Charles-Louis Philippe, né le à Cérilly (Allier) et mort le à Paris, est un poète, critique littéraire, conteur, chroniqueur et romancier français. En 1908, c'est un des fondateurs de La Nouvelle Revue française (NRF) et l'auteur de Bubu de Montparnasse. Selon son ami Léon WerthLéon Werth, Déposition. ( Journal de guerre 1940-1944 ) Edition Viviane Hamy. 2012, Charles-Louis Philippe devint l'un des précurseurs de la littérature populiste.

Biographie Jeunesse et formation gauche|vignette|redresse|Maison natale de l'écrivain Charles-Louis Philippe à Cérilly (cliché de Georges Bodard, carte postale, vers 1920). vignette|Recrutement militaire. Classe de 1893 par le caricaturiste Albert Guillaume : « Vous êtes bachelier ? Ah ! bien... Savez-vous lire et écrire ? ». Fils de Charles Philippe, sabotier du Bourbonnais surnommé « Barbasse »Émile Guillaumin, Mon compatriote Charles Louis-Philippe, Bernard Grasset, 1942, ; André Billy, L'Époque 1900, Tallandier, 1951, . et de Jeanne Dechâtre, journalière agricole, Charles-Louis est issu d'un milieu modeste. Il est le frère jumeau de Jeanne Louise. La façade de l'échoppe, qui sert aussi de maison familiale, est si étroite qu'elle peut à peine contenir deux ouvertures en son rez-de-chaussée. À force d'un travail opiniâtre et de sacrifices sans nombre, Philippe, humble sabotier de Cérilly, qui avait mendié son pain dans sa jeunesse, s'était constitué une petite aisance matérielle, assurant une bonne éducation à ses enfants. Après une scolarité passée sans encombre jusqu'à l'examen du certificat d'étude préparé à l'école communale de Cérilly, village du bocage situé en lisière même de la célèbre forêt de Tronçais, ce fils d'artisan éprouve très tôt le goût de la lecture. Trop chétif pour envisager un métier manuel, le jeune écolier, s'il ne veut pas de l'établi de son père, n'a pas d'autre choix que de s'adonner avec ardeur à ses études.

Proche de l'immense futaie, où l'activité économique est rythmée par le bruit des scieries et des forges, la petite cité bourbonnaise semble être un havre propice à la méditation. Charles-Louis a pu obtenir, au vu de ses excellents résultats, une bourse de l'Académie ; en 1886, il peut poursuivre ses études secondaires et entre en sixième B (section scientifique) comme interne au lycée de Montluçon, où il reste sept ans. Philippe est alors placé sous la férule tyrannique du proviseur, un certain M. PeyronnetPeyronnet Pierre Paul Philogène ( 1829-1904 ) est né à Miramont en 1829. Après avoir servi dans l'Instruction Publique dans divers lycées de province, M. Peyronnet est nommé en 1885, Proviseur du lycée de Montluçon ( Almanach National. Annuaire Officiel de la République Française. 1885-1886). Pierre Paul Peyronnet eut un fils Albert Pierre Camille Peyronnet, Avocat, qui devint Ministre du Travail, Sénateur de l'Allier et Vice-Président du Sénat., qui ne cesse de lui rappeler qu'il n'est qu'un pauvre boursier, le menaçant de le renvoyer de l'établissement à la moindre incartade. Il l'écriraCharles Louis Philippe, La Mère et l'Enfant. Edition de la NRF Paris 1911. P. 98 : " J'ai douze ans, j'ai besoin d'amour et vous me donnez un pion ". lui-même : de ce lycée de Montluçon et d'un pion persécuteur qui l'avait pris pour souffre-douleur, Charles-Louis Philippe gardera à jamais un souvenir détestable. Ne supportant plus les contraintes liées à l'internat, où il est raillé pour son physique, il rejoint ensuite celui du lycée Banville de Moulins, où il passe trois ans en classe de mathématiques spéciales, et où il se lie d'amitié avec Marcel Ray. Cette nouvelle situation estudiantine le rapproche un peu du domicile familial« Charles-Louis Philippe - 1er épisode », site du Réseau des Médiathèques - Vichy communauté.. Après l'obtention de son baccalauréat (mathématiques), en 1891, le jeune Louis Philippe, qui se destine à une carrière d'ingénieur, prépare sans succès les concours d'entrée à l'École polytechnique et à l'École centrale. Mobilisable en 1894, année de ses vingt ans, Charles-Louis est convoqué au bureau de recrutementArchives de l'Allier. Répertoire alphabétique de recrutement militaire du Bureau de Montluçon, p. 31. Référence : 1 R 725 (Ch. L. Philippe) militaire de Montluçon. Quel bon soldat au service de la nation allait-il faire ? Le médecin militaire qui l'examine lors du conseil de révision a devant lui un homme de petite taille () au physique quelque peu malingre, à la vision déficiente, et surtout handicapé par une déformation sévère de la mâchoireEdmond Jaloux, Les saisons littéraires : 1904-1914, Librairie Plon, 1950, ; Louis Lanoizelée, Charles-Louis Philippe, l'homme, l'écrivain, Pernette, 1953, . survenue dès l'enfance, une infection dentaire mal opérée lui ayant laissé une disgracieuse cicatrice. Dans une nouvelle autobiographique intituléeL'Enfant malade, nouvelle de Charles-Louis Philippe parue dans le Mercure de France en février 1900. Tome 33 - N°122L'Enfant malade, Philippe évoque d'ailleurs cette terrible infection. Dès lors, afin de masquer cette atrophie osseuse, il porte une barbichette dissimulant son infirmité. Philippe, qui ne cultive sans doute guère la fibre militariste, devient à sa plus grande joie le réformé , pour nécrose au maxillaire gauche. Exempté d'obligations militaires en 1894, Charles-Louis, toujours aussi désœuvré, trompe son ennui pendant les longues journées d'été à coups de créations ou de compositions poétiques. Cette attirance pour la poésie lui est venue très tôt, grâce à ses lecturesUne vocation avortée ? Charles-Louis Philippe, Poète, 1893-6, in Le champ littéraire 1860-1900. Etudes offertes à Michael Pakenham, éd. par Kheit Cameron et James Kearns, Atlanta-Amsterdamp, Rodopi, 1996, . au lycée, où il apprécie et se trouve quelques affinités avec la penséeHenri Bachelin, Charles-Louis Philippe, sa vie, son oeuvre, Éditions de la Nouvelle Revue critique, 1929, : « Sa formation littéraire ». et le style des poètes du mouvement parnassien. Selon le critique littéraire Henri Bachelin, le choix de ses lectures de jeunesse représentait chez Philippe une sélection très éclectique spécialement marquée par les œuvres poétiques de Leconte de Lisle, Charles Baudelaire, Théodore de Banville, Paul Verlaine, José-Maria de Heredia Sans emploi et prosateur en herbe cherchant ardemment l'inspiration poétique, Charles Louis Philippe, sur la fin de sa dix-neuvième année, écrit le , une lettre des plus pathétiquesCorrespondance reçue par Stéphane Mallarmé. Quatre lettres autographes signées, envoyées de Cérilly et Paris (lettres du 4 septembre 1894, 6 octobre 1894, 4 mars 1895 et 17 août 1895) conservées à la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet. Ces lettres et poésies autographes signées de Charles Louis Philippe, ont les cotes suivantes : MVL 2643 à MVL 2646. Les poésies dédiées à Mallarmé sont : Midi au village, Chant d'Ombre, Soirs, Travail de femmes, Le malade (Lot de 15 pièces). dans laquelle il sollicite l'aide de Stéphane Mallarmé, lettre accompagnée de cinq poésies de son cru : vignette|redresse|Stéphane Mallarmé en 1890, photographié par Nadar.

Tout jeune poète de 19 ans, Philippe n'a encore jamais rien fait publier de ses poésies, restées jusqu'alors confidentielles et manuscrites. Dans un article de presse paru en 1946 sous la plume« Mallarmé et Charles Louis Phillipe », par le professeur Henri Mondor, article paru dans l'hebdomadaire Carrefour, La Semaine en France et dans le monde, , 3 année, jeudi 4 avril 1946, comportant la publication de deux poèmes de Philippe (Midi au village, Le Malade), ainsi que son portrait par Charles Guérin (photographies d'Henri Mondor et de S. Mallarmé). du professeur Henri Mondor, celui-ci nous révèle que « les vers de Baudelaire et ceux des parnassiens le hantaient. Il s'éprenait surtout de Mallarmé le musicien pur. C'est à ce dernier et à René Ghil qu'il s'adressa, quand il ne put résister à son rêve de littérature ». Grâce à son correspondant René Ghil, à qui il a déjà envoyé plusieurs de ses poésies de jeunesse, paraît fin dans la revue L'Art Littéraire, éphémère revue symboliste dirigée par Louis Lormel où collaborent Mallarmé et Ghil, un premier poème intitulé Chanson d'un soir. Séduit, René Ghil, qui lui recherche un emploi de bureau à Paris, à qui il envoie plusieurs de ses œuvres, et qui lui écrit : « J'ai fait mettre votre nom en entier Charles Louis Philippe qui est d'une belle allure très euphoniqueLettre de René Ghil à Charles-Louis Philippe, du 27 septembre 1894 (collection Mme Pajault). ». L'adoption involontaireCharles n'était pas seulement le prénom de son père, mais aussi celui de son parrain Charles Berton, sabotier à Vieure. le choix de ce nouveau patronyme à la consonance quelque peu pompeuse (sans trait d'union) et faussement nobiliaire, lui servira t-il pour s'introduire bien modestement par la petite porte dans le monde des lettres ? Grâce à Ghil, quelle ne fut pas la joie de Charles-Louis Philippe de se voir publier pour la première fois ! Un mois plus tard dans une petite revue bruxelloise Stella, était publié en un second poème de Philippe intitulé Seuils de tombe. Cependant, aussi inspirée et généreuse soit-elle, la muse littéraire pour un jeune écrivain qui se cherche, ne peut devenir un réel viatique, pour un poète encore marginal et méconnu, demeuré sans emploi. À la réception du premier poème publié, fortement encouragé par Mallarmé et Ghil, Philippe garde cependant l'espoir.

gauche|vignette|René Ghil, par Félix Vallotton.