thumb|Ophélie par Alexandre Cabanel.

Ophélie (Ophelia dans la version originale) est un personnage de la tragédie Hamlet de William Shakespeare. Elle est une jeune noble du Danemark, fille de Polonius, sœur de Laërte et future épouse du prince Hamlet dont les actes la conduisent à la folie puis à la mort par noyade..

Prénom Contrairement aux autres noms de personnages du livre, le prénom Ophélie n'est pas danois. Il apparaît pour la première fois en 1504 dans le poème L'Arcadie de Jacopo Sannazaro (sous le nom de Ofelia), probablement dérivé du grec ancien (ōphéleia), qui signifie ..

Iconographie et inspiration artistique Bien qu'Ophélie n'occupe qu'un rôle mineur dans Hamlet de Shakespeare, elle inspira fortement les artistes à partir du . L'épisode le plus repris dans les représentations est celui de sa mort par noyade. Dans le drame shakespearien, ce dernier n'est pourtant qu'évoqué par la reine lors d'un dialogue avec Laërte :

Si les œuvres de Shakespeare ont connu par le passé des représentations illustrées, les images se multiplient à partir des années 1820-1830. Durant la période romantique le personnage d'Ophélie intéresse pour sa tonalité tragique et est encore positionnée dans l'intrigue dans son ensemble. Par exemple, Eugène Delacroix la représente dans un projet plus global d'illustrations.

Avec les préraphaélites, Ophélie s'autonomise. En 1851, John Everett Millais peint l'iconographie qui connaitra un franc succès par la suite. La jeune fille (Elizabeth Siddal) y est représentée de manière idéalisée, en harmonie avec la nature qui l'environne. Comparativement aux œuvres précédentes l'aspect morbide de la mort est évincé au profit d'une représentation idéalisée qui appelle à la contemplation en reprenant les codes de représentation des « belles mortes ». Un dialogue se construit alors entre les artistes et les poètes : par exemple, lorsque Paul Steck présente son Ophélie à l'exposition de 1895, le catalogue est introduit par les vers Les Fleurs d'Ophélie écrits en 1891 par Laurent Tailhade.

Ces modes de représentation enferment Ophélie dans un idéal de la féminité, participent à diffuser des clichés autour de la femme idéale et enferment le personnage dans un rôle de femme-enfant dû à sa folie et sa passivité qui amoindrit l'impact de la mort.

D’autres artistes, peintres et poètes, s’inspirent de la grâce d’Ophélie pour représenter le dramatisme dépourvu de violence, comme l’indique le traducteur de théâtre, angliciste et spécialiste de Shakespeare, Jean-Michel Deprats, dans un numéro de la revue Ornicar ? « Y a-t-il traducteur plus précis et plus évocateur du lent enfoncement dans les eaux dormantes d’une Ophélie au corps statique constellé de fleurs que le peintre préraphaélite qui peignit l’inoubliable Mort d’Ophélie en 1852 (Tate Gallery, Londres), John Everett Millais ? (…) Le tableau inspirera « la blanche Ophélia » du Rimbaud des Illuminations. Mais surtout on le retrouve dans « Ophélie » dans Les Cahiers de Douai, premier recueil de Rimbaud. Il s'identifie en elle :"Tes grandes visions éclairaient ta parole"»

Au , des artistes telles qu'Yvonne Chevalier ou Louise Bourgeois s'attachent à se détourner de ces stéréotypes et invitent à dépasser le mythe d'OphélieYvonne Chevalier, Ophélie (Baigneuse aux nénuphars) (1935, épreuve gélatino-argentique, Paris, Musée national d'art moderne)Louise Bourgeois, Hamlet et Ophelia (1997, lithographie avec ajouts de couleurs, New York, Museum of Modern Art).

Postérité Ophélie apparaît souvent dans divers contextes culturels, notamment dans la littérature, la musique, le cinéma et la télévision..

Dans la littérature

De nombreux poètes comme Georg Heym, D. H. Lawrence, Elinor Wylie, lui ont dédié un poème, faisant désormais d'elle un topos de la littérature. En France, Arthur Rimbaud, avec son poème Ophélie, dans les Cahiers de Douai écrit en 1870, évoque le personnage et crée .

D'autres auteurs y feront référence : Dostoïevski dans le livre I de Les Frères Karamazov ou T. S. Eliot dans son long poème La Terre vaine. Elle fait partie des personnages qu'aborde Heinrich Heine dans son essai Shakespeare's Mädchen und Frauen.

Dans Bruge-la-Morte (1892), Georges Rodenbach compare la défunte du protagoniste, Hugues, à Ophélie.

Au Québec, Paul Bélanger, dans son recueil Déblais, publié en 2019 aux Éditions du Noroît, utilise la figure d'Ophélie afin d'évoquer sa défunte compagne : (p. 28)

Au théâtre Au théâtre, parmi les nombreuses interprètes du personnage, se distinguent:

, la première à incarner le rôle (1661) ; (1735) ; Peg Woffington (1745) ; Mrs Lessingham (1772) ; Sarah Siddons (1786) ; Mary Glover (1826) ; (1874) ; (1892) ; Lillian Gish (1936) ; Vivien Leigh (1937) ; Claire Bloom (1953).

En France, l'interprétation de Sarah Bernhardt (1886) est notable.

En musique Robert Schumann, dans Herzeleid (opus 107 , 1852), met en musique le poème de , dédié à Ophélie et qui se termine par son nom chanté deux fois. Chostakovitch évoque le personnage dans son Ophelia's Song (opus 127). Camille Saint-Saëns met en musique une ballade d'Ernest Legouvé (La Mort d'Ophélie). La compositrice Mel Bonis consacre l'un de ses trois portraits de femmes de légende pour orchestre à Ophélie (opus 165). Richard Strauss compose un lied, Drei Lieder der Ophelia (opus 67) sur un poème de William Shakespeare. Enfin, plus récemment, Wolfgang Rihm compose Ophelia Sings (2012).

Le personnage d'Ophélie est également mis en valeur dans la Ballade sur la mort d'Ophélie (1848) d'Hector Berlioz et dans l'opéra Hamlet (1868) d'Ambroise Thomas où le rôle est tenu par un soprano et dans lequel on relève particulièrement la scène de la folie avec l'air « Partagez-vous mes fleurs » (acte IV).

Bob Dylan cite Ophélie dans la chanson Desolation Row sur l'album Highway 61 Revisited datant de 1965.

L'album Ô filles de l'eau de Nolwenn Leroy, consacré aux nombreux mythes du folklore maritime et sorti en , comporte une chanson intitulée Ophélia.

Vanessa Paradis chante Ophélie en 1990. .

Le clip de la chanson I Drink Wine de la chanteuse britannique Adele (extrait de son album 30 de 2021) présente la chanteuse flottant à la surface de l’eau dans une mise en scène entourée d’éléments floraux et naturels, souvent rapprochée de l’iconographie associée à Ophélie.

La première chanson de l'album The Life of a Showgirl de Taylor Swift sorti en 2025 est intitulée The Fate of Ophelia (« le destin d'Ophélie »). La chanson fait référence au destin d'Ophélie, personnage tragique de la pièce Hamlet de Shakespeare, qui se noie dans un ruisseau, ayant perdu l'esprit entre un père autoritaire et un homme qu'elle aime mais qui la rejette. Taylor Swift remercie un amant, probablement le joueur de football américain Travis Kelce, son fiancé, d'avoir .

Au cinéma Dans le Hamlet réalisé en 1948 par Laurence Olivier, le rôle d'Ophélie est tenu par Jean Simmons.

Kirsten Dunst, dans l'affiche du film Melancholia, évoque Ophélie..

En 2018, le film Ophélie est centré sur le personnage. Daisy Ridley y incarne Ophélie.

En astronomie En astronomie, un satellite d'Uranus porte le nom d'Ophélie.., ainsi qu'un astéroïde de la ceinture principale : (171) Ophélie.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Gaston Bachelard, L'Eau et les Rêves. Essai sur l'imagination de la matière, Paris, librairie José Corti, 1942, rééd. 1991, p. 114 et suivantes. Anne Cousseau, « Ophélie : histoire d'un mythe fin de siècle », Revue d'histoire littéraire de la France, 2001/1 (vol. 101), 105-122. . . . Monica Sabolo, Summer, édition J.-C. Lattès, 2017. Valérie Bajou, Ophélie. La noyée embellie, Paris : Cohen & Cohen, 2023.

Liens externes

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