La bataille de Courtrai de 1302, également connue sous le nom de bataille des Éperons d'orIl s'agit en fait d'éperons dorés. (en néerlandais : Guldensporenslag), opposa, le , près de Courtrai, l'armée du roi de France Philippe le Bel surnommée les leliaerts (en français : les hommes du lys) aux milices communales flamandes surnommées les klauwaerts (en français : les hommes de la griffe du lion).
La bataille se solde par une victoire des milices flamandes contre les troupes du roi de France.
Après un premier échange de flèches et une charge de fantassins, l’armée du roi de France prend l’avantage dans un premier temps, entraînant la retraite des Flamands. Certains de leur victoire, les chevaliers français s’élancent alors avec précipitation et chutent dans des fossés où étaient cachés une partie des troupes flamandes.
Embourbés et dans l’impossibilité de manœuvrer, les chevaliers français sont alors massacrés par les combattants flamands.
Au cours du massacre, les milices flamandes enlèvent aux chevaliers leurs éperons d'or afin de les ramener comme trophée, ce qui donna son nom à la bataille.
Celle-ci est devenue par la suite un symbole de l’identité flamande.
Préalable L'industrie textile faisait la prospérité du comté de Flandre, principauté du nord du royaume de France. Elle utilisait la laine, essentiellement importée des royaumes britanniques. Les artisans tisserands et commerçants, puis à leur suite le comté entier, se retrouvèrent donc dans une situation délicate lorsque le roi de France Philippe le Bel déclara la guerre à l'Angleterre pour prendre le contrôle de l'Aquitaine, en .
Gui de Dampierre, comte de Flandre et jusque là vassal dévoué de Philippe le Bel malgré une ingérence de plus en plus grande du parlement de Paris dans les affaires internes de la Flandre, continua des négociations avec , roi d'Angleterre, en vue d'un mariage entre les deux dynasties, ce qui revenait à rejoindre implicitement l'adversaire de son suzerain. Convoqué à Paris en pour une autre affaire, il avoua ce projet au roi de France, qui l'emprisonna avec deux de ses fils jusqu'en , tout en l'obligeant à rompre la promesse de mariage. En 1297, ralliant les liébaerts, faction antifrançaise., le comte de Flandre se déclare dégagé de toute obligation féodale avec Philippe le Bel. C'est le début de la guerre de Flandre, qui va rapidement tourner à l'avantage du roi de France.
Les Français occupent l'entièreté du comté, ce qui va amener à une importante révolte de la part des Flamands. Après le massacre des « Matines de Bruges » en , les rebelles klauwaertsTroupes de la commune par allusion aux griffes du lion qui ornent la bannière de Gui de Dampierre. tenaient le pays sauf deux places fortes importantes, Cassel et CourtraiJacques Le Goff, « La bataille de Courtrai », émission Les Lundis de l'Histoire sur France Culture, 7 mai 2012..
Bataille Approche La ville de Courtrai fut prise par Gui de Namur (fils du comte de Flandre) dans les premiers jours de juillet et la garnison française se réfugia dans le château. Pendant ce temps, le roi Philippe le Bel avait levé une armée et envoya une forte avant-garde à la tête de laquelle se trouvait le comte Robert d'Artois.
Guillaume de Juliers (petit-fils du comte de Flandre et archidiacre de Liège) rejoignit alors son oncle Gui de Namur au siège de Courtrai. Le , les deux armées se firent face. Les forces en présence étaient déséquilibrées.
Armée française L'armée française, les « leliaerts » (en français : les hommes du lys), commandée par le comte Robert d'Artois, était constituée d'archers parmi lesquels les archers lombards (mercenaires) se seraient particulièrement distingués., de fantassins parmi lesquels de nombreux Français, envoyés par les villes, et des mercenaires engagés dans le sud — probablement par Jean de Burlats —, originaires de Lombardie, de Navarre et d'Espagne, sous le commandement Jean de Burlats (Languedoc). et de cavaliersComposée de membres de la noblesse, la cavalerie est la partie de l'armée dont les faits d'armes et la composition ont été narrés de la manière la plus détaillée par les chroniqueurs de l'époque..
Les « leliaerts » étaient appuyés par les combattants du duché de Brabant de Godefroy de BrabantFils du duc , frère du duc de Brabant et de Limbourg, et oncle du duc qui régnait sur les duchés de Brabant et de Limbourg en ce 11 juillet 1302. et les Hennuyers de Jean Sans-MerciFils du comte et beau-frère de Robert d'Artois..
La cavalerie était composée de dix corps (regroupés en trois formations) commandés entre autres par : le connétable Raoul de Nesle, Godefroid de Brabant et Robert d'Artois; sans compter l'arrière-garde laissée en réserve sous les ordres de Gui de Châtillon, comte de Saint-Pol et gouverneur de Flandre. Les troupes françaises s'amassèrent dans la plaine de Groeninghe. Le comte Robert d'Artois, sûr de la victoire, rejeta la suggestion de contourner l'armée flamande.
Troupes flamandes vignette|L'infanterie flamande lors de la bataille de Courtrai. Miniature du issue de la Nova Cronica de Giovanni Villani. Les troupes flamandes, les « Klauwaerts » (en français : les hommes de la griffe du lion), venant en grande majorité de Bruges et pour environ un tiers, de la Flandre orientale, étaient composées d'hommes à pied munis notamment du goedendag, lourde lance hérissée d'une pointe métallique.
Ces milices étaient bien équipées, et certaines bien entraînées.
Elles étaient appuyés par des milices venues de Zélande et de Namur (peut-être)Pas de doute concernant les Brabançons de Godefroid de Brabant et les Hennuyers de Jean de Hainaut (côté français), ni concernant les Zélandais de Jean de Renesse (côté flamand). Les faits et gestes de ces trois groupes sont narrés dans tous les récits de la bataille. Par contre, les cavaliers namurois envoyés ou emmenés par Jean de Namur pour venir en aide à son frère Gui (côté flamand) n'apparaissent pas dans les récits de la bataille proprement dite. Selon certains ils seraient arrivés trop tard (anecdote à l'origine de la légendaire « lenteur des Namurois » ?) : Verbruggen (voir ouvrage en références) écrit () que « l'armée de rébellion flamande fut levée en toute hâte et que même Jean de Namur, instigateur de la rébellion, n'arriva pas à temps » ; et Moke (voir ouvrage en références - ) : « Du dehors il ne venait que des secours insignifiants : quelques seigneurs attachés à la famille ou au parti du comte, une poignée d'Allemands à la suite du brave Guillaume de Juliers, et 600 Namurois, qui ne devaient peut-être pas arriver à temps ». (Plus loin, il ne mentionne ni les Namurois ni les Allemands dans sa description de la bataille). D'autres auteurs (et/ou passages) laissent entendre que les Namurois sont arrivés à temps mais n'ont pas pris part à la bataille : Goethals-Vercruysse & Voisin (voir ouvrage en références - ) écrivent : « la veille de la bataille, un nouveau renfort de 600 Namurois bien montés arriva, envoyé par le comte de Namur » ; mais ils ne mentionnent plus ces Namurois dans le récit de la bataille proprement dite. Peut-être Verbruggen fait-il allusion, entre autres, aux Namurois quand il écrit () que, du côté flamand, « les indifférents, de même que ceux qui avaient choisi une approche « attendons-de-voir » avaient la possibilité de rester en retrait puisqu'il n'y avait pas encore d'autorités complètement établies ». Il y a cependant au moins un combattant namurois — et non des moindres — dont la présence sur la plaine de Groeninghe est attestée : Gui de Namur lui-même, l'un des deux commandants en chef des troupes flamandes. Concernant les chevaliers hennuyers (du côté français) qui avaient accompagné Jean Sans-Merci du Hainaut jusqu'à Courtrai : Ils auraient été (selon Goethals-Vercruysse & Voisin ) incorporés dans l'escadron commandé par Godefroid de Brabant (Jean de Hainaut apparaissant, dans les récits de la bataille, à la tête des Artésiens pendant que Robert d'Artois, en léger retrait, tenait son poste de commandement général avant de mener la dernière charge). Mais tous les auteurs s'accordent sur le fait que les Hennuyers ne chargèrent ni avec Godefroid de Brabant ni avec Jean de Hainaut. Ils apparaissent en fin de bataille, au moment où l'arrière-garde française se retire sans combattre : Moke écrit () : « les chevaliers du Hainaut, conservèrent seuls (ndlr : contrairement à l'arrière-garde française) toute leur fermeté. Ils se déployèrent à l'Est du ruisseau prêts à charger (…) et ils firent retirer sans désordre les varlets et les voituriers qui conduisaient leurs chevaux de main, leurs bagages et leurs tentes. Les Flamands les voyant immobiles leur offrirent une sorte de trêve qui fut acceptée et cette petite division put opérer sa retraite sans avoir souffert ». Selon Fegley (voir ouvrage en références — ) : « les hommes du Hainaut, dont les cœurs n'étaient pas vraiment du côté français, firent face à l'ennemi sans bouger mais n'opposèrent aucune résistance ». Chez Verbruggen (), on voit « une division d'hommes du Hainaut prête à combattre bien que son équipement ait déjà été évacué, mais qui prit la fuite lorsque les Flamands s'avancèrent » ; et on semble leur réserver un sort moins favorable dans cette fuite (que chez Moke) puisque Verbruggen écrit () que sur base de la liste de ceux qui sont tombés, il apparaît que le Brabant et le Hainaut avaient envoyé un nombre relativement élevé de chevaliers (qui compensa l'absence de contingent de certaines régions de France). Luxembourgeois : Fegley mentionne () des chevaliers venant du Luxembourg parmi les chevaliers étrangers aguerris du côté français. Par contre Verbruggen () écrit que Gui de Flandre essaya d'en engager du côté flamand ; et Goethals-Vercruysse & Voisin () cite le nom d'un seigneur luxembourgeois dans la liste de nobles tombés pour la Flandre. Enfin, il est généralement fait mention (du côté flamand) de « quelques cavaliers allemands » (Moke ), ou d'une « poignée d'Allemands » (Fegley ) avec lesquels serait arrivé Guillaume de Juliers dès le mois de mai. Verbruggen () parle de « nobles allemands qui étaient présents dans son entourage. » Mais on ne retrouve pas leur trace dans les récits de la bataille proprement dite. On peut conclure que — pour les escadrons étrangers (à la France et à la Flandre) — les historiens retiennent surtout la participation active des Zélandais (côté flamand) et des Brabançons (côté français)., de Luxembourg, de Liège, d'Allemagne et d'Angleterre.
Les troupes furent confiées au commandement de Pieter de Coninck, Gui de Namur et Guillaume de Juliers. Les milices flamandes furent aussi aidées de corps brabançons sous les ordres de Jean de Cuyck et de Goswin de Goidsenhoven.Hendrik Conscience écrit dans Le Lion des Flandres : .
Ces troupes prirent position sur un plateau bordé par la Lys d'une part et des marécages d'autre part, le long d'un fossé (canal creusé par les Flamands. ? Rivière. ?) en demi-lune. Derrière eux se trouvaient les murailles du château de Courtrai.
Ce « fossé en demi-lune » était probablement un ancien méandre de la Lys. Les deux extrémités du méandre se sont progressivement ensablées, résultant en une « demi-lune » d'eau stagnante, sans communication directe avec la rivière cependant toute proche. Il s'agit là d'un phénomène géologique de l'ère quaternaire assez courant dans tout « plat pays ». Pour une bataille comme celle décrite ci-dessous, ce type de terrain donnait un avantage évident aux combattants locaux, surtout qu'ils étaient à pied contrairement aux cavaliers dont les chevaux ne pouvaient que s'embourber dans un terrain argileux, fort humide, glissant, et entouré de toutes parts par des fossés et de petites mares.
Forces des deux camps en question vignette|Cavalerie flamande et cavalerie française. Miniature du .