La diversité linguistique est la réalité de l'existence de langues diverses et multiples dans le monde depuis les origines de l'humanité. Une « langue vivante » est définie par SIL Ethnologue comme « une langue avec, au moins, un locuteur natif ». Un chiffre exact des langues vivantes au monde varie entre et , selon la définition utilisée pour « une langue ». La distinction entre une langue et une variété (ou un dialecte) est liée à cette question en particulier.
Diversité dans les États La diversité linguistique est une des caractéristiques des sociétés modernes, qui sont toutes multilingues, toutes façonnées par cette diversité, même si la politique linguistique officielle refuse de prendre en compte cette diversité.
Cette diversité a deux causes principales : les États-nations ont été créés par le regroupement (conquêtes, annexions) de territoires contenant des groupes linguistiques différents ; ces mêmes États-nations reçoivent une immigration, et toute immigration diversifie le terrain linguistique de la société qui l’accueille.
Diversité dans l'Internet Selon Statista, qui se base sur les données publiées par le site Ethnologue, en 2023 l'Internet reflète toujours très mal la diversité des langues parlées : l'anglais reste globalement la langue largement la plus parlée et lue dans le monde, avec environ 1,46 milliard d'anglophones natifs et de seconde langue ; devant la langue chinoise dominante (le mandarin, avec 1,14 milliard de personnes). Mais si l'on ne tient compte que du nombre de locuteurs utilisant leur langue maternelle, le chinois mandarin arrive en première position avec 940 millions d'internautes (contre 485 millions d'hispanophones et 380 millions d'anglophones utilisant leur langue maternelle)..
Selon W3Techs, sur Internet, c'est l'anglais qui domine très largement le Web, avec plus de 50 % des sites rédigés en anglais, loin devant le français (parlé par environ 310 millions de locuteurs (= rang mondial), mais utilisé par 4,3 % des sites (= rang) ; devant le chinois (1,3 % des sites web = rang mondial). La langue arabe, parlée par 274 millions de locuteurs (= rang mondial) n'est utilisée que par 0,6 % des sites web (= place). Quant à la langue française, elle compte environ 310 millions de locuteurs totaux ( rang mondial) et est représentée sur 4,3 % des sites web ( rang).
Cependant, selon OBDILCI, qui s'appuie sur des études publiées dans des revues à comité de lecture, les pourcentages de pages Web par langue, en , seraient, pour les premières places : anglais (20%), chinois (19%), espagnol (7,8%), arabe (3,9%), hindi (3,8%), russe (3,8%), français (3,5%), portugais (3,2%) et le multilinguisme serait de plus en plus la caractéristique première de l'Internet; cette source offrant un panorama de l'évolution de la cyber-géographie des familles de langues en soutien à cette affirmation.
Problèmes posés par la diversité linguistique Le multilinguisme peut entraîner des situations de diglossie, c'est-à-dire la maîtrise d'une langue comme moyen de ségrégation sociale. Un universitaire comme Louis-Jean Calvet évoque par exemple le risque de fracture linguistique, lorsque la pratique du « français des cités » devient excluanteBanlieues, le ghetto des mots Anne Vidalie in l'Express du 22 janvier 2008. Cette vision est réfutée par Jean-Pierre Goudaillier pour qui ce problème ne touche qu'une minorité de jeunes en situation d'échec scolaireLangue des cités, langue des costumes-cravates.
Solidité de la diversité La diversité linguistique est caractérisée partout par une certaine solidité : ainsi la France, ou plus exactement le territoire couvert par l’État français aujourd’hui, est multilingue depuis bien avant la création de l’État, et même s’il y a, et aura, bien sûr des évolutions locales (disparition de certains parlers), cet état de fait ne peut pas se modifier avant longtemps.
À l’échelon planétaire, il semble qu’il en soit de même : si la différence linguistique change d’aspect, elle est une donnée historique fondamentale et, malgré la disparition des langues les plus faibles, la diversité n’est pas (ou pas encore) en voie de disparition.
Uniformisation linguistique et risques liés Cependant, une majorité de langues sont appelées à disparaître dans les proches années, un grand nombre sont en train de disparaître ou ont déjà disparu, et la diversité est donc menacée (comme c'est le cas pour la biodiversité).
Facteurs liés à la disparition des langues Ces disparitions seront le résultat de deux pratiques : de la politique linguistique des États qui n'accordent pas les protections légales ou constitutionnelles, comme dans le cas de la France ; des changements dans les modes de vie des populations de locuteurs sous l'effet des derniers développements du capitalisme et de l'universalisation de la société de consommation : sédentarisation de populations nomades en Afrique ; prédominance de la langue scolaire en Afrique ; destructions des milieux naturels (forêts équatoriales en Amérique du Sud, en Afrique) ; disparition des paysans dans les pays occitans, en Bretagne, comme dans certaines minorités de Chine ; émigration massive de populations minoritaires (indiens du Mexique vers la Californie).
Autre facteur envisageable On peut également prévoir que le réchauffement climatique et la montée du niveau de la mer provoqueront, avec les migrations de populations, la fin de certaines cultures.
Effets de la perte de diversité linguistique sur la biodiversité Plusieurs études suggèrent que la disparition des langues présente des risques importants pour la conservation de la biodiversité. En effet, Les communautés locales et indigènes ont élaboré des systèmes de classification complexes pour le monde naturel, qui reflètent une profonde compréhension de leur environnement local. Cette connaissance est intégrée dans les noms indigènes, traditions orales et taxinomies, et peut disparaître lorsqu'une communauté commence à parler une autre langue. Les experts en ethnobotanique et en ethnobiologie reconnaissent que les noms indigènes, les taxinomies issues du folklore et des traditions orales sont essentiels pour la récupération d'espèces en danger et les activités de restauration écologique. À titre d'exemple, une étude réalisée au sein de la tribu Amuesha dans la branche supérieure de l'Amazone au Pérou, dont la langue est en danger, a conclu que la diminution du nombre de locuteurs et de sages détenteurs des savoirs traditionnels parmi les Amuesha se répercute défavorablement sur la diversité des espèces agricoles cultivéesLangues en danger - Biodiversité et diversité linguistique - Conserver les langues indigènes, protéger la biodiversité sur le site de l'Unesco.
Politique linguistique
Rares sont les politiques linguistiques tenant compte de cette diversité. Les États cherchent souvent à réduire la diversité, ou à l'anéantir, en refusant aux langues autres que celle de l'État, la protection des lois ou de la constitution.
En France, la prise de conscience de la menace pesant sur les langues régionales, du fait de l'exode rural, a conduit au développement, dans les années 1970, de mouvements régionalistes attachés à leur défense. L'État a accordé l'autorisation de l'enseignement des « langues et cultures régionales » dans les écoles (loi n° 75-620 du relative à l'éducation, loi n° 84-52 du sur l'enseignement supérieur, loi d'orientation n°89-486 du sur l'éducation, etc.), puis de l'enseignement bilingue et en langues régionales. Cet enseignement des langues régionales, qui ne concerne qu'une partie des établissements scolaires, a connu un développement certainVoir l'enseignement des langues régionales dans l'académie de Bordeaux, dans l'académie de Montpellier, dans l'académie de Rennes, à Nice, ainsi que le rapport parlementaire sur la politique linguistique conduite au niveau national à propos des langues de France en 2002.. Un conseil académique des langues régionales a été créé en 2001Décret n°2001-733 du 31 juillet 2001 portant création d'un Conseil académique des langues régionales, .
Quelques exemples de politiques linguistiques dans les pays voisins, dans des espaces le plus souvent autonomes : au Pays de Galles, le gallois est langue coofficielle ; de même la langue catalane dans la généralité de Catalogne, les îles Baléares et la Communauté valencienne ; l'aranais (variété de gascon des Pyrénées) langue officielle en Val d'Aran depuis 1990 et dans l'ensemble de la Catalogne depuis 2006 ; la langue basque dans la communauté autonome basque et le tiers nord de la communauté forale de Navarre ; de même le néerlandais dans la communauté flamande et l'allemand dans la communauté germanophone en Belgique ; de même le français au Val d'Aoste (en Italie), en Suisse romande, en Belgique, au Luxembourg ; toutefois, le francoprovençal n'est pas plus officiel en Suisse qu'en France ; de même le picard n'est pas plus officiel en Belgique qu'en France.
Vingt ans après la Déclaration universelle des droits linguistiques (Barcelona, ) le Protocole de Donostia (San Sebastian, ) pose sur une base plus firme la question de la biodiversité linguistique.Des instances et forums internationaux pourront s’appuyer sur ce cadre pour réglementer leur engagement en faveur de la diversité des languesProtocole des Droits Linguistiques, Forum européen de la diversité linguistique, Donostia, 15-16 décembro 2016..
Actions pour la protection de la diversité linguistique en France
Un certain nombre d'actions sont entreprises pour protéger la diversité linguistique dans les régions où l'on pratique des langues dites minoritaires, d'autant que certaines langues (le basque et catalan) bénéficient d'un soutien considérable grâce au statut qu'elles ont hors de l'État français.
Enseignement Un enseignement bilingue en immersion dans les écoles bretonnes de Diwan ou basques de Seaska, ou même dans les classes bilingues de l'Éducation nationale, quand l'administration ne s'y oppose pas (exemples donnés dans les articles les articles Classes bilingues (franco-bretonnes) de Bretagne et enseignement du breton).
Formations universitaires scientifiques en basque ou catalan, mais hors de l'État français. L'enseignement du breton à l'université, qui existe à Brest et Rennes, a été supprimé à Nantes il y a quelques années.
Dans les médias Le fonctionnement de radios en langues bretonne, basque, ou occitane, . . Les émissions dominicales sont généralement supprimées en cas d'épreuves sportives importantes, comme lors des championnats mondiaux de natation en 2007. Le développement des langues sur le net, où l'opposition étatique est nulle, comme en témoigne la création des wikipédia en breton, basque, occitan, catalan. Des tentatives de développement de télévision sur le net ont vu le jour, avec les web-noz. La presse quotidienne existe en basque et catalan (Avui, El Punt, Gara), il n'y a, en breton et occitan, qu'hebdomadaires et mensuels : Ya, Bremañ, La Setmana.
Aspect juridique La France refuse la reconnaissance constitutionnelle et légale aux langues autochtones réclamée en vain depuis des lustres.
Dès 1981, François Mitterrand, président de la République de 1981 à 1995, annonçait, deux mois avant son élection, à Lorient: Le temps est venu d’un statut des langues et cultures de France qui leur reconnaisse une existence réelle. Le temps est venu de leur ouvrir grandes les portes de l’école, de la radio et de la télévision permettant leur diffusion, de leur accorder toute la place qu’elles méritent dans la vie publique.
Aucun statut légal n'existe en 2007, sauf pour l'unique langue officielle.
Langues hors la loi et anticonstitutionnelles Plusieurs projets de loi ont avorté dès 1981 (Le Pensec, Dollo, etc) de gauche comme de droite.