La culture de Saqqaq (ou Saqqaquien, ou culture de Sarqaq) est une culture préhistorique du Groenland. Elle s'est développée sur la période comprise entre et Avec celle de lIndépendance I, attestée durant les et , le Saqqaquien est l'une des deux plus anciennes cultures archéologiques connues au Groenland. La culture de Saqqaq est également attestée au nord-est du Nunavut, au sein de la péninsule de Bache, une terre située sur l'île d'Ellesmere.

Elle doit son nom à l'établissement de Saqqaq , dans la partie nord de la baie de Disko, lieu de nombreuses découvertes et fouilles.

La culture de Saqqaq, qui fait partie de l'ensemble appelé , a été introduite puis définie dans les années 1950 par l'archéologue danois Jørgen Meldgaard.

Historique Premières fouilles et découvertes au Les premières investigations archéologiques au sein de la baie de Disko sont entreprises au cours du . Cette zone géographique se révèle être de l'historique des recherches archéologiques concernant la préhistoire du Groenland..

Les fouilles réalisées dans la baie de Disko débutent au début du , avec celles de la , dont les membres mettent en évidence des pièces lithiques. Un d'artefacts, résultant de prospections entreprises dans les années 1830 au sein d'habitations abandonnées sur le site saqqaquien de Sermermiut, est présenté à la Société Royale des Antiquaires du Nord en 1838. Une seconde série de pièces, comprenant des pointes de flèche confectionnées en ainsi qu'une pointe de lance et un fabriqués en , est présentée devant les membres de la en 1843 par l'explorateur danois .... Dans les années 1850, le géographe et géologue danois mène des fouilles sur le site de Sermermiut, recherches au cours desquelles des vestiges d'habitats, associés à des artefacts, sont mis au jour et dont il mentionne les résultats en 1857... Au cours des décennies qui suivent, le zoologue Japetus Steenstrup conduit des investigations au sein d'amas coquilliers du site et de la région environnante. Streenstrup effectue alors un inventaire du matériel archéologique collecté, dont il confie la conservation au musée national du Danemark.

Les recherches archéologiques reprennent au cours du deuxième quart du avec les excavations réalisées par un médecin danois (le G. F. Pfaff) résidant à Ilulissat. Le médecin met au jour plusieurs artefacts à Sermermiut et Qeqertaq. Les pièces recueillies par Pfaff sont ensuite confiées au musée ethnographique de Stockholm et sont ultérieurement identifiées, en 1907, comme étant de possibles objets préhistoriques groenlandais.

En 1870, lors d'une expédition conduite par l'explorateur norvégien Nils A. E. Nordenskiöld, Carl Fleischer, également établi dans le district d'Ilulissat, organise des investigations sur le site de Qajaa (ou, anciennement, ). Les fouilles sont alors menées par le botaniste suédois et le zoologiste ... Les fouilles de l'équipe norvégienne permettent de révéler deux amas coquilliers contenus au sein de couches stratigraphiques d'environ d'épaisseur. Les deux amas coquilliers fournissent plusieurs pièces archéologiques dont des outils, des restes organiques (dont des ossements d'animaux), et les vestiges d'un foyer. En 1871, dans son rapport de fouilles, Fleischer donne une description des horizons stratigraphiques de Qajaa et identifie les artefacts retrouvés sur les lieux comme étant des pièces fabriquées durant l'.

Fouilles et découvertes au début du En 1907, en regard des éléments matériels retrouvés sur les sites de Qajaa et de Sermermiut durant le , l'ethnographe norvégien , pose les bases d'une culture archéologique groenlandaise de l'ouest datée de l'....

En 1909, l'archéologue et conservateur du musée national du Danemark Thomas Thomsen.., pratique des sondages sur le site de Sermermiut. Ces excavations sont suivies par des fouilles réalisées sur ce même site entre 1912 et 1918 par Morten Pedersen Porsild et Hother Ostermann. qui creusent une tranchée mesurant une longueur de plus de et disposée en bordure d'un escarpement rocheux. Néanmoins, les couches stratigraphiques du site ayant été perturbées, les fouilleurs ne parviennent pas à distinguer les gisements de période paléo-esquimaude des dépôts et éléments matériels d'époque plus récente. Les investigations de Porsild et d'Ostermann ne permettent dès lors pas de définir et d'établir avec certitude un horizon culturel spécifique à l' groenlandais.. Au début des années 1930, dans la région de Disko, l'archéologue et anthropologiste Therkel Mathiassen met au jour des gisements préhistoriques non perturbés et des structures d'habitats construites avec de la tourbe, notamment à , un site localisé dans la partie sud-ouest de l'île de Qeqertaq.

Découverte du site de Le site archéologique de , au sein de la localité éponyme de Saqqaq, est découvert en 1948 par Hans Kristian Mosegaard, un archéologue amateur..

Sur le site, qui recouvre une surface de et un gisement stratigraphique d'une épaisseur de , Mosegaard met en évidence un mobilier composé d'un total lithiques associés à . Les analyses effectuées ultérieurement par l'archéologue danois Jørgen Meldgaard, montrent que parmi les pièces de débitage recueillies (les éclats), 164 sont faites de , 64 constituées de calcédoine, et 67 composées de quartz. Parmi le gisement d'artefacts collecté, se trouve amincies d'une longueur variant entre et et épaisses dont une mesurant de long pour de large. En 1952, en regard du mobilier collecté et inventorié sur le site de Saqqaq (), Meldgaard fait état d'un et le définit comme étant un ..

Découverte et définition de la culture de Saqqaq En 1953, Meldgaard entreprend des fouilles sur le site de Saqqaq. Ces travaux révèlent alors que la stratigraphie archéologique du site a été fortement perturbée, essentiellement en raison de l'exploitation de la tourbe. Les opérations d'excavation permettent d'exhumer et . Pour Tinna Møbjerg, compte tenu de l'importance du mobilier qui y a été collecté, le site de était, lors de son occupation, un très probable camp de base. vignette|gauche|upright=1.2|Sermermiut, bordé par le fjord d'Ilulissat. La culture de Saqqaq a été définie d'après les phases stratigraphiques de ce site. C'est après les investigations conduites la même année par Meldgaard et Helge Larsen sur le site de Sermermiut, localisé dans la baie de Disko, qu'une est définie.....

Dans un article publié en 1955, rapport de fouilles rédigé après une expédition américano-canadienne entreprise durant l'été 1954 dans la région d'Igloolik, Meldgaard, mentionnant les artefacts archéologiques retrouvés à Saqqaq, introduit pour la première fois la terminologie de « culture de Sarqaq » ()...

Trois ans plus tard, dans une publication de 1958, J. Meldgaard, en regard du profil stratigraphique mis en évidence sur le site archéologique de Sermermiut, établit et définit la culture de Saqqaq.... Sermermiut, localisé à proximité du front glaciaire de Jakobshavn Isbræ, devient alors le premier site archéologique ayant permis d'établir l'..

La même année, le site d'Ittinera (ou ), découvert quelque temps auparavant par , est fouillé et excavé par l'archéologue accompagné de Rosing. Durant ces premières investigations, l'établissement Ittinera, inventorié , délivre les vestiges d'une maison, des artefacts d'industrie lithique et osseuses, des pièces conçues en bois de renne, l'ensemble de ce corpus matériel est identifié comme étant de culture de saqqaquienne...

Fouilles et recherches ultérieures Années 1960 et 1970 En 1960, une campagne de prospections est organisée du au par le musée national du Danemark sur le site de Nunguaq (ou ), un site localisé dans le fjord de Nuuk (anciennement, le fjord de )., puis en 1963, en partenariat avec une équipe d'archéologues américains de l'université Brown (dont ).. Lors de la campagne d'exploration de 1963, quatre autres sites saqqaquiens sont découverts dans le fjord de Nuuk..

Parallèlement, toujours au sein du fjord de Nuuk, des fouilles sont conduites à Ittinera (ou Itivnerra) en 1960 et 1961 par Meldgaard, puis au début des années 1970 par le zoologue et conservateur au musée de zoologie de Copenhague Ulrik Møhl., site sur lequel est retrouvé et identifié un assemblage faunique principalement constitué d'ossements de renne...

Années 1980 vignette|gauche|upright=1.5|Séquence stratigraphique du site de Qajaa. Au début des années 1980, en 1981, Jørgen Meldgaard mène des opérations de sondages à Qajaa, puis en 1982 aux côtés d' et de Jeppe Møhl. Lors de cette campagne de fouilles, l'archéologue et son équipe mettent au jour, parmi les de couches stratigraphiques du site, . Ces gisements d'origine organique, préservés par le permafrost dû aux écoulements du glacier Jakobshavn Isbræ, délivrent alors de nombreuses pièces d'industries lithique et osseuse, l'ensemble présentant un bon état de conservation.... Les fouilleurs opèrent , s'étendant sur une surface totale de et qui viennent s'ajouter aux deux sondages pratiqués par l'équipe de Fleischer au début des années 1870. Au sein des différentes séquences stratigraphiques, Meldgaard et son équipe identifient des couches saqqaquiennes, recouvertes par des couches d'époque dorsétiennes et thuléennes. Parmi les artefacts de type saqqaquien, les chercheurs collectent des burins, des lames, des microlames, des pièces de débitage, façonnés en killiaq, en quartz, ou en quartzite, ainsi que des harpons et des objets à destination domestique fabriqués en os ou en bois de renne. Aux objets de culture saqqaquienne, se trouvent associés environ ossements d'espèces fauniques, dont une grande partie provenant de spécimens de phocidés et 38 issus de spécimens canidés, l'ensemble attribués pour la même époque.. Pour Jeppe Møhl, le site de Qajaa, ou , dont l'utilisation a été estimée entre et , a fourni la de la présence de chiens durant l'époque palaéoesquimaude.

Une campagne d'investigations est organisée sur le site de Qeqertasussuk entre 1983. L'équipe de fouilles comprend alors deux archéologues et un archéozoologue. Les fouilleurs pratiquent plusieurs sondages (dont un de ) et retrouvent un important de gisement de pièces lithiques (notamment des bifaces et des microlames). Les chercheurs déterminent que la phase saqqaquienne du site de Qeqertasussuk comprise entre et Les investigations opérées sur le site reprennent en 1984 et se prolongent jusqu'en 1990.. En 1986, au sein d'une zone excavée mesurant de long pour 50 de large, des kamiks sont découvertes sous forme fragmentée. Ces bottes, confectionnées en peau de renne, sont munies de lanière en cuir. Les morceaux de ces kamiks, dont l'un mesure de long et un autre , ont été datés d'environ .. En 1987, lors de la campagne conduite sur le site, des espèces d'insectes fossilisés, tels que des Simplocaria , ou encore des (ordre des coléoptères, genre des .) sont exhumés. La mise en évidence de ces fossiles stratigraphiques permettent de donner une chronologie relative des différentes couches sédimentaires du site de Qeqertasussuk et d'évaluer le climat régnant à l'époque de son occupation préhistorique..

Fin des 1980 et années 1990 En 1989 et dans la première moitié des années 1990, le site de l'île Nipisat fait l'objet d'une campagne de fouilles. Le site archéologique, dont la surface excavée, à la fin des opérations en 1994, est d'environ , délivre plusieurs vestiges d'habitats de petites tailles. Ces habitations, de forme circulaire, mesurent entre 4 et de diamètre. L'utilisation du site de Nipisat, inventorié sous les termes de , est estimé, via la datation au C, entre et . Durant la campagne d'investigations, le site de Nipisat I délivre notamment plusieurs artefacts d'industrie lithique (bifaces, lames, éclats, retouchoirs, pointes fabriquées en quartz et en os), ainsi que des harpons et couteaux..

vignette|upright=1.3|Environs de l'aéroport de Sisimiut dans la baie de Kangerluarsunnguaq, zone où se trouve le site d'Asummiut.