L’Ellé est un fleuve côtier qui prend sa source dans le département des Côtes-d'Armor. Il arrose et draine les départements du Morbihan et du Finistère en Bretagne. Long de , son cours atteint une longueur de si est incluse sa partie maritime appelée « Laïta » en aval de la ville de Quimperlé.
Hydronymie Le nom du cours d'eau est probablement d'origine celtique. Une rivière, dans le comté de Glamorgan, au Pays de Galles, porte en effet un nom similaire. Il s'agit de la rivière Ely, appelée en gallois Afon Elai.. Dans la charte de fondation de l'abbaye Sainte-Croix de Quimperlé, écrite en latin, on trouve ce nom sous la forme Elegium. Avant la Révolution française, l'estuaire commun à l'Ellé et l'Isole s'appelait aussi l'Ellé. Ce n'est qu'au début du que le terme Laïta (Laita en breton), d'origine obscure, lui a été substituéPierre Hollocou et Jean-Yves Plourin, Les noms de lieux et leur histoire De Quimperlé au Port de Pont-Aven, Emgleo Breiz, 2008..
Géographie
L'Ellé prend sa source à Glomel dans les Côtes-d'Armor, près du château de Trégarantec, à une altitude de et coule vers l'océan en suivant une direction générale nord-sud. Coupant au plus court, elle coule perpendiculairement aux plis armoricains, orientés est-ouest.
Après avoir quitté les collines des montagnes Noires qui l'ont vu naître, l'Ellé coule dans sa partie amont à travers une large plaine marécageuse située à une altitude moyenne de connue sous le nom de marais de Plouray. Elle y reçoit les eaux du ruisseau de Crazius et du Rozo.
Elle entaille profondément le plateau armoricain à la hauteur de la chapelle Sainte-Barbe aux environs de la ville du Faouët ainsi qu'en amont des Roches du Diable près du bourg de Locunolé. Elle y a creusé des gorges profondes de près de cent mètres aux versants abrupts. vignette|La roche de l'Aigle surplombe la vallée de l'Ellé à Sainte Barbe (carte postale du premier quart du ). Elle est rejointe au voisinage du village de Saint-Fiacre, situé au sud de la ville du Faouët, par ses deux principaux affluents, l'Aër et le Ster Laër. La taille de son bassin versant triple sur une distance de seulement pour passer de à près de .
En aval des Roches du Diable, le cours de la rivière devient plus sinueux et dessine deux à trois méandres très accentués et très encaissés. C'est surtout le cas du méandre situé à la hauteur du moulin de Fourden. Après un parcours de , l'Ellé conflue avec la rivière Isole à Quimperlé pour former une ria soumise à la marée appelée la Laïta ou rivière du Pouldu à son embouchure.
La pente moyenne de la rivière est de 0,375 % sur l'ensemble de son parcours mais présente d'importantes variations dues à des ruptures de pente et des replats. Ainsi, elle passe de à la station d'épuration de Barrégan à plus loin au Grand Pont. La pente moyenne de la rivière sur cette section est donc de 2 %. Par contre, elle passe de au confluent avec l'Inam à au confluent avec le Naïc plus loin. La pente moyenne sur cette autre section n'est donc que de 0,10 %Carte topographique IGN France 1:25 000; Le Faouët 0719 O.
Son cours comporte de nombreux rapides, associés aux ruptures de pentes. Les plus spectaculaires sont ceux des Roches du Diable. À cet endroit, la rivière se faufile au milieu d'énormes rochers formant un chaos. Il s'agit de gros blocs de granite qui ont été polis par l'érosion.
Son cours sert de limite naturelle aux communes suivantes : Plouray, Langonnet, Priziac, Le Faouët, Lanvénégen et Meslan dans le Morbihan, Querrien, Locunolé, Guilligomarc'h, Arzano, Tréméven et Rédené dans le Finistère.
Le bassin versant de l'Ellé couvre une aire de qui s'étend depuis les hauteurs des montagnes Noires (le versant sud) jusqu'à la ville de Quimperlé et englobe entièrement ou partiellement le territoire de 24 communes. La vallée de l'Ellé dans le Morbihan
La vallée de l'Ellé dans le Finistère
Histoire
Au début du Moyen-Âge le roi Morvan établit son camp sur les bords de l'Ellé, soit à Langonnet, soit à Priziac.
Rôle de frontière De tous temps, l'Ellé a constitué une frontière naturelle entre deux territoires. Pendant l'Antiquité, elle séparait le pays des Osismes à l'ouest du pays des Vénètes à l'est, deux peuples gaulois qui cohabitaient alors dans la péninsule armoricaine. Par la suite, le tracé de la rivière a constitué une limite entre les comtés de Cornouaille et du Bro Waroch ainsi qu'entre les diocèses de Quimper et de Vannes. C'était aussi avant la francisation survenue au cours du une frontière linguistique entre le breton cornouaillais et le breton vannetais au point que l'intercompréhension était rendue difficile d'une rive à l'autre du cours d'eau. Enfin, de part et d'autre des rives de l'Ellé s'étendent le pays Pourlet et le pays de l'Aven, des pays qui diffèrent notamment par leurs traditions vestimentaires.
Les moulins et les pêcheries Un grand nombre de moulins à eau produisant de la farine de froment et de seigle jalonnaient autrefois les cours de l'Ellé et de ses affluents. Sur le seul ruisseau du Naïc on en comptait cinq qui se nommaient d'amont en aval le moulin de la Trinité, de Lescrant, de Pont Ledan, de Luhedec et de Kerivarc'h. Ils disposaient chacun de leur étang de retenue et leur roue à aubes était mue par la force de l'eau. La plupart ont cessé de fonctionner dans le courant du siècle dernier après s'être modernisés en s'équipant de turbines et s'être reconvertis dans la production d'électricité. Le photographe Philippe Tassier a pris plusieurs de ces moulins en photo vers 1911 alors qu'ils étaient encore en activité :
Des moulins à papier, dont l'activité se maintiendra pendant plusieurs siècles, sont également attestés dès le sur le cours de l'Ellé et de son affluent l'Aër : le moulin du Grand Pont et le moulin d'en Haut au Faouët, le moulin du Stérou et le moulin Neuf à Priziac. Ils produisaient au des « papiers propres à l'écriture et aux emballages » qui étaient expédiés via les ports de Hennebont et Morlaix vers les Pays-Bas et le PortugalSecrétariat d'état à la culture Le Faouët et Gourin, inventaire topographique, Imprimerie Nationale, 1975..
Des pêcheries, constituées au Moyen Âge de simples pieux enfoncés dans le lit de la rivière, reliés entre eux par un clayonnage serré de branchages qui laissait l'eau s'écouler mais arrêtait les poissons, permettaient de capturer en grand nombre dans l'Ellé et ses affluents des saumons, anguilles et autres espèces de poissons. La réglementation exigeait que des passages à saumon soient conservés. Ainsi la pêcherie des Gorrets à Quimperlé en comptait cinq.
Vers 1750, le nombre de prises annuelles de saumons était d'environ dans l'Ellé pour un total estimé de à en Bretagne. Ce nombre n'a fait que décroître par la suite en raison de la surpêche et de la pollution des eaux. En 1848, il n'était plus que de 800. En 1979, année la plus catastrophique, il ne sera pris que 20 saumons dans l'ElléMarcel Kervran D'Anaurot à Quimperlé, d'histoire, Imprimerie Régionale 29114 Bannalec, 1983..
Les crues historiques
La rivière Ellé a connu de nombreuses crues par le passé, causant de nombreux dégâts notamment dans la basse ville de Quimperlé. L'histoire a retenu les crues d', de , de , d', d', de , de , et dans un passé plus récent celles de , de et de l'hiver 2014. Ainsi la crue de 1746 emporta cinq des six arches du pont Lovignon situé dans la basse ville. Seule celle de droite est restée intacte. Les deux actuelles grandes arches de gauche furent construites en 1753.
Hydrologie La surface du bassin versant de l'Ellé est de , son module de et son débit spécifique de au Faouët au Grand Pont. La surface de son bassin versant est de (ce qui représente 95 % de sa surface totale à son point de confluence avec l'Isole), son module de et son débit spécifique de à Arzano à Pont Ty Nadan. La lame d'eau écoulée dans son bassin versant annuellement est de au Grand Pont et de à Pont Ty Nadan. Le débit moyen mensuel varie entre en période de hautes eaux en hiver et à l'étiage en été à Arzano (voir histogramme).
Mais le débit de la rivière peut connaître des fluctuations bien plus importantes comme en témoignent les valeurs extrêmes suivantes. Ainsi, le débit maximal instantané connu à la station de Pont Ty Nadan s'élève à (valeur mesurée le à 6h33) et le débit maximal journalier s'élève à (valeur mesurée le même jour). Ces valeurs sont nettement supérieures à celles attendues lors d'une crue cinquantennale (survenant statistiquement tous les ). Celles-ci sont respectivement de et . Ces chiffres très élevés permettent donc de penser que la crue de l'automne-hiver 2000 était une crue exceptionnelle qui ne survient qu'une à deux fois par siècle. Cette crue s'explique par des précipitations abondantes sur les Montagnes Noires : en l'espace de 24 heures succédant à très pluvieux (). Quant au débit minimum connu sur une période de consécutifs, il est de seulement (valeur mesurée entre les 19 et ).
Affluents
Le SANDRE recense en y incluant sa partie maritime appelée Laïta, 58 affluents de l'Ellé d'une longueur égale ou supérieure à dont 13 dépassent les .
D'amont en aval :
de la rive droite Le ruisseau de Crazius, ; Il provient de Glomel et doit son nom au moulin de Crazius. Ce cours d'eau est parfois considéré comme la branche-mère de l'Ellé en raison de son importance. Le Roz Milet ou Rozo, . Il prend sa source à Paule et arrose Langonnet. Le Rozo, avant de se jeter dans l'Ellé, coule à travers une large plaine marécageuse située en contrebas de la colline du Minez Du. Le Langonnet ou rivière du Pont Blanc, . L'Inam ou Steir Laër, Le Naïc, L' Isole, Le Dourdu, Le Frout, Le ruisseau du Quinquis,
de la rive gauche Le Stanven, L'Aër ou Pont Rouge, La Noguette,
tableau récapitulatif Nom Autre Nom Ancien NomPierre Hollocou et Jean-Yves Plourin Les noms de lieux et leur histoire De Quimperlé aux montagnes noires, Emgleo Breiz, 2007. Longueur Bassin versant Caractéristiques Langonnet Pont Blanc Staer Louhantec affluent de l'Ellé, rive droiteAërPont Rouge affluent de l'Ellé, rive gauchedont Stang Hingant affluent de l'AërInamSter LaërStaer Lazrun affluent de l'Ellé, rive droitedont Moulin du DucStaer Diffrout affluent de l'InamNaïcStaer Ehoc affluent de l'Ellé, rive droiteIsoleStaer Izol estuaire commun avec l'Ellé
Écologie et environnement La Laïta a été victime d'une importante pollution des années 1950 à nos jours, avec un pic (point noir régional) dans les années 1970 où ce petit fleuve recevait de nombreux effluents pas ou peu épurés dont d'une usine de pâte à papier, une conserverie de légumes, des abattoirs, une station d’épuration urbaine insuffisamment dimensionnée pour les besoins de la commune. La pollution était à la fois chimique, physique (turbidité par les matières en suspension), organique, bactériologique. Dans les années 1970, les autorités et pollueurs cherchaient une solution de compromis avec un rejet dans l’anse du Pouldu, tout en tenant compte des capacités d'épuration du milieu, sous l'égide de l’agence de l'Eau Loire-Bretagne puis de l'Union européenne dont la directive cadre sur l'eau impose un objectif de bon état écologique pour 2015. La Laïta est notamment suivie par la station de biologie marine de ConcarneauColloque Biodiversité marine, Concarneau, 2009]..