L'histoire de la psychologie au sens large remonte à l'Antiquité dans la mesure où des premières traces d'une réflexion sur le psychisme, sur le lien entre phénomènes mentaux et comportement ont donc été retrouvées dans des écrits datant de l'Égypte ancienne. De cette époque, en passant par la Grèce antique et les mondes chinois, indiens et arabo-musulmans jusque dans les années 1870, la psychologie était essentiellement considérée comme une branche de la philosophie et son histoire s'inscrit donc dans l'histoire de cette dernière.

Ayant une vocation essentiellement théorique jusqu'au , la psychologie acquiert le statut de discipline scientifique à part entière en adoptant les méthodes ayant cours dans d'autres champs des sciences naturelles et humaines (observation, expérimentation, mathématisation, etc.). En parallèle se développe aussi ce qui deviendra la psychopathologie dont le but est de comprendre non pas l'esprit sain mais la maladie mentale et les moyens de la soigner voire de la guérir.

Racines philosophiques Antiquité Avant la constitution de la psychologie comme discipline scientifique, les phénomènes qui constituent aujourd'hui certains de ses objets d'étude, comme la perception, les émotions, la mémoire et la pensée, sont représentés et questionnés depuis l'Antiquité. Les mythologies en témoignent, mais c'est surtout dans les traditions philosophiques et médicales que ces phénomènes commencent à être explorés de manière systématique..

Chez Platon, la réflexion sur l'âme porte notamment sur la connaissance, la perception, le désir et les rapports entre l'âme et le corps. Sa théorie de la réminiscence affirme que la connaissance véritable ne provient pas seulement des perceptions sensibles : l'âme, immortelle, peut retrouver par l'apprentissage et le raisonnement des vérités qu'elle aurait contemplées avant sa naissance. Cette conception s'accompagne d’une réflexion sur les différentes dimensions de l’âme et sur la manière dont l'éducation, le dialogue et la maîtrise des désirs permettent d'orienter la vie humaine vers le bien. Une telle approche innéiste et rationaliste irrigue un champ de pensée, de Descartes à Elizabeth Spelke.

Selon Jean Château, Platon avait compris que : par la dialectique et le raisonnement, l'esprit s'affranchit des apparences et de l'opinion pour rechercher un savoir stable et vrai. Le philosophe souligne également que les capacités intellectuelles et morales diffèrent entre les individus et sont influencées par l'environnement social, ce qui peut être rapproché d'une première réflexion sur la variabilité psychologique.

Enfin, Platon explique que l’âme se divise en trois dimensions (le désir, la raison et la volonté, respectivement localisés dans le bas-ventre, la tête et le cœur) dont l'équilibre permet à la raison d'orienter les comportements, une conception qui offre une réflexion précoce sur les conflits intérieurs et le contrôle des passions. En situant dans le Phédon la partie rationnelle de l'âme dans la tête et en attribuant au cerveau un rôle dans la sensation et la formation de la mémoire, il préfigure le cérébrocentrisme des neurosciences, à l'encontre du cardiocentrisme qu'Aristote défend ultérieurement.

Par ses réflexions sur les syllogismes, Aristote préfigure également une psychologie du raisonnement. Il expose les mécanismes de l’inférence et de la déduction, qui sont tous deux des processus cognitifs. Néanmoins, par différence avec Platon, il ne fait pas reposer la connaissance sur la réminiscence d'idées préexistantes mais dans l’expérience sensible et l'induction. Il expose cette approche empiriste dans son traité De l’âme, où il introduit une tripartition de l’âme, avec une perspective gradualiste : végétative, sensitive et cognitive, qui reproduit la partition des êtres vivants en végétaux, animaux et être humain. Cette conception de l'intelligence, vue comme une adaptation biologique, peut être rapprochée des travaux de Piaget malgré le caractère fixiste du vivant selon Aristote. Il pose également les bases d'une psychologie du bonheur, articulé la faculté de raisonner chez l'être humain.

Renaissance Le terme « psychologie » dérive du latin psychologia terme lui-même formé à partir du grec ancien, ψυχή, (psukhē : l'âme) et -λογία (-logia, la science, l'étude, la recherche) par le savant humaniste croate Marko Marulić et qui apparaît pour la première fois dans son livre Psichiologia de ratione animae humanae (fin du début ).. Cependant cet ouvrage est perdu, son contenu est mal connu, on peut s'interroger sur son influence et sa diffusion.

Une autre matrice mieux attestée se trouve dans le courant ramiste (de Pierre de la Ramée) au Luccio, R., Psychologia – The Birth of a New Scientific Context in Review of Psychology, 2013, , . . L'ouvrage de Johann Thomas Freig Quaestiones logicae et ethicae, imprimé en 1574, utilise le mot "psychologia" pour désigner l'étude de l'esprit Ungerer, G. A. & Bringmann W. G., Psichiologia, ψυχολογία, Psychology in W. G. Bringmann, H. E. Lück, R. Miller & Ch. E. Early (éd.) A pictorial history of psychology, Chicago, Quintessence Press, 1997, . . En outre, en 1575, un chapitre de son Ciceronianus est intitulé De psychologia et hominis fabrica : il y reprend le De natura deorum en commentant la morale stoïcienne et en faisant de la psychologie une théorie de l’âme dans sa relation à des organes. Un autre ramiste, Rudolf Goclenius l'Ancien ancrera cet usage en utilisant ce terme comme titre de son ouvrage Psychologia publié en 1590 Sur Goclenius, voir Alain de Libera, Archéologie du sujet , Paris, Vrin, 2007, I, p. 39. .

Les oppositions entre les conceptions monistes et dualistes sont anciennes et la grande difficulté pour définir les rapports entre le corps et la pensée vont occuper les psychologues des siècles suivants.

Racines médicales La médecine antique fournit une autre source importante pour l'histoire des conceptions du psychisme. Dès l'Égypte ancienne, le papyrus Ebers, rédigé vers 1550 av. J.-C., contient ainsi des descriptions d'états mentaux que des historiens ont rapprochés de la dépression..

Postérieure à Homère, la théorie des humeurs, exposée par Hippocrate mais vraisemblablement antérieure à ce médecin, joue un rôle durable dans la compréhension des tempéraments en Occident. Selon l'hypothèse de Louis Gernet reprise par Antoine Thivel, les humeurs auraient d'abord été des catégories psychologiques, désignant des mouvements affectifs ou des dispositions de l'âme, avant que les médecins ne leur donnent un sens matériel pour expliquer le fonctionnement du corps. La théorie médicale des humeurs serait donc née d’une matérialisation de notions psychologiques, puis aurait suivi le mouvement inverse : les humeurs corporelles ont ensuite servi à expliquer les tempéraments et les dispositions psychologiques..

Hérophile, au IIIe siècle avant J.-C., est l'un des premiers à proposer une localisation cérébrale des fonctions cognitives, qu'il situe dans les ventricules. Cette théorie ventriculaire, ou théorie des cellules, est ensuite développée pendant des siècles, notamment au Moyen Âge, où différentes facultés comme le sens commun, la raison et la mémoire sont associées à des ventricules distincts. Claude Galien prolonge les conceptions cérébrocentristes de Platon et de Hérophile en s'appuyant sur des observations cliniques et des expérimentations de physiologie animale. Sa théorie du rete mirabile, qu'il attribue à tort à l'être humain, associe les ventricules cérébraux à la transmission des principes vitaux responsables des sensations et des mouvements. Malgré ses erreurs anatomiques, ses travaux contribuent à inscrire durablement l'étude du cerveau à la croisée de la médecine, de la physiologie et de la réflexion sur l'âme.

Rôle des spiritualistes et des idéologues Après la Révolution de 1789, dans le sillage des pensées de Locke et de Condillac, l'idéologie et le spiritualisme contribueront grandement à l'émergence de la psychologie comme discipline autonome en France. Serge Nicolas insiste en particulier sur le rôle du spiritualisme : « L’émergence du concept de psychologie est liée en France au développement ‘‘politique’’ de la philosophie spiritualiste rationnelle (éclectisme) ; celle-ci ayant mis la psychologie à la base de toute philosophie en l’imposant même au plan académique »Serge Nicolas, Histoire de la philosophie en France au . Naissance de la psychologie spiritualiste (1789-1830), Paris, L’Harmattan, 2007, p. 20. .

Naissance de la psychologie scientifique De la psychologie philosophique à la psychologie scientifique L'émergence d'une psychologie expérimentale en Allemagne La psychologie comme discipline autonome s'est développée notamment en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France. En Allemagne, Christian Wolff joue un rôle précurseur en distinguant, dans deux traités notamment, une psychologie empirique (1732), fondée sur l'observation des phénomènes psychiques, et une psychologie rationnelle a priori (1734), ouvrant la voie à une tradition qui influença Kant, Herbart, puis indirectement Wundt et la psychologie universitaire. Il ne conçoit pas ces deux branches comme séparées, les deux s'éclairant mutuellement, mais exclut l'anatomie et la physiologie des sens de ses investigations. Il a largement contribué à populariser le terme de psychologia comme science de l'âme, le terme étant alors très peu utilisé.

Après Wolff, la psychologie allemande s'oriente davantage vers une approche empirique, certains auteurs cherchant même à expliquer les phénomènes psychiques par les mécanismes nerveux. Johann Nicolas Tetens critique cette réduction physiologique et défend une psychologie fondée sur l'introspection, l'observation et l'analyse des phénomènes de conscience. Le psychologisme, développé notamment par Jakob Friedrich Fries, Friedrich Eduard Beneke et Henri Ahrens, fait de la psychologie empirique une*science fondamentale, voire le fondement de la philosophie et de toute connaissance scientifique. Dans cette perspective inspirée de Kant, l'étude empirique de la conscience permet d'établir les lois de la connaissance, tandis que la philosophie peut ensuite généraliser ces résultats sous la forme d'une métaphysique inductive.

Johann Friedrich Herbart cherche à fonder la psychologie comme une science en combinant métaphysique, expérience et mathématiques, faisant ainsi le lien entre la philosophie spéculative et la psychologie empirique. Il considère les représentations comme l’objet central de la psychologie et cherche à déterminer les lois qui régissent leurs interactions, en construisant une véritable « statique et mécanique de l’esprit ». L'originalité majeure de son approche réside dans l'usage des mathématiques pour mesurer l'intensité des représentations et formaliser leurs rapports. Son système exerce une influence importante sur la génération de psychologues allemands qui lui succède.

L'intérêt pour l’usage des mathématiques en psychologie, déjà présent chez Wolff, se vérifie aussi dans le parcours de Gustav Fechner, le fondateur de la psychophysique. Ce dernier cherche à établir mathématiquement les relations entre phénomènes physiques et sensations psychiques, notamment à travers sa célèbre loi qui énonce que . Sa démarche repose toutefois sur une conception métaphysique selon laquelle le physique et le psychique sont deux aspects d’une même réalité, l'âme « simplifiant » les processus matériels complexes en sensations. Avec les Éléments de psychophysique (1860), il développe une méthode expérimentale de mesure indirecte de la sensibilité et de la sensation, notamment à partir de la plus petite différence perceptible. Cette approche contribue ainsi à faire de l’étude des sensations un domaine susceptible d'une mesure expérimentale et mathématique.