Prolog est un langage de programmation logique. Le nom Prolog est un acronyme de PROgrammation en LOGique. Il a été créé par Alain Colmerauer et Philippe Roussel vers 1972 à Luminy, Marseille. Le but était de créer un langage de programmation où seraient définies les règles logiques attendues d'une solution et de laisser le compilateur la transformer en séquence d'instructions. L'un des gains attendus était une facilité accrue de maintenance des applications, l'ajout ou la suppression de règles au cours du temps n'obligeant pas à réexaminer toutes les autres.
Prolog est utilisé en intelligence artificielle et dans le traitement linguistique par ordinateur (principalement langues naturelles). Ses règles de syntaxe et sa sémantique sont simples et considérées comme claires (un des objectifs poursuivis était de procurer un outil aux linguistes ignorant l’informatique). Les premiers résultats obtenus avec Prolog suscitèrent quelque temps, dans les années 1980, des recherches sur une cinquième génération, matérielle et logicielle, d'ordinateurs (nommée Cinquième génération japonaise en raison de l'engagement important du METI sur le projet). L'effort engagé fut important, les retombées plus modestes, Prolog restant un langage parmi d'autres dans la panoplie du programmeur.
Prolog est basé sur le calcul des prédicats du premier ordre ; cependant il est restreint dans sa version initiale à n’accepter que les clauses de Horn (les versions modernes de Prolog acceptent des prédicats plus complexes, notamment avec le traitement de la négation par l'échec). L’exécution d’un programme Prolog est effectivement une application du théorème prouvant par résolution du premier ordre. Les concepts fondamentaux sont l’unification, la récursivité et le retour sur trace. L'algorithme de résolution de Prolog est basé sur une extension de la SLD-résolution.
On peut construire en Prolog une base de connaissances dans un ordre indéterminé, puisque seules comptent les relations en présence et non leur séquence d'écriture. Prolog peut ensuite résoudre des séries de problèmes logiques relatifs à une telle base de connaissances (notion base de données déductive), problème similaire à la recherche d'une issue (ou plusieurs) dans un labyrinthe de contraintes établies.
Types de termes Prolog n’emploie pas de typage de données au sens habituel des langages de programmation. Il n'effectue en effet pas de distinction réelle entre les données du programme et le programme lui-même (principe de la programmation déclarative ainsi que de la programmation fonctionnelle). Ses éléments lexicaux, nommés termes, englobent les types suivants.
Atomes Les textes constants constituent des atomes. Un atome est ordinairement constitué d'une chaîne de lettres, nombres et traits bas (_), commençant par une lettre minuscule. Pour introduire un atome non alphanumérique, on l'entoure d'apostrophes : ainsi '+' est un atome, + un opérateur).
Nombres Les implémentations courantes de Prolog ne distinguent pas les nombres entiers des flottants.
Variables Les variables sont indiquées en utilisant un ensemble de lettres, nombres et caractères de soulignement et commençant avec une lettre majuscule.
Ainsi, X3 comme Prix_Unitaire sont des noms de variables admissibles.
Prolog n'est pas un langage de programmation impératif ; une variable n’y est donc pas un contenant auquel on affecte une valeur, mais représente (comme en mathématiques dans X > 0) l'ensemble des valeurs admissibles pour elle dans le cadre des contraintes.
Le champ initialement indéfini de la variable se précise par l'unification autour des contraintes. Une fois la variable unifiée, sa valeur ne peut plus être modifiée au sein d'une même branche d'évaluation. Le retour sur trace permet toutefois de revenir sur cette unification dans le cadre de la poursuite de la recherche de valeurs admissibles (ou de nouvelles valeurs admissibles), dans le cadre d'une exploration exhaustive.
La variable anonyme est écrite avec un tiret bas (_). Toute variable dont le nom commence par un tiret bas est également une variable anonyme. C'est, comme le x ou le y de l'algèbre, une variable muette servant d'intermédiaire de calcul.
Termes composés Prolog ne peut représenter des données complexes que par termes composés. Un terme composé consiste en une tête (aussi appelée foncteur), qui doit être un atome, et des paramètres sans restriction de type. Le nombre de paramètres, nommé arité du terme, est en revanche significatif. Un terme composé est identifié par sa tête et son arité, et habituellement écrit comme foncteur/arité.
Exemples de termes composés : aime(romeo, juliette) Le foncteur est aime et l'arité 2, le terme composé s'écrit aime/2. f(g(X),h(Y)) Le foncteur est f et l'arité 2, le terme composé s'écrit f/2. initialisation Le foncteur est initialisation et l'arité 0, le terme composé s'écrit initialisation/0. Un atome est donc un terme composé d'arité 0.
Listes Une liste n’est pas un type de données isolé, mais est définie par une construction récursive (utilisant le foncteur . d'arité 2, c'est donc au niveau de la représentation interne un terme composé) :
l'atome [] est une liste vide ; si T est une liste et H est un élément, alors le terme '.'(H, T) est une liste. Le premier élément, appelé la tête, est H, suivi par les contenus du reste de la liste, indiqué comme T ou queue. La serait représentée en interne comme '.'(1, '.'(2, '.'(3, []))) Un raccourci de syntaxe est [H | T], lequel est surtout utilisé pour construire des règles. La totalité d’une liste peut être traitée en agissant sur le premier élément, et ensuite sur le reste de la liste, par récursivité, comme en LISP.
Pour la commodité du programmeur, les listes peuvent être construites et déconstruites de diverses manières.
Énumération d'éléments : [abc, 1, f(x), Y, g(A, rst)] Extraction de l'élément de tête : [abc | L1] Extraction de plusieurs éléments de tête : [abc, 1, f(x) | L2] Expansion du terme : '.'(abc, '.'(1, '.'(f(x), '.'(Y, '.'(g(A, rst), [])))))
Chaînes de caractères Les chaînes de caractères sont en général écrites comme une séquence de caractères entourés par des apostrophes. Elles sont souvent représentées en interne par une liste de codes ASCII.
Prédicats La programmation en Prolog est très différente de la programmation dans un langage impératif. En Prolog, on alimente une base de connaissances de faits et de règles ; il est alors possible de faire des requêtes à la base de connaissances.
L’unité de base de Prolog est le prédicat, qui est défini comme étant vrai. Un prédicat consiste en une tête et un nombre d’arguments. Par exemple :
chat(tom).
Ici 'chat' est la tête, et 'tom' est l’argument. Voici quelques demandes simples que vous pouvez demander à un interpréteur Prolog basé sur ce fait :
?- chat(tom). oui.
?- chat(X). X = tom; fail.
Dans ce second exemple, à la question 'chat(X)' l'interpréteur propose la réponse 'X = tom' unifiant la variable 'X' à l'atome 'tom'. En Prolog il s'agit d'un succès. Après cette première réponse, l'utilisateur peut demander s'il y a d'autres réponses en utilisant le « ; » (symbole de la disjonction), ici l'interpréteur répond qu'il n'en trouve pas. Cette recherche d'autres solutions repose sur un modèle d'exécution non-déterministe (au sens du non-déterminisme des automates non-déterministes) avec retour sur les différents points de choix et exploration des alternatives non explorées.
?- chat(vim). fail.
Dans ce dernier exemple, à la question 'chat(vim)' l'interpréteur répond qu'il ne peut pas prouver ce fait, en Prolog il s'agit d'un échec. En faisant l'hypothèse que tous les faits sont connus (hypothèse du monde clos), cela signifie que 'vim' n'est pas un chat.
Les prédicats sont en général définis pour exprimer les faits que le programme connaît à propos du monde. Dans la plupart des cas, l’usage de prédicats requiert une certaine convention. Par exemple, la sémantique des deux prédicats suivants n'est pas immédiate :
pere(marie, pierre). pere(pierre, marie).
Dans les deux cas, 'père' est la tête tandis que 'marie' et 'pierre' sont les arguments. Cependant, dans le premier cas, Marie vient en premier dans la liste des arguments, et dans le second c’est Pierre (l’ordre dans la liste des arguments importe). Le premier cas est un exemple d’une définition dans l’ordre verbe-objet-sujet et pourrait se lire avec l'auxiliaire 'avoir' : Marie a pour père Pierre, et le second de verbe-sujet-objet et pourrait se lire avec l'auxiliaire 'être' : Pierre est le père de Marie. Comme Prolog ne comprend pas le langage naturel, les deux versions sont correctes en ce qui le concerne ; cependant il est important d'adopter des normes de programmation cohérentes pour un même programme. En général, c'est plutôt l'auxiliaire 'être' qui est utilisé.
On conviendra par exemple que famille(pierre, marie, [arthur, bruno, charlotte]). signifie que pierre et marie sont respectivement le père et la mère de 3 enfants : arthur, bruno et charlotte ; "famille" est alors un prédicat à 3 termes, le dernier étant une liste d'un nombre quelconque (éventuellement nul) d'enfants.
Prédéfinis Quelques prédicats sont bâtis dans le langage et permettent à un programme Prolog des activités de routine (comme de l'évaluation numérique, les entrée/sortie, les fonctionnalités de l'interface graphique et généralement communiquer avec le système de l’ordinateur). Par exemple, le prédicat write peut être utilisé pour l’affichage à l’écran. Donc
write('Bonjour').
affichera le mot 'Bonjour' sur le moniteur. De tels prédicats ne relèvent pas à proprement parler de la programmation logique, leur fonctionnalité reposant exclusivement sur leurs effets de bord.
D'autres prédicats bâtis dans le langage sont de nature logique, et inclus dans des bibliothèques. Ils servent à simplifier le développement en encapsulant des traitements génériques, comme des algorithmes de traitement de listes par exemple.
D'autres prédicats, enfin, sont d'ordre supérieur et servent à contrôler l'exécution des interprètes Prolog (par exemple, ajout/retrait dynamique de règles et faits, abandon de points de choix, récolte des résultats d'une requête...)
N.B.- Sans les prédicats prédéfinis, Prolog est parfois appelé Pure Prolog (selon le standard iso en anglais : definite Prolog).
Règles Le second type d’instructions en Prolog est la règle. Un exemple de règle est :
lumière(on) :- interrupteur(on).
Le « :- » signifie « si »; cette règle indique lumière(on) est vraie si interrupteur(on) est vrai. Les règles peuvent aussi utiliser des variables comme :
père(X,Y) :- parent(X,Y), mâle(X).
pour signifier qu'un X est père d'un Y si X est parent de Y et X est mâle, où " , " indique une conjonction.
On pourrait avoir de même : parent(X, Y) :- père(X, Y) ; mère(X, Y). pour signifier qu'un X est parent d'un Y si X est père de Y ou X est mère de Y, où " ; " indique une alternative.
Un fait est un cas particulier de règle. En effet les deux lignes suivantes sont équivalentes :
a. a :- true.
Évaluation Quand l’interpréteur reçoit une requête, il recherche les règles (faits inclus) dont la partie gauche peut être unifiée avec la requête, et effectue cette unification avec la première règle trouvée. Par exemple ayant ce code Prolog :
frère_ou_sœur(X,Y) :- parent(Z,X), parent(Z,Y), X \= Y. parent(X,Y) :- père(X,Y). parent(X,Y) :- mère(X,Y). mère(trude, sally). père(tom, sally). père(tom, erica). père(mike, tom).
Il en résulte que la demande suivante est évaluée comme vraie:
?- frère_ou_sœur(sally, erica). oui.
L’interpréteur arrive à ce résultat en faisant correspondre la règle frère_ou_sœur(X,Y) en unifiant X avec sally et Y avec erica. Cela signifie que la demande peut être étendue à parent(Z,sally), parent(Z,erica). Faire correspondre cette conjonction est obtenu en regardant tous les parents possibles de sally.