vignette|« Tables d’Héraclée » ou « Tavole palatine » : tables de bronze découvertes en 1732 dans les vestiges de la cité d’Héraclée de Lucanie. Musée archéologique national de Naples.
Les Tables d’Héraclée sont des tables de bronze trouvées en 1732 dans les vestiges archéologiques de la cité antique d’Héraclée de Lucanie (aujourd'hui Policoro, en Italie du Sud).
Leur contenu était rédigé en grec et en latin. Elles sont conservées au musée archéologique national de Naples.
Découverte Deux fragments de la table en bronze ont été découverts en février et mars 1732 dans les alluvions de la rivière , entre Héraclée et Métaponte. Le second fragment est vendu à un collectionneur romain, puis acquis en 1735 par l'anglais Brian Fairfax, qui le fait éditer en Angleterre, ce qui donne une certaine notoriété à la trouvaille. L'autre fragment est acquis par un noble napolitain. En 1754, le chanoine napolitain Symmaque Mazzocchi constate l'unité textuelle des deux fragments, fait acquérir la partie anglaise et publie l'ensembleAlessio Simmaco Mazzocchi, Commentario sulle Tavole Eracleensi, Napoli, 1754.. Les deux parties sont conservées au musée archéologique national de NaplesInv. 2480-1..
Les tables portaient d'un côté une inscription en grec du Inscriptiones Graecae XIV = n° 645. et de l'autre 163 lignes d'un texte latin incompletRéférencé au Corpus des inscriptions latines sous le numéro (= ILS, 6085)..
Description, partie grecque
Le texte en grec comporte 298 lignes, en bon état et à peu près complet, mis à part quelques lignes mutilées (lignes 182 et 184 de la première partie, lignes 110 et 111 de la seconde partie). Le texte est rédigé en dorien, selon une phonétique, une morphologie et un lexique étudiés en détail par Arianna Uguzzoni et Franco Ghinatti avec une légère influence de la koinè, langue véhiculaire dans le monde grec ancien.
Les Tables grecques sont le compte-rendu de deux opérations cadastrales menées par la cite d'Héraclée concernant les terres de deux temples : récupération de terres usurpées et redistribution à des particuliers sous forme de baux emphytéotiques. La première partie de 187 lignes concerne les terrains du temple de Dionysos. Elle décrit les opérations de bornage puis les conditions de location. La seconde partie expose sur 111 lignes les délimitations de terrain du temple d'Athéna.
Description, partie latine Les fragments en latin une fois ressoudés mesurent de hauteur pour de largeur. La forme de gravure des caractères rappelle celle d'une loi publiée sous Sylla, la , ce qui la situerait à la fin de la période républicaine. Le latin employé présente des fautes d'orthographe nombreuses, ainsi qu'un mélange de formes latines archaïques et d'autres plus classiques.
Il manque le début du texte latin. Il se présente comme une juxtaposition peu cohérente de passage de lois romaines. Elles fixaient les principes à respecter par toute loi municipale d'une cité romaine. Henri Legras présente son contenu selon cinq rubriques : procédure de déclaration devant les autorités romaines des personnes exclues des distributions publiques ; police municipale de Rome ; principes de constitution des sénats locaux dans les communauté de citoyens romains, qualités pour y exercer les magistratures ; rattachement du cens local au cens de Rome ; conditions de rédaction pour les lois d'un municipe.
La datation est assez controversée, le contenu peut rassembler des dispositions législatives venant de textes antérieurs. Selon la vision première des historiens des , elles dérivaient du texte de la lex Iulia municipalis, promulguée après la dictature de Sylla et probablement par Jules César en , vision d'abord soutenue par Theodor Mommsen, à laquelle il renonce en 1903 après la découverte d'autres inscriptions sur le même objet qui réfutaient une origine unique qui serait cette lex Iulia. Mais de nombreuses études récentes proposent une datation nettement antérieure à l'époque césarienneYann Le Bohec, César, PUF, coll. « Que sais-je ? », p. 4-9.
Elles constituent un document épigraphique de premier ordre pour constater l'évolution des procédures de recensement romaines, jusque-là centralisées sur Rome, malgré l'extension de la citoyenneté romaine à de nombreuses villes italiennes. Elles définissent notamment les modalités de recensement des citoyens romains, selon une procédure nouvelle, à la fois décentralisée, générale et unifiée pour tous les municipes : chaque fois que les censeurs à Rome mèneront une opération de cens, les magistrats de la municipalité doivent opérer les opérations de cens dans un délai de soixante jours, en conserver les résultats dans leurs registres publics et envoyer un exemplaire à Rome, à destination des censeursClaude Nicolet, L'inventaire du monde : géographie et politique aux origines de l'Empire romain, Paris, Fayard, 1988, ..
Références
Voir aussi
Bibliographie . . . E. Lo Cascio, « Mazocchi e la questione della Tabula Heracleensis », Studi Lucani, 1976, . . Claude Nicolet, L'inventaire du monde : géographie et politique aux origines de l'Empire romain, Paris, Fayard, 1988,
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Articles connexes Héraclée de Lucanie Cens (époque romaine)
Liens externes
Texte latin et bibliographie sur le site droitromain.upmf-grenoble.fr''.
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