285px|thumb|Tirages de luxe de la série. vignette|Librairie Lambiek à Amsterdam en 1973 avec des albums de Blake et Mortimer (milieu), de Buck Danny (haut), de Blueberry (bas), de Barbarella (affiche en arrière-plan), etc. Blake et Mortimer est une série de bande dessinée créée par le dessinateur belge Edgar P. Jacobs en 1946, reprise après sa mort en 1987, d'abord par Bob de Moor, puis au scénario par Jean Van Hamme, Didier Convard, Yves Sente, Jean Dufaux, François Rivière, José-Louis Bocquet et Jean-Luc FromentalAnnonce faite dans l'ouvrage collectif : Blake et Mortimer face aux grands mystères de l'humanité : histoire, mythes, civilisations..., Issy-les-Moulineaux : Beaux-arts éditions, juillet 2015. , et au dessin par Ted Benoit, André Juillard, René Sterne, Chantal De Spiegeleer, Antoine Aubin, Étienne Schréder, François Schuiten, Peter van Dongen, Teun Berserik, Christian Cailleaux et Jean Harambat.

Publiée initialement par les Éditions du Lombard, elle l'est désormais par les Éditions Blake et Mortimer, une filiale du groupe Média participations. Elle fut prépubliée pendant de nombreuses années dans Le Journal de Tintin dont elle était, avec d'autres séries comme Les Aventures de Tintin, Ric Hochet, Michel Vaillant ou les œuvres de Jacques Martin, l'une des séries les plus populaires.

Synopsis La série raconte les aventures du capitaine Francis Blake, un ancien pilote de la Royal Air Force devenu directeur du MI5, le service britannique de contre-espionnage, et de son ami le professeur Philip Mortimer, un spécialiste en physique nucléaire et l'un des plus éminents scientifiques du Royaume-Uni, de la fin des années 1940 aux années 1960. Les deux héros se retrouvent souvent confrontés à leur ennemi juré, le colonel Olrik, un criminel de classe internationale ne considérant que son intérêt personnel.

Conception de la série Le travail d'Edgar P. Jacobs Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous l'occupation allemande de la Belgique, Edgar P. Jacobs est contraint d'abandonner sa carrière de chanteur lyrique pour tenter de gagner sa vie dans l'illustration. Sur le conseil de son ami Jacques Laudy, il présente ses dessins à Jean Dratz, le directeur artistique de l'hebdomadaire belge Bravo !. Son travail donne satisfaction.. À la fin de l'année 1942, il se voit confier l'achèvement de Gordon l'Intrépide, la série d'Alex Raymond dont le stock de planches arrive à épuisement depuis que les communications avec les éditeurs américains sont interrompues en raison du conflit mondial. En 1943, il répond à la commande de son hebdomadaire et signe une série de sa propre invention, Le Rayon U, une histoire de science-fiction qui concentre plusieurs ingrédients que l'auteur utilise ensuite dans Blake et Mortimer, notamment la personnalité des personnages, mais également les souterrains, les créatures préhistoriques ou les sculptures précolombiennes..

Mais la présence et les rôles accordés à de jeunes femmes ne sont pas repris dans le monde du Journal de Tintin, qui s'adresse à un jeune lectorat masculin à une époque qui ne connaissait pas encore la mixité scolaire.

Dans Le Secret de l'Espadon, Jacobs reprend des éléments du Rayon U tout en cherchant à s'éloigner du pour approcher un univers plus réaliste.

La série Blake et Mortimer est prépubliée. pendant de nombreuses années dans Le Journal de Tintin dont elle devient l'une des séries les plus populaires. Les albums paraissent aux Éditions du Lombard.

En 1977, Jacobs publie la première partie de l'histoire Les Trois Formules du professeur Satō qui est le dernier album achevé de son vivant. Il meurt dix ans plus tard en 1987 sans avoir achevé le dessin de la seconde partie.

Apport de Jacques Van Melkebeke L'apport de Jacques Van Melkebeke dans la construction du scénario des aventures de Blake et Mortimer est essentiel mais non décisif. Ami d'enfance de Jacobs, lui-même peintre et dessinateur, il partage avec l'auteur de nombreuses références culturelles, littéraires et cinématographiques, fruits de découvertes communes pendant leur jeunesse bruxelloise. À partir du thème général et du point de départ du récit décidé par Jacobs, les discussions menées par les deux amis permettent à l'auteur d'échafauder l'intrigue. Mais, si Van Melkebeke apporte ses suggestions, c'est bien Jacobs qui, en dernier lieu, décide du scénario.

Benoît Mouchart affirme qu'il est difficile de démêler l'influence de Van Melkebeke sur le travail de Jacobs, tant les deux hommes sont comme . Il explique que .. Le rôle de Van Melkebeke s'apparente donc à celui d'un script doctor, comme il le reconnaît lui-même en 1979 dans un entretien accordé à la RTBF :

Les continuateurs de la série vignette|redresse=1.4|Trompe-l'oeil du Saint-Roch à Angoulême, sur l'Hôtel des Pyrénées, représentant Blake (gauche) et Mortimer (droite).

La série est interrompue après la mort de son créateur le ., mais dans la mesure où il n'a jamais manifesté d'opposition au fait que ses héros lui survivent, l'achèvement du second tome des Trois Formules du professeur Satō est confié en 1989 à Bob de Moor par les Éditions Blake et Mortimer (créées en 1982), assisté par Geert De Sutter pour les décors. L'album paraît en et rencontre un grand succès malgré les faiblesses relevées par des spécialistes de l'œuvre de Jacobs.

En 1992, les éditions Dargaud rachètent les Éditions Blake et Mortimer donc avec elles les droits de la série et décident d'en relancer la production. En 1990, avant la reprise officielle de la série, Floc’h est le premier dessinateur approché. Mais Floc’h refuse.. Jean Van Hamme, alors considéré comme l'un des meilleurs scénaristes européens, est choisi pour l'écriture du nouvel épisode, alors que le dessin est confié à Ted Benoit. Cette nouvelle aventure, L'Affaire Francis Blake, est publiée en 1996. Largement inspirée par le graphisme de La Marque jaune, elle développe un récit teinté d'espionnage sans science-fiction et situé en Angleterre dans les . Les ventes atteignent des records : l'album, tiré à , est réédité seulement une semaine après sa mise en vente. Il devient finalement l'album le plus vendu de la série avec un total de vendus. et reçoit le prix Alph'Art du public au Festival d'Angoulême l'année suivante.

Les ayants droit décident par la suite de nommer une seconde équipe en 1998, constituée d'Yves Sente et d'André Juillard, qui travaille en parallèle de l'autre duo afin de maintenir un rythme de parution soutenu en attendant la fin de réalisation de L'Étrange Rendez-vous. Sente et Julliard réalisent l'histoire La Machination Voronov en 2000.

Jean Van Hamme et Ted Benoit publient en 2001 L'Étrange Rendez-vous. Mais Ted Benoit décide d'arrêter le dessin de la série, car cela lui prend trop de temps (en témoignent les cinq ans séparant les deux albums), et l'éditeur le remplace par René Sterne pour travailler avec Van Hamme sur le diptyque La Malédiction des trente deniers. Mais en 2006, le dessinateur meurt d'une crise cardiaque sans avoir eu le temps d'achever le premier des deux tomes. Sa compagne Chantal De Spiegeleer termine l'album, mais ne fera pas la suite.

Sente et Julliard continuent avec le diptyque Les Sarcophages du en 2003 et 2004. En raison du décès de René Sterne dans l'autre équipe retardant leur projet en 2006, l'éditeur presse donc le duo de réaliser un nouvel album, Le Sanctuaire du Gondwana, en 2008, qui suit le diptyque précédent et est la plus courte aventure de la série ( au lieu de 64 en général).

Pour le second tome de la La Malédiction des trente deniers, l'éditeur donne sa chance à Antoine Aubin au dessin. Ce diptyque sort finalement en 2009 et 2010.

En 2010, Van Hamme déclare arrêter d'écrire pour la série. Il est remplacé par Jean Dufaux« Scoop ! » Blake et Mortimer » repris par Jean Dufaux », bdzoom.com, .. Mais ce dernier ne scénarise d'abord qu'un seul album, L'Onde Septimus (dessiné par Aubin) qui rencontre un échec critique à sa sortie en 2013.

Le duo Sente et Juillard crée trois autres albums entre 2012 et 2016 avec des sorties régulières (près de deux ans à chaque fois). En 2016, Juillard est remplacé par Peter van Dongen et Teun Berserik au dessin pour le nouveau diptyque La Vallée des Immortels qui paraît en 2018 et 2019.

Pendant des années, les Éditions Blake et Mortimer demandent au dessinateur belge François Schuiten de faire un album. Ils vont jusqu'à lui donner carte blanche pour tenter de le convaincre. Mais ce dernier refuse toujours, . C'est alors qu'un journaliste du quotidien Le Soir lui montre une note d'Edgar P. Jacobs où ce dernier emmène ses héros en Belgique et met en scène le Palais de justice de Bruxelles. Séduit par l'idée d'une histoire se déroulant chez lui en Belgique et fasciné par le monument, François Schuiten accepte enfin de réaliser un album hors série : Le Dernier Pharaon publié le , et s'affranchit des codes scénaristiques et graphiques propres à la série. Il fait appel au réalisateur Jaco Van Dormael et à l'écrivain Thomas Gunzig pour l'aider au scénario. L'illustrateur Laurent Durieux, affichiste renommé aux États-Unis, est appelé pour s'occuper de la mise en couleur...

Jean Dufaux écrit la suite de L’Onde Septimus, Le Cri du Moloch (dessiné par Cailleaux) en 2020.

D'autres auteurs travaillent depuis sur de nouvelles aventures de Blake et Mortimer dont Jean-Luc Fromental et José-Louis Bocquet en 2022 pour Huit Heures à Berlin.

En 2023, dans la collection naissante « Un autre regard sur », Jean-Luc Fromental, José-Louis Bocquet pour le scénario et Floc'h pour le dessin et les couleurs, sortent l'album L'art de la guerre mettant en scène Blake et Mortimer à New-York à la manière des « Le Spirou de… » hors série Spirou et Fantasio.

André Juillard meurt en 2024. Pour son album posthume Signé Olrik, Blake et Mortimer affrontent une organisation indépendantiste en Cornouailles..

L'univers de la série

Thèmes abordés gauche|vignette|Blake et Mortimer peints sur un mur de la ville de Bruxelles, Rue du Temple 6, reprenant la couverture de La Marque jaune. Le charme de la série tient, entre autres, au savant mélange de réalisme et de science-fiction. Si dans Le Secret de l'Espadon l'aventure est surtout d'ordre militaire et technologique et dans Le Mystère de la Grande Pyramide plutôt historique et ésotérique, des albums comme La Marque jaune, L'Énigme de l'Atlantide ou Le Piège diabolique mêlent l'action guerrière ou policière à l'utilisation des découvertes scientifiques. Edgar P. Jacobs se distingue notamment par sa volonté de réalisme et d'exactitude dans le détail. Travaillant souvent d'après photographies ou croquis de repérages, il a créé un monde dans lequel la fiction devient ainsi complètement plausible. La précision se retrouve dans la reconstitution des parcours tant sur les délais que sur la représentation des lieux traversés, S.O.S. Météores — qui se déroule entre Paris et la région de Versailles — étant exemplaire à ce sujet.. On retrouve également des intrigues policières comme dans La Machination Voronov ou L'Affaire Francis Blake.

En outre, par respect du lecteur, il s'imposait de le placer dans un environnement qui puisse lui permettre d'apprendre tout en se distrayant. À cet égard, on peut citer la visite guidée du musée égyptien du Caire (dans Le Mystère de la Grande Pyramide), celle de la Tour de Londres (dans La Marque jaune) ou celle du sous-sol parisien (dans L'Affaire du collier).