Saint Roch (né à Montpellier vers 1350, mort à Voghera vers 1378), Rochus en latin et Sant Ròc en occitan, est un pèlerin et thaumaturge français, honoré le , à qui l'Église accorde le titre canonique de confesseur (car ayant beaucoup souffert au service de la foi mais sans subir le martyre). En termes de culte populaire, il est principalement le saint patron de tous les pèlerins ainsi que de nombreuses confréries ou corporations : notamment des chirurgiens, des dermatologues et des apothicaires (pharmaciens). Il est aussi vénéré comme saint protecteur et guérisseur de la peste. Saint patron de Montpellier, son culte, né d'abord en France et en Italie, est devenu très populaire et s'est répandu dans le monde entier.
Histoire et hagiographie La vie de saint Roch vignette|190px|left|Statue de Saint Roch dans l'église paroissiale Saint-Germain-et-Saint-Louis de Laz en Bretagne. Roch naquit à Montpellier, entre 1348 et 1350, en pleine guerre de Cent Ans, pendant la grande période de la peste noire qui dura deux ans et décima un tiers de la population de l'Europe. C'est l'époque des grandes famines et des massacres perpétrés par les grandes compagnies.
Montpellier, possession de la couronne d'Aragon et rattachée à la couronne de France en 1349, était une république marchande, une grande ville du Midi, cosmopolite et tolérante, très réputée pour son université. C’est une ville étape importante de pèlerinage sur la via Tolosana, bénéficiant de plus de la proximité d’Avignon, siège de la papauté depuis plus de quarante ans.
Bien que Roch fût un prénom très courant en France et en Italie (Rocco), une tradition prétend que ce saint appartient à la famille Roch de La Croix, lignée devenue importante au , où elle prend le nom de La Croix de Castries.
Son père, Jean Roch de La Croix, dignitaire de la ville, en fut le premier consul, en 1363. Sa mère, dame Liberia, était originaire de Lombardie. Fils désiré et longtemps attendu, sa naissance se révéla en partie miraculeuse – ses parents ayant prié la Vierge Marie pour avoir un enfant – il naquit effectivement et avec le signe d'une croix rouge sur sa poitrine. Passant une enfance dans un milieu profondément chrétien, il fut baptisé au sanctuaire Sainte-Marie des Tables, qui était aussi le centre de la vie spirituelle, intellectuelle, administrative et sociale de Montpellier.
Il fit probablement ses études chez les Dominicains, ordre alors nouveau et en plein essor, avant d’étudier la médecine. Il fut confronté très jeune aux terribles épidémies de peste de 1358 et 1361. À Montpellier, cette dernière fit jusqu’à 500 morts par jour, pendant trois mois.
Orphelin à 17 ans, riche et instruit, il aurait pu participer à la gouvernance de la ville mais il choisit plutôt de confier à son oncle cette responsabilité et il préféra distribuer tous ses biens aux pauvres. Sur ce, il rejoignit le Tiers-ordre franciscain, revêtit l’habit de pèlerin, reçut la bénédiction de l’évêque de Maguelone et prit la route pour Rome. vignette|Saint Roch fait l’aumône aux pauvres avant son pèlerinage à Rome de Giovanni Antonio Fumiani (1675), plafond de la nef de l'église Saint-Roch de Venise. Empruntant probablement la voie Francigène, il arriva à Acquapendente, à quelques jours de marche de la Ville éternelle, en . Il y resta trois mois, car la peste y sévissait. Il mit en pratique l’enseignement médical qu’il avait reçu, en l’associant à des signes de croix et une invocation sur les souffrants et obtint rapidement de nombreuses guérisons.
Son charisme auprès des malades se révéla sans doute à ce moment-là. Étymologiquement, le charisme est un don fait par Dieu à un homme pour qu’il manifeste l’amour divin parmi les hommes. Il reprit son chemin pour Rome, lorsqu’il apprit qu’à Cesena, à l’opposé de sa direction, l’épidémie faisait rage. Il s’y rendit, faisant ce que Dieu attendait de lui au fur et à mesure de son pèlerinage, et obtint là encore des guérisons miraculeuses. Il arriva enfin à Rome, au début de l’année 1368, et s’occupa sans doute des malades de l’Hôpital du Saint-Esprit, ordre fondé vers 1180 par son compatriote, Guy de Montpellier.
Un prélat, peut-être un cardinal, guéri par ses soins ou témoin de guérisons miraculeuses (il pourrait s’agir de Gaillard de Boisvert, régent Pro Tempore de la Sacra Penitenzieria, à cette période) le fit admettre devant le Bienheureux pape Urbain V, qui, saisi d'une mystérieuse intuition, s’écria aussitôt en voyant Roch : « Toi... Il me semble que tu viens du Paradis ! ». Et le Pape lui accorda l’indulgence plénière.
Roch avait sans doute déjà aperçu à Montpellier le pape d’Avignon Urbain V, qui tenta une première fois de réinstaller la papauté à Rome en 1367, lorsqu’il y était venu consacrer l’autel majeur de l’église du monastère Saint Benoît, future cathédrale Saint-Pierre.
Roch quitta Rome en 1370 pour rentrer dans sa patrie. Mais au mois de , il était de retour en Italie, à Plaisance, à l’hôpital Notre-Dame de Bethléem, près de l’église Sainte-Anne, où il assista inlassablement, guérit et réconforta les malades.
Atteint lui-même par la peste, Roch se rendit péniblement jusqu’à un bois, à l’orée du bourg fortifié de Sarmato, pensant y mourir. À cet endroit, une source jaillit et un chien vint alors lui apporter chaque jour un pain, sans doute envoyé près de lui par son maître, qui pourrait être le noble Gothard Pallastrelli qui allait par la suite devenir son disciple et qui aurait été également le premier biographe du saint et l’auteur de son unique et vrai portrait, conservé à Plaisance en l’église Sainte-Anne. Roch recouvra la santé et retourna aussitôt à Plaisance auprès des pestiférés, faisant preuve d’un courage et d’une humanité remarquables à leur service.
Il reprit sa route, mais les terres milanaises étaient le théâtre d’une guerre entre le Duc de Milan, Barnabé Visconti, son frère Galeazzo II et la ligue constituée par le pape Urbain V, conduite par Amédée VI de Savoie. Ce conflit dura de 1371 à 1375. Pris pour un espion, Roch fut arrêté à Broni, et transféré à Voghera par Beccaria, intendant militaire des Visconti.
Sa renommée était déjà grande. De surcroît, grâce à sa marque de naissance en forme de croix sur sa poitrine, il pouvait être identifié par son oncle, gouverneur de la ville ou l’un des plus proches collaborateurs de ce dernier. Mais, fidèle au vœu d’anonymat de tout pèlerin, Roch ne révéla pas son identité et demanda à pouvoir reprendre son chemin en tant qu’ « humble serviteur de Dieu ». Sa requête fut rejetée et il fut mis au cachot.
Son emprisonnement dura cinq ans. Selon la tradition, il ne dévoila son identité qu’à un prêtre, la veille de sa mort, survenue le mardi âgé d'environ 30 ans.
Roch fut enterré avec dévotion à Voghera qui, dès 1382, lui consacra une fête.
Un siècle plus tard, sa dépouille, gardée dans l’église qui lui est toujours dédiée, fut volée, ou fit l’objet d’une transaction, en (à l’exclusion de deux petits os du bras), et transportée à Venise.
À Montpellier, son nom se retrouve dans les annales du Petit Thalamus sur un document intitulé Cérémonial de l’an 1387, et des actes municipaux de 1440 et de 1505.
La majeure partie de son corps est toujours à Venise en l’église de la Scuola Grande di San Rocco. En 1856 un tibia fut donné à l’église Saint-Paul de Montpellier, dont il ne reste plus qu’une chapelle latérale, à l’arrière du sanctuaire Saint-Roch, lequel est dépositaire aujourd'hui de la relique et de son bâton de pèlerin.
Éléments historiques vignette|180px|Saint Roch dans un manuscrit médiéval. Suivant la thèse de Pierre BolleBolle, Saint Roch. Genèse et première expansion d'un culte au (Université libre de Bruxelles) 2001, le nom de saint Roch serait un doublet hagiographique d'un saint plus ancien, saint Racho d'Autun qui décéda vers 660. On l'invoquait pour se protéger des tempêtes. D'une part, il y aurait eu confusion entre les noms de « Racho » et « Rocha ». D'autre part, ce serait à la suite d'un phénomène d'aphérèse que l'ancien mot français « tempeste » serait devenu « peste ». Ceci est en accord avec la médecine médiévale de sa théorie des humeurs qui prétendait que les maladies étaient causées par une corruption de l'air. Une autre hypothèse est que sa famille d'origine portait le nom de Rog, plus exactement des Roctch ou Rouch en français. Il pourrait également être issu du nom germanique latinisé Crocus, porté par un roi alémanique au ou du gotique hruk, « corneille ». Son nom pourrait aussi être issu du latin (« rouge »), car selon la légende il serait venu au monde avec une petite croix rouge sur la poitrine.
Saint Roch serait décédé à Voghera plutôt qu'à Montpellier. La thèse la plus probable est qu'il était sur le chemin du retour vers sa patrie quand il aurait été arrêté comme espion du pape par le duc de Milan à Anghiera près de Voghera en Lombardie, et serait mort après cinq ans de captivité dans la prison de Voghera.
Premières hagiographies
« Historia ex italica lingua reddita teutonica », fin du . Rédigé en langue vernaculaire, il nous reste sa traduction en allemand sous le titre « das leben des heiliguen sant rochus » : c'est un petit volume de 7 feuillets avec une gravure qui a été édité en 1484 à Nuremberg.
« Acta breviora » ou « l'Anonyme », ensemble de trois pièces – une originale et deux copies – publié à Cologne en 1483, serait la traduction latine d’un texte contemporain de Roch.
Faites à l’intention des couvents des Pères Célestins de Paris et d’Amiens, encore appelées Belfortin (bibliothèque de M. de Beaufort).
« Vita sancti rocchi » de Francesco Diedo, noble vénitien, gouverneur de Brescia, qui rencontra un grand succès. Il s’agit d’une hagiographie rédigée en 1478 et publiée en 1483, la seule qui donne les dates de la naissance et de la mort de Saint-Roch. Ces dates sont à présent abandonnées.
Il faut citer ensuite :
« Vita sancti rocchi », c'est la version française de cette « Acta brevoria » traduite par le Dominicain Jehan Phelipot en 1494, et le titre en était « Vie et Légendes ».
Une « Vita sancti rocchi » de Jean de Pin, éditée à la fois en 1516 à Paris et Venise sous le titre de « Vie, légende, miracles et oraisons de Monseigneur saint Roch ». Jean de Pin était languedocien, évêque toulousain et ambassadeur de à Venise. Il se démarque par son érudition et la logique de son récit, de ceux précités. Il se garde bien de dater. vignette|190px|La Vierge en gloire avec l'Archange Gabriel et les saints EusèbeRoch et SébastienSebastiano Ricci, 1724-1725Musée d'Art du comté de Los Angeles.
Il y a eu d'innombrables écrits sur saint Roch au cours des siècles
Il faut citer quelques ouvrages relativement récents, qui ont contribué à reconstituer, de façon logique et scientifique, la vie de Saint Roch :
Augustin Fliche : « Le problème de saint Roch » (1950)
Jean Segondy : « Saint Roch de Montpellier » (1964) François Pitangue : « Nouvelle contribution à l'étude de la vie authentique de l'histoire et des légendes de Monseigneur Saint Roch », Montpellier (1984)
Les remarquables recherches historiques et scientifiques faites au cours de ces dernières années par Paolo Ascagni et la sortie d'un premier ouvrage en italien « Rocco di Montpellier » Voghera e il suo Santo en 2001, qui sera suivi d’un site de référence (2005) et de la création d'un comité international de recherches historiques sur saint Roch. Enfin de la découverte récente de trois nouvelles hagiographies.
« Histoire de saint Roch » de Domenico Da Vicenza, composition poétique en langue italienne, écrite entre 1478 et 1480. Ce pourrait être la première hagiographie du saint. « La Vie du glorieux confesseur saint Roch, de Paolo Fiorentino Aldighieri écrite en langue italienne, imprimé à Brescia par Bartolomeo da Vercelli, datée entre 1481 et 1482. « La Vie de saint Roch confesseur » de Bartolomeo Dal Bovo, un seul exemplaire, manuscrit, en latin daté du . conservé auprès de la Bibliothèque Civique de Vérone.