La citadelle de Lille est un ouvrage militaire bâti au pour la défense de Lille et dans le cadre du pré carré. Dénommé par Vauban lui-même la « reine des citadelles »« Je prétends vous faire tomber d'accord avant votre départ que ce sera ici la reine des citadelles, à la prendre de toutes les manières. », lettre de Vauban à Louvois, 24 avril 1669., l'ouvrage militaire est remarquable par ses dimensions, la qualité de son architecture et son état de conservation actuel.

La citadelle a été classée monument historique en totalité par arrêté du après que différentes composantes ont été classées en 1914, 1921 et 1934.. Elle abrite le corps d'armée, un état-major multinational de l'armée de Terre aux normes de l'OTAN.

N'ayant pas été présentée comme candidate en 2008, elle n'est pas inscrite au réseau des sites majeurs de Vauban à l'UNESCO. L'Armée française, propriétaire des lieux, trouvait compliqué de concilier un tel classement avec la présence toujours active de militaires. La ville a déposé auprès de l'UNESCO un dossier en 2017.

Construction (-) vignette|350px|Le pré carré de Vauban est une double ligne de fortifications françaises qui protège les nouvelles frontières du Royaume de France contre les Pays-Bas espagnols. Note : les étoiles vertes matérialisent la première ligne, les étoiles bleues la seconde ligne.

Contexte Ouvrage militaire de premier ordre, cette « reine des citadelles » est la matrice de la plupart des citadelles conçues par Vauban. Établie sur la frontière de la Flandre, elle fait partie d'une double ligne de places fortes entre Gravelines, Dunkerque et Maubeuge-Rocroi. Elle délimite le fameux « Pré carré », théorisé en 1673 par Vauban, comportant 28 villes fortifiéesLe pré Carré de Vauban, Fortifs.org.. Depuis Lille, Vauban a supervisé l'édification des nombreuses citadelles et canaux du Nord, lesquels ont structuré la frontière qui sépare toujours la France de la Belgique.

Une des clauses de la capitulation de la ville de Lille27 août 1667 : Lille capitule devant Louis XIV. est en 1667 que si le roi y fait construire une citadelle, celle-ci serait édifiée hors les murs et que les particuliers n'auraient pas à y contribuer financièrementLille, de 1667 à 1789. d'après le cours de M. de Saint-Léger. Aristote Crapet, Revue du Nord, Année 1921/28, pp. 290-303.. La citadelle élevée par le jeune ingénieur Vauban est établie pour défendre et contrôler la grande cité du Nord annexée, en servant à la fois d'ultime défense contre les envahisseurs et de refuge pour les autorités en cas de soulèvement de la population lilloise ayant décidé de se rebeller. Louvois fait aménager le réduit Saint-Sauveur, « capable de porter le canon qui puisse battre la ville » s'il était nécessaire..

Les Lillois sont attachés à leurs milices bourgeoises dont les fameux « quatre serments », quatre compagnies, comprenant des canonniersGardiennes de la cité et de l’ordre public: les compagnies bourgeoises à Lille au XVIIe siècle avant la conquête française.. Les soldats de bourgeoisie ont obtenu un sursis, mais en 1673, alors qu'on peut craindre une attaque surprise de Guillaume d'Orange, ils sont désarmés. En 1685, les quatre serments peuvent défiler en armes. Pour que l'armée soit moins à charge aux populations, Louvois fait entreprendre en 1680 la construction de casernes. La présence d'une nombreuse garnison contribue à la francisation de la villeAndré Corvisier, Louvois, chap. L'ordre dans le royaume, 1983, p.430 ..

Construction vignette|gauche|Plaque commémorative à l'entrée de la citadelle. Lille est prise aux Espagnols par les troupes françaises au mois d’ et Louis XIV ordonne aussitôt la construction d'une forteresse. Le chevalier de Clerville et Vauban proposent des plans. Ceux de Vauban sont retenus par le roi en et les travaux de terrassement commencent dès . Le marquis d'Humières, gouverneur de Flandre, pose la première pierre le .. Vauban fait appel au maître-maçon lillois Simon Vollant, ingénieur et architecte des armées du roi, qui dirige les travaux et a notamment l'idée de créer un canal partant de l'Arbonnoise un des bras de la Haute-Deûle aux environs d'Esquermes et menant sur place les pierres des carrières proches du faubourg des Malades, ce qui permet de baisser le prix du transport de la pierre.. Dès le , les maçons de la ville sont réquisitionnés, tous les autres travaux étant interdits jusqu'en 1672, également ensuite pour le début de la construction des nouvelles fortifications. Les travaux sont achevés le . La citadelle est opérationnelle en 1671 tandis que Vauban continue de façonner la ville en faisant naître, à proximité, un nouveau quartier autour de la rue Royale. La conception de la citadelle part d'une idée simple mais efficace : pas un de ses murs ne peut être approché par l'ennemi sans que celui-ci ne se trouve sous le feu d'un mur voisin. Elle est achevée en 1673 et a nécessité jusqu’à deux mille hommes (essentiellement des soldats de la garnison de Picardie, des ouvriers et des paysans réquisitionnés) qui travailleront à la mise en œuvre des 60 millions de briques, 20 millions de parpaings de pierre et linéaire de blocs de grèsStan Neumann, « La citadelle de Lille de Sebastien le Prestre Vauban 1667-1673 », collection Architectures, production Arte France, Les Films d'ici, 2011.. Cet immense chantier est avec celui du château de Versailles un des plus importants de ceux ouverts dans les villes françaises du .

Le choix de l'implantation

Le lieu de construction de la citadelle est choisi à l'ouest de la ville sur des terrains marécageux au confluent des rivières de la Deûle et du Bucquet. Ce choix privilégie l'utilisation des marais, de l'eau et de la boue comme moyen défensif naturel afin de rendre les conditions de siège les plus difficiles possibles pour l'ennemi qui ne peut l'assiéger que par la ville, l'obligeant à prendre la ville d'abord. Grâce à un système d'écluses fortifiées et de portes d'eau commandées à partir de Douai, les alentours de la citadelle pouvaient être inondés en 48 heures sur une hauteur de et sur une superficie de hectaresLa route des villes fortes en Nord, Les étoiles de Vauban, François Hanscotte, , Les éditions du Huitième Jour.. Une large esplanade interdite à la construction lie la citadelle aux autres quartiers de la ville, mettant l'assiégeant à découvert.

L'organisation de la fortification bastionnée

La citadelle est composée d'un corps de place et d'ouvrages avancés qui forment cinq lignes de défense successives. Elle s'organise en un pentagone avec cinq bastions royaux disposés aux angles (Anjou, La Reine, Turenne, Le Dauphin et Le Roi), encadrant des courtines de .. Les accès de la citadelle sont situés au centre des courtines et sont au nombre de cinq avec deux portes, Royale et Dauphine, et trois poternes murées en temps normal et qu'on ouvre à la masse pour attaquer l'assaillant par surprise : elles portent les noms de Saint- Georges (patron des arbalétriers), Saint-Sébastien (patron des archers) et Sainte-Barbe (patronne des canonniers)Lille, Portrait d'une cité, Paulette Legillon et Jacqueline Dion, , Editions Axial.. Première ligne gauche|vignette|Plan type d'un bastion à flancs simples du premier système de Vauban. La première ligne s'inscrit dans un pentagone régulier de de rayon (approximativement selon les unités de mesure d'époque), elle comporte cinq courtines et cinq bastions (dans le sens horaire) :

(5) du Dauphin (2) du Roi (14) d'Anjou (11) de la Reine (8) de Turenne

Les bastions sont à flancs simples selon le modèle typique du premier système de Vauban, le bastion d'Anjou est par ailleurs surmonté d'un cavalier. Chaque courtine est également protégée par une tenaille simple.

La première ligne est entourée d'un fossé entièrement inondable (voir cette section).

Lignes suivantes La deuxième ligne de défense consiste en cinq demi-lunes (construites entre 1667 et 1670) et cinq contre-gardes (construites entre 1734 et 1745) au cœur du grand fossé. Chaque demi-lune est dotée d'un réduit typique du premier système de Vauban, séparé du reste par un fossé (sec ou en eau selon les cas), doté pour certains d'un corps de garde et dont le mur n'est pas remparé mais constitué que d'un simple mur percé d'embrasures.

Les trois dernières lignes défensives sont constituées d'un chemin couvert, construit entre 1671 et 1676, un nouveau fossé large de garni de huit lunettes (ouvrages entourés de fossés mis en eau, ils sont construits entre 1691 et 1733 pour protéger le chemin couvert), et d'un avant chemin couvert, élevé entre 1691 et 1692. La ligne extérieure consiste en une série de deux glacis avec chemin couvert (on parle d'avant chemin couvert pour celui extérieur et d'avant fossé pour le fossé les séparant). Les glacis, terrains en pente et à découvert, obligent l'ennemi à attaquer à découvert ou à choisir une progression bien plus lente en creusant des tranchées, et rendent difficile le réglage des canons (à distance, la fortification semble s'enfoncer dans le sol). Des traverses composées d'un parapet et d'une banquette sont disposées en travers des chemins couverts aux saillants et rentrants pour protéger les défenseurs du tir en enfilade et constituer un retranchement.

La ligne extérieure est d'autant plus renforcée que des lunettes sont disposées dans l'avant-fossé entre les glacis sur les fronts donnant sur la campagne (105 à 111). Le second glacis assure donc deux rôles : augmenter la difficulté d'approche de la place et protéger les lunettes dans l'avant-fossé. Ce doublement de la ligne extérieure généralement réservé aux places les plus importantes témoigne de l'importance de la citadelle dans le Pré carré.

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L'esplanade et la liaison avec l'enceinte urbaine La citadelle est séparée de la ville par une esplanade obligeant l'ennemi qui aurait pris la ville ou les habitants en cas de révolte à attaquer à découvert comme sur les fronts côté campagne. Elle est néanmoins reliée à la ville par deux murs dits de communication. Deux premiers murs temporaires semblent avoir existé entre les débuts des travaux de la citadelle et les travaux de l'enceinte urbaine à partir de Auteur inconnu (probablement Sébastien Pontault de Beaulieu) Plan et profil de la citadelle de Lille, fait en l'année 1668. Avec les travaux de modernisation de l'enceinte urbaine à partir de et l'agrandissement de la ville au nord, la citadelle est reliée à l'enceinte par deux murs de communication :

au sud, le mur de communication d'en hautLes deux murs doivent probablement leur nom à leur situation par rapport à la Deûle, le mur au nord étant en aval « d'en bas » et celui au sud étant en amont « d'en haut ». constitue le prolongement de la face droite du nouveau bastion de la Barre (19), ou bastion de la communication de la Barre. Ce mur est percé vers son milieu par la nouvelle porte de la Barre remplaçant la porte de l'ancienne enceinte médiévale située au bout de la rue du même nom. La partie du mur à l'est de la porte est remparée tandis que la partie ouest est constituée d'un simple mur de faible hauteur en maçonnerie. au nord, le mur de communication d'en bas constitue le prolongement de la face gauche du bastion de la communication de Saint-André (68) sur le nouveau front nord de l'enceinte urbaine. De même que pour le premier, le mur est remparé sur une partie de sa longueur côté ville et constitué d'un simple mur de faible hauteur en maçonnerie pour le reste.

La citadelle n'étant pas intégrée dans l'enceinte urbaine, les parties des deux murs de communication côté citadelle sont volontairement laissées faibles par Vauban pour être facilement démolies et ne pas constituer un avantage pour l'ennemi en cas d'attaque depuis la ville.

Parement des ouvrages vignette|upright|Rempart de près de de haut : il est réalisé en brique avec un soubassement en grès durPour trouver ces grès, on prospecta . Cf .