Maurice Pierre Rouvier, né le à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), et mort le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est un banquier, journaliste et homme d'État français.

Républicain opportuniste, il est député, plusieurs fois ministre et à deux reprises président du Conseil des ministres.

Biographie Jeunesse et études Né d'une famille de petits commerçants d'origine provençale, Maurice Rouvier fait des études de commerce aux classes commerciales du lycée de Marseille, actuel lycée Thiers. Parce qu'il y côtoyait l'héritier de la dynastie bancaire marseillaise Zafiropoulos, il y devient employé à la sortie du lycée.

Parcours professionnel Il fait rapidement une brillante carrière. Il organise avec Gaston Crémieux la Ligue de l'Enseignement, collaborant en même temps au Peuple puis au Rappel de la Provence, journaux démocratiques marqués à l'extrême gauche, soutenant Léon Gambetta à Marseille puis créant le journal L'Égalité. Il est de la première insurrection contre l'hôtel de ville en A.Robert et G.Cougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, sur le site de l'Assemblée nationale..

Après la chute de l'Empire, il est nommé secrétaire général de la préfecture des Bouches-du-Rhône.

Il est élu député le sur une liste de conciliation entre républicains et radicaux. Inscrit à l'Union républicaine, il œuvre contre l'exécution de Gaston Cremieux, écrivant contre la commission des grâces et emboîtant le pas à Francisque Ordinaire. Il est de ce fait menacé de poursuites en 1872.

Le , il épouse la sculptrice et femme de lettres Marie-Noémi CadiotRevue du Louvre, Volume 28, Conseil des musées nationaux, [France], 1978 (réf. en ligne)..

Soutenant Thiers, il vote les lois constitutionnelles de 1875. Réélu en 1876, il dépose un projet d'amnistie partielle en faveur des communards. La même année, il devient secrétaire de la Chambre. Réélu en 1877, il soutient la politique scolaire et coloniale des ministères républicains. Réélu en 1881, il demande la séparation de l'Église et de l'État. Le de cette même année, il accepte le portefeuille du Commerce et des Colonies dans le ministère Gambetta, ministère prenant fin le .

Maurice Rouvier devient alors proche des milieux d'affaires et se lie avec Jacques de Reinach. Du au , il est ministre du Commerce dans le gouvernement de Jules Ferry.

En 1885, il est battu au premier tour des élections législatives dans les Bouches-du-Rhône et se présente dans les Alpes-Maritimes, où il est élu avec le soutien d'Alfred Borriglione, député-maire républicain modéré de NiceJacques Basso, Les élections législatives dans le département des Alpes-Maritimes de 1860 à 1939, Paris, LGDJ, 1968.. Il choisit ensuite la circonscription de Grasse comme candidat opportuniste. Il devient également conseiller général de Breil-sur-Roya et président du conseil général des Alpes-Maritimes.

Le , Jules Grévy le nomme président du Conseil. Rouvier prend également le ministère des Finances, des Postes et du Télégraphe. À la suite du scandale des décorations, il remet sa démission à Sadi Carnot, qui a succédé à Jules Grévy. Il devient également président de l'Union des gauches puis, en tant que président de l'Association nationale républicaine, contribue à la lutte contre le boulangisme. Il participe ensuite au second gouvernement de Pierre Tirard, le , dans lequel il est ministre des Finances. Il reste en place jusqu'au (cabinets Charles de Freycinet, Émile Loubet et Alexandre Ribot). En 1892-1893, alors ministre des Finances, il est mis en cause lors du scandale de Panama. Il démissionne ; l'assemblée vote la levée de son immunité parlementaire. Un non-lieu lève les soupçons le et il est réélu à Grasse la même année puis en 1898.

Maurice Rouvier redevient ministre des Finances le , dans le ministère d'Émile Combes. Le , il quitte la Chambre pour le Sénat. Après la démission du ministère Combes, dont la majorité s'est affaiblie à la suite de l'affaire des fiches, et le triomphe du bloc des gauches, Rouvier forme son propre cabinet. À cette occasion, Clemenceau l'avertit : Cette réplique est prononcée par Émile Beaufort, le personnage principal du film Le Président, de Henri Verneuil, en 1961. Dans l'hémicycle de la Chambre des députés, celui qui est alors le chef du gouvernement fustige le rôle des groupes de pression dans la politique menée par les gouvernements..

Du au , il dirige deux cabinets successifs. Son gouvernement est renversé à la suite des troubles provoqués par la crise des inventaires.

C'est en tant que ministre de l'Instruction publique, des Beaux-arts et des Cultes qu'il signe la loi dite de « séparation des Églises et de l'État » du , loi faisant la réputation d'Aristide Briand.

La fin de l'influence de Rouvier commence après la chute de ce ministère (règlement du contentieux avec l'Espagne sur l'affaire marocaine). Il a pour successeurs Clemenceau et Caillaux et ne retrouve plus qu'une gloire de surface dans les différentes commissions du Sénat. Il est président de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations de 1909 à 1911.

Maurice Rouvier meurt le à l'âge de 69 ans dans son hôtel particulier de Neuilly-sur-SeineDidier Gayraud, St-Jean : Maurice Rouvier, pilier de la République dans Nice-Matin du 30 novembre 2019 (en ligne (pdf)).. Son tombeau se trouve au cimetière ancien de cette commune..

Positionnement D'abord proche d'Esquiros, de Crémieux et de Léon Gambetta, Maurice Rouvier est caractéristique des républicains opportunistes. Son évolution vers les milieux d'affaires en fait un libéral favorable au libre-échange.

Républicain, il s'est également engagé en franc-maçonnerie..

Affaire judiciaire Accusé en 1876 d’exhibitionnisme et d'attentat à la pudeur par plusieurs témoignages d'enfants et de jeunes filles dans les galeries du Palais-Royal, son procès en correctionnelle se termine par un non-lieuTribunal correctionnel de la Seine (8me Chambre) Procès Rouvier, Marseille, imprimerie spéciale de la politique, 1876. participant indirectement à la démission quelques années plus tard du juge d'instruction Edmond DelahayeJournal officiel de la République Française n°312, 14 11 1879.. La presse conservatriceLe Français n°314, 15 11 1879 - Le Petit Caporal n°1043, 13 11 1879 - Le Peuple Français n°17 citant Le Figaro, 1er 11 1879. prit le parti de Delahaye, laissant soupçonner une pression politique de la part des milieux de gauche.

Détail des mandats et fonctions Député des Bouches-du-Rhône de 1871 à 1885. Ministre du Commerce lors du gouvernement Gambetta en 1881 – 1882 (ce portefeuille était rattaché lors des précédents gouvernements de la Troisième République au ministère de l'Agriculture). Ministre du Commerce lors du gouvernement Ferry II en 1884 – 1885. Député des Alpes-Maritimes de 1885 à 1903. Conseiller général, élu dans le canton de Breil-sur-Roya, de 1886 à 1911. Ministre des Postes et Télégraphes dans son propre gouvernement (1) 1887 Ministre de Finances 1887 dans son propre gouvernement (1) ; 1889 – 1890 lors du gouvernement Tirard II ; 1890 – 1892 lors du gouvernement de Freycinet IV ; 1892 lors du gouvernement Loubet et le gouvernement Ribot I ; 1902 – 1905 lors du gouvernement Combes ; 1905 dans son propre gouvernement (2). Ministre des Affaires étrangères dans son propre gouvernement (2) en 1905. Président du conseil général des Alpes-Maritimes de 1890 à 1911. Sénateur des Alpes-maritimes de 1903 à 1911 Président du Conseil : du au : gouvernement Rouvier I ; du au : gouvernement Rouvier II ; du au : gouvernement Rouvier III.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie C.-J. Gignoux, Rouvier et les Finances, Paris, Gallimard, 1931. Jean Garrigues, La République des hommes d'affaires, Paris, Aubier, 1997. Jérôme Grévy, La République des opportunistes, 1870-1885, Paris, Perrin, 1998, 415 p. . . Tribunal correctionnel de la Seine, Procès Rouvier : compte rendu sténographique [Paris, 1876]

Articles connexes Troisième République Liste des gouvernements de la France - Président du Conseil Gouvernements Rouvier I, Rouvier II et Rouvier III Léon Gambetta Liste des députés des Alpes-Maritimes Scandale de Panama Léon Chiris

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