Louis-Eugène Boudin, né à Honfleur (Calvados) le et mort à Deauville (Calvados) le , est un peintre français.
Il est l'un des premiers peintres français du à peindre les paysages à l'extérieur d'un atelier. Grand peintre de marines, il est considéré comme l'un des précurseurs de l'impressionnisme.
Biographie Jeunesse et carrière de papetier Eugène Boudin est né à Honfleur, en Normandie, fils de Léonard-Sébastien Boudin (1790-1863) et de son épouse Marie-Félicité Buffet (1793-1871) qui lui donnent en 1821 une sœur, prénommée Rose Désirée et en 1827 un frère prénommé Louis. Son père est marin sur les bateaux assurant la liaison Le Havre-Hambourg et sa mère est femme de chambre sur ces bateaux..
En 1835, sa famille emménage au Havre. À dix ans, il travaille comme mousse sur un bateau à vapeur assurant la liaison entre Le Havre et Honfleur. Par la suite, son père l'établit comme commis chez l'imprimeur Joseph Morlent, puis chez le papetier Alphonse Lemasle. Il commence à travailler l'année suivante comme assistant dans une boutique de papetier-encadreur.
Formation artistique En 1844, Eugène Boudin fonde avec un associé sa propre boutique de papetier-encadreur où il expose les œuvres des artistes de passage. Dans le cadre de son travail, il entre ainsi en contact avec des peintres des environs associés à l'École de Barbizon, notamment Constant Troyon, Eugène Isabey, ou des artistes comme Charles Baudelaire. Boudin se met alors à dessiner, puis en 1844 il abandonne le monde du commerce et se lance dans une carrière artistique. Il suit des cours à l'école municipale de dessin du Havre et ne se consacre alors plus qu'à la peinture. vignette|gauche|La Ferme Saint-Siméon, 1854-1857, collection privée, vente 2006. En 1851, grâce au soutien du journaliste Alphonse Karr ainsi que de Constantin Troyon, de Thomas Couture et du conservateur du musée du Havre Adolphe-Hippolyte Couveley, il reçoit du conseil municipal du Havre une bourse d'études de par an, afin d'aller étudier la peinture à Paris pendant trois ans. La Société des amis des arts du Havre dit alors de lui : . C'est ainsi que, le , il rejoint la capitale et étudie la peinture au sein de l'atelier d'Eugène Isabey ainsi qu'au musée du Louvre où il s'inscrit comme élève copiste. Eugène Boudin y réalise des copies de peintures de maîtres pour quelques amateurs, ce qui lui permet d'approfondir son apprentissage« Eugène Boudin (1824-1898) », biographie sur le site du musée Eugène-Boudin de Honfleur.. Il produit également de nombreuses natures mortes entre 1853 et 1865, genre fort apprécié des bourgeois de l'époqueAnne-Marie Bergeret-Gourbin, ..
Dès 1855, il adopte un rythme de vie particulier, passant ses hivers à Paris et ses étés en Normandie, tout en séjournant régulièrement en Bretagne à Douarnenez, Tréboul et ses environs.
Il s'installe souvent chez la mère Toutain dans la ferme Saint-Siméon à Honfleur, et y loue une chambre, à partir de 1854, pour se reposer dans ce lieu calme et bucolique. Il y entraîne ses amis, dont le peintre Millet. En 1862, Claude Monet, alors âgé de , et le peintre Jongkind, accompagnent eux aussi Eugène Boudin dans ses promenades sur la côte normande et découvrent avec lui la peinture en extérieur.
Il effectuera plus de en Bretagne jusqu'en 1897. Il se rend régulièrement à Quimper. À Portrieux, il peint les bateaux terre-neuvas et, un an avant sa mort, il fait un long voyage entre Le Croisic et la pointe du Raz en passant par Pont-AvenNotice de Denise Delouche, in: Les Noms qui ont fait l'histoire de Bretagne, 1997, . Au moins onze rues portent son nom en Bretagne..
Début de carrière vignette|Noce à Quimper (1857), huile sur bois, musée des Beaux-Arts de Quimper. Boudin fait sa première exposition en 1857 à Paris, et la même année il parvient à vendre une vingtaine de ses toiles à l'occasion d'une vente aux enchères au Havre.
Au cours de l'année 1859, le peintre expose sa première toile au Salon à Paris : Un pardon à Saint-Anne-la-Palud. Il se fait remarquer pour ses atmosphères et ses pastels originaux, et reçoit conseils et hommages du poète Charles Baudelaire rencontré la même année alors qu'il est en villégiature chez sa mère. Il se lie également d'amitié avec Gustave Courbet qui, ayant remarqué une peinture de Boudin chez un commerçant parisien, chercha à rencontrer son auteur. Il rencontre aussi le peintre hollandais Johan Barthold Jongkind et surtout Claude MonetRencontre en 1854 dans la boutique d’un encadreur-papetier havrais qui expose dans sa vitrine à la fois les tableaux de Boudin et les caricatures de Monet (cf. Laurent Ridel, « Claude Monet, l’impressionniste normand » , Histoires de personnages, . qu'Eugène Boudin initiera à la peinture sur le motif, notamment lors des séjours à la ferme Saint-Siméon à Honfleur où se retrouvent régulièrement de nombreux peintres parisiens et normands. Monet dira de lui car son maître et ami lui apprend Anne-Marie Bergeret-Gourbin, ..
En 1862, alors qu'il est fatigué de réaliser des œuvres de commandes pour vivre difficilement de son art, il assiste à la naissance de la mode des bains de mer et à la création de Deauville, nouvellement desservie par le chemin de fer. Il a alors l'idée en voyant les estivants de la bourgeoisie et de la noblesse parisienne flâner sur les plages des stations balnéaires normandes de représenter ces mondanités et ces élégantes. Ces scènes de plage ne rencontrent pas le succès du public qui juge ses peintures voyeuristes et bâclées mais attirent l'attention des critiques et des artistes d’avant-garde.. , écrit-il par exemple en à son ami Ferdinand Martin, . Mais dans ces peintures mondaines, la véritable quête du peintre reste la recherche de la lumière. Boudin aspire avant tout à . En témoigne la composition des tableaux où le ciel occupe toujours une très large bande supérieureAnne-Marie Bergeret-Gourbin, ..
vignette|La Plage à Trouville. L'impératrice Eugénie et sa suite (1863), Glasgow, collection Burrell. Le , Eugène Boudin se marie avec Marie-Anne Guédès, née le à Ruzaden, village de la commune d'Hanvec. En février de la même année, il s'installe à nouveau à Paris. Les conditions de vie du couple sont difficiles : le montant des loyers et leurs faibles revenus les obligent à déménager fréquemment. Ils occupent des logements souvent situés sous les toits, qui font également office d'ateliers. Le peintre souffre de la mauvaise lumière, du froid de l'exiguïté des lieux. En septembre, Boudin revient en Normandie à Trouville, à proximité de Courbet qui est à Deauville et de Monet et Jongkind qui résident à Honfleur. Il fait alors de fréquents séjours en Bretagne, résidant un temps dans le manoir en grande partie déjà ruiné de Kerohan, dans la commune du Faou. Il profite de ses séjours bretons pour peindre des tableaux de la région comme Le Port de Camaret, L'Hôpital-Camfrout, Vue de Douarnenez, l'île Tristan, le matin.
De 1863 à 1897, il expose régulièrement au Salon.
Scènes de plage avant la guerre de 1870 vignette|Rivage de Portrieux, Côtes-du-Nord (1874), collection particulière. Il s'installe chaque été à partir de 1864 sur la côte, à Trouville et sa ville sœur Deauville, qui siègent de part et d'autre de la rivière Touques. En 1884, il fera même construire une maison à Deauville.
Il rédige en 1867 à l'attention de son frère Louis, écrivain à ses heures perdues, Notes d'un voyage en Bretagne (1867), texte publié en 1924 par le Mercure de FranceMercure de france Notes d'un voyage en Bretagne, publiées par G. Jean-Aubry, à propos du Centenaire de Boudin. où il décrit la vie quotidienne dans la région d'Hanvec, Le Faou, Rumengol à cette époque. Il s'inspire pour ces scènes rurales du travail de Jean-François Millet : Denise Delouche, .. Observer les paysans bretons habitués lui inspire un enthousiasme qui génère parallèlement chez lui , ces des plages de Trouville-Deauville.
Le , Boudin organise une vente publique de ses œuvres, ce qui lui rapporte quelques revenus et donne lieu à des critiques élogieuses venues du milieu des peintres mais aussi d'Émile Zola, qui voit en lui Laurent Manœuvre in : .. Il présente au Salon de Paris de 1869 deux tableaux représentant des scènes de plage et, cette même année, 40 % de ses tableaux, vendus à des marchands et inscrits dans les livres de comptes, ont pour sujet les plages de Trouville et de Deauville. Ses comptes montrent une nette hausse de ses revenus annuels : contre une moyenne de à depuis 1866.
Sa production de l'année 1869 est consacrée en grande partie à la réalisation d'une commande du couple Rosenlecher, propriétaires du château de Bourdainville, dont Boudin doit réaliser l'intégralité du décor de la salle à manger.
Dans son tableau Scène de plage, Trouville, conservé à la National Gallery à Londres, les personnages assis à gauche sont à rapprocher de ceux de La Plage de Trouville de Monet, également dans la collection. Monet travaillait alors aux côtés de Boudin à l'été 1870, et leurs femmes étaient assises côte à côte. Les deux tableaux appartenaient à Monet.
Fuyant la guerre franco-prussienne, Boudin séjourne à Bruxelles fin 1870 sur l'invitation de Gauchez, marchand BruxelloisLaurent Manœuvre in : .. Il poursuit ensuite son travail de peintre de marine et séjourne plusieurs fois à Fervaques, dans l'arrière-pays bas-normand, chez son ami le docteur JaquetteAnne-Marie Bergeret-Gourbin, ..
Tournant impressionniste vignette|Place Saint-Marc à Venise (1895), localisation inconnue.
En 1874, Eugène Boudin participe à la Première exposition des peintres impressionnistes, qui se tient à Paris dans les studios du photographe Félix Nadar. Par la suite, les expositions impressionnistes se tiendront dans les locaux du marchand d'art Paul Durand-Ruel.
À partir de cette date, il passe pour un des précurseurs de ce mouvement, bien qu'il ne se considère jamais lui-même comme un grand novateur. Sa réputation grandissante lui permet d'effectuer de nombreux voyages dans les années 1870. Il visite notamment les Flandres, les Pays-Bas, le sud de la France ainsi que l'Italie, où il découvre différents courants artistiques du .
Il séjourne pour la première fois à Bordeaux en 1873, invité par le collectionneur d'art Arthur Bourges. Entre 1874 et 1876, il y réalise des peintures du port et des quais de la ville, peignant un total de quarante-sept œuvres.
Il continue d'exposer à Paris et reçoit la médaille de la troisième place du Salon de 1881 avec son œuvre La Meuse, à Rotterdam. Il entre alors en relation d'affaires avec l'important marchand d'art parisien Durand-Ruel, qui lui fournit un revenu régulier pour les droits sur l'ensemble de sa production. Lorsque Durand-Ruel monte une exposition personnelle des œuvres de Boudin en 1883, il connait un triomphe financier et critique.
vignette|gauche|La villa Breloque à Deauville où le peintre vécut et mourut.
En 1884, il acquiert un terrain à Deauville où il construit une villa pour lui et sa femme.
En 1886, plusieurs de ses œuvres apparaissent à la grande exposition impressionniste organisée à New York par Durand-Ruel. La même année, il vend son premier tableau à l'État français en 1886 (Une bourrasque, musée de Morlaix) et son second deux ans plus tard (La Corvette russe dans le réservoir de l'Eure, musée d'Agen).
Il obtient ensuite la médaille d'or lors de l'Exposition universelle de 1889 avec les deux toiles qu'il expose : Un coucher de soleil et Marine - Les Lamaneurs. La même année, son épouse meurt le .
Dans les années 1880, il réalise une série de toiles autour des bassins de Deauville, Fécamp, Honfleur ou Trouville-sur-Mer. Mais dans ses dernières années, il a préféré le village de pêcheurs accidenté de Berck-sur-Mer aux casinos et stations balnéaires plus célèbres. Hors saison, il y dépeint des habitants cherchant des palourdes à marée basse, de minuscules personnages sous un ciel orageux. vignette|Deauville, Juliette sous la tente, 1895, collection privée, vente 2018.