La politique extérieure de la France sous la monarchie de Juillet de 1830 à 1840 est dominée par deux éléments principaux : un nouveau système d'alliances marqué par le rapprochement avec le Royaume-Uni au sein de l'« entente cordiale » et la conquête de l'Algérie, dans le cadre d'une politique qui vise avant tout à garder la France en paix avec ses voisins européens, résumée par le mot de Casimir Perier : « la paix sans qu'il en coûte rien à l'honneur ».
La reconnaissance du nouveau régime par les puissances étrangères La révolution de 1830 en France a vivement inquiété les puissances européennes, qui redoutent une réédition du retour de de l'île d'Elbe en 1815. Cette crainte ressoude l'Europe des rois face au danger d'une France républicaine belliqueuse et avide de revanche, d'autant que les républicains, peu nombreux mais bruyants, font du tapage autour de leur volonté affichée de venger l'humiliation de WaterlooLorsque le duc d'Orléans a rencontré les meneurs républicains au Palais-Royal le , l'un d'entre eux, Boinvilliers lui a affirmé : « C'est une révolution nationale. La vue du drapeau tricolore, voilà ce qui a soulevé le peuple, et il serait certainement plus facile de pousser Paris vers le Rhin que sur Saint-Cloud. » (cité par .) En réalité, la France est, en 1830, incapable de soutenir une guerre contre les puissances européennes. La crise économique a éprouvé les finances et l'armée n'est pas en état de se battre : les meilleurs éléments ont été envoyés en Grèce et en AlgérieSelon Bugeaud, la France aurait péniblement pu aligner tout au plus. En 1832, Louis-Philippe dira : « Nous avions alors soixante-dix-huit mille hommes en comptant l'armée d'Alger, pas davantage. » (cité par .), et la révolution a semé l'indiscipline dans les rangs.
Au fond, comme Thiers l'avait fait valoir à Madame Adélaïde le (V. Trois glorieuses), les puissances étrangères ne pouvaient manquer de voir dans la nouvelle monarchie le moyen d'éviter la république, et s'accommoder d'une agitation qui, en divisant la France, ne ferait que l'affaiblir, pour autant qu'elle restât cantonnée à l'intérieur et ne se propageât pas à ses voisins. On peut même penser que, pour les puissances, qui avaient fini par être agacées de la liberté de manœuvre de Charles XLa France avait alors engagé les expéditions militaires d'Espagne, de Grèce et d'Algérie et entrepris de se rapprocher de la Russie, ce qui inquiétait le Royaume-Uni, l'accession au trône de Louis-Philippe, gêné par une légitimité incertaine et soucieux avant tout de la paix avec ses voisins pour consolider sa position intérieure, était un véritable soulagement. D'ailleurs, comme le relève Guy Antonetti : « les souverains européens ont fait semblant de regretter Charles X, mais ils ont reconnu Louis-Philippe ! ».
À peine installé sur le trône, le premier objectif de Louis-Philippe est d'obtenir que les puissances étrangères reconnaissent la monarchie de Juillet. Avant d'entreprendre des démarches officielles, il doit toutefois attendre que Charles X et sa famille aient quitté le territoire français. Dès qu'il en a confirmation, le , le roi écrit à tous les monarques de l'Europe des lettres qu'il leur fait porter par des émissaires personnels (maréchaux et généraux)Le général Baudrand, aide de camp du duc d'Orléans, qui a accompagné Louis-Philippe et son fils aîné dans leur voyage au Royaume-Uni en 1829, est envoyé à Londres. Le général Belliard est dépêché à Vienne. Le général Atthalin est envoyé à Saint-Pétersbourg, le général Mouton à Berlin, le prince de la Moskowa à Copenhague.. Ces lettres justifient le changement de régime et notifient officiellement le commencement du nouveau règne. Elles présentent les Trois Glorieuses comme « une catastrophe qu'on aurait voulu éviter » et affirment que le roi « gémi[t] des malheurs de la branche aînée de sa famille ». Louis-Philippe proteste que « sa seule ambition aurait été de les prévenir et de rester dans le rang où la Providence l'avait placé », mais fait valoir qu'il a dû se dévouer pour sauver la France de l'anarchieLa publication d'une de ces lettres soulèvera des protestations indignées dans les journaux de gauche, qui reprocheront au roi de demander aux souverains étrangers « grâce pour la liberté grande que la France a prise, de renvoyer ses princes légitimes » (cité par .).. Excédé par Charles X, le Royaume-Uni fait bon accueil à la nouvelle monarchie, d'autant que le duc d'Orléans, très anglophile, n'a cessé, entre 1800 et 1814, de défendre les intérêts du Royaume-Uni. Aussi, avant même de recevoir la lettre de Louis-Philippe, le ministre des Affaires étrangères de Guillaume IV, lord Aberdeen, prévient Metternich que le Royaume-Uni sera neutre vis-à-vis des changements politiques intervenus en France, pour autant que la France reste calme. Dès le , l'ambassadeur britannique, Charles Stuart remet ses lettres de créance à Louis-Philippe et, le , le conseil des ministres désigne Talleyrand comme ambassadeur à Londres. La neutralité du Royaume-Uni, qui signifie la rupture de l'unité de la Sainte-Alliance, est la meilleure garantie de la non-ingérence des puissances dans les affaires de France. En Autriche, l'empereur François déclare à l'envoyé de Louis-Philippe, qu'il reçoit le , et qui lui confirme que le nouveau régime respectera tous les traités, même ceux de 1815, et ne réclamera aucun agrandissement territorial, « qu'il abhorre ce qui vient de se passer en France » et « que l'ordre de choses actuel ne peut durer », mais qu'il ne peut envisager de « favoriser l'anarchie » et reconnaîtra donc la monarchie de Juillet, ce qu'il fait le . Son ambassadeur, le comte Apponyi, présente ses lettres de créance à Louis-Philippe le Le neveu de l'ambassadeur, Rodolphe Apponyi, observe dans son Journal que le roi « a l'air radieux, et, visiblement, se réjouit de pouvoir jouer au roi en donnant audience à un ambassadeur d'une aussi grande puissance. Madame Adélaïde de même. [...] La reine était tout émue, elle avait les larmes aux yeux. » (cité par .) Une semaine plus tard, un dîner de cinquante couverts est donné au Palais-Royal en l'honneur de l'ambassadeur d'Autriche.. En Prusse, le roi Frédéric-Guillaume III calque sa conduite sur celle de l'empereur d'Autriche et reconnaît le nouveau régime sans faire de difficultés. De la même manière, la monarchie de Juillet obtient aisément la reconnaissance du roi d'Espagne, Ferdinand VII, dont l'ambassadeur présente ses lettres de créance le , du roi de Sardaigne, Charles-Félix, et du roi de Danemark, Frédéric VI. L'empereur de Russie, Nicolas , se montre en revanche, sur la forme, d'une insolence caractérisée, alors même que son ambassadeur à Paris, Pozzo di Borgo, a soutenu la révolution de Juillet et poussé la solution orléaniste. Parvenu lui-même au trône dans des circonstances suspectes, Nicolas est d'autant plus sourcilleux sur le chapitre de la légitimité. S'il reconnaît le gouvernement de Louis-Philippe, la lettre qu'il lui adresse lui refuse implicitement la qualité souveraineAlors que la lettre de Louis-Philippe était adressée à « Monsieur mon frère », celle de l'empereur de Russie utilise la formule « Sire » et lui adresse sa « haute considération » et non des sentiments d'amitié : « Il n'y est question, écrit le Louis-Philippe à son ministre des Affaires étrangères, le comte Molé, ni d'estime, ni d'amitié, ni d'autre sentiment que celui de haute considération, expression bizarre de couronne à couronne, mais ce qui est remarquable, c'est le mot Sire substitué à Monsieur mon frère, pareillement omis dans l'adresse, et cette signature tout unie Nicolas dont, comme je vous le disais hier soir, le duc d'Orléans aurait bien eu droit de se formaliser. Sans doute, il ne faut rien résoudre brusquement et sans l'avoir bien pesé, mais je pense qu'il y a nécessairement quelque chose à faire en vindication de ma dignité et de celle de la France, qui ne peut pas se soumettre à un pareil langage sans y répliquer. » (cité par .). Les relations entre les deux cours se normaliseront dès 1831, à la suite de la nomination comme ambassadeur à Saint-Pétersbourg du duc de Mortemart, très en cour auprès de Nicolas , qui lève alors l'interdiction qu'il avait faite à ses sujets de voyager en France. Elles resteront toutefois exemptes de toute cordialitéAinsi, après l'attentat de Fieschi, le , l'Empereur de Russie est le seul monarque d'Europe à ne pas adresser de message de sympathie à Louis-Philippe.. Au Portugal, l'usurpateur dom MiguelÀ la mort de Jean VI de Portugal en 1826, son fils, dom Pedro, qui régnait déjà sur le Brésil depuis 1822 sous le nom de Pierre , a laissé la couronne de Portugal à sa fille mineure, Marie II, sous la tutelle de son oncle, dom Miguel. Mais, en 1828, le régent a déposé sa nièce, qui s'est réfugiée au Royaume-Uni, et s'est proclamé roi. feint d'ignorer le nouveau régime. Prenant prétexte de poursuites judiciaires considérées comme injustes à l'égard de deux ressortissants français, la France envoie l'escadre de l'amiral Roussin qui, après avoir lancé un ultimatum aux Portugais le , force le 11 les passes du Tage, pourtant réputées infranchissables, met le siège devant Lisbonne et contraint le Portugal à accepter, le 14, toutes les conditions de la France. Moins de deux ans plus tard, en , le frère de dom Miguel, dom Pedro, appuyé par la flotte britannique, dépose l'usurpateurqui a confié le commandement de ses armées au maréchal de Bourmont, ancien commandant en chef de l'expédition d'Alger, resté fidèle aux Bourbons (dynastie française) et institue un nouveau régime d'inspiration libérale, aussitôt reconnu par Paris et Londres. Le seul souverain européen à refuser obstinément de recevoir l'envoyé du roi des Français est le duc de Modène, François IV, attitude d'hostilité d'autant plus remarquée que la grand-mère maternelle de Louis-Philippe, la duchesse de Penthièvre, était née Marie Thérèse Félicité d'Este-Modène et que par sa mère, Marie-Béatrice d'Este, duchesse de Modène, lui-même descendait de la princesse Charlotte-Aglaé d'Orléans, fille du Régent« Quant à mon cousin de Modène, écrit Louis-Philippe à Molé, il ne m'a fait d'autre réponse que de refuser de recevoir mes lettres, ce qui simplifiera beaucoup à l'avenir nos relations diplomatiques avec cet aimable souverain. Je vous remets donc ma lettre officielle comme document, et je garde la lettre particulière que je m'étais donné la peine inutile de lui écrire. » (cité par .) On notera toutefois que François IV était issu de la maison de Habsbourg-Lorraine.. Le duché de Modène ne reconnaîtra jamais la monarchie de Juillet, et c'est d'ailleurs une princesse de Modène qu'épousera en 1846 le prétendant légitimiste, le « comte de Chambord ».
Ainsi, à la fin du mois d', Louis-Philippe est parvenu à faire reconnaître la monarchie de Juillet par l'ensemble des puissances européennes en s'engageant à respecter les frontières tracées par les traités de 1815 et en se présentant comme un rempart contre l'« anarchie » en France.
La monarchie de Juillet face aux troubles en Europe L'Europe des rois n'a reconnu la monarchie de Juillet que parce qu'elle y a vu un rempart contre la menace républicaine en France ainsi que contre toute tentation d'exporter l'esprit révolutionnaire en Europe. La bienveillance des puissances étrangères vis-à-vis du nouveau régime est donc subordonnée à ces deux conditions. Or, très rapidement, des troubles en Belgique, en Pologne et en Italie créent un contexte périlleux pour la jeune monarchie.
La question de la Belgique