Kondiaronk, Gaspar Soiaga, Souoias, Sastaretsi, (vers 1625. - 1701) est un chef wendat (appelé alors Huron) de la nation des Pétuns ou Tionontates de la fin du . L'acte de sa sépulture le désigne sous le nom de Gaspard Soiaga-dit-le-Rat.
Orateur brillant et redoutable stratège, il considère les Iroquois comme ennemis et il craint que ceux-ci attaquent sa nation. Malgré son opposition de longue date au christianisme, les Jésuites disent l'avoir converti au catholicisme sur son lit de mort. Les recherches actuelles rejettent généralement cette idée.
Faits saillants Embuscade et fausses accusations avant le massacre de Lachine Kondiaronk joue un rôle important dans les événements qui précèdent le massacre de Lachine. L'historien François-Xavier Garneau relate sa ruse et la fausse propagande qui suivit, lors des négociations entre les nations Autochtones et les Français :
Le baron de Lahontan, qui s'était lié d'amitié avec Kondiaronk à Michilimackinac, fournit un récit plus détaillé de cet épisode ainsi que de ses suites funestes dans sa Lettre XVII Nouveaux voyages, p. 189-193..
Rapport au gouverneur de Montréal Jean-Michel Sallman rapporte les propos suivants, adressés par Lahontan au gouverneur du Canada Frontenac en 1682:Saretsi [autre nom de Kondiaronk] ton fils, Onontio, se disait autrefois ton frère, mais il a cessé de l'être car il est maintenant ton fils, et tu l'as engendré par la protection que tu lui as donnée contre ses ennemis.Il faut remarquer que, la société huronne-wendate de l'époque étant matrilinéaire, la paternité symbolique n'est pas une paternité dominatrice, mais généreuse et clémente. Le surnom "Onontio" est la traduction, dans la langue wendate, du nom du premier gouverneur français du Canada, Charles Jacques Huault de Montmagny. A plus forte raison, la politique monarchiste absolue envers les natifs n'était pas de soumission, mais d'alliance. Un marqueur de cette alliance constitue le faste des funérailles accordées à Kondiarionk lui-même, par le gouvernement colonial français, peu après la signature de la Grande Paix de Montréal. La Grande Paix de Montréal vignette|La plaque Kondiaronk et Callière souligne l'apport de Kondiaronk au traité de la Grande Paix de Montréal. vignette|On signe pour lui le traîté de paix, car il meurt durant les négociations. La signature (5) se lit « Marque du Rat, chef des Hurons ». Kondiaronk joue un rôle capital auprès des artisans de la Grande Paix de Montréal, mais il meurt durant les négociations. Ses funérailles sont grandioses, son corps est inhumé sous la basilique Notre-Dame de Montréal.
L'historien François-Xavier Garneau en écrit ceci :
Un penseur méconnu des Lumières radicales? Adario, Lahontan et Kandiaronk
Selon David Graeber et David Wengrow, il semble évident que le personnage d'Adario (signifiant « mis en scène »), dans les Dialogues avec un sauvage du Baron de Lahontan, est un pseudonyme pour Kandiarionk lui-même. Ils s'inscrivent ainsi dans le sillon de Barbara Alice Mann, et s'appuient sur des témoignages d'époques du caractère et de l'éloquence du philosophe huron-wendat pour étayer leur propos. Les propos sur la religion chrétienne et le lien européen entre possession de richesses et domination d'autrui proférés par Adario-Kondiaronk sont dans la droite ligne des observations des natifs sur l'Europe en général, et celles de Kondiaronk en particulier. Sur le droit en particulier, la tension entre un système de justice punitive et un système économique encourageant le vol et la corruption apparaît comme une contradiction au coeur de tous les maux européens - l'égalité native-américaine apparaît, in fine, comme le projet volontaire et réfléchit permettant de destituer les iniquités françaises.
Jonathan Israël range Lahontan au rang des spinozistes et des précurseurs de Rousseau, et ignore tout à fait, dans son récit historiographique, l'argumentaire pour une racine indigène des propos d'Adario, et réduit les Dialogues à l'exposé d'origine du mythe du bon sauvage. L'égalitarisme natif se voit plaqué sur l'antimonarchisme républicain de Spinoza, et la critique des moeurs européennes sont jugées annoncer le rejet de Rousseauiste pour le luxe français.
Plus loin, Lahontan est rapproché de Gueudeville, en particulier sur les propos anticléricaux. Qualifiant les indiens dépeints dans les Dialogues d'Iroquois (alors que l'ethnie de Kondiaronk était Wendate). Israël écrit notamment:Sur un point en tout cas, il est clair que Lahontan a moins rapporté fidèlement les conceptions des Indiens [sic] qu'il n'a échafaudé lui-même une construction philosophique radicale: c'est lorsqu'il fait dire aux Indiens que les hommes devraient veiller à ne jamais se départir des avantages apportés par la "raison" en matière de religion, puisque c'est la plus noble faculté que Dieu nous ait donnée.Et l'historien, ayant ainsi vidé Adario de tout ancrage historique réel, fait de Lahontan, avec Guedeville, le chaînon manquant entre Spinoza et Rousseau dans la critique des moeurs européennes basées sur l'idéal de l'homme naturel.
Au sujet général des historiens rejetant l'identification entre Adario et Kondiaronk, notamment sur base des envolées lyriques que se permet Lahontan, Wengrow et Graeber rétorquent :Prétendre que les Dialogues ne sauraient refléter les véritables propos de Kandiaronk [Sic] parce qu'ils tombent dans le piège de la "romantisation", c'est faire comme si personne ne cédait à la tentation d'enjoliver un peu. A l'évidence, n'importe quel débatteur talentueux aurait suivi cette pente dans des circonstances semblables - et Kandiaronk était peut-être le plus talentueux de tous, à en croire de multiples sources concordantes.L'opposition à l'argent serait alors un cas de schimosgenèse, où le natif Kondiaronk s'oppose, dans son débat, à l'européen Lahontan, utilisant l'argent moins comme un objet philosophique neutre que comme un marqueur de distinction, d'opposition identitaire. Ainsi, l'anthropologie, et l'expérience des débats intellectuels et de la rhétorique grandiloquente, permettent, selon les deux auteurs, de rendre raison des propos parfois outranciers ou volontairement provocateurs de Kondiaronk, alias Adario, dans les Dialogues sans devoir souscrire à la thèse d'une pure fabrication.
Hommages vignette|Le belvédère Kondiaronk, Montréal Le belvédère Kondiaronk devant le chalet du parc du Mont-Royal, le plus important belvédère du parc du Mont-Royal à Montréal, est nommé en son honneur depuis le .. Une salle communautaire est nommée en son honneur dans la communauté wendat de Wendake, près de la ville de Québec. Le nom du canton Kondiaronk dans la région de l'Outaouais, dans la MRC de La Vallée-de-la-Gatineau dans la réserve faunique La VérendryeToponymie Qc. Lac Kondiaronk Pont Kondiaronk (non retenu) fut proposé par Ronald Rudin, historien de l’Université Concordia, pour nommer le Pont Champlain de remplacement. Rue de l'Homme-Célèbre (Kondiaronk) à Stoneham-et-Tewkesbury, Québec. KONDIARONK est le nom d'un corps de cadets de la marine situé dans l'ancienne ville de Loretteville (fusionné avec Québec) située près de Wendake
Bibliographie William N. Fenton, « KONDIARONK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 14 déc. 2014, .
Réal Ouellet, Dialogues avec un sauvage, Montréal, LUX Éditeur, 2026. David Graeber et David Wengrow, Au commencement était..., une nouvelle histoire de l'humanité, Paris, Les liens qui libèrent, 2021, pp. 71 à 93.
Liens externes
Références
Catégorie:Chef amérindien Catégorie:Personnalité de la Nouvelle-France Catégorie:Personnalité historique nationale du Canada Catégorie:Date de naissance non renseignée (XVIIe siècle) Catégorie:Décès en août 1701