L'abbaye Notre-Dame de Signy est une abbaye de moines cisterciens ayant existé entre 1135 et 1793.
Elle est située sur la commune de Signy-l'Abbaye, dans les Ardennes. L'abbaye est fondée le , jour de l'Annonciation. Elle est vendue comme bien national en 1793, puis entièrement démolie. Sa bibliothèque est totalement brûlée.
Histoire Signy et l’ordre cistercien
L’ordre cistercien est un ordre monastique fondé au printemps 1098 à Cîteaux, près de Dijon, par Robert, abbé bénédictin de Molesme, qui souhaitait revenir à une observance plus stricte des règles monastiques que celles pratiquées par les moines de l’époque (cf : mouvement de renouvellement du monachisme à la fin du et critique de certains ordres comme celui de Cluny, accusé de décadence des mœurs et d’enrichissement).
Après des débuts difficiles, l’abbaye de Cîteaux voit affluer les recrues et les donations au cours des années 1110. Dès lors, elle doit effectuer les premiers essaimages. Selon l'organisation cistercienne définie par l'antique Carta Caritatis, chaque abbaye fille devient indépendante de son abbaye-mère, mais garde des relations privilégiées avec elle : une impressionnante généalogie se met alors en place…
Généalogie de l’abbaye de Signy La charte de fondation fixe la naissance de l’abbaye de Signy au , date avant tout symbolique puisqu’elle correspond au jour de l’Annonciation (cf : dévotion particulière des cisterciens à la Vierge à laquelle ils dédient toutes leurs abbayes à l’exemple de celle de Signy : Baetae Mariae de Signiaco, Notre-Dame de Signy).
Quelques règles cisterciennes La base fondamentale de cet ordre monastique est le retour à la règle de saint Benoît : silence, pauvreté, solitude, travail manuel (= opus manuum).
Les principales caractéristiques de son organisation se traduisent donc par : – la vie en communauté sous l’autorité d’un abbé ; – le partage du temps entre la prière et le travail manuel ; – la vie en autarcie de la communauté qui implique la pratique d’activités agricoles, artisanales et industrielles, commerciales, mais aussi la perception de différents revenus (dîmes, rentes, cens…) ; – un même plan pour toutes les abbayes et leurs bâtiments annexes.
Description du site choisi par les moines venus d’Igny Selon la règle, l’installation d’un monastère cistercien doit se faire : « in locis a conversatione hominum remotis », c’est-à-dire « dans un lieu à l’écart des fréquentations humaines », mais permettant la vie d’une communauté religieuse, c’est-à-dire au moins 13 hommes.
Le toponyme Signiacum (= SINNI-ACUS) évoque l’existence d’une villa gallo-romaine située dans la vallée de la Vaux, au milieu de l’antique forêt ardennaise.
Le site de Signy semblait donc bien répondre au critère cistercien de l’isolement tout en ayant déjà été un lieu de fréquentation humaine et même d’habitation.
Arrivée et installation des moines Le départ des douze moines de l'abbaye Notre-Dame d'Igny située à Arcis-le-Ponsart dans la Marne, s’effectua sous la conduite de Bernard (cf Jésus et les douze apôtres) le et la fondation de l’abbaye de Signy eut lieu cinq jours plus tard, le .
Le chemin emprunté par les moines d’Igny fut très certainement la voie romaine Reims-Cologne passant par Château-Porcien. Ils longèrent ensuite les vallées de l’Aisne et de la Vaux jusqu’au lieu-dit Signiacum.
À l’arrivée des moines à Signy, il ne s’agissait alors que d’un petit village qui ne pouvait pas encore accueillir une communauté religieuse. C’est pourquoi, les moines d’Igny furent logés à Draize pendant les travaux d’aménagement du site et de construction des bâtiments réguliers.
Fermeture et destruction de l'abbaye L'abbaye fut vendue comme bien national en 1793, puis entièrement démolie. Les matériaux de l'Abbaye Notre-Dame de Signy ont été utilisés pour construire le Château de Montaubois.. Sa bibliothèque fut totalement brûlée.
Abbés
D’après Guillaume Marlot :
Abbés réguliers
Abbés commendataires À partir du Concordat de Bologne, commence la série des abbés commendataires et seigneurs temporels : Charles Ier de Bourbon (archevêque de Rouen) (1523 - 1590) Annibal de Ruccellai (†1601), évêque de Carcassonne, abbé de Signy et de Saint-Jean-de-Jard.. 1604-1622 : Louis de Rucellay, neveu du précédent, familier de la reine Marie de Médicis, abbé de Signy et de Saint-Jean-de-Jard, mort à Montpellier le . Antoine de Bourbon-Bueil (1607-1632) Armand de Richelieu (1585-1642) Jean Marc de Baradas, fils de François de Baradas, résigne pour son frère. ~1670-1693 : Henri de Baradas (†1693), et frère du précédent 1693-1723 : François de Camps (1643-1723) 1723 - 1750 : Louis Abraham d'Harcourt (1694-1750), duc d'Harcourt, docteur en théologie, abbé de Signy et de Saint-Taurin d'Evreux, doyen de Notre-Dame de Paris, commandeur de l'Ordre du Saint-EspritFils de Henry d'Harcourt, Ier duc d'Harcourt et de Marie-Anne Claude de Brulart. 1757-1759 : Nicolas de Saulx-Tavannes 1760-1777 : Jean-François-Joseph de Rochechouart dit le cardinal de Rochechouart (1708-1777) 1777-1787 : cardinal de Bourbon 1787-1790 : Arthur Richard Dillon, archevêque de Narbonne
Prieurs Le prieur est le moine choisi par l'abbé pour le seconder : on parle alors de prieur claustral, ou de grand-vicaire, numéro deux d'une abbaye. Le prieur, depuis la mise en commende, est le véritable chef du monastère : 1700 : Nicolas Delaon, docteur de Sorbonne Dom Dufestel 1744 : François-Amédée Pennet, docteur de Sorbonne
Moines notables Guillaume de Saint-Thierry (1085-1148), ancien abbé de l'abbaye de Saint-Thierry qu'il quitte en 1135 pour Signy où il repose.
Productions agricoles
Le principe de la vie en autarcie implique que les moines cisterciens doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins, notamment dans le domaine alimentaire. Pour cela, la règle prévoit que la communauté peut accepter les biens suivants : « étangs, forêts, vignes, pâturages, terrains écartés des habitations séculières, et des animaux ». De même, elle prévoit l’utilisation de convers (= frères laïcs) pour participer au travail manuel.
Granges et convers Comme toutes les abbayes de son ordre, l’abbaye de Signy organise très tôt son domaine autour de plusieurs centres d’exploitation appelés granges. Selon la règle, les granges devaient être situées au plus à une journée de marche de l’abbaye pour que les convers qui y travaillaient puissent se rendre à la messe au couvent le dimanche et les jours de grandes fêtes chrétiennes. Toutes les granges de Signy ne respectaient pas cette obligation et certaines en étaient même assez éloignées.
Les convers étaient, pour la plupart, des paysans des villages environnants ne possédant pas de terres ou ayant perdu leurs biens à la suite de problèmes de dettes ou de justice. Avec l’accord de leurs seigneurs, ils choisissaient alors d’offrir leur travail à un monastère en échange du couvert, du gîte et de la protection. Ils étaient eux aussi sous la direction de l’abbé, ainsi que du cellérier qui exerçait son autorité par l’intermédiaire d’un maître à la tête de chaque grange.
Diversité des productions agricoles La production céréalière semble la plus importante. Les céréales servent à nourrir les moines et les convers, mais aussi à payer les cens. En effet, les actes du cartulaire évaluent les sommes à payer en muids de grains, certains actes parlent de froment, très certainement la production essentielle et dans une moindre mesure d’avoine et de seigle. La culture de céréales concerne surtout les terres de Chappes, Ruisselois, Bray et Chaudion qui étaient alors des granges céréalières grâce à leurs sols plus propices à ce genre de cultures que les terres situées à proximité immédiate de Signy, plutôt réservées à l’élevage.
L’élevage est sans doute l’activité essentielle autour de l’abbaye dans les prés mais aussi dans la forêt. L’abbaye possède de très nombreux prés surtout à Signy, Thin-le-Moutier, Froidmont, Wasigny, mais aussi plus loin comme à Launois, Haudrecy, Sormonne. Les acquisitions de prés se multiplièrent surtout à la fin du à Saint-Jean-aux-Bois, Maranwez, La Hardoye, Rubigny, ainsi qu’à Rocquigny, localités possédant des sols plus propices à l’élevage qu’à la céréaliculture. Cette activité semble alors prendre une plus grande importance dans l’économie de l’abbaye de Signy. Ce changement s’explique sans doute par la diminution du nombre des convers travaillant pour le monastère. L’élevage étant une activité demandant moins de main-d’œuvre que la culture, les moines de Signy choisirent alors de se concentrer davantage sur cette activité. Les sources nous renseignent sur la présence d’une porcherie à Chaudion, ainsi que de la pratique de la glandée en forêt. Une bergerie est installée dans la grange de l’Écaillère. En plus des porcs et des moutons, des vaches, des bœufs, des chevaux et de la volaille sont élevés dans certains bâtiments de l’abbaye.
La viticulture était tout d’abord destinée à satisfaire les impératifs de la liturgie chrétienne en produisant le vin de messe. Elle devient ensuite une source d’enrichissement pour le monastère grâce à la commercialisation. La première acquisition de vigne par les moines de Signy date de la fin à Moussy, près d’Épernay, mais la plupart des vignes acquises par l’abbaye se situent à Lavergny près de Laon, terroir viticole particulièrement réputé à l’époque médiévale. Cette grange constitue dès le le cellier de Signy.
D’autres productions sont évoquées dans les textes, comme l’élevage de poissons dans les viviers, la culture de fruits (pommes), légumes et autres plantes dans les jardins, la cueillette dans les bois, ainsi que la chasse pour obtenir de la viande uniquement réservée aux malades et aux hôtes.
Échanges commerciaux La règle cistercienne recommandant l’isolement et l’autarcie, les moines n’avaient ni le besoin, ni le droit d’avoir des contacts avec le monde extérieur. De plus, ces derniers devaient absolument rejeter toute idée de profit et faisaient vœu de pauvreté à leur entrée dans le monastère. C’est sans doute la raison pour laquelle les sources ne donnent que très peu d’informations concernant ces déviations par rapport à la règle cistercienne.
Nature des biens vendus vignette|Le blason de l'abbaye. À l’époque médiévale, les échanges commerciaux étaient soumis à de nombreuses taxes (le vinage pour la vente et l’achat de vin par exemple). Une bulle du pape Innocent III exempte les cisterciens de Signy « de péage, vinage, rouage et forage pour l’achat et la vente de leurs animaux, du blé, du vin, de la laine, du bois, des pierres… », preuve qu’ils pratiquaient le commerce.
Rappelons que les moines pratiquaient un élevage important de porcs, de moutons, de bovins et de chevaux. La consommation de viande leur étant interdite par la règle de saint Benoît (sauf pour les malades), on doit donc en déduire que les bêtes de boucherie étaient destinées à la vente. De même, la quantité de laine produite par un troupeau de six cents moutons dépassait largement les besoins de la communauté, le surplus était très certainement commercialisé.
En revanche, le commerce du vin semble avoir été une activité beaucoup plus importante, régulière et donc organisée. La consommation des moines en vin étant strictement règlementée et les besoins pour la liturgie assez modérés, la production viticole du cellier de Lavergny devait très largement dépasser la quantité de vin nécessaire à la communauté. Le reste était donc destiné au marché, d’abord local puis national et même international.
Il semble que les ardoises extraites dans la grange de l’Écaillère aient également étaient en partie destinées à la vente. De même, les moines vendaient d’autres matériaux de construction comme le bois, le fer, la pierre…
Circulation des marchandises