La réunion des États généraux du mouvement étudiant a été décidée par la dernière réunion de la coordination nationale étudiante, tenue peu après la victoire du mouvement contre le projet de loi Devaquet le . Ces États généraux devaient permettre d’élaborer des revendications communes, de maintenir la pression sur le ministère et de conserver une liaison entre les étudiants mobilisés, syndiqués ou non.

Une préparation difficile

Matière grise sur l'université de demain

Une association, Matière grise sur l'université de demain, regroupant l’UNEF-ID, l’UNEF-SE, le PSA, les JEC et des étudiants non syndiqués est chargée de coordonner le travail des différentes commissions locales issues du mouvement. C’est donc tout naturellement à elle que revient la préparation des états généraux. Une première réunion nationale se tient les 16 et à la Sorbonne. Les organisateurs qui attendaient un millier d’étudiants doivent finalement se contenter d’à peine deux cents participants. Leurs inquiétudes sont renforcées par les propos de Daniel Cohn-Bendit, l’un des invités, qui fort de son expérience affirme que «lorsque le mouvement retombe, les groupes politiques s'engouffrent dans l'espace politique que le mouvement vient d'ouvrir.»Cité par Le Monde dans son édition du mardi 20 janvier 1987, page 13, Le colloque de Matière grise à la Sorbonne Laborieuses retrouvailles un article de Gérard Courtois .

Si les discussions sur les sujets pédagogiques, les structures de l'université et son financement ont été riches, en revanche, l’organisation des États généraux a fortement divisée les participants. Il a notamment fallut se prononcer sur un appel lancé le (la veille de l’ouverture de la réunion) par les étudiants de Paris-VIII (Saint-Denis), Strasbourg et Nancy II qui ont invité toutes les universités à tenir, le à Saint-Denis, des assises préparatoires aux états généraux. La question du lieu notamment pose problème. Aux dires mêmes de Jean-François Kervan, un vice-président non-syndiqué de l’association, Saint-Denis n’est pas «neutre». En effet, ce campus est l’un des bastions de l’extrême gauche universitaire et de l’UNEF-SE. En conséquence, la direction de l’UNEF-ID et de nombreux non syndiqués rejettent ce choix. La réunion se termine donc, sur ce sujet, par une crise ouverte.

Saint-Denis quand même

En l’absence de véritable réponse lors de la réunion précédente, l’appel des étudiants de Saint-Denis, Strasbourg et Nancy II a tenu lieu de facto de convocation. C’est donc à Saint-Denis, le , que les étudiants se retrouvent. Mais les rangs sont clairsemés. En outre, les délégués ont souvent été nommés par des assemblées générales peu importante. La direction de l’UNEF-ID qui entend profiter de son rôle dans la mobilisation de novembre décembre, s’est peu impliquée.

La réunion porte sur l’organisation des états généraux mais rapidement le débat s’enlise. Vingt heures de réunion, pour choisir une date, un lieu et le mode de désignation des délégués. Le choix de la ville organisatrice a été un vrai casse-tête. Plusieurs campus sont candidats. Ils disposent parfois d’un dossier fort bien préparé, comme Strasbourg. Mais ce n’est pas sur cela que se joue le choix. L’influence des syndicats dans la ville candidate compte beaucoup plus, d’où la difficulté du choix. Nanterre apparaît comme la candidate de l’UNEF-ID, Orsay celle de l’UNEF-SE, Toulouse et Strasbourg celles des indépendants. Finalement face au blocage de la discussion, les étudiants de Saint-Denis menacent de quitter la réunion et obtiennent, dans la foulée, que leur ville soit retenue. Le calendrier a posé moins de problème. Les États généraux ont été repoussés le plus tard possible c'est-à-dire les 27, 28 et et des assises locales ont été prévues les 12 et .

Reste le délicat problème de l’organisation de la réunion. L’UNEF-ID étant largement sous-représentée, l’UNEF-SE tente de profiter de la situation. Elle propose de désigner un bureau de seize délégués chargés de préparer les États généraux. Un tel comité, s’il était élu, serait sans doute marqué par la présence de nombreux militants de l’UNEF-SE. L’UNEF-ID et les non-syndiqués s’y opposent donc. Finalement, encore une fois, c’est le statu quo qui l’emporte. Le comité de liaison est confié à ceux qui sont à l’origine de la rencontre, c'est-à-dire les étudiants de Saint-Denis, Strasbourg et Nancy II.

Mais le principal point d’achoppement porte sur la désignation des délégués aux états généraux. Du choix qui va être fait, dépendra le poids des différents syndicats et des indépendants. Deux idées fortes dominent. Soit le nombre de délégués est le même pour chaque université soit il est proportionnel au nombre d’étudiants. L’UNEF-SE défend la première proposition, elle propose le chiffre de vingt-cinq élus par campus. Cette solution a l’avantage de mieux représenter les petites universités où ce syndicat est bien implanté. Au contraire l’UNEF-ID penche pour la méthode de la proportionnelle. Dans ce cas les gros campus, souvent des bastions de l’UNEF-ID, auraient une place prédominante. Le débat dure, diverses formules de désignations sont proposées des plus simples aux plus ubuesques. Finalement, le nombre de délégués sera proportionnel à la racine carrée du nombre d'étudiants. La démographie est donc respectée, sans trop défavoriser les petites universités.

Le comité de liaison

Le comité de liaison remplit son office, il prépare activement les états généraux (réservation des lieux de discussion, hébergement, repas…). Il décide de convoquer une réunion de l’ensemble des universités les 7 et pour faire le point.

Tous semble bien aller jusqu’à l’évocation de la situation financière. Une grande souscription nationale devait permettre de réunir F mais au jour de la rencontre, seuls 20 000F sont dans les caisses. Ensuite, on fait le point de la situation sur le terrain. Globalement, les assises locales se passent bien. Une grève à Nice remobilise les participants, déjà remontés par les propos de Robert Pandraud sur la mort de Malik Oussekine.

Mais le débat dérape lorsqu’un délégué de Nanterre, encarté à l’UNEF-ID, propose que les États généraux fassent connaître leur soutien aux étudiants «en butte à des États ou à des pratiques anti-démocratiques, à l'Est comme à l'Ouest»<ref name="Le Monde3">Cité par Le Monde dans son édition du mardi 10 mars 1987, page 11, La préparation des états généraux étudiants Trente heures pour un " statu quo ", un article de Gérard Courtois </ref>. Les étudiants communistes y voient une provocation. Finalement l’amendement est repoussé à une courte majorité. Mais les délégués ne sont pas au bout de leurs efforts. La délicate question du bureau du comité de liaison est à l’origine de la plus grave crise de la rencontre, beaucoup souhaitent l’élargir ou le réélire. Les jeux d’appareils font donc leurs retours. Après plusieurs heures de discussion sans résultat et, pour éviter un échec, c’est finalement le statu quo qui l’emporte, le bureau reste inchangé.

Les États généraux

Ils s’ouvrent le , à Saint-Denis sur le campus de l’Université de Paris VIII. Ils doivent permettre de maintenir l’unité d’action du mouvement étudiant comme lors des mobilisations contre le projet de loi Devaquet. Ils doivent aussi être l’occasion de démontrer la maturité du mouvement étudiant, capable de faire des propositions pour l’enseignement supérieur et pas seulement de s’opposer à tel ou tel projet ministériel

Organisation

Les États généraux ont vocation à représenter l’ensemble des étudiants de l’enseignement supérieur et non simplement les universités. En outre, en marge des États généraux, s’est tenu un Forum international regroupant des étudiants qui avaient des contacts avec la coordination et/ou qui se sont mobilisés dans les mois précédant la réunion des États généraux.

L’organisation des États généraux fut un vrai casse tête pour le comité de liaison. La première difficulté est celle du financement. Mais l’implantation géographique de l’événement permet de trouver des solutions pour combler ce manque. Paris VIII Vincennes, réputée « de gauche», participe à l’organisation. Outre sa subvention de , elle a prêté ses locaux pour faire des salles de réunion ou des dortoirs. Qui plus est, la Ville de Saint-Denis, dirigée par les communistes, met à la disposition des étudiants un chapiteau de sur et offre divers services comme l’ouverture des douches d’un stade.

En théorie, tout était prévu. Tout, sauf le chauffage du chapiteau, or ce mois de , est particulièrement gris et froid. La nuit, même sous le chapiteau, l’humidité et le froid () sont saisissants. Les participants s’enroulent dans leurs sacs de couchage. En plus de ses difficultés climatiques, les délégués doivent affronter des assemblées plénière qui durent jusqu’au bout de la nuit, le rapport d’activité affirme que les étudiants ont passé « presque 3 jours sans dormir »Texte des États généraux de l’enseignement supérieur, rapporté par les étudiants de Paris VIII, membres du Secrétariat du Comité de liaison national et du Bureau de séance des États généraux.. Malgré ces sessions sans fin, l’assemblée plénière n’a pas pu discuter de tous les points à l’ordre du jour. Les travaux de cinq commissions sur vingt et un n’ont pas pu être débattu en assemblée plénière.

Toutefois, les organisateurs ont des raisons de se réjouir. D’abord, les États généraux ont été un succès en termes de participation étudiante avec plus d’un millier de délégués. La quasi-totalité des universités françaises ont envoyé des représentants, sauf les DOM-TOM et les universités de Corse, de Chambéry et la toute jeune Université du Havre. Aux universitaires, se sont joints des écoles de Beaux-arts, l’INALCO, huit écoles d’architectes, plusieurs classes préparatoires et des grandes écoles dont notamment, ENS et Sciences Po.

Pour faciliter les discussions sur les divers aspects de l’enseignement supérieur, les organisateurs ont prévu vingt-et-une commissions, allant de l’accès à l’enseignement supérieur (commission 1) à la question de l’emploi (commission 15) en passant par la pédagogie (commission 4), le financement (commission 8), l’aide sociale (commission 12). Mais loin de se limiter aux différents aspects de l’organisation de l’enseignement supérieur, les délégués ont aussi planché sur l’unité d’action dans le mouvement étudiant (commission 13), la cause des femmes (commission 17), l’anti-racisme (commission 18) et même les langues minoritaires (commission 21). Bref, tout ce qui touche de près ou de loin aux études a été abordé.

Travaux des États généraux

Les États généraux se sont donné pour but d’organiser durablement le mouvement étudiant. Ils doivent aussi faire la démonstration que le syndicalisme étudiant ne se contente pas de réagir aux décisions du gouvernement mais, qu’il peut aussi faire des propositions.

Unité du mouvement étudiant