Linvasion du Québec en 1775 est la première initiative militaire majeure de l'armée continentale américaine nouvellement formée pendant la guerre d'indépendance des États-Unis. L'objectif de la campagne est d'obtenir le contrôle militaire de la province britannique de Québec et de convaincre les Canadiens francophones de se joindre à la révolution aux côtés des Treize colonies. Une première expédition provenant du fort Ticonderoga, sous le commandement de Richard Montgomery, assiège le fort Saint-Jean et s'en empare, et manque de peu de capturer le général britannique Guy Carleton lors de la prise de Montréal. La seconde expédition quitte Cambridge dans le Massachusetts sous le commandement de Benedict Arnold et se rend avec beaucoup de peine du Maine jusqu'à la ville de Québec. Les deux forces s'y rejoignent, mais sont défaites à la bataille de Québec en .

L'expédition de Montgomery part du fort Ticonderoga à la fin d' et commence à la mi- à assiéger le fort Saint-Jean, le principal point de défense au sud de Montréal. Après la capture du fort en , Carleton abandonne Montréal pour s'enfuir à Québec et Montgomery prend le contrôle de la ville avant de poursuivre vers Québec avec une armée à l'effectif beaucoup plus réduit. Là, il rejoint Arnold, qui quitte Cambridge début pour une traversée pénible à travers la nature sauvage, laissant des troupes sans approvisionnement et manquant de matériel.

Ces forces se rejoignent près de Québec en et attaquent la ville lors d'une tempête de neige le dernier jour de l'année. La bataille est une défaite désastreuse pour l'armée continentale : Montgomery est tué et Arnold blessé, tandis que les défenseurs de la ville subissent peu de pertes. Arnold soutient ensuite un siège inefficace contre la ville, au cours duquel des campagnes de propagande couronnées de succès renforcent les sentiments des loyalistes, tandis que l'administration dure du général David Wooster à Montréal agace les partisans et les détracteurs des Américains.

Les Britanniques envoient plusieurs milliers de soldats, dont le général John Burgoyne et des mercenaires hessois, pour renforcer ceux de la province en . Le général Carleton lance alors une contre-offensive, renvoyant au fort Ticonderoga les forces continentales affaiblies et désorganisées. L'armée continentale, sous le commandement d'Arnold, parvient à entraver l'avancée britannique de manière à empêcher l'attaque du fort Ticonderoga en 1776. La fin de la campagne prépare le terrain pour la campagne de Burgoyne en 1777 visant à prendre le contrôle de la vallée de l'Hudson.

Dénomination vignette|gauche|upright=0.8|alt=Carte en couleur de la province de Québec avec les frontières établies ou non selon la zone.|Carte de la province de Québec en 1774.

L'objectif de la campagne militaire américaine est la prise de contrôle de la colonie britannique d'Amérique du Nord appelée alors « province de Québec », entité géographique ainsi dénommée de 1763 à 1791. Or, source de confusion avec les acceptions modernes, en 1775, celle-ci est souvent appelée « Canada » en anglais. Ainsi, l'autorisation donnée par le Second Congrès continental au général Philip Schuyler pour la campagne utilise les mentions et . Cette dénomination se retrouve même dans des documents d'histoire relativement modernes consacrés à la campagneExemple : ..

Dans cet article, ce sont les expressions ou qui sont utilisées, sauf dans les citations qui mentionnent spécifiquement l'expression , afin d'éviter toute confusion entre cet usage historique et l'usage correspondant à la nation québécoise moderne. Malgré le nom officiel de attribué à la colonie, le nom désignait couramment l'ensemble des possessions britanniques de la vallée du Saint-Laurent et de la région des Grands Lacs.

Contexte

Au printemps 1775, la guerre d'indépendance des États-Unis commence avec les batailles de Lexington et Concord, près de Boston. Elle oppose l'armée britannique et l'armée continentale commandée par George Washington. Le conflit marque alors une pause car l'armée britannique, concentrée à Boston, y subit un siège tenu par des milices coloniales..

En , les chefs des forces continentales Benedict Arnold et Ethan Allen s'intéressent aux armes lourdes qui sont concentrées au fort Ticonderoga. Ils dirigent ainsi une troupe de milices coloniales qui s'emparent du fort puis de celui de Crown Point et attaquent le fort Saint-Jean. Ces prises sont relativement aisées car les trois forts ne sont alors que légèrement défendus.. En , une garnison de venant du Connecticut occupe Ticonderoga et Crown Point sous le commandement de Benjamin Hinman. Dans le même temps, des corsaires américains prennent également des ports de l'océan Atlantique.. En Nouvelle-Écosse, une rébellion pro- est aussi en cours.

Autorisation du Congrès

vignette|redresse|gauche|alt=Portrait du général Philip Schuyler.|Le général Philip Schuyler.

L'année précédente, dans une lettre publique aux Canadiens datée du , le Premier Congrès continental a officiellement invité les Canadiens français à participer à une réunion du congrès prévue en mais sans obtenir de réponse des intéressés. En , le Second Congrès continental envoie une deuxième lettre toujours en vain. L'objectif des Américains est de détacher l'ancienne colonie française du Canada de l'Empire britannique afin de former une quatorzième colonie. Il semble que ces manœuvres des Américains découlent de leur volonté de contrer les libéralités concédées par les Britanniques dans leur acte de Québec de 1774. Or, au grand dam des Américains., le clergé canadien-français accorde officiellement son soutien aux Britanniques , de même que les propriétaires fonciers et les citoyens influents de la ville, sensibles à la reconnaissance d'une société distincte et à tous les droits afférents au sein de la colonie.

Après la capture du fort Ticonderoga, Arnold et Allen proposent séparément des expéditions contre la province de Québec et, la jugeant mal défendue, ils considèrent qu'une force aussi modeste qu'une troupe de suffirait pour en chasser l'armée britannique. Dans le même temps, ils estiment nécessaire de tenir Ticonderoga comme défense contre les tentatives britanniques de diviser militairement les colonies. Néanmoins, le Congrès ordonne d'abord l'abandon des forts, ce qui incite la province de New York et le Connecticut à prendre des mesures proprement défensives avec leurs troupes et leur matériel. Des déclarations publiques émanant de Nouvelle-Angleterre et de New York appellent le Congrès à changer sa position. C'est ce qu'il fait lorsque le gouverneur britannique de Québec, Guy Carleton, fortifie le fort Saint-Jean et tente également d'impliquer les Iroquois dans le conflit au nord de la province de New York : une attitude plus agressive est nécessaire. Le , le Congrès autorise ainsi le général Philip Schuyler à étudier et, si cela semble approprié, à entamer une invasion. Benedict Arnold, désigné pour son commandement, se rend à Boston et convainc le général George Washington d'envoyer une force de soutien au Canada sous son commandement.

Préparations défensives En réponse à la capture du fort Ticonderoga et au raid sur le fort Saint-Jean, le général et gouverneur britannique Guy Carleton envoie pour soutenir ce dernier fort sur la rivière Richelieu, au sud de Montréal, et ordonne la construction de navires destinés au lac Champlain. Il recrute également environ cent guerriers mohawks pour participer à sa défense. Il supervise lui-même celle de Montréal. Néanmoins il n'y déploie que réguliers, puisqu'il s'appuie sur le fort Saint-Jean comme point de défense avancé. Il laisse la défense de la ville de Québec sous le commandement du lieutenant-gouverneur Hector Theophilus de Cramahé.

Carleton est tout à fait conscient du danger d'invasion venant du sud. Il demande alors des renforts au général Thomas Gage situé à Boston et en danger moins immédiat. Il entreprend également de former des milices locales pour aider à la défense de Montréal et de la ville de Québec, ce qui rencontre cependant un succès limité.

Négociations pour le soutien des Nord-Amérindiens Du côté britannique, le principal interlocuteur avec les Nord-Amérindiens est Guy Johnson, un agent loyaliste et nord-amérindien britannique vivant dans la vallée de la Mohawk dans la province de New York. En effet, il entretient des relations plutôt amicales avec les Iroquois de la région et craint pour sa sécurité et celle de sa famille après qu'il est devenu évident que le sentiment pro- devient majoritaire dans la région. Apparemment convaincu qu'il ne peut plus conduire les affaires de la Couronne britannique en toute sécurité, il quitte sa propriété de New York avec environ loyalistes et mohawks. Il se rend d'abord au fort Ontario où, le , il obtient des chefs de tribus nord-amérindiennes la promesse d'aider à maintenir ouvertes les lignes d'approvisionnement et de communication dans la région et d'aider les Britanniques à . De là, il se rend à Montréal où, lors d'une réunion avec le général Carleton et , il négocie des accords similaires et fournit du matériel militaire. Cependant, la plupart des personnes impliquées dans ces accords sont des Mohawks, les autres tribus de la Confédération iroquoise ont en grande partie évité ces conférences, cherchant à rester neutres dans ce conflit. Plusieurs Mohawks restent dans la région de Montréal après la conférence. Cependant, lorsque l'invasion continentale tarde en 1775, la plupart d'entre eux rentrent chez eux à la mi-.

De son côté, le Congrès continental cherche à garder les Iroquois hors de la guerre. En , Samuel Kirkland, un missionnaire influent auprès des Onneiouts, leur apporte une déclaration du Congrès : . Les réactions amérindiennes sont variées : si les Onneiouts, à l'image des Tuscaroras, restent formellement neutres, nombre de membres de cette tribu expriment individuellement leur sympathie pour les rebelles. La nouvelle de la réunion de Johnson à Montréal pousse le général américain Schuyler, également influent auprès des Onneiouts, à intervenir : convoquant une conférence à Albany à la mi-, lui et d'autres représentants américains expliquent aux Nord-Amérindiens les problèmes qui divisent les colonies de Grande-Bretagne, soulignant que les colons sont en guerre pour préserver leurs droits et qu'ils ne souhaitent pas se lancer dans une guerre de conquête territoriale. Les chefs présents acceptent de rester neutres, un chef mohawk déclarant par exemple qu'il s'agit d'une et qu'ils . Ils obtiennent toutefois des concessions des Américains comme la promesse de régler des griefs en cours, tels que l'empiétement de colons blancs sur leurs terres.

Expédition de Montgomery vignette|upright=1.3|alt=Carte de l'invasion du Canada avec la route des expéditions Arnold et Montgomery schématisée.|Invasion du Canada :

Objectif et composition Le général Philip Schuyler dirige l'invasion américaine. Son objectif est de descendre le lac Champlain afin d'attaquer Montréal puis Québec. L'expédition est composée de forces venant du New York, du Connecticut et du New Hampshire, ainsi que des Green Mountain Boys dirigés par Seth Warner, avec du matériel et des provisions fournis par New York. Cependant, Schuyler fait preuve de trop de prudence et, à la mi-, les miliciens apprennent que le général britannique Carleton a eu le temps de renforcer les défenses autour de Montréal et que certaines tribus autochtones ont rejoint le camp britannique.

Approche et siège du fort Saint-Jean