Le Trotteur d'Orlov () est une race de chevaux trotteurs russe, sélectionnée par le comte Alexeï Orlov à qui elle doit son nom. Les origines de ce cheval sont marquées par une extrême consanguinité à partir de l'étalon Bars , petit-fils de l'Arabe Smetanka. Trotteur le plus rapide au monde jusqu'à la fin du , il est ensuite détrôné par le Trotteur américain et le Trotteur français. Sa sélection suscite des conflits récurrents entre partisans d'un élevage en race pure et partisans du croisement, menant à la séparation subséquente du Trotteur d'Orlov et du Trotteur russe.

Le Trotteur d'Orlov est historiquement caractérisé par une assez grande taille, des crins abondants et une longue encolure portée en col de cygne, qui lui donne son élégance. Outre son usage historique aux courses de trot, il est également un cheval d'attelage léger et une race de croisement très populaire jusqu'au début du . Désormais, il est surtout utilisé sous la selle.

Il constitue l'une des plus célèbres races de chevaux élevées en Russie. Son élevage s'est étendu à l'Ukraine et à la Bulgarie, mais il est entré dans un déclin mondial à partir de la seconde moitié du , ce qui en fait une race rare de nos jours.

Dénomination Cette race de trotteurs est sélectionnée au par le comte Alexeï Orlov (ou Orloff, selon la transcription ancienne), qui lui a légué son nom en hommage. Celui-ci a également sélectionné une race de chevaux de selle. Donner le nom de son éleveur à une race de chevaux semble être une spécificité russe, d'après Jean-Louis Gouraud..

Le Trotteur d'Orlov est aussi nommé jusqu'en 1949 ; depuis lors, cette dénomination désigne une race de croisement également nommée le Trotteur métis. L'Orlov est un exemple de race animale dont la définition même dépend en très grande partie de facteurs extérieurs au cheval lui-même, en particulier de facteurs socio-économiques et politiques.

Historique L'élevage s'effectue originellement au haras d'Ostrov, fondé à proximité de Moscou par le comte Orlov. Celui-ci se lance dans l'élevage de trotteurs en raison du manque de qualités autres que la rusticité des chevaux russes de l'époque, et de son embonpoint qui l’empêche de pratiquer l'équitation. Grâce à sa fortune et à ses privilèges considérables, il peut acquérir des chevaux particulièrement onéreux.. Il se forme à l'hippologie en assistant à des conférences données par des spécialistes réputés en Europe de l'Ouest. Il s'installe ensuite en 1775 ou en 1788 dans la région de Voronej au sud de Moscou, fondant le haras de Khrenov. Ses chevaux sont dès lors élevés de manière extensive dans les plaines inondables de la rivière Bitioug.

Origines

vignette|gauche|L'étalon Bars attelé à un traîneau du comte Orlov, d'après une peinture de Nicolas Swertschkoff datée de 1890. Les débuts de la sélection de cette race datent de 1775 à 1784, ce qui en fait le plus ancien exemple mondial d'élevage sélectif d'un trotteur.. Orlov a défini clairement son objectif d'élevage dès ses débuts, à savoir un cheval d'attelage élégant et résistant aux conditions climatiques russes ; en tant qu'éleveur, il se montre particulièrement en avance pour son époque. La race qu'il a sélectionnée est fixée dans son type dès 1796. Le Trotteur d'Orlov est dès lors le cheval russe le plus grand, le plus élégant et le plus réputé de son époque..

Le Trotteur d'Orlov descend de l'étalon arabe gris Smetanka, soit reçu d'un amiral turc en récompense pour sa bravoure au combat, soit acheté par le comte Orlov pour la somme de . Smetanka se reproduit avec le cheptel du comte Orlov, bien qu'il n'ait effectué qu'une seule saison de reproduction car il ne survit pas à son premier hiver russe. Un autre important fondateur de cette race est l'étalon arabe bai Sultan I.

En 1777, Orlov croise Smetanka avec une jument flamande ou danoise (à la robe isabelle), dont naît l'étalon Polkan. Celui-ci est le père d'un étalon gris, Bars , considéré comme le véritable fondateur de la race du Trotteur d'Orlov. Né en 1784, Bars (« Lion des neiges ») est le fils d'une jument harddraver hollandaise de robe noire, dotée d'un excellent trot et d'une grande amplitude dans ses allures. Il se reproduit à Khrenov durant 17 ans.

Cette race est issue des croisements de Bars avec différents chevaux importés par le comte Orlov, soit 77 juments poulinières dont des harddraver hollandaises (ancêtres du Frison..), des juments danoises et cinq mecklembourgeoises, mais aussi des juments russes, polonaises, et une dizaine d'Arabes. Il recourt fortement à la consanguinité pour fixer les caractéristiques de la race, Bars étant croisé avec ses propres filles. Les petites-filles de Bars jouent un rôle reproducteur majeur.

Du vivant du comte Orlov et même après sa mort, aucun reproducteur n'est commercialisé ou donné. Décrit comme , il ordonne dans son testament que seuls des chevaux castrés soient vendus.

Gestion par Schischkin

Après la mort du comte Orlov en 1809, le haras est géré par l'un de ses serfs, W. J. Schischkin (en français : V.I. Chichkine ; 1780-1846), qui accroit encore les croisements consanguins. Durant les deux premières décennies du , une poignée d'éleveurs adhèrent aux principes de sélection mis en place par le comte, à savoir le croisement entre plusieurs races de chevaux et la sélection sur la qualité au trot, mais par la suite, c'est la notion subjective de qui prend de l'importance, au détriment de la qualité à l'usage. Jasper Nissen décrit des . Ainsi, l'étalon Ljubesnoj I naît du croisement de Bars avec une jument elle-même fille de Bars , le même croisement consanguin étant ensuite répété sur trois générations pour donner Ljubesnoj III, issu de l'accouplement de Ljubesnoj avec sa propre sœur. Les chevaux perdent en taille et en masse. Des croisements avec le Pur-sang sont pratiqués par la suite, le type du trotteur d'Orlov étant dès lors définitivement fixé. Schischkin renouvelle le croisement avec des juments harddraver, et introduit le trotteur Norfolk en plus des juments danoises.

En 1811, le tsar de Russie Alexandre Ier reçoit quatre hongres du cheptel d'Orlov de la part de la comtesse, alors veuve, alors qu'il avait demandé quatre étalons. Il existe des tentatives de propagation de la race par la sélection pour les courses au trot durant les années 1820 et 1830, mais elles ont peu de succès car les rares éleveurs de l'Orlov refusent de participer aux courses de trot.

Parmi les onze fils de Bars , deux étalons influencent particulièrement la race à ses débuts, le gris Lebed'I et le bai-brun Liubeznyl / Ljubesnoj I. Les étalons Ljubesnoj, issus d'une jument harddraver, et l'un de leurs fils, Waruur, jouent également un grand rôle dans la consolidation du Trotteur d'Orlov. Lorsque Schischkin ouvre son propre haras à partir de quelques-unes des meilleures juments de Khrenov, le Trotteur d'Orlov commence à se répandre dans toute la Russie. En tant que reproducteur vu comme améliorateur d'autres races, il est amené vers des élevages situés dans des régions climatiques russes très différentes les unes des autres, comme Poltava, Pskov, la Kirghizie et les montagnes orientales du lac Baïkal. Le meilleur étalon né à Khrenov se révèle être Udaloj, né en 1871.

Élevage sélectif du Si les premières courses de trot ont eu lieu à Moscou en 1799, c'est la création de la société des courses de trot à Moscou en 1834 qui conduit progressivement à une grande popularité des courses de traîneaux organisées en hiver, et à un élevage sélectif qui améliore considérablement les capacités du trotteur d'Orlov. En 1842, selon un éleveur d'Orlov, A. Gendriko, les champs de courses au trot restaient peu nombreux et peu usités ; une course au trot est organisée dès l'année suivante au palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg sur la glace de la Neva, et reconduite chaque année. En 1845, le haras de Khrenov ayant commencé à péricliter sous la direction de la fille du comte Orlov, le gouvernement russe en fait l'acquisition. C'est à cette époque que des registres généalogiques sont mis en place, des règlements de courses au trot créés, et des reproducteurs Orlov distribués. De petits haras éleveurs de Trotteurs d'Orlov s'installent partout dans l'Empire russe, au point que sont dénombrés en Russie européenne, malgré un ralentissement économique pendant la guerre de Crimée. Il résulte de celle-ci que seuls survivent les élevages disposant de moyens financiers importants, généralement ceux de la noblesse.

Le , le baron Grünewald demande à une vingtaine d'hippologues et d'éleveurs d'apporter leur point de vue en matière de maintien de la généalogique du Trotteur d'Orlov, dans un contexte où le commerce de chevaux revêt une importance stratégique. La plupart des spécialistes consultés se prononcent en faveur de l'interdiction des croisements extérieurs. Le registre généalogique (stud-book) de la race est créé en 1865, et réservé dans un premier temps aux chevaux capables de trotter durant un kilomètre en moins de deux minutes. Par la suite, il est fermé aux chevaux qui ne sont pas eux-mêmes des Trotteurs d'Orlov. En effet, en , les critères imposent que seuls les chevaux descendants de ceux élevés à Khrenov à l'époque du comte Orlov (avant 1808) peuvent y être inscrits. De plus, seuls les chevaux dont au moins la moitié des ancêtres ont participé à des courses au trot peuvent entrer dans ce stud-book. Ce sont les critères définis en 1868 pour faciliter les exportations de la race qui stimulent le plus son élevage. Ces critères favorisent la qualité (rapidité au trot) plutôt que la quantité de chevaux. Parallèlement, le gouvernement impérial russe condamne les tentatives de création de sociétés d'éleveurs indépendantes.

Durant tout le , l'Orlov est considéré comme le meilleur trotteur au monde et est largement utilisé pour tirer calèches et traîneaux. Son usage rend les courses de trot populaires jusqu'en Europe occidentale, de l'Allemagne à l'Autriche-Hongrie en passant par la Slovaquie et l'Italie, la race gagnant ces régions d'Europe pour y être élevée ou croisée. L'Exposition universelle de 1867, à Paris, joue un grand rôle dans cette popularisation à l'échelle de toute l'Europe. L'étalon Bédouin, issu du haras de Khrenov, est sélectionné et présenté au public. Parallèlement, alors que les courses d'Orlov avaient lieu sur glace, elles sont de plus en plus souvent organisées sur terre battue. Alors qu'il s'agissait initialement d'un sport de niche, les courses au trot deviennent un sport populaire.

Perte d'influence du Trotteur d'Orlov en courses de trot vignette|Taboun de Trotteurs d'Orlov du haras de Novotomnikov peint par Nikolaï Samokich, 1890.|alt=Peinture d'un troupeau de chevaux gris. Les premières courses de vitesse au trot organisées en Europe occidentale sont totalement dominées par l'Orlov. En plus des enregistrements généalogiques, les enregistrements de temps de course jouent un rôle clé dans les investissements auprès des éleveurs de Trotteurs d'Orlov, ainsi que dans la popularisation de cette race. Dans un contexte où l'acheteur potentiel n'est pas russophone, les temps de course forment un meilleur argument commercial que l'enregistrement de la généalogie.