usage de ce terme pour définir des militants écologistes comme étant le début d'une Noël Mamère, Noël Mamère : « Ecoterrorisme, un parallélisme de langage qui relève de l’indécence, du cynisme et de l’irresponsabilité », tribune, Le Monde, 4 novembre 2022. Selon le journaliste Pascal Riché, ce terme est utilisé à des fins de pour . et conduit à banaliser le véritable terrorisme.