Femmes solidaires, anciennement Union des femmes françaises (UFF), est une association loi de 1901 féministe française. Historiquement lié à la sphère communiste, le mouvement œuvre pour la défense et l'avancée des droits des femmes, la parité homme-femme, le mouvement libéral et la solidarité internationale.
Création et historique
Naissance dans la clandestinité Les prémices de l'association démarrent vers 1941 dans les comités féminins de la Résistance, nés des comités populaires de la Résistance créés par Danielle Casanova.. Ces comités féminins se structurent progressivement au niveau local puis régional et interrégional. Ils sont regroupés au sein de l'Union des femmes françaises dans la zone nord et l'Union des femmes de France dans la zone sud. Les responsables en sont Josette Cothias puis Maria Rabaté pour la zone nord, après l'arrestation de Danielle Casanova, et Marcelle Barjonet. et Simone Bertrand. en zone sud.. L'UFF se consolide vers 1943 au sein du mouvement de résistance communiste durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie. Cette organisation met du temps à s’établir, notamment en raison d'arrestations de ses membres par les nazis ou le régime de Vichy.
En , les Francs-tireurs et partisans demandent l'aide de l'UFF pour rejoindre ses services auxiliaires en tant qu'agent de renseignement, de liaison ou pour l'intendance. Un comité directeur composé d'Yvonne Dumont, Francoise Leclercq, Irène Joliot-Curie et Eugénie Cotton se réunit le pour évaluer cette proposition. L'UFF est alors un mouvement à l'échelle nationale qui demande son rattachement au Conseil national de la Résistance pour être reconnu.
Libération L’UFF et son journal, Femmes françaises, naissent de la fusion en des Comités féminins communistes des zones Nord et Sud, mis en place dans le cadre de la Résistance. Elle est créée par un congrès le « Notice Union des femmes françaises », data.bnf.fr., à l'initiative du Parti communiste français (sa création est revendiquée par l'historienne Rolande Trempé dans les Ardennes« Rolande Trempé : "d'une intégrité parfaite, Jaurès était le désintéressement incarné" », L'Humanité, 6 janvier 2014.). Son premier congrès, en , rend hommage à Danielle Casanova et Berthie Albrecht avec le mot d'ordre , et voit les déléguées françaises et étrangères poser les bases de leur action future, en affirmant leur détermination à lutter pour l'égalité des droits avec les hommes, aussi bien dans le domaine politique qu'économiquePremier congrès de l'Union des femmes françaises sur cinearchives.org, juin 1945 [vidéo].. Forte de en , elle en affiche en .Bien que le nombre d'adhérentes puisse paraître élevé, l'auteur précise que ces chiffres déclarés ont été confirmés par Philippe Buton à partir d'archives soviétiques dans Les Lendemains qui déchantent - Le PCF à la LibérationFNSP, 1993, p. 267.. Son siège est alors situé 41 rue de Provence et plus tard 12 bis rue d'Astorg (Paris). Il en exista également un rue des Petites-Écuries dans le arrondissement de Paris dans les années 1970, voire avant.
Mathilde Gabriel-Péri, alors l'une des seules femmes déléguée à l'Assemblée consultative provisoire de Paris, y est aussi porte-parole de l'UFF.. Marie Couette, membre du comité directeur de l'UFF, y sera également déléguée, représentant pour sa part la CGT. L'UFF est affiliée à la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF).
L'UFF publie en 1945 le livre Une vie exemplaire, Danielle Casanova, la même année que son évocation privilégiée dans Les Femmes héroïques de la Résistance de Louis Saurel chez Nathan"Gender ou politique : le déficit d’image des femmes de la Résistance" par Michèle Cointet. Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, en 2010.
Immédiat après-guerre vignette|Camion de ravitaillement affrété par l'UFF en décembre 1947. Proche d'un million d'adhérentes en 1947 Les effectifs sont d'abord très importants : 620 000 au premier congrès de 1945, puis 1 million en 1947, en incluant les associations familiales liées, mais chutent rapidement, divisés par dix en une décennie : un demi-million en 1952, puis seulement 200 000 adhérentes en 1956, 100 000 en 1964 et 50 000 en 1968Une autre source, Nicolas Texier, dans la Revue historique des armées en novembre 2012 parlent de 628000 adhérents à l'après-guerre et 245 000 jeunes au sein de l’Union de la jeunesse républicaine de France (ex Jeunesses communistes) . En 1946, par comparaison, seuls 11 % à 19 % des adhérents du PCF sont des femmes.
L'UFF est parfois citée comme un vecteur de prise de confiance dans le couple, illustré par une adhérente disant : « Maintenant je me sens l’égale de mon mari parce que j’ai entendu parler de ceci, on a discuté de cela ». Le terme « amie » désigne l’adhérente, moins connoté que celui de « camarade », avec une image plus chaleureuse. Inviter des femmes à partager une amitié au sein d’un mouvement est « un atout pour recruter largement, préoccupation majeure » de l'UFF. L’amitié vécue au sein de l’UFF semble ensuite moins mise à mal en cas d'exclusion. L'UFF sert même de refuge à des militantes dont le mari a été exclu du PCF. Mais Jeannette Vermeersch évoque le risque de jalousie des époux quand leurs femmes partent en formation.
L'UFF est ainsi au tout début des années de guerre froide une Emmanuel Naquet, « Ligues et associations », dans Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), Histoire des gauches en France, volume 2, La Découverte, Paris, 2004, p. 104., notamment grâce à son magazine Femmes françaises. mais une première « reprise en main » par la direction communiste voit sa ligne « adhérer complètement à celle du PCF dès 1947 »MEZZASALMA Philippe, Les représentations de la Résistance dans la presse ouvrière féminine, 1944-1947, sousla direction d'Antoine Prost et Lucette Le Van-Lemesle , quand les représentations de la presse ouvrière féminine « tendent alors à l’unicité, schématisées à l’extrême, déformées, cristallisées en quelques légendes définitivement figées et achevées », notamment celles de quelques résistants soigneusement sélectionnées, Danièle Casanova et Guy Môquet.
Grèves de 1947 et 1948 En , les différents conseils régionaux ou nationaux de l'UFF décident de soutenir les grévistes parisiens en cherchant des approvisionnements en province.
L'Humanité rapporte dans ses éditions des et que les épouses de mineurs mobilisées autour de Julie Dewintre après les grèves de 1947 en France obtiennent « l’accélération des procédures et pour les familles un droit de visite régulier »"Conflit social ou affrontement politique ? La grève des mineurs en France en 1948 sous les angles de la solidarité et de la répression" par Jean-Louis Vivens dans la revue Histoire en 2015 . Les femmes de l'UFF font une haie d'honneur devant les médias à un député PCF de l'Hérault, Raoul Calas, qui refuse de quitter la tribune de l'Assemblée nationale pendant une nuit entière, pour soutenir les grévistes.
Défense du livre français Dès 1946, le courrier des lecteurs du journal de l'UFF comporte des lettres dénonçant des propos machistes d'écrivains mais aussi de timides plaidoyers pour l'éducation sexuelle, tandis que des articles soulignent la « capacité créatrice » des femmes dans le domaine littéraire. Le de l'UFF se déroule en à Marseille.. Mireille Dumont est chargée de l'organisation et l'on compte parmi les participants Jeannette Vermeersch, Françoise Leclercq, Eugénie Cotton, Claudine Chomat. Louis Aragon et Elsa Triolet interviennent sur la défense du livre français. Nadejda Grekova, ministre de l'URSS, mène la délégation russe.
Le conseil national de l'UFF les 28 et est couvert dans le magazine Femmes françaises par Élise Fraysse et les interventions d'Yvonne Dumont ou Jeannette Vermeesch y sont présentées.. En , Ségolène Malleret, en tant que secrétaire administrative de l'UFF, fait partie d'une délégation, incluant Henri Martel, qui part à Moscou pour donner à Staline « les cadeaux du peuple de France ».
En 1946, Jeannette Vermeersch-Thorez a proposé à Jeannette Colombel d’assister Marie-Claude Vaillant-Couturier au secrétariat de la Fédération démocratique internationale des femmes, ce qui l'amène en 1947 à participer au blocage des « péniches chargées de tonnes de sucre envoyées aux Allemands par les Américains »Biographie Le Maitron de Jeannette Colombel . Deux ans après, dans une « ligne strictement stalinienne », celle-ci « épingle l’existentialisme sartrien » et assassine, dans une critique, Le Deuxième Sexe, essai très remarqué de Simone de BeauvoirSimone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, tomes I et II, éd. Gallimard, 1949, 400p. et 588 p. , paru en 1949, avec « plus d’injures que d’arguments », confessera cette dernière plus tardNécrologie de Jeannette Colombel dans Le Monde le 21 avril 2016. Dénonçant sur un marché de la porte de Saint-Cloud la « sale » guerre d’Indochine, elle est inculpée d’« atteinte au moral de la nation et de l’armée.
En 1950, Angèle Chevrin, alors secrétaire nationale de l'UFF, est élue députée. lors d'une partielle causée par la démission d'Henri Lozeray, élu au Conseil de l’Union française.
Actions contre la guerre d'Indochine Après 1950, les manifestations contre la vie chère « perdant de leur acuité », s'installe « au cœur des discours de l’UFF » la « vision mythifiée et uniforme de la femme, symbole anti-guerre », via un continuum qui va durer deux décennies (Allemagne, Indochine, Algérie)L’Union des femmes françaises pendant les Trente Glorieuses : entre « maternalisme », droit des femmes et communisme" par Dominique Loiseau, dans la revue Le Mouvement Social en 2018 , notamment quand l'UFF s’organisera dès 1955 « autour du refus de l’envoi des appelés et rappelés en Algérie », avec de très nombreuses « délégations de mères et d’épouses » aux élus. Au début des années 1950, l'Union des femmes françaises s'est surtout intéressée à l'Indochine"Sororité et colonialisme. Françaises et Africaines au temps de la guerre froide (1944-1962)" par Pascale Barthélémy, aux Éditions de la Sorbonne en 2022 , le PCF organisant la plupart (437 sur 457) des manifestations politiques de la période 1949-1952D. Tartakowsky, Les manifestations de rue en France, 1918-1968, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997, p. 559 Marc André, dans « Commémorer et réprimer » aux Éditions en 2022, https://doi.org/10.4000/books.enseditions.42901].
Appel d'août 1949 et plaques en hommage aux soldats tués de 1949 Madeleine Colin se fait l’écho dans le bulletin de la fédération CGT des PTT d' de l'appel de « quinze femmes du département du Nord » qui « se sont adressées aux dockers de Dunkerque et, à travers eux, à tous les Français, pour qu’ils se dressent contre cette odieuse guerre du Viêtnam »"La Fédération CGT des PTT et la guerre d’Indochine (1946-1954)" par Maurice Desseigne, dans "La CGT des années 1950", sous la direction d'Elyane Bressol, en 2005 aux Presses universitaires de Rennes . Cet appel reçoit un accueil favorable un peu plus tard, les dockers de Dunkerque sont les premiers à se lancer dans les grèves de 1949-1950 contre la guerre d'Indochine.
L'UFF s'oppose aussi à la guerre d'Indochine le , jour d'une « altercation » avec la police devant le ministère de la Guerre, puis propose dès novembre une plaque en hommage aux soldats tués en Indochine, victimes de la « sale guerre », financée par le journal régional du PCF L'Union, soutenue par le conseil municipal de Châlons-sur-Marne mais dénoncée par le maire radical de Reims Roger Jardelle"La mémoire comme enjeu de Guerre froide : l'affaire des plaques de l'U.F.F. dans la Marne (novembre 1949-printemps 1950)", par Xavier Desbrosse et le préfet, qui s'est procuré la lettre de l’UFF et reste en permanence en contact avec son ministère pour en parler.
Appel aux mères et épouses des soldats