La dépression, également appelée trouble dépressif, est un trouble ou une maladie psychique caractérisé par des épisodes de baisse d'humeur accompagnés de symptômes tels qu'une faible estime de soi, des difficultés à se concentrer ou à mémoriser, d’une perte ou d'une prise de poids, de troubles du sommeil, ainsi que d'une perte de plaisir ou d'intérêt (anhédonie) dans des activités habituellement ressenties comme agréables par la personne.

Cet ensemble de symptômes (syndrome individualisé et anciennement classifié dans le groupe des troubles de l'humeur par le manuel diagnostique de l'association américaine de psychiatrie) figure depuis la sortie du DSM-5 en dans la catégorie des « troubles dépressifs ». Le terme de peut cependant être ambigu ; il est en effet parfois utilisé dans le langage courant comme abus de langage pour décrire d'autres troubles de l'humeur ou d'autres types de baisse d'humeur moins significatifs, qui ne sont pas des dépressions proprement dites.

La dépression est handicapante et peut retentir sur le sommeil, l'alimentation et la santé en général. Un risque de suicide existe dans les cas les plus graves, ainsi que des effets négatifs sur la famille, la scolarité ou le travail. Aux États-Unis, approximativement 3,4 % des individus souffrant de dépression meurent par suicide, et plus de 60 % des individus qui se sont suicidés souffraient de dépression ou d'un autre trouble de l'humeur.. Les individus souffrant de dépression ont une espérance de vie raccourcie par rapport aux autres individus, en partie à cause d'une plus grande susceptibilité à d'autres maladies et au risque de suicide. Les patients actuellement ou anciennement dépressifs sont parfois stigmatisés.

Le diagnostic de la dépression s'appuie sur plusieurs éléments : le ressenti personnel rapporté par le patient, le comportement perçu par son entourage et le résultat d'un examen psychologique ou psychiatrique. Les médecins peuvent prescrire des examens complémentaires pour rechercher d'autres maladies qui peuvent causer des symptômes similaires. Les premiers épisodes dépressifs surviennent le plus souvent entre 20 et 30 ans, avec un pic de prévalence observé entre 30 et 40 ans.

Définition La dépression est considérée comme un trouble ou une maladie psychique, caractérisée par des symptômes relativement stables et par une souffrance significative ressentie par le patient. Elle correspond à des phénomènes biologiques et médicaux réels, bien qu'il n'existe pas de biomarqueur qui y soit spécifique.

Traitement et durée En fonction de la sévérité du trouble, les patients peuvent être traités avec un médicament antidépresseur (recommandé en cas de dépression modérée à sévère), une psychothérapie (parfois seule en cas de dépression légère ou modérée, et associée au médicament en cas de dépression sévère), et/ou des techniques de neurostimulation (tDCS, rTMS, etc.). L'hospitalisation peut se révéler nécessaire dans le cas d'auto-négligence, s'il existe un risque significatif de suicide ou pour la sécurité de l'entourage. Les dépressions résistantes aux traitements médicamenteux et à la psychothérapie peuvent être traitées par électroconvulsivothérapie ou par stimulation magnétique transcrânienne (rTMS). La durée de la dépression est grandement variable, pouvant aller d'un épisode unique de quelques semaines à une longue période d'épisodes dépressifs prolongés et répétés (dans ce cas, il s'agit de « dépression récurrente » ou « trouble unipolaire », parfois improprement appelée « dépression unipolaire »). Lorsqu'il s'agit d'un épisode unique, on parle d'épisode dépressif caractérisé (EDC).

Histoire Les premiers témoignages connus de la dépression datent du , en Mésopotamie. Pendant l'Antiquité, elle est souvent considérée, avec les autres troubles mentaux, comme un châtiment divin et traitée par des coups ou une privation de nourriture. Au , Hippocrate relève l'association de la dépression à l'abattement, la perte d'appétit, l'insomnie, l'irritabilité, l'anxiété et la perte d'estime de soi, et la considère comme une pathologie qu'il attribue à un excès de bile noire (une des quatre humeurs) lié au froid et à la sécheresse, et survenant surtout à l'automne ; pour la soigner il préconise des purges et des saignées afin de rétablir l'équilibre des humeurs ; il mentionne aussi la maladie inverse (exaltation et hyperactivité, qu'il attribue à un excès de bile jaune. Au , Aristote et ses disciples attribue au « tempérament froid » les « abattements qui ne s'expliquent pas ». Aux , Soranos d'Éphèse explique qu'une bonne santé physique préserve la santé mentale, et préconise des traitements psychologiques comme l'écoute de sons apaisants. Au , Arétée de Cappadoce mentionne le caractère cyclique des épisodes dépressifs et le fait qu'ils s'accompagnent parfois de phases maniaques, il remarque aussi que certains cas de dépression sont déclenchés par des événements extérieurs (disparition d'un proche, amour non partagé) ; pour lui, on peut guérir de la dépression en contractant un (nouvel) amour ou en mangeant des mûres et des poireaux, et surtout il ne faut pas éviter le sujet. Durant la seconde moitié du , Galien distingue différents types de personnalités (sanguine, colérique, mélancolique, flegmatique) et énonce que les maladies mentales découlent du tempérament de chacun. À partir de l'an 500, la dépression redevient la marque de la perversion, du mal et du péché, traduction partielle d'un article paru dans Haaretz le 9 septembre 2025..

La compréhension de la nature et des causes de la dépression reste incomplète et sujette à discussion. Les causes invoquées incluent des facteurs biologiques, psychologiques et psychosociaux ou environnementaux. Les psychothérapies peuvent se fonder sur les théories de la personnalité, de la communication interpersonnelle, et de l'apprentissage. La plupart des théories biologiques se concentrent sur des neurotransmetteurs, des molécules naturellement présentes dans le cerveau qui permettent la communication chimique entre neurones. Les neurotransmetteurs de type monoaminergique comme la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine sont plus particulièrement étudiés. L'utilisation à long terme et l'abus de certains médicaments et substances peuvent favoriser ou aggraver les symptômes dépressifs.

Hypothèses causales Les facteurs causant la dépression peuvent être, selon les hypothèses, biologiques, psychologiques, sociaux ou environnementaux.

Le modèle biopsychosocial, par exemple, met en avant une interpolation de ces facteurs.. Le modèle diathèse–stress propose que la dépression, provenant d'une vulnérabilité préexistante, survient lors d'événements stressants dans la vie d'un individu. La vulnérabilité préexistante peut comprendre une influence génétique....

Des chercheurs concluent que la variation du gène codant le transporteur de la sérotonine (5-HTT) affecte les risques de dépression lorsque des individus font face à des événements très stressants. Plus précisément, la dépression peut succéder à de tels évènements, mais semble plus probable chez des individus possédant un ou plusieurs allèles courts du gène 5-HTT.

L'héritabilité de la dépression sévère (c'est-à-dire le degré avec lequel les différences individuelles d'apparition sont dues à des différences génétiques) serait d'environ 40 % chez les femmes et 30 % chez les hommes dans la population européenne.. La dépression touche près de de personnes dans le monde, et les femmes sont deux fois plus susceptibles d'en souffrir que les hommes ; l'incidence de la dépression chez les femmes atteint son pic aux alentours de la ménopause.. En 2025, une étude portant sur près de souffrant de dépression sévère et près de identifie 8 variants génomiques significatifs chez les hommes et 16 chez les femmes dont un nouveau variant sur le chromosome X. Le trouble dépressif majeur chez les femmes et les hommes présente un chevauchement génétique important, une grande proportion de variants présentant des effets similaires pour les deux sexes. Le risque génétique est cependant plus élevé chez les femmes, ce qui pourrait être dû à des variants spécifiques. De plus, les effets pléiotropes spécifiques au sexe pourraient contribuer à la prévalence plus élevée des symptômes métaboliques chez les femmes atteintes de trouble dépressif majeur...

La dépression peut être causée directement par des lésions du cervelet, comme dans le cas du Schmahmann JD. « » J Neuropsychiatry Clin Neurosci, 2004 ;16(3):367-78. . Konarski JZ. « » J Psychiatry Neurosci. (3):178-86. . Schmahmann JD. « » Cerebellum, 2007;6(3):254-67. ..

Les modèles interactifs avancent une validation empirique. Par exemple, des études par cohortes démontrent la manière dont la dépression apparaît depuis un comportement dit normal.

Cependant, d'autres chercheurs contestent l'hypothèse sérotoninergique ainsi que de tout déséquilibre chimique cérébral comme facteur causal, en ce sens la dépression ne serait pas réductible à un désordre biologique..., mais le consensus actuel reste en faveur d'une intrication entre des facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux.

Les troubles de l'humeur identifiables au syndrome dépressif majeur peuvent aussi être causés par la consommation de drogues à long terme, l'abus de drogue, ou le sevrage de certains sédatifs ou de drogues hypnotiques...

Des recherches en psychonutrition établissent un lien entre alimentation et risques de dépression.. Divers aliments sont associés à une augmentation de l'incidence des dépressions : les aliments ultra-transformés, les aliments frits, la viande transformée, les produits laitiers riches en gras, les céréales raffinées, le sucre. Inversement, la consommation de fruits, de noix, de légumes et de céréales complètes ainsi que le poisson diminue le risque..

Une intoxication chronique au mercure peut entraîner l’apparition d'un état dépressif.

Biologie Plusieurs hypothèses tentent d'expliquer la biologie de la dépression.

Hypothèse monoaminergique L'hypothèse dite monoaminergique postule que la dépression serait due à un déséquilibre chimique en monoamines (sérotonine, dopamine, noradrénaline) dans le cerveau.

L'hypothèse monoaminergique est à l'origine proposée à la fin des années 1950 par George Ashcroft et Donald Eccleston et a gagné le soutien supplémentaire de Alex Coppen et Herman van Praag.. La pharmacologie des antidépresseurs est fondée sur celle-ci.

En faveur de l'hypothèse monoaminergique vignette|250px|Parmi les environ qui ont été identifiés, des chercheurs ont découvert un lien entre la dépression clinique et la fonction de trois principales monoamines que sont la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine. Les antidépresseurs influencent les structures cérébrales de ces trois neurotransmetteurs qui régulent l'émotion, les réactions au stress, le sommeil, l'appétit et la sexualité..

La sérotonine serait supposée réguler d'autres systèmes de neurotransmetteurs. Une diminution de l'activité de la sérotonine peut entraîner une désorganisation de ces systèmes.. D'après cette hypothèse permissive, la dépression apparaît lorsque des niveaux bas de sérotonine entraînent des niveaux bas de noradrénaline.. Ces observations ont donné lieu à l'hypothèse monoaminergique de la dépression. Dans sa formulation contemporaine, l'hypothèse monoaminergique propose que la déficience de certains neurotransmetteurs soit responsable des caractéristiques correspondant à la dépression. ..