thumb|La Commission Warren le 14 août 1964. thumbnail|200px|right|Couverture du livre publié par l'Associated Press du rapport de la commission Warren.

La commission présidentielle sur l'assassinat du président Kennedy, connue sous le nom de commission Warren, est une commission présidentielle américaine créée par un décret du président Lyndon Johnson du pour enquêter sur les circonstances de l'assassinat du président Kennedy intervenu plus tôt, le .

La commission tient son nom officieux de son président, Earl Warren, alors président de la Cour suprême des États-Unis, la plus haute instance juridique des États-Unis.

Son rapport final de composé de 26 volumes fut présenté au président Johnson le et fut rendu public trois jours plus tard. Il concluait que Lee Harvey Oswald avait agi seul dans l'assassinat du président Kennedy et les blessures du gouverneur du Texas John Connally. Dès leur publication, les conclusions de ce rapport ont créé de fortes controverses, le travail de la commission fut critiqué point par point par certaines études ultérieures et conforté par d'autres.

Création de la commission Après le meurtre de Lee Harvey Oswald, par Jack Ruby, et à la suite des doutes suscités par son assassinat dans les locaux même de la police de Dallas et les errements des autorités texanes (qui considéraient l'affaire pourtant comme close)., le doute progresse pourtant au sein de l'opinion publique américaine. Parallèlement, au sein même des institutions politiques américaines, un projet de commission d'enquête menée par le congrès dès le est déposé par le sénateur Everett Dirksen et le représentant Charles Goodell.

Le nouveau président, Lyndon Johnson, lui-même issu du Texas, État ou avait eu lieu le double assassinat, face aux risques d'une fragilisation de sa présidence et confronté aux résultats obtenus par les autorités texanes, elles-mêmes gravement discréditées et critiquées, décida, après diverses consultations dont notamment celle de J. Edgar Hoover, le directeur du FBI, de créer une commission d'enquête présidentielle par le décret ( ) du . Cet acte permet d'une part d'éviter une enquête indépendante menée par le Congrès et d'autre part de ne pas confier l'affaire à l'attorney general, Robert Kennedy, profondément affecté par l’assassinat, alors même que la compétence fédérale aurait été appliquée en cas de désistement de la part de l'État du Texas au profit des autorités fédérales de Washington.

Le nouveau président choisit de la faire présider par Earl Warren, le chief justice, juriste éminemment respecté et président de la Cour suprême, la plus haute juridiction aux États-Unis. Dans un premier temps, Earl Warren, toutefois refusa de prendre la tête de la commission car il énonçait le principe de droit qu'un membre du pouvoir judiciaire ne pouvait être mis au service du pouvoir exécutif. Ce ne fut que sous la pression du président Lyndon Johnson, qui évoqua les tensions internationales et les risques de guerre résultant du décès de son prédécesseur, que le président de la Cour suprême accepta de présider la commission. Les autres membres de la commission furent choisis parmi les représentants des partis républicains et démocrates, dans les deux chambres (Sénat et Chambre des représentants). S'ajouta le diplomate John J. McCloy, ancien président de la Banque mondiale et l'ancien directeur de la CIA limogé par John F Kennedy en , Allen Dulles à la suite de l'échec retentissant de l'invasion de la Baie des Cochons en .

Membres de la commission Commissaires Earl Warren, chief justice, président de la commission (1891-1974) Richard Russell, Jr., sénateur démocrate de Géorgie, (1897-1971) John Sherman Cooper, sénateur républicain du Kentucky (1901-1991) Hale Boggs, représentant démocrate de Louisiane (1914-1972) Gerald Ford, représentant républicain, élu du Michigan (futur vice-président et président des États-Unis) (1913-2006) Allen Dulles, ancien directeur de la CIA (1893-1969) John McCloy, ancien président de la Banque mondiale et diplomate (1895-1989).

Conseiller général (1907-1996)

Conseillers (1904-1990) Joseph A. Ball (1902-2000) , juriste et auteur de deux ouvrages sur l'assassinat de Kennedy (1928-1999) William Thaddeus Coleman (1920-2017)

Burt W. Griffin Leon D. Hubert, Jr. (1907-1988)

(1925-2011) W. David Slawson Arlen Specter, futur sénateur de Pennsylvanie (1930-2012) Samuel A. Stern Howard P. Willens (liaison avec le département de la Justice des États-Unis)

Assistants Philip Barson Edward A. Conroy (1938-2003) Alfred Goldberg Murray J. Laulicht Arthur J. Marmor (1939-2016) (1919-2001) (1937-) Alfredda Scobey Charles N. Shaffer, Jr. (1936-)

Organisation de la commission

Dès le démarrage, Earl Warren demandera la plus grande discrétion aux différents membres en invoquant la sécurité nationale. Il leur demandera également de faire le serment de toujours soutenir les conclusions du rapport.

Pendant les que dura son enquête, la commission entendit le témoignage de 552 témoins et étudia les rapports de 10 agences fédérales. Les audiences se tenaient à huis clos, sauf lorsque le témoin demandait que celle-ci soit publique (seuls deux témoins émirent ce souhait).

travaillaient pour la commission et elle coûta de dollars.

Elle remit son rapport le , cinq semaines avant les élections présidentielles. Celui-ci était constitué d'un volume contenant son rapport et ses conclusions flanqué de 26 volumes abritant les témoignages et les pièces à conviction, soit un total de plus de . Le rapport Warren était cependant dépourvu d'un index ce qui compliquait fortement le travail de lecture. Il en sera doté par le travail de Sylvia Meagher pour le rapport et les 26 volumes de pièces.

Conclusions de la commission La commission affirma qu'elle n'avait pu trouver aucun élément de nature à démontrer l'existence d'un complot et conclut que Lee Harvey Oswald est seul responsable de l'assassinat. Pour établir définitivement la culpabilité d'Oswald, la commission Warren s'est basé sur huit preuves qu'elle jugea incontestablesThierry Lentz, L'Assassinat de John F. Kennedy, histoire d'un mystère d'État, Éd. Nouveau monde, édition, 2013, (« Le dossier à charge contre Oswald »). : Le fusil de marque Mannlicher-Carcano avec lequel les coups de feu ont été tirés appartient à Oswald et était en sa possession ; Lee Harvey Oswald a apporté le fusil le matin du au dépôt de livres scolaires (Texas school book depository) ; Lee Harvey Oswald se trouvait à la fenêtre d'où les tirs sur la Lincoln continental présidentielle sont partis ; Lee Harvey Oswald a tué le sergent de police Tippit ; Lee Harvey Oswald s'est opposé à son arrestation en sortant un revolver ; Lee Harvey Oswald a fait des déclarations mensongères à la police ; Lee Harvey Oswald a tenté d'assassiner le général Edwin Walker ; Lee Harvey Oswald avait la capacité physique et mentale de se servir d'un fusil pour abattre le président Kennedy.

La commission ajouta qu'Oswald avait tiré trois balles du cinquième étage du dépôt de livres scolaires, étage où trois étuis de munitions furent retrouvés.

La commission conclut d'autre part que : l'ensemble des blessures causées aux occupants de la limousine avait vraisemblablement été causé par deux balles et qu'un tir avait donc totalement manqué la voiture, mais ne put déterminer quel était le tir ; la commission d'enquête du Congrès sur les assassinats de 1979, le House Select Committee on Assassinations ou HSCA, conclut de son côté que deux tireurs et non pas un seul avaient causé les blessures ; le premier tir à avoir causé des blessures avait frappé le président dans le haut du dos, était ressorti par sa gorge et avait vraisemblablement causé les blessures du gouverneur John B. Connally. Ce second point est connu sous le nom de théorie de la balle unique (ou théorie de la balle magique par ses détracteurs) et est particulièrement important parce que le délai entre les blessures non fatales du président et celles du gouverneur est insuffisant pour permettre à un tireur de recharger. En effet, d'après un rapport du F.B.I, il faut 2,55 secondes entre chaque tir afin de pouvoir recharger le Carcano, viser et tirer sachant que d'après le film de Zapruder et d'après la commission Warren l'attentat s'était effectué entre 5 et 6 secondes.

Réception du rapport Par la presse Si les grands médias (CBS, le New York Post, etc.) se rangent derrière les conclusions du rapport Warren, au nom de l'intérêt supérieur de la nation et dans la nécessité de faire bloc après le drame, en revanche, de nombreux enquêteurs indépendants, journalistes, historiens, juristes, universitaires dont Thomas Buchanan, Sylvan Fox, Harold Feldman, Richard E. Sprague, Mark Lane, Edward Jay Epstein et en France Léo Sauvage vont émettre des opinions opposées aux conclusions de la commission Warren à partir des mêmes éléments amassés par ses travaux.

Par le public L'Institut Harris fit des sondages un peu avant la publication du rapport et un peu après. Ils révèlent que 8 7% des sondés pensent qu'Oswald a tué le Président alors qu'ils n'étaient que 76 % avant la publication ; le nombre de ceux qui croient qu'Osward avait des complices tombe à 31 % au lieu de 40 % quelques jours plus tôtPhilip Shenon, Anatomie d'un assassinat, Presse de la Cité, 2013 .

Les enquêteurs indépendants L'historien anglais Hugh Trevor-Roper, qui a lu le rapport, malgré l'absence d'index, a écrit : .

Les résultats obtenus par la commission ainsi que ses méthodes ont été durement critiqués dans les années qui suivirent sa parution.

Des chercheurs indépendants notamment le procureur Richard E Sprague, rencontrèrent des témoins directs des événements comme JC Price ou Lee Bowers dont l'interrogatoire par les enquêteurs officiels avait été très limité et partiel.. Ce dernier confirma au chercheur indépendant la présence de personnes et de lumière et ou de fumée au sommet de la butte gazonnée ou Grassy Knoll au moment du passage de la limousine.

Dès 1965, soit un an après la publication du rapport, celui ci n'est plus considéré comme crédible et une majorité du public américain estime qu'on lui a menti.

Les points de contestation du rapport Parmi les griefs majeurs qui sont reprochés à la commission Warren et qui ont radicalisé les critiques à son encontre, il faut noter : dans son fonctionnement : la non-assiduité des commissaires à l'exception d'Earl Warren, laissant le champ libre aux deux principaux conseillers, (proche du FBI) et Arlen Specter. Au cours de l'interrogatoire des témoins, les enquêteurs de la commission Warren omirent de questionner à de nombreuses reprises ces derniers sur des points essentiels comme d'une part l'origine des tirs et d'autre part la présence de nuages de fumée après les tirs ou encore la présence de personnes avant et pendant les tirs sur la butte gazonnée face à la limousine présidentielle. Dans ses conclusions : la mise en opposition de la synthèse du rapport et des pièces constituant les 26 tomes d'annexes entraînant une falsification des faits. Par exemple, la commission Warren a argumenté que les témoins directs de la fusillade, qui se précipitèrent immédiatement en masse vers la butte gazonnée après les coups de feu, fuyaient la zone des tirs. En réalité, les personnes présentes, y compris une dizaine des membres des forces de l'ordre notamment de l'équipe du shérif Decker, qui avait donné l'ordre d'investir la zone, témoignèrent toutes en le sens qu'elles couraient à la recherche d'un ou plusieurs tireurs postés sur la butte gazonnée. L'absence d'explication relative à la disparition d'un fusil allemand de marque Mauser de calibre 7,65 mm de très haute précision retrouvé dans les locaux du Texas School Book Depository le , fait confirmé par les premières déclarations et rapports de la police de Dallas.