Le cinéma d'Afrique du Nord désigne l'industrie et la production cinématographique des pays du Nord de l'Afrique : Algérie, Égypte, Maroc, Tunisie, et dans une moindre mesure Libye où son développement a été ralenti par les pouvoirs coloniaux, par Mouammar Kadhafi puis par le manque d'infrastructures à partir de la crise libyenne en 2011.
Histoire
Essor du cinéma en Égypte et en Tunisie
En Égypte
Premières scènes vignette|167x167px|Aziza Amir en Laila (1927) Vers les années 1912-1915, les premières scènes de films sont tournées en Égypte. Ces petits films montrent principalement des scènes du quotidien. Le premier films égyptien est un moyen métrage produit en coopération italo-égyptienne d'une durée d'environ qui reste cependant sans succès. Dès 1917, Muhammad Bayyumi tournait le Fonctionnaire, comédie satirique à succès, alors que Muhammad Karim incarnait le héros dans L'Honneur d'un Bédouin. Le premier long-métrage égyptien, Leila, est réalisé par Wadad Orfi, un metteur en scène venu de Turquie, en 1927. Ce projet est né de l’initiative de la comédienne égyptienne ‘Azîza Amîr. Les femmes sont réputées avoir une place importante dans les débuts du cinéma égyptien, à l’image également de la comédienne Fâtma Rouchdi qui produit Le Mariage en 1932Yves Thoraval, Regards sur le cinéma égyptien, L'harmattan, 1997, 164 p. .
Essor du secteur Togo Mizrahi joue un rôle pionnier dans le développement du cinéma égyptien en fondant dès 1929 un studio à Alexandrie et en créant une compagnie de production Sharikat al-Aflam al-Massriyya, la Compagnie de films égyptienne. Dans les années 1930 le studio de Togo Mizrahi est celui qui produit le plus de films en ÉgypteDeborah A. Starr, "In Bed Together. Coexistence in Togo Mizrahi's Alexandria films", dans Post-Ottoman Coexistence: Sharing Space in the Shadow of Conflict, dir. Rebecca Bryant, Ney Yok, Oxford, Berghahn Books, , lire en ligne : .
En 1932, Awlad al-Zawat, avec Yusuf Wahbi et Amina Rizk, est le premier film parlant en Égypte.
En 1935, Talaat Harb fonde les studios Misr, ce qui permettra à l'Égypte d'avoir des studios équivalant aux principaux studios hollywoodiens. Les studios Misr envoient notamment les jeunes cinéastes se former aux techniques du cinéma à l’étranger. D’autres studios, bien que moins importants, voient également le jour à cette époque. À l’imitation d’Hollywood, un véritable star system voit le jour. Le cinéma deviendra le secteur industriel le plus profitable après le textile.
Comédies musicales L'arrivée du cinéma parlant (1932) permet l'entrée en scène de la comédie musicale. Onchoudet el-Fouad (La Chanson du cœur) de Mario Volpe inaugure le genre du film musical en 1932, sans pourtant rencontrer le succès escompté, du fait de son rythme trop théâtral avec de trop longs thèmes musicaux. Au sein de ce genre qui sera ensuite emblématique du cinéma égyptien, se retrouveront tous les grands de la chanson égyptienne: Farid El Atrache, Shadia, Mohammed Abdel Wahab, Oum Kalsoum, Leila Mourad, Sabah. Certains films marquent l'époque tels que la Rose blanche (1932), de Mohammed Karim, et Widad d'Ahmed Badrakhan, premier film musical dans lequel chante Oum Kalsoum, ainsi que plusieurs mélodrames musicaux de Togo Mizrahi dans lesquels joue Leila Mourad, le cycle de Leila : Layla Bint-l-Rif (1941, Leila, fille de la campagne), Layla Bint al-Madaris (1941, Leila l'étudiante), Layla (1941), Layla fil-Zalam (1944, Leila dans les ténèbres). Le son dans le cinéma permet d'exploiter le succès de la chanson populaire et les chanteurs, ce qui a un peu entravé le développement du cinéma dans d'autres pays arabes. Ce genre est emblématique de ce qui sera appelé « l’âge d’or du cinéma égyptien » pour désigner l’engouement du public égyptien et le rayonnement de ce cinéma dans les pays arabes et dans le monde. En 1936, le film Widad est par exemple sélectionné au festival de Venise en 1936.
Avant la révolution égyptienne de 1952, .
En Tunisie En 1919, le premier long métrage réalisé sur le continent africain, Les Cinq Gentlemen maudits de Luitz-Morat, est tourné en Tunisie. En 1922, Samama-Chikli tourne le premier court métrage tunisien, Zohra., et, en 1923, un deuxième film de fiction, La Fille de Carthage. ; sa fille Haydée joue dans les deux films. En 1939, Le Fou de Kairouan, premier film tunisien en langue arabe, est tourné à Kairouan.. En 1966, le premier long métrage tunisien (95 minutes) en noir et blanc est réalisé et produit par Omar Khlifi : L'Aube tourné en ..
Cinéma colonial en Algérie et au Maroc
Algérie L'arrivée du cinéma en Algérie se fait sous la domination française. Le cinéma colonial est principalement utilisé à des fins de divertissement et de propagande, servant à justifier les politiques établies et à gagner la sympathie des Algériens..
Entre les deux guerres, les caravanes cinématographiques, projections itinérantes, ne se détachent pas de la propagande coloniale, elles diffusent le message colonial..
Maroc Le premier tournage au Maroc date de 1897, avec Le Chevrier marocain de Louis Lumière (1394 au catalogue Lumière), qui inaugure une tradition de tournages étrangers au Maroc, tradition qui perdure jusqu'à nos jours.
Cinéma colonial en Libye Le premier film connu réalisé en Libye était un documentaire français de 1910, Les habitants du désert de Libye Film in Libya, in Annette Kuhn & Guy Westwell, A Dictionary of Film Studies, Oxford University Press, version en ligne, 2012.. L'Italie, en tant que puissance coloniale, a réalisé quelques courts documentaires sur la Libye Hans-Christian Mahnke and Ramadan Salim, On Film and cinema in Libya – Interview with Libyan film critic and festival director Ramadan Salim, African Film Festival, Inc., 2014.. Les batailles libyennes pendant la seconde guerre mondiale ont été couvertes par les films d'actualités britanniques, allemands et italiens. Après la guerre, les compagnies pétrolières et les agences internationales réalisent occasionnellement des documentaires. Après l'indépendance en 1951, le Royaume de Libye a réalisé quelques courts métrages sur Leptis Magna pour encourager le tourisme. Pourtant, la Libye était pauvre et il y avait relativement peu de cinéma dans le pays. En 1959, le ministère de l'Information et de la Guilde a créé une division cinéma, parcourant le pays avec des documentaires et des actualités en 16 mm, et le ministère de l'Éducation et de l'Apprentissage a produit des films éducatifs.
Malgré le manque relatif de production cinématographique, la consommation de films était extrêmement populaire en tant que divertissement. Le premier cinéma du pays avait été créé dès 1908 Mahmoud Darwesh and Nawas Darraji, Spotlight: Cinemas, theaters in Libya face extinction, Xinhua, ., bien qu'il aurait été démoli après l' en 1911. Les italiens ont créé des cinémas, principalement mais pas exclusivement destinés au public italien, dans les grandes villes libyennes. Des années 1940 au milieu des années 1960, la Libye comptait un grand nombre de cinémas : environ 14 ou 20 Rim Taher, Tripoli's 'Cinema Paradise' hold out as other cinemas shut doors, Middle East Eye, . à Tripoli et une dizaine à Benghazi. Les cinémas de Tripoli comprenaient l'Arena Giardino en plein air et l'opulent Cinéma Royal, que Kadhafi rebaptiserait Al-Shaab (Le Peuple).
Décolonisations Le cinéma nord-africain s'étend après la décolonisation de l'Afrique du Nord, dans les années 1950 et surtout 1960.
Afrique du Nord francophone Le protectorat français au Maroc (1912-1956) avait établi une commission de censure sur les films distribués au Maroc. Ayant survécu à l'indépendance, cet organisme de régulation s’est occupé jusqu'aux années 1970 surtout de contrôler la distribution des films étrangers en raison d'une production nationale encore faible comparée à celle des pays francophones voisinsGiuseppe Sedia, « Centre Cinématographique Marocain : Entretien avec Abdelhatif Laassadi », Clap noir, 10 février 2009..
Les femmes pionnières du cinéma nord-africain apparaissent après la Seconde Guerre mondiale, et plus encore, après l'indépendance, comme Kalthoum Bornaz, Farida Bourquia, Farida Benlyazid, et Assia Djebar. vignette|Kalthoum Bornaz De nombreuses salles existent dès les années 1930, mais ce n'est qu'en 1962 que la première salle dont le propriétaire est tunisien ouvre ses portes : il s'agit du Colisée Hammam Lif, propriété de Jilani Goubantini, cofondateur du groupement Goubantini. Deux ans plus tard, son frère aîné, Salem Goubantini est à l'origine de l'ouverture de la première salle de cinéma hors du Grand Tunis, le El Khadhra à Gabès. Les années 1970 marquent la création du groupement, qui est à ce jour le groupement d'exploitation et de distribution cinématographique le plus important du pays, l'acquisition de la plupart des salles de cinéma sur l'ensemble de la Tunisie par ces derniers, dont le Colisée de Tunis, Le Palace de Tunis et de Sousse, Le Capitole, Le Biarritz, Le Art, le Cinévog, et l'Oriental, ainsi que la construction de la dernière salle de cinéma sur l'avenue Habib-Bourguiba (Le Parnasse). Les années 1990 et 2000 sont marquées par un déclin du groupement à la suite du décès des deux frères fondateurs, évènement qui marque la fin de l'âge d'or du cinéma tunisien....
Cinéma libyen sous Kadhafi Mouammar Kadhafi voit les films étrangers avec méfiance, les considérant comme de l'impérialisme culturel américain. Auparavant, les seuls longs métrages tournés en Libye l’étaient par des cinéastes étrangers – des films comme d'Albert Herman (1942) ou Sea of Sand ( 1958) de Guy Green. Le premier long métrage libyen, le film en noir et blanc Quand le destin se durcit / Le destin est dur d''', sort en 1972. En 1973, le conseil général du cinéma a été fondé pour prendre le contrôle de la réalisation et de la construction de cinéma en Libye. Les films étrangers étaient doublés en arabe et devaient se conformer à la politique culturelle du gouvernement, un mélange de loi religieuse et de nationalisme. La plupart des films faits maison étaient des documentaires et le réalisme social était présenté comme un idéal pour les films de fiction. Le conseil général du cinéma a continué à fonctionner jusqu'en 2010. Il a réalisé des documentaires, environ 20 à 25 courts métrages, et a contribué à soutenir les quelques longs métrages réalisés dans les années 1970 et 1980.
Kadhafi exerçait un contrôle personnel direct sur la production cinématographique. Au milieu des années 1970, le gouvernement a pris un contrôle de plus en plus direct sur tous les cinémas, bloquant l'importation de films, et les cinémas ont commencé à fermer.
Époque contemporaine
Algérie et Maroc vignette|Leïla Kilani En 2013, le film YemaLe cinéma maghrébin au Fespaco: «Yema» et «Love in the Medina» RFI, 25 février 2013 de la réalisateur algérienne Djamila Sahraoui est présenté au festival de Venise et remporte l'étalon d'Argent de Yennenga au Fespaco. Une nouvelle génération suit avec, par exemple, Leïla Kilani et Dalila Ennadre.
Libye