thumb|Le régime de Vichy met en place des régions. Devant les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale, et notamment l’Occupation, un nouveau cadre émerge, les régions.
L’Allemagne impose de fait un certain redécoupage en annexant certains territoires et en distinguant la zone occupée de la zone libreEn France, le maréchal Pétain, dans le cadre de la Révolution nationale, célèbre les identités régionales (notamment la provençale, sous l'influence du Félibrige, qu’il érige en modèle), et tente de reconstituer les anciennes provinces de France..
Pétainisme et régionalisme L'idéologie fondatrice du régime de Vichy est en partie influencé par les thèses de Charles Maurras. Pour Maurras, le « pays légal », c'est-à-dire, le régime républicain, ses administrations centralisées, ses partis politiques et ses institutions démocratiques, constituent un masque grotesque, tyrannique et inefficace. qui est artificiellement superposé au « pays réel », le pays « qui travaille et qui vit ». En conséquence, Maurras propose une large décentralisation des provinces chapeauté par une monarchie autoritaire : « la monarchie, c'est l'autorité en haut et les libertés en bas ».
Le gouvernement pétainiste tentera d'ailleurs, à travers deux lois (1941, 1942), d’introduire pour la première fois à l’école primaire l’enseignement des « langues dialectales » (breton, occitan, ...).
Le Maréchal Pétain attribua à certains préfets des fonctions de préfets régionaux par la loi du complétée ultérieurement par des décrets.
Ces dispositions seront, comme l’ensemble des mesures prises par le gouvernement de Vichy, abrogées à la Libération.
Les régions
Régions confiées aux préfets de région Région de Lyon : Rhône, Loire, Haute-Loire, Ain, Savoie, Haute-Savoie, Isère, Saône-et-Loire, Jura
Région de Marseille : Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Ardèche, Drôme, Var, Alpes-Maritimes, Basses-Alpes, Hautes-Alpes, Corse
Région de Montpellier : Hérault, Gard, Lozère, Aveyron, Tarn, Aude, Pyrénées-Orientales
Région de Clermont-Ferrand : Puy-de-Dôme, Cantal, Allier , Cher
Région de Limoges : Haute-Vienne, Corrèze, Creuse, Dordogne, Indre, Vienne
Région de Toulouse : Haute-Garonne, Tarn, Tarn-et-Garonne, Lot, Ariège, Gers, Hautes-Pyrénées
Région d'Orléans : Loiret, Cher, Eure-et-Loir, Loir-et-Cher
Région de Rennes : Ille-et-Vilaine, Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor), Finistère, Morbihan
Région d'Angers : Maine-et-Loire, Loire-Inférieure (aujourd'hui Loire-Atlantique), Mayenne, Sarthe, Indre-et-Loire
Région de Poitiers : Vienne, Charente, Charente-Inférieure (aujourd'hui Charente-Maritime), Deux-Sèvres, Vendée
Région de Rouen : Seine-Inférieure (aujourd'hui Seine-Maritime), Calvados, Eure, Manche, Orne
Région de Bordeaux : Gironde, Basses-Pyrénées (aujourd'hui Pyrénées-Atlantiques), Landes, Lot-et-Garonne
Région de Laon : Aisne, Ardennes, Somme, Oise
Région de Châlons-sur-Marne (aujourd'hui Châlons-en-Champagne) : Marne, Aube, Haute-Marne
Région de Nancy : Meurthe-et-Moselle, Meuse, Vosges
Remarques :
– Ce découpage a été l'objet de plusieurs lois et décrets successifs (, , , , , ). Dans un premier temps, il ne s'appliquait qu'à la zone non occupée.
– Ce découpage du territoire ne suit ni les divisions militaires, ni les divisions judiciaires, ni les divisions universitaires qui lui préexistaient. Les divisions judiciaires et les divisions universitaires ont traversé la guerre sans subir de modification. Les divisions militaires ont été modifiées par la loi du . Contrairement à ce qu'on peut lire parfois, ce découpage ne suit pas le tracé des provinces traditionnelles.
– La division du territoire en circonscriptions de programme d'action régionale de 1956, qui durera presque sans changement jusqu'en 2015, ressemble à celle de 1941.
L’Alsace-Lorraine
Organisation administrative
Dès le , et à l’encontre des dispositions de l’armistice du 22 juin 1940, l’ancien land d’Alsace-Lorraine (Elsass-Lothringen de 1871 à 1918) est rattaché à l’Allemagne : la Moselle est rattachée au gau de Sarre-Palatinat pour former le gau Westmark, quant à l’Alsace, elle est rattachée au gau Bade pour former le gau Oberrhein.
Le reste de la Lorraine (Vosges, Meuse et Meurthe-et-Moselle) est située dans la zone interdite (ou zone du Nord-Est) et rassemblée au sein d’une région Lorraine par Vichy en , bien que relevant du commandement militaire de Paris.
Exploitation économique
Ces deux régions françaises sont vidées de leurs habitants : il y a d’abord les Mosellans évacués dès vers le Centre-Ouest (car habitant en avant de la Ligne Maginot), des centaines de milliers de personnes ont fui l’avance allemande en mai- (et qui n’ont pas le droit de revenir dans la zone interdite). Ainsi, l’arrondissement de Briey est à 50 % de sa population d’avant-guerre en ., 90 000 Mosellans francophones sont expulsés, dans le cadre de la politique d’aryanisation nazie (gauleiter Bürckel).
Les terres agricoles non exploitées, ou « mal exploitées », sont réquisitionnées et confiées à l’organisme de colonisation agraire Ostland, qui accapare 165 000 hectares entre et le printemps 1941 (pour l’ensemble de la zone interdite). Celui-ci constitue des exploitations de grande taille (400 ha ou plus), dirigées par des Allemands, et dont la main-d'œuvre est constituée en partie de familles polonaises déportées et salariées (8000 Polonais fin 1944).
Dès l’été 1940, les mines de fer lorraines et luxembourgeoises sont placées sous l’autorité d’un délégué général. Les entreprises de sidérurgie passent sous contrôle allemand (mais restent propriété française).
La main-d’œuvre lorraine passe elle aussi en Allemagne : d’abord individuellement, attirée par les hauts salaires (1940-1941, jusqu’à l’instauration d’une carte obligatoire du travail par le préfet de Meurthe-et-Moselle, puis régional Jean Schmidt) ; puis par réquisitions de l'Occupant, secondé efficacement par l’administration française, à partir de fin 1942.
Mouvements de collaboration et mouvements de résistance
Très tôt des manifestations de résistance à l’occupant apparaissent en Lorraine. On aide d’abord les prisonniers à passer en zone libre, dès l’été 1940 ; des filières d’assistance à ceux qui fuient le Reich se constituent en 1941, mais la répression empêche tout développement jusqu’à l’été 1943. Ce n’est qu’au printemps qu’une force résistance véritablement organisée existe réellement, au sein de la région C des FFI.
L’Alsace est dans une situation particulière en 1939. La longue séparation d’avec la France (1871-1919) a provoqué des problèmes lors du retour de cette province, notamment linguistiques, très peu d’Alsaciens connaissant le français. Une grande partie des partis politiques, de la droite catholique (UPR) au parti communiste (KPD), demandent, à des degrés variables, une part d’autonomie pour la région (de l’autonomie culturelle à l’autodétermination pour les communistes). Les plus radicaux se rassemblent au sein de la Landespartei (parti national), qui participe au congrès de Rosporden en 1927. Après une phase répressive (procès de Colmar en 1929, où Joseph Rossé, UPR, figure parmi les inculpés accusés de recevoir des financements allemands), l’attitude des différents gouvernements s’assouplit, et les divers courants régionaux sont freinés dans leurs revendications par la montée du nazisme en Allemagne.
Lors de l’annexion, les régionalistes (Camille Dahlet du PP, certains chefs de l’UPR comme Michel Walter, en exode à Périgueux pour toute la guerre), disent non au régime nazi, voire se retirent de la politique. La tendance autonomiste de l’UPR s’aligne sur l’idéologie du régime nazi, voire collabore. Cependant, certains changent d’orientation en 1942-43, Jean Keppi allant jusqu’à s’impliquer dans le groupe Goerdeler (opposant à Hitler). À l’opposé, d’autres dirigeants de l’UPR sont encore plus engagés, et les militants forment l’armature de l’Hilfsdienst, chargée de distiller le catéchisme nazi.
Les membres de la Landespartei (Paul Schall, Charles Hauss et René Schlegel), de la Jungmannschaft (dont Hermann Bickler) et des divers groupes germanophiles ou séparatistesParti alsacien ouvrier et paysan, la Jungmannschaft et l’Union paysanne formés à la fin des années 1930, rallient tous l’Allemagne nazie à l’annexion, fin . Ils obtiennent des postes parfois importants dans la hiérarchie nazie, et restent fidèles jusqu’au bout.
Au total, les différents courants régionalistes, autonomistes et séparatistes, ont été assez largement suivi dans la population. En 1945, 20 000 dossiers d’épuration sont ouverts contre des Alsaciens, aboutissant à 12 000 condamnations, soit 1,2 % de la population..
Cependant, la proportion d’Alsaciens morts dans les camps, ou morts dans les combats de la Libération, par rapport à la population de 1939, est la plus élevée de tous les départements français. La Meuse et la Meurthe-et-Moselle sont libérées à la fin de l’été 1944, avec l'ouest des Vosges, et Nancy le . La progression alliée s’arrête à ce moment-là, et des centaines de maquisards meurent dans les Vosges avant la reprise des offensives à l’hiver. L’Alsace est elle libérée seulement durant l’hiver et au printemps 1945.
La Bourgogne
La Bretagne
La Corse
La Provence
Voir aussi
Sources
Notes Jean-Jacques Monnier: "Résistance et conscience bretonne, 1940-1945, l'hermine contre la croix gammée", édition Yoran embanner, 400 p, .
Catégorie:Historiographie de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Régionalisme en France