La Saga d'Erik le Rouge () est une saga concernant l'exploration scandinave du Groenland et de l'Amérique du Nord. La version originale de cette saga a probablement été écrite au par un clerc islandais.
La saga est conservée dans deux manuscrits quelque peu différents : le () et le (). Les philologues modernes pensent que c'est la deuxième version qui est la plus proche de l'originale.
La saga décrit le bannissement d'Erik le Rouge vers le Groenland, puis la découverte du Vinland par Leif Erikson, après que son bateau a été détourné de sa route et, surtout, le voyage de Thorfinn Karlsefni, qui est en fait le véritable personnage principal du texte. Les détails géographiques donnés dans cette saga ont permis de situer plus ou moins cette terre. Il s'agit probablement de la première découverte de l'Amérique par des Européens, cinq siècles avant Christophe Colomb.
Contexte historique Lorsqu’elle fut découverte durant la deuxième moitié du , l’Islande fut colonisée rapidement et principalement par des Norvégiens. En près de soixante ans toutes les terres aptes à la culture ou au pâturage furent occupées. Durant cette période la Norvège était encore païenneJochens, Jenny. Late and Peaceful : Iceland’s Conversion Through Arbitration in 1000, p. 627.. À la fin du , les colons scandinaves allèrent plus loin en Atlantique du nord. Selon les sources islandaises, les premiers colons venus d’Islande ont mis pieds au Groenland vers les années 980Arneborg, Jette. The Norse Settlement in Greenland, p. 588..
La conversion de l’Islande au christianisme est remarquable dans sa forme. À l’an mil lors de l’AlthingAssemblée publique des hommes libres de toute l’Islande. Roesdahl, Else. The Vikings, p. 268., les Islandais ont accepté volontairement, pacifiquement et formellement le Christianisme comme foiJochens, Jenny. Late and Peaceful : Iceland’s Conversion Through Arbitration in 1000, p. 621..
Le particularisme de l’Islande est la grande coopération entre l’Église et les chefs séculiers. Les familles de ces derniers dominaient les institutions cléricales, donc la production littéraire. Malgré le fait qu’ils fussent les dirigeants de l’Église, ces chefs se considéraient également les gardiens protecteurs de leur tradition orale pré-chrétienneLönnroth, Lars. The Icelandic Sagas, p. 305.. C’est ainsi que la production de saga fut encouragée par la classe dirigeante islandaiseLönnroth, Lars. The Icelandic Sagas, p. 303.. L’Église étant plutôt faible en Islande et les fils de l’élite ayant pu apprendre à lire et à écrire leur propre langue permit à cette littérature vernaculaire de foisonner plutôt que de produire des écrivains latins comme le danois Saxo GrammaticusEinarsson, Stefan. Iceland and Its Literature, pp. 377-378..
L’Islande faisait partie du royaume norvégien à l’époque où la majorité des sagas des Islandais furent écritesNordal, Gudrun. The Sagas of Icelanders, p. 317..
La Saga d’Erik le Rouge fait partie des Sagas du Vinland qui peuvent être inclus dans le corpus plus large des « sagas des Islandais » qui traite des individus illustres de la société islandaise ayant vécu entre 850 et 1050Lönnroth, Lars. The Icelandic Sagas, p. 304.. Les sagas sont écrites en prose et en langue vernaculaire. Elles sont en partie basées sur la tradition orale. Ces textes captivèrent les lecteurs modernes par leur description de la société nordique païenne, mais aussi parce que ces portraits proviennent d’une culture enracinée dans les traditions scolastiques et chrétiennesNordal, Gudrun. The Sagas of Icelanders, p. 315..
La période de production des sagas est assez vaste, allant du début du jusqu’au milieu du . Certains datent la rédaction de la Saga d’Erik le Rouge vers le milieu du McManis, Douglas R. The Traditions of Vinland, p. 799.. Nous ne connaissons pas l’identité de son auteur. Cependant, par les détails sur lequel il s’attarde, on peut se douter que l’auteur de la Saga d’Erik le Rouge soit un clercBoyer, Régis. Les Vikings. Histoire et civilisation, p. 228..
Textes antérieurs et valeur historique de la saga On a longtemps cru que la Saga d'Erik le Rouge était le texte le plus ancien concernant le Vinland, mais ça n'est probablement pas le cas.
Régis Boyer considère que de nombreux documents antérieurs à cette saga relatent des évènements liés au Vinland et au Groenland, notamment les ouvrages suivants : les Gesta Hammaburgensis d'Adam de Brême, datant de 1070 environ, l'Historia Norwegiæ (auteur anonyme), qui date de la fin du , le Íslendingabók, d'Ari Þorgilsson, vers 1120 et, enfin, le Livre de la colonisation de l'Islande, de Sturla Thórðarson.
L'auteur de cette saga aurait donc fait un travail de seconde main et se serait « appliqué à fondre différentes sortes de textes en un tout acceptable, pour en tirer un récit d'une seule venue »Boyer, 1987, 1615.. Œuvre d'un clerc qui aurait désiré en faire une œuvre littéraire, ce ne serait pas forcément une source historique fiable.
En revanche, cette saga est le seul texte islandais à décrire en détail une völva (prophétesse païenne) et à la montrer se livrer au sejdr.
Notes et références
Régis Boyer, traduite sous le nom de « Saga d'Eirikr le Rouge » dans Sagas islandaises, La Pléiade, éditions Gallimard, Paris, 1987, 331-355 et « Notice sur les sagas du Vinland », 1607-1618.
Voir aussi Articles connexes Vinland Hvitramannaland ou Grande-Irlande
Liens externes « The Saga of Erik the Red », sur le site The Icelandic Saga Database
Livre audio « Eirik the Red's Saga », sur LibriVox
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