Christian Pineau, né le à Chaumont (France) et mort le à ParisRelevé des fichiers de l'Insee (France), est un syndicaliste, homme politique et déporté résistant socialiste français. Il est compagnon de la Libération.

Biographie Jeunesse et études Christian Pineau effectue ses études secondaires à l'École alsacienne. Il suit des études de droit et de science politique. Il est titulaire d'une licence de droit et est diplômé de l'École libre des sciences politiques.

Parcours professionnel Il est reçu à la Banque de France en 1926 et y travaille jusqu'en 1928. Il la quitte à cette date pour intégrer la Banque de Paris et des Pays-Bas, dont il est licencié en 1938 pour avoir soutenu un appel à la grève.

Il milite en effet à la Confédération générale du travail - Syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR), puis à la Confédération générale du travail (CGT) et devient un proche de Léon Jouhaux. De 1936 à 1939, il est secrétaire adjoint de la Fédération des employés de Banque, puis permanent et secrétaire du conseil économique de la CGT de 1938 à 1939. Il défend alors les positions planistes.

Au début de la guerre, il est nommé chef de cabinet de Jean Giraudoux, commissaire à l'information, qui avait épousé la mère de Pineau, divorcée en 1921. Pineau dit plus tard que c'est Giraudoux qui lui a transmis l'amour de l'écriture, même si les relations entre les deux hommes étaient difficiles, Giraudoux ne partageant pas les engagements à gauche de Pineau. En 1941, Giraudoux occupe le poste d'inspecteur du ravitaillement, pour le Gouvernement de Vichy.

Résistance et déportation Aux débuts de la guerre, Pineau est relativement isolé, la plupart de ses proches syndicalistes, comme René Belin, versant dans le soutien à Pétain, puis la Collaboration. Il se rapproche alors de Robert Lacoste, secrétaire de la fédération des fonctionnaires CGT, avec qui il partage de nombreuses analyses.

Après la dissolution des organisations syndicales par le régime de Vichy, il est un des signataires du « Manifeste du syndicalisme français », plus connu sous le nom de « Manifeste des douze », en . Ce texte, qui associe responsables CGT (Pineau, Lacoste, Oreste Capocci, Léon Chevalme, Albert Gazier, Eugène Jaccoud, Pierre Neumeyer, Louis Saillant et Victor Vandeputte) et CFTC (Jules Zirnheld, Gaston Tessier et Maurice Boudaloux) pose les bases d'une résistance syndicale à l'occupant.

Résistant, il est l'un des fondateurs du mouvement Libération-Nord au côté de Jean Cavaillès dès . À partir de décembre, il diffuse un bulletin clandestin hebdomadaire, Libération dont il assure à peu près seul la rédaction jusqu'en . Il signe ses articles des pseudonymes « François Berteval » et « capitaine Brécourt ».

Christian Pineau est membre du Comité d'action socialiste, mis sur pied par Daniel Mayer pour impulser la résistance au sein de la SFIO. Le () de Libération publie le « Manifeste du mouvement Libération-Nord » qui recrute surtout dans les milieux socialistes et syndicalistes non communistes.

En 1942, Pierre Brossolette lui propose de se rendre à Londres. Il part le avec François Faure. Il rencontre le général Charles de Gaulle et se rallie à la France libre, bien qu'il ait des doutes sur les convictions républicaines du général. Il est à l'origine de la Déclaration du général aux mouvements de Résistance, publiée le par le journal clandestin Libération.

Il fonde les réseaux Phalanx et Cohors-Asturies, avec Jean Cavaillès.

Revenu à Londres le , il plaide pour une unification des mouvements de Résistance et des partis politiques, ce qui sera réalisé dans le Conseil national de la Résistance.

De retour en France, il est arrêté par la Gestapo en et déporté au camp de concentration de Buchenwald. Il est sans doute le dernier résistant à avoir vu à Lyon Jean Moulin vivantMémoire vive de la Résistance. Il évoque cette dernière rencontre (en prison) dans le premier tome de ses mémoires, La simple vérité.

Libération et Quatrième République vignette|gauche|Christian Pineau, ministre du ravitaillement, en . Il est appelé par de Gaulle au gouvernement provisoire comme ministre du ravitaillement en , quelques jours seulement après son retour de déportation.

Après avoir rejoint la SFIO, Pineau devient député socialiste de la Sarthe en 1945 et le reste jusqu'en 1958. Il est aussi conseiller général de la Sarthe à partir de 1955.

Ministre sous la Quatrième République (de façon continue de à ), il a à son actif le développement de la marine marchande, la création du conseil supérieur des transports, l'amélioration du statut des fonctionnaires et la création d'Air France.

En 1952, il est sollicité par Vincent Auriol pour constituer un gouvernement, mais décline l'offre.

Au sein de la SFIO, dont il a intégré le comité directeur en 1951, il est un soutien indéfectible du secrétaire général Guy Mollet.

En , il est désigné comme président du Conseil après la chute du gouvernement Mendès France, mais le gouvernement qu'il constitue n'est pas investi par l'Assemblée nationale et ne recueille que contre 312. Pineau paye alors ses engagements très pro-européens et notamment sa défense acharnée de la Communauté européenne de défense.

De à , il est ministre des Affaires étrangères et participe à la mise en œuvre de l'expédition de Suez, ainsi qu'à la signature du protocole d'indépendance de la Tunisie le avec le premier ministre tunisien Tahar Ben AmmarUn document exceptionnel : L’original du protocole d’accord de l’Indépendance de la Tunisie, Leaders, 25 mars 2016..

Il négocie le Traité de Rome, créant la Communauté économique européenne, qu'il signe, avec Maurice Faure, au nom de la France.

Il tente une « ouverture vers l'Est » en se rendant à Moscou avec le président du Conseil, Mollet.

Cinquième République Opposé au retour au pouvoir de de Gaulle en , il s'éloigne pour la première fois de la ligne défendue par Mollet, et se rapproche d'Albert Gazier sans toutefois vouloir entrer dans une minorité interne à la SFIO.

Mis en difficulté par le changement de mode de scrutin, Pineau, qui concentrait son action sur l'activité ministérielle et parlementaire, est contraint de se présenter dans une circonscription voisine de celle de son canton et où il est moins connu, et il perd son siège de député. Il tente lors des élections suivantes de briguer une circonscription des Alpes-Maritimes, sans succès.

Il est cependant constamment réélu conseiller général jusqu'en 1979.

Candidat malheureux à la mairie du Mans en 1959, il s'oppose ensuite à la stratégie d'union de la gauche pratiquée par les socialistes locaux à partir de 1965.

Candidat aux élections sénatoriales de , il n'est pas élu.

En 1969, Mollet le pousse à se présenter au vote des militants pour l'investiture socialiste à l'élection présidentielle, contre Gaston Defferre. S'il mène campagne un certain temps, il ne va pas jusqu'au bout de la démarche.

Après avoir démissionné de son poste de secrétaire de la fédération socialiste de la Sarthe en 1971, il prend de plus en plus de distances avec la vie politique. Très défiant vis-à-vis de François Mitterrand, celui-ci le lui rend bien et s'oppose à sa candidature aux élections européennes de 1979.

Écrivain et militant mutualiste thumb|redresse|Tombe de Christian Pineau au cimetière du Père-Lachaise (division 97). Dès les années 1960, il consacre cependant une grande partie de son activité à l'écriture, notamment avec deux romans fortement autobiographiques, Mon cher député (1959) et L'escalier des ombres (1963), le dernier consacré à la période de l'Occupation. Il rédige aussi des récits de souvenirs.

Il publie aussi régulièrement, pendant une vingtaine d'années, des contes pour enfants aux éditions Hachette.

À partir de 1972, sa grande cause est, aux côtés de la mutualité sociale agricole, le maintien des personnes âgées à domicile ; il œuvre notamment à l'expérimentation de l'hospitalisation à domicile dans son canton du Grand-Lucé.

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ( division) à Paris.

Décorations

Françaises

(16 octobre 1945) (3 citations) (31 mars 1947) sans_cadre|50x50px Commandeur de l'ordre du Mérite touristique de droit en tant que ministre chargé du Tourisme, président du conseil de l'ordre (1949)Décret du 27 mai 1949 portant création d'un ordre du Mérite touristique sans_cadre|50x50px Médaille d'honneur des chemins de fer, échelon vermeil ( ; de droit en tant qu'ancien ministre des Travaux publics)

Étrangères 50x50px Chevalier commandeur de l'ordre de l'Empire britannique (Royaume-Uni) (Belgique) (Belgique) sans_cadre|50x50px Chevalier grand-croix de l'ordre du Mérite de la République italienne (1956). Fonctions gouvernementales Inspecteur du Ravitaillement, pour le gouvernement de Vichy en 1941. Ministre du Ravitaillement du gouvernement de Gaulle I (du au ) Ministre des Travaux publics et des Transports du gouvernement Schuman I (du au ) Ministre des Travaux publics et des Transports du gouvernement Marie (du au ) Ministre des Finances et des Affaires économiques du gouvernement Schuman II (du 5 au ) Ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme du gouvernement Queuille I (du au ) Ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme du gouvernement Bidault II (du au ) Ministre des Affaires étrangères du gouvernement Mollet (du au ) Ministre des Affaires étrangères du gouvernement Bourgès-Maunoury (du au ) Ministre des Affaires étrangères du gouvernement Gaillard (du au )

Publications (liste exhaustive)Ne contient pas les discours de conférences. La S.N.C.F. et les transports français ; Paris, S.E.P.E., 1950. Mon cher député ; Paris : R. Julliard, 1959. La Simple Vérité, regard sur la période 1940-1945 ; 2 tomes ; Paris : R. Julliard, 1960. Réédition sous le titre La Simple vérité, 1940-1945, Paris : Éditions Phalanx, 1983 (avec une préface de Gilberte Brossolette). L'Escalier des ombres ; Paris : R. Julliard, 1963. Nikita Sergueevitch Khrouchtchev ; Paris : Perrin, 1965. 1956, Suez ; Paris : Éditions Robert Laffont, 1976. . Le Grand Pari : l'aventure du Traité de Rome (avec Christiane Rimbaud) ; Paris : Fayard, 1991.

Livres pour enfantsDivers textes extraits des ouvrages cités figurent dans des manuels de lecture scolaire des années 1950-1960, tels que Toute une année de lecture ou Lectures actives (éditions Hachette). Contes de je ne sais quand ; éditions Hachette, collection Idéal-Bibliothèque, 1952 Plume et le saumon ;Hachette, coll. Idéal-Bibliothèque, 1954 L'Ourse aux pattons verts ; Hachette, coll. Idéal-Bibliothèque, 1956 Cornerousse le mystérieux ; Hachette, coll. Idéal-Bibliothèque, 1957 Histoires de la forêt de Bercé ; Hachette, coll. Idéal-Bibliothèque, 1958 La Planète aux enfants perdus ; Hachette, coll. Idéal-Bibliothèque, 1960 La Marelle et le Ballon ; Hachette, coll. Idéal-Bibliothèque, 1962 La Bête à bêtises ; Hachette, coll. Idéal-Bibliothèque, 1965 Le Roi mage et le Père Noël ; Hachette, coll. Idéal-Bibliothèque, 1968 Le Loup et la Trompette ; Hachette, coll. Idéal-Bibliothèque, 1972

Notes et références

Voir aussi Archives Les papiers personnels de Christian Pineau sont conservés aux Archives nationales sous la cote 580APVoir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales

Bibliographie Jean-Frédéric Desaix, Christian Pineau, de la Résistance à l'EuropeD'après une thèse de doctorat en sciences politiques, L'Encyclopédie du socialisme, 2003. Alya Aglan et Denis Lefebvre (dir.), Christian Pineau, de Buchenwald aux traités de Rome, Bruno Leprince, 2004.

La Résistance et Libération-Nord . .

La SFIO, Suez Denis Lefebvre, L'Affaire de Suez, Bruno Leprince, 1996. .

Articles connexes Gouvernement provisoire de la République française - Gouvernement de Gaulle I

Liens externes

Le site de l'Ordre de la Libération présente une biographie et une photographie.

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