vignette|Un écolier au Mali apprenant à lire (Kati, février 2005)

Le système éducatif malien, dont les objectifs ont été définis sous la présidence de Modibo Keïta, a connu une profonde évolution depuis le début des années 2000 avec l’augmentation de la scolarisation des enfants. Le taux brut de scolarisationTaux de scolarisation : Le taux brut de scolarisation (TBS) = Population scolarisée (fréquentant l’école fondamentale quel que soit l’âge) /Population scolarisable (en âge d’aller à l’école, entre 7 et ). Le taux net de scolarisation (TNS) = Population scolarisée et ayant entre 7 et par rapport à la population scolarisable. en 2001/2002 était de 64,5 % (75 % pour les garçons, 54 % pour les filles)CPS/MEN, 2002, cité par Véronique Hertrich et Seydou Keïta, Questions de population au Mali, INED Paris et CNRST, CERPOD, DNSI (Bamako) et Université du Mali (Bamako)..

Malgré une politique faisant appel au secteur privé et une implication importante des ONG, le système éducatif malien reste confronté à de nombreuses difficultés : retard dans la scolarisation des filles, manque de moyens (infrastructures, manuels scolaires, personnel) dû notamment aux restrictions budgétaires imposées par les institutions internationales, classes surchargées, abandons fréquents.

À côté du système classique se développent d’autres formes de scolarisation comme les clos d’enfants pour les plus jeunes ou les médersas. Le lycée public a été créé en 2002

Histoire La période coloniale (Soudan français) vignette|gauche|Enfants de l'École des otages créée à Kayes (Mali) par Galliéni Au moment de la colonisation française, les écoles construites par les Français vont servir à installer le pouvoir colonial. Joseph Gallieni fait construire l’« école des otages » à Kayes le C. Diawara, Spécial 22 septembre 2005: Lycée Askia Mohamed : un concentré de notre histoire, L’Essor, 20 septembre 2005, puis d’autres à Bafoulabé et Kita. Les colonisateurs français voulaient recruter de force les fils de chef et de notable afin de les surveiller et les former pour devenir des auxiliaires. Le programme était basé sur l’acquisition de rudiments de français et de mathématiques. En 1887, sept des dix postes militaires au Soudan français avait une école. Mais le successeur de Joseph Galliéni, Louis Archinard, supprime, pour raison budgétaire, toutes les écoles entre 1890 et 1893, à l’exception de la mission catholique de Kita et de l’école des otages de KayesElmouloud Yattara, Boubacar Séga Diallo, Une histoire du Mali Le Mali colonial, sur le site Histoire-Afrique.

Avec l’arrivée de Louis Edgard Trentinian (gouverneur entre 1895 et 1899, des écoles sont de nouveaux ouvertes afin de former les cadres subalternes de l’administration (interprète et commis) et les employés de commerces et tenter de réprimer toute velléité de résistance. Ainsi, le , l'École des fils de chefs recevait Adama Traoré et Souleymane Traoré, les deux fils de Babemba Traoré, roi du Kénédougou qui venait de se suicider avant l’entrée des Français dans Sikasso. Les « écoles des otages » deviennent les écoles des fils de chefs et d’interprètes.

En 1916, une école professionnelle, l’école primaire supérieure, qui portera le nom de Terrasson de Fougères en 1931, est ouverte à BamakoBakoroba Coulibaly, Histoire de l’école malienne : les mutations d’un système, Soir de Bamako, 11 août 2008.En 1946/1947, elle devient le Collège classique Terrasson de Fougères puis le le Lycée Terrasson de Fougères. À l’indépendance du Mali, il portera le nom de Askia Mohamed.

L’enseignement en Afrique-Occidentale française (AOF) dont fait partie le Soudan français, s’organise progressivement avec des arrêtés de 1903, 1912 et 1948. Cependant, cette école reste pour une élite. À l’indépendance, seulement 8 % des enfants étaient scolarisés.

L'indépendance du Mali et la première république Le premier président du Mali indépendant, Modibo Keïta proclame l’éducation comme une priorité. La première république affiche comme volonté un enseignement de masse et de qualité, qui permettrait au Mali de disposer des cadres nécessaires pour le développement du pays. L’éducation doit préserver la culture et les valeurs maliennes, « décoloniser les esprits ». L’enseignement fondamental passe de 6 à , l’examen de fin d’études primaires est supprimé. En 1962, la loi instituant le système éducatif est adoptée et un programme de construction d’écoles, de recrutement et de formation des enseignants et de fourniture d’équipements est décidé. À la fin des années 1960, un tiers des garçons et 20 % des filles sont scolarisés, soit trois fois plus qu’en 1960 à l’indépendanceVéronique Hertrich et Seydou Keïta, Questions de population au Mali..

Le régime de Moussa Traoré

Le coup d’État militaire de 1968 et le régime de Moussa Traoré donne un coup d’arrêt au processus. La fonction enseignante est dévalorisée, le corps enseignant et son syndicat, le Syndicat national de l’éducation et de la culture (SNEC) sont réprimés. D’autre part, les économies budgétaires imposées par les organisations internationales (FMI, Banque mondiale) entraînent une baisse du budget de l’éducation nationale qui aura comme conséquences une diminution des effectifs enseignants, démotivés par des retards de paiements. Ainsi, les effectifs d’enseignants de l’enseignement fondamental baissent de plus de 10 % entre 1985 et 1990Marie-France Lange et Olivier Gisselbrecht (1999), cités par Véronique Hertrich et Seydou Keïta, Questions de population au Mali. En 1980, la ruralisation des écoles instaure leur autofinancement. La crise de l’école, les multiples conflits entre le régime de Moussa Traoré et les enseignants et les élèves entraînent la désaffection des familles pour l’école. Entre 1968 et 1989, le taux de scolarisation passe de 29 % à 22 %SALL Alioune, Quelle école au Mali ?, Textes fondamentaux 1962-1994, Bamako, SODIFI, 1994 cité par Véronique Hertrich et Seydou Keïta, Question de population au Mali.

L'école devient le terrain de la lutte pour la démocratie. Des révoltes étudiantes éclatent en 1970 et 1972, puis de façon plus structurée en 1976/1977 et 1980. Elles sont violemment réprimées par le pouvoir. Le , le leader de l'Union nationale des élèves et étudiants du Mali, Abdoul Karim Camara dit Cabral est assassinéMamoutou Diallo, Système éducatif sous la deuxième république : la répression du corps enseignant, Nouvel Horizon, 14 août 2008 sous la torture.

La troisième république Avec l’instauration de la troisième république et l’élection d’Alpha Oumar Konaré à la présidence de la République, l’éducation redevient une priorité, contrariée cependant par le manque de moyens. L’État fait appel au privé pour l’aider à accueillir une population scolaire plus nombreuse. En , l’enseignement privé est reconnu par l’État qui contrôle la conformité des programmes et organise les examens. Les écoles communautairesLe décret /PRM portant réglementation des écoles communautaires en République du Mali les définit comme des établissements privés d’éducation de base à but non lucratif ayant pour objectif de faire acquérir et de développer des connaissances instrumentales et professionnelles. créées, gérées et financées par des communautés villageoises bénéficient de la reconnaissance et du soutien de l’État. Pour l'année scolaire 1997-1998, les communautaires accueillaient Mamadou Mana Konate et Pathé Tamboura, Étude prospective / Bilan de l’éducation en Afrique : Le cas du Mali, Bamako, Association pour le développement de l’éducation en Afrique, ministère de l’Éducation de base, 1999 .

Politique de l’éducation Le Prodec vignette|Elèves en classe à l'école EDC Koulikoro au Mali right|300px|thumb|École communautaire de Maréna, région de Kayes au Mali, février 2005

En 1996, faisant face aux critiques du système éducatif et de ses faiblesses, les autorités maliennes décident de mettre en place un programme pluriannuel. En 1999 est validé avec la Banque mondiale le Programme décennal de développement de l’éducation (PRODEC) qui fixe comme objectif d’atteindre un taux brut de scolarisation de 95 % au premier cycle de l’enseignement fondamental à l’horizon 2010. Onze axes prioritaires sont définisMinistère de l’Éducation nationale du Mali cité par Afribone : une éducation de base de qualité pour tous ; un enseignement professionnel adapté aux besoins de l’économie ; un enseignement secondaire général et technique rénové et performant ; un enseignement supérieur de qualité adapté aux besoins prioritaires et aux coûts maîtrisés ; une utilisation des langues maternelles parallèlement à celle du français ; une politique du livre et du matériel didactique et opérationnel ; une politique soutenue de formation des enseignants ; un partenariat véritable autour de l’école ; une restructuration et un ajustement institutionnel nécessaires à la refondation du système éducatif ; une politique de communication centrée sur le dialogue et la concertation entre tous les partenaires ; une politique de financement soutenue, rééquilibrée, rationnelle et s’inscrivant dans la décentralisation.

La part de l’éducation dans le budget de l’État est passée de 26,60 % en 2001 à 30,06 % en 2004. Sur la période 2001-2004, de classe ont été construites, de formation des maîtres (IFM à Sikasso, Koro, Tominian et Nara) et d’animation pédagogique (CAP)Rapport de la Banque mondiale sur le Programme d’investissement du secteur de l’éducation (PISE), cité par Moussa Touré, « Système éducatif malien : des progrès réalisés selon la Banque mondiale », Le Soir de Bamako, 8 août 2005..

Le Prodec a obtenu des résultats au niveau quantitatif. Le nombre d’élèves a presque triplé entre 1991/1992 et 2000/2001.

+ Évolution des effectifs de l’enseignement : élèves scolarisésSource : Annuaire statistique du Mali, 2000, DNSI, cité par le site des Nations unies au Mali. Niveau 1991/1992 2000/2001 Enseignement préscolaire et spécialisé Enseignement fondamental Enseignement secondaire, technique et spécialisé Total

L’accès à l’éducation de base est passé de 47,8 % en 1996-1997 à 72 % en 2004-2005« La Banque mondiale accorde une enveloppe d’environ de FFCA au Mali, pour l’éducation », Afribone, 4 septembre 2006.

La hausse de la scolarisation implique pour une part importante les écoles privées ou communautaires.

droite|350px|Répartition des effectifs de l'enseignement fondamental au Mali

+ Répartition des effectifs de l'enseignement fondamental au Mali Type d’établissement 2001/2002 2003/2004 Écoles publiques 61,3 % 58,8 % Écoles communautaires 18,3 % 19,1 % Médersas 10,5 % 12,7 % Écoles privées 9,9 % 9,4 %

Le PISE Le Programme d’investissement sectoriel de l’éducation (PISE) est la traduction opérationnelle du Prodec. Il est prévu de se dérouler en trois phases.