Jean Bloch, dit Jean-Richard Bloch, né le à Paris 8. et mort le à Paris 1., est un écrivain, essayiste, homme politique, journaliste et poète français. Il siège au Conseil de la République dans le groupe communiste.
Biographie
Famille et jeunesse Né Jean Bloch, il est le fils de Richard Bloch (1852-1934)., ingénieur des Ponts-et-chaussées, et de Louise Lévy (née le à Carling, Moselle et assassinée le à AuschwitzVoir, Klarsfeld, 2012.Recherche de personne, site du Mémorial de la Shoah.). Son grand-père, Abraham Bloch est originaire du village de Lauterbourg, en Alsace. Après une scolarité secondaire au lycée Condorcet., il suit des études d'histoire et de géographie en même temps qu'il écrit ses premiers textes, des nouvelles et un roman.
Il rencontre en 1905 Marguerite HerzogMarguerite Bloch (1886-1975), née Herzog, appartenait à la bourgeoisie juive d'Elbeuf : sa famille - qui avait quitté l'Alsace annexée en 1871 par les Allemands - y avait fondé une fabrique de draps. Frappée par l'armistice de juin 1940, Marguerite Bloch a écrit un journal : Sur les routes avec le peuple de France 12 juin - 29 juin 1940, édition établie et annotée par Philippe Niogret et Claire Paulhan, préface de Danielle Milhaud-Cappe, Éditions Claire Paulhan, 2010., sœur d'André Maurois, qu'il épouse le 26 septembre 1907.. Agrégé d'histoire la même année, il devient professeur au lycée de Lons-le-Saunier, puis à Poitiers à partir de la rentrée de 1908. Il se fait mettre en congé en 1909 afin de se consacrer à l'écriture. Il fonde en 1910 - sous le pseudonyme de Jean Richard - une publication intitulée L'EffortQui se présente comme une « revue de civilisation révolutionnaire ».., qui devient L'Effort Libre deux ans plus tard., à laquelle collaborent notamment des artistes peintres comme Gaston Thiesson et Bernard Naudin. Le monde d'hier. Stefan Zweig.. Le , il s'installe 138 rue de La Mérigote., dans ce qui n'était pas encore, le long du Clain, la banlieue de Poitiers. Achetée deux ans plus tard, la villa accueillera durant les étés de nombreux intellectuels.
Première guerre mondiale Engagé en 1914, caporal, puis sous-lieutenant et lieutenant dans l'infanterie, il est blessé à trois reprises. Il est décoré de la croix de guerre..
Entre-deux guerres Après la guerre, il collabore à La Vie Ouvrière et à L'Humanité, ainsi qu’à la revue Clarté. Socialiste depuis qu'il était étudiant, il adhère au Parti communiste français dès 1921 mais le quitte au moment de la bolchevisation. Il contribue, avec Romain Rolland et un comité d'écrivains, en 1923, à la création de la revue Europe dont son frère Pierre Abraham figure aussi parmi les premiers collaborateurs.. Il collabore également en tant qu'éditeur à la maison d'éditions Rieder qui édite Europe.. .
Si, en 1933, il se situe entre socialisme et communisme, sans appartenir à l'un des deux partis., il milite en faveur de la cause antifasciste et du Front populaire et se rapproche du Parti communiste. Après la crise du 6 février 1934, il adhère au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) et à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR). Il participe en août 1934 au Congrès des écrivains soviétiques à Moscou.. Ce voyage officialise son rapprochement avec le PCF. Il organise et participe activement au Congrès international des écrivains pour la défense de la culture en 1935 et, avec Louis Aragon à la fondation du quotidien communiste Ce soir en .
Seconde guerre mondiale et vie en URSS Il adhère au Parti communiste français à la fin du printemps ou au début de l'été 1939Il écrit dans une lettre adressée à Maurice Thorez du 23 mai 1939, qu'il est fier d'avoir demandé son adhésion au PCF. Si on tient compte du processus d'adhésion, on peut penser que celle-ci est effective entre la fin mai et le tout début du mois de juillet 1934. (Lettres de Jean-Richard Bloch à Maurice Thorez, 23 mai 1939, Fonds Jean-Richard Bloch, médiathèque François-Mitterrand, Poitiers)., soit quelques semaines avant le Pacte germano-soviétique.. Ebranlé par le pacteEntretien de Claude Bloch avec Nicole Racine, Notes de Nicole Racine., il le soutiendra officiellement, de même qu'il soutiendra les députés communistes arrêtés dans les semaines qui suivront. Il s'engage cependant dans la Résistance après l'occupation allemandeA ce sujet on peut citer deux articles de Nicole Racine : « Jean-Richard Bloch 1939-1941. De l'interdiction de Ce Soir au départ pour l'URSS », Studia Romanica, Debrecen (Hongrie), 1994, ; ainsi que « Jean Richard Bloch ou les épreuves de la fidélité (1939-1941) », in ..
Au début de l’année 1941, se sentant de plus en plus menacés en tant que communistes et en tant que juifs, les Bloch vont décider de fuir en URSS. En dépit de la barrière linguistique, ce choix soviétique semble logique pour des raisons politiques, mais aussi financières.. Ce n’est cependant en rien un départ clandestin comme le prétendra l’écrivain lors de sa conférence à France-URSS de 1946Sur cette conférence sur Staline de 1946, publiée dans Europe en 1949, voir : Wolfgang Klein, « L’Homme du communisme. Portrait de Staline par Jean-Richard Bloch », dans « Retrouver Jean-Richard Bloch », textes réunis par Tivadar Gorilovics, Studia Romanica, Debrecen, 1994, .. Le , il rédige une lettre à Staline, pleine d'admiration, qui le classe définitivement comme un intellectuel communiste..
Le , ils quittent en effet Paris en direction de l’Allemagne avec un visa de transit en bonne et due formeBNF, Fonds Jean-Richard Bloch, NAF 28222 (89), Agenda 1941.. Arrivé à Moscou le , Bloch répond longuement aux questions d'André Marty sur la situation en France dans la fin de l'après-midi et dans la soirée du vendredi BNF, Fonds Jean-Richard Bloch, NAF 28222, Agenda 1941, vendredi 25 avril 1941.. De cette conversation qui se termine à minuit dixElle a commencé à 17H40. Op. cit., des « Notes sur les Français » sont rédigées (de manière antidatées donc) par André Marty sans doute immédiatement après l'entretien. Elles sont ensuite peut-être traduites en russe par les services du secrétariat de l'IC dans un style qui est davantage celui de Marty (dilatoire et paranoïaque). que celui de BlochL'inventaire en russe des archives du RGASPI qui conservent les fonds du Komintern ne les mentionne pas. Elles n'apparaissent en tout cas pas dans les quelques dossiers concernant nominalement Bloch (titre du dossier dans l'inventaire). On trouve par contre, le procès-verbal de l'entretien du 13 mai 1941 de Jean-Richard Bloch devant le secrétariat du Comité exécutif de l'Internationale Communiste (disponible sur le site Pandor de la MSH de Bourgogne : ). Ce procès-verbal (daté du 15 mai), comme la transcription complète de cet entretien (RGASPI, 517-1-1933 : le dossier est partiellement en France) sont rédigés par André Marty dont le style dilatoire et paranoïaque est connu. On peut par exemple citer les rapports qu'il fait à plusieurs reprises en 1943 quand il dénonce Jean-Richard Bloch comme un agent gaulliste qu'il faut traiter comme tel (feuillet 11 sur l'attitude de Jean-Richard Bloch du 28 mars 1943, ou feuillet 28-29 du 17 août 1943).. Une de ces notes, conservées aux archives du Komintern, rapporte des propos qu'André Malraux aurait tenus au début de la guerre à l'ambassade du Chili devant un fonctionnaire d'ambassade communiste : . Comme tous les documents issus du Komintern, ces « Notes sur les Français » qu'Olivier ToddOlivier Todd, André Malraux, une vie, Gallimard, 2001, et 642-643, n. 4. Olivier Todd ne cite pas avec exactitude dans son livre le dossier qui lui a été communiqué. Il est vrai que les inventaires n'étaient évidemment pas en ligne quand il a accompli ce travail (automne 1997) avec l'aide des conservateurs des archives du Komintern et d'une interprète russe. Le seul fonds 517/1 qui concerne en général le Parti communiste français (et qui avec le Fonds concernant le secrétariat du Comité exécutif du Komintern serait susceptible de contenir ces notes) compte . En recoupant les protagonistes incriminés et la date, on peut penser qu'il puisse se trouver soit dans le dossier personnel de Jean-Richard Bloch (rédigé en russe), soit dans un dossier de l'inventaire 3 concernant André Marty du fonds 517 (PCF). Plus précisément : Le dossier 49 de l'inventaire 3 du fonds 517. Дело 49. Черновые записи Марти о положении во Франции, о работе КП Франции в условиях войны, оккупации, soit : Brèves notes de Marty sur la situation en France, sur le travail du PC de France dans les conditions de la guerre et de l'occupation (traduction littérale). Ces notes sont elles aussi en russe. qualifie de « modèle de délation » sont donc à prendre avec précaution. Même si Jean-Richard Bloch était sans doute critique face à la position d'André Malraux à l'égard des communistes, il répond quelques jours après son arrivée à des questions précises (un quasi interrogatoire ?) à un André Marty qui exerce un contrôle étroit sur les Français présents alors en URSSÀ ce sujet. voir notamment Rachel Mazuy : « Voyages, amour et lutte des classes. Les Français en Russie soviétique dans l'entre-deux-guerres », Aden, , octobre 2015.. Marty revoit et questionne Bloch quasiment tous les jours qui suiventBNF, Fonds Jean-Richard Bloch, Agenda 1941, op. cit.. Enfin, le , Bloch présente oralement un rapport devant le secrétariat du Comité exécutif de l'IC (qu'il qualifie d'état-major du Komintern) « Sur la situation en France »BNF, Fonds Jean-Richard Bloch, NAF 28222, Agenda 1941 : « Visite de Nathalie - Marty vient me chercher à 11h45’ nous partons à midi 15 ➔ Komintern.
Son bureau : . Il me conduit à l’étage au-dessus (ici, est au ) chez Dolorès chez qui je reste jusqu'à 14h-10. Le thé ensuite chez Marty. À 14h nous montons chez Dimitrof. Je fais mon rapport devant l’E.M. du Komintern jusqu'à 18h1/4. Les questions nous mènent jusqu'à 18h40. Légère collation dans le cabinet de Marty. Nous rentrons. Il me dépose à l’hôtel. Nous allons au P. Théâtre d’art voir Trois Sœurs - de Tchékhov. Soupé au Kaf (écrit en russe) é. ».. Dans le procès-verbal (rédigé là encore par Marty) de l'entretien, Malraux n'est pas évoqué (à la différence de Paul Langevin, Romain Rolland, André Gide et Charles VildracRGASPI, 495-1-1931, f. 32-43 op. cit.
Ce dossier se trouve sur le site pandor : .). En effet, Marty (qui est aussi celui qui assure la transcription des propos de BlochRGASPIR, 517-1-1931, « Transcriptions des entretiens du CEIC avec l'écrivain JR Bloch sur la situation en France sous l'occupation allemande, les intellectuels français, sur le travail des radios "Radio-Londres" et "Radio-Moscou". Articles de JR BLoch. Dates extrêmes : 1941 ». 83 feuillets, en français.), écrit en introduisant son procès-verbal : « Notes prises par le camarade André Marty - Toutes les questions déjà traitées dans les conversations particulières et dans le rapport écrit sur les intellectuels ne sont pas répétées - une table des matières d'ensemble permettra de retrouver les questions essentielles dans les différents exposés et rapports du camarade Bloch. »RGASPI, Fonds Jean-Richard Bloch, 495-18-1934, f. 32 (). : Ce rapport écrit (par Marty à partir d'un rapport ou de conversations orales de ou avec Bloch) sur les intellectuels, c'est peut-être cette fameuse " Notes sur les Français ».
En URSS, Bloch sera journaliste et écrivainIl reste là encore étroitement contrôlé, en particulier par Marty jusqu'au départ de ce dernier pour Alger à la fin de l'année 1943. On peut ainsi citer un autre document interne au Komintern signé par Marty le 23 octobre 1943 (517-1-1933, feuillets 46-47) concernant le Travail des camarades français : « (…) 5. Radio- Moscou : Exiger que Jean-Richard Bloch en plus de ses deux commentaires assure 3 fois par semaine les actualités. Stepanov : trois articles par semaine et si possible 3 informations commentées. Dupuy : un article au moins par semaine 6. Articles pour l'étranger (Brazzaville, Presse d'Alger, etc.)