Gloria Jean Watkins, connue sous son nom de plume bell hooks, née le à Hopkinsville (Kentucky) et morte le à Berea (Kentucky), est une intellectuelle, universitaire et militante américaine, théoricienne du .

Elle s'intéresse particulièrement aux relations qui existent entre race, classe et genre, et à la production et la perpétuation des systèmes d'oppression et de domination fondés sur ces catégories.

Elle a publié plus de trente livres et plusieurs articles dans des publications universitaires ou dans la presse généraliste. Elle est également apparue dans plusieurs films documentaires et a participé à des conférences publiques.

Principalement à partir d'une perspective féministe et afro-américaine, bell hooks traite de nombreux sujets politiques., notamment de la race, de la classe et du genre dans l'éducation, l'art, l'histoire, la sexualité, les médias de masse et le féminisme.

Biographie Jeunesse Gloria Jean Watkins est née le à Hopkinsville, une petite ville du Kentucky où une ségrégation s'appliquait. Elle grandit dans une famille de la classe ouvrière parmi cinq sœurs et un frère ; son père, Veodis Watkins, est concierge et sa mère, Rosa Bell Watkins, femme au foyer. Élevée dans une famille difficile dans une communauté afro-américaine, elle explique que l'expérience de grandir pauvre, noire et femme a eu un profond impact sur elle et n'a cessé de nourrir son écriture et son engagement.

Éducation et débuts à l'université L'éducation de bell hooks commence dans des écoles publiques pour noirs soumises à la ségrégation raciale. Elle parlera par la suite des difficultés auxquelles elle est confrontée lorsqu'elle entre dans une école intégrée, où les enseignants et les élèves sont majoritairement blancs.. Elle reçoit son diplôme de fin d'études au lycée de Hopkinsville, puis passe une licence d'anglais à l'université Stanford en 1973 et une maîtrise, toujours en anglais, à l'université du Wisconsin en 1976. En 1983, après plusieurs années d'enseignement et d'écriture, Hooks termine son doctorat au département de littérature de l'université de Californie à Santa Cruz, avec une thèse sur la romancière Toni Morrison..

Elle commence à enseigner en 1976 en tant que professeure d'anglais et maître de conférence en études ethniques à l'université du Sud de la Californie. Elle y reste trois ans, durant lesquels Golemics (Los Angeles) publie son premier livre, une plaquette de poèmes intitulée And There We Wept (« Et là nous avons pleuré », 1978), sous son nom de plume.

Nom de plume Gloria Jean Watkins. a forgé son pseudonyme de « bell hooks » à partir des noms de sa mère et de sa grand-mère. Son nom emploie des initiales minuscules, de manière non conventionnelle, ce qui signifie pour elle que le plus important dans ses travaux est la ..

Carrière universitaire Au début des années 1980, elle enseigne dans plusieurs institutions universitaires, notamment l'université de Californie à Santa Cruz et l'université d'État de San Francisco.

Depuis la publication de Ain’t I a Woman? (Ne suis-je pas une femme ? en français), elle est devenue connue comme penseuse politique de gauche. Hooks essaie d'atteindre une large audience en présentant son travail à travers plusieurs médias, en employant différentes manières de parler et d'écrire suivant le public.

Les sujets de ses livres vont des hommes noirs et de la masculinité à l'auto-défense, de la remise en cause d'un féminisme blanc universel, de la pédagogie engagée aux mémoires personnels et de la sexualité à la lecture politique de la culture visuelle. Dans ses écrits les plus récents, elle traite de la capacité de la communauté et de l'amour à dépasser la race, la classe et le genre. Avec trois romans et quatre livres pour la jeunesse, elle tente de prouver que la communication et la culture (l'aptitude à lire, écrire et avoir une pensée critique) est la clé du développement de communautés et de relations saines, qui ne soient pas contaminées par la race, la classe ou le genre.

Elle a occupé les postes de professeure d'études africaines et afro-américaines et d'anglais à l'université Yale, de maître assistante d'études féminines et de littérature américaine à Oberlin College à Oberlin (Ohio) et de Distinguished Lecturer of English Literature au City College of New York.

En 2002, elle fait un discours de remise des diplômes controversé à la Southwestern University, qui est alors son employeur. Laissant de côté le style traditionnel des discours d'entrée, elle parle de l'oppression et de la violence cautionnées par le gouvernement, et tance les étudiants qui suivent le courant. Une bonne partie des auditeurs a hué ce discours, bien que Lauri Apple, « News: Hooks Digs In », The Austin Chronicle, 24 mai 2002..

En 2004, elle rejoint la faculté de Berea dans le Kentucky, comme professeure émérite en résidenceVoir sur berea.edu., où elle a participé à un groupe de discussion féministe hebdomadaire et à un séminaire, « Building Beloved Community: The Practice of Impartial Love »Construire une communauté aimée : la pratique de l'amour impartial..

Elle meurt le .. à son domicile de Berea..

Ses idées Sa pensée Selon Estelle Ferrarese, bell hooks pense que le féminisme, à ses débuts, concernait principalement les femmes blanches bourgeoises. Ce féminisme a été fondé dans le but que ces femmes obtiennent une liberté, mais cette liberté était au détriment des femmes des classes inférieures, car elles avaient une charge de travail encore plus élevée. Elles devaient faire le travail des femmes libres en plus de leur travail. Elle effectue dans plusieurs discours politiques et académiques des comparaisons entre le sort des femmes blanches et des hommes noirs. Cela démontre une focalisation des femmes blanches et des hommes noirs dans les discours d'oppressions et ignore les femmes noires.

L’œuvre de bell hooks a la particularité d'être écrite majoritairement au passé, car pour elle plusieurs mouvements émancipateurs, dont les luttes féministes et celle des mouvements de libération des Noirs, n'ont pas vraiment fonctionné. Elle ne dit pas non plus que ces mouvements sont une défaite au sens où un combat a été perdu, mais plutôt que c'était des tentatives minées dès le départ.

Dans son livre , elle dénonce les trahisons, démasque l'arrivisme et les fins de certaines féministes qui n'ont rien changé à la structure de la société. Tant qu'elles sont libres, elles ferment les yeux sur l'oppression des autres. L'amour est l'antonyme de la rage. La rage est fréquemment associée aux Afro-Américains et celle-ci, d'après bell, se retourne contre eux-mêmes. Par exemple, certaines femmes noires détestent les autres femmes noires et cet exemple nous montre que cette rage accroît leur oppression, ce qui déclenche le mépris de soi. La rage doit laisser place à l'amour, mais les traumatismes causés par la discrimination et l'oppression ne disparaissent pas simplement en lançant des programmes de réparation économique ni en donnant une forme égale d'opportunité sur le marché du travail ni en lançant des actions qui visent une égalité entre les races. Ces nombreuses oppressions causent un véritable trouble de santé mentale et ses oppresseurs devraient plutôt mettre en place des programmes de soins. D'ailleurs, bell hooks a mis en place en 1980 un groupe de soutien pour les femmes noires appelé Sisters of the Yam. Cette expérience a donné lieu à un ouvrage intitulé Sisters of the Yam: Black women and self recovery, traduit en France sous le titre de Sororité : Guérir des blessures psychiques infligées par la domination par les éditions Payot en 2024. bell hooks place un espoir dans les groupes de conscientisation.

Rapports entre féminisme et représentation politique Nassira Hedjerassi affirme que selon bell hooks, le féminisme ne doit pas être un mouvement de masse. Lors des élections présidentielles américaines de 2016, bell hooks refuse de montrer publiquement son soutien envers Hillary Clinton. En effet, selon la philosophe, placer certaines femmes aux mêmes postes importants que les hommes ne constitue pas un réel progrès dans la lutte féministe. Cependant, le manque de femmes aux postes de pouvoir reste un problème, car cela démontre la persistance de la discrimination de notre société et les privilèges que certains groupes de personnes possèdent. Pour amorcer un changement significatif, il faut extirper toutes les sources d’oppression et le mouvement féministe devrait concerner tout le monde.

Bell hooks et la sororité À partir des années 1980, la sororité est l’un des sujets les plus abordés et critiqués dans les œuvres de bell hooks. Selon l'article d'Estelle Ferrarese, bell hooks pensait que ce mot est, pour les femmes blanches, employé pour masquer leur domination, la supériorité qu’elles ont sur les femmes noires, attitude qui contredit la signification même de ce terme. À l’origine, la lutte féministe était une protestation face à une société capitaliste où le droit des femmes était restreint. C’était une rébellion contre la fraternité, le lien "universel" supposé, qui rassemblerait les personnes de différents genres, origines, classes sociales et cultures. Ce terme de fraternité, qui par l'étymologie se rapproche de la sororité en s'y opposant, excluait les femmes. La sororité ne se limite pas seulement à la conscience d’un sort féminin collectif face à l’oppression, ni au support mutuel face à l’amertume causée par une société patriarcale.

Bell hooks pensait que les femmes devraient s’unir, collaborer, en employant divers moyens pour assurer une solidarité politique entre elles. Les actions des féministes blanches ne faisaient pourtant pas preuve de sororité, ce que critiquait l'intellectuelle. Plusieurs femmes noires étaient victimes de préjugés venant de leurs paires et se faisaient exploiter par celles-ci. Elles étaient discriminées, voire oppressées. Les femmes blanches étaient aussi victimes d’oppression, mais ne subissaient pas le sort du racisme. D’ailleurs, certaines d’entre elles faisaient preuve de racisme en imposant leur domination sur les Noires. Ce faisant, elles ne prenaient pas entièrement leurs responsabilités militantes ou un engagement pour assurer une sororité politique dans une société discriminatoire, qui prônait la suprématie blanche.

En résumé, dans son article sur bell hooks, Estelle Ferrarese explique la pensée de l'intellectuelle en soulignant que les femmes noires vivaient sous la domination des classes sociales supérieures, de la société patriarcale et des Blancs. bell hooks pensait que les efforts déployés pour la revendication des droits des femmes devraient être les mêmes que pour dénoncer le racisme. Cela peut se réaliser lorsque les féministes collaborent pour affronter les défis communs liés au sexisme, tout en abandonnant les préjugés et les stéréotypes que certaines ont sur les femmes noires.

L'amour comme une force d'empathie émancipatrice Selon bell hooks, l’amour donne la capacité d’avoir de l’empathie envers son prochain. En effet, elle dit à aux leaders d'agir avec amour et d’éprouver de la compassion et de l’empathie. L’amour possède un effet cognitif. En effet, d’après Bell Hooks, le sentiment nous donne accès à la connaissance de l'autre et nous éclaire sur les points aveugles de nos « convictions » politiques et de nos postures personnelles.

La philosophe caractérise l’amour comme quelque chose de moral et d’efficace. Elle soutient que tout mouvement politique nécessite une « éthique de l’amour ». Bell Hooks insiste sur le fait que, sans l’amour, notre soumission aux systèmes de domination perdure et qu'a contrario, grâce à lui, on peut se défaire des différents axes de domination.

Une solidarité politique au-delà du statut victimaire