Nuphar lutea, aussi appelé en français Nénuphar jaune, Nénufar jaunel'Académie française a écrit nénufar jusqu'en 1935 et le Rapport de 1990 sur les rectifications orthographiques (Liste H) préconise de revenir à cette graphie ou Nuphar commun, et parfois aillout d'eau ou plateau, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Nymphaeaceae. C'est l'espèce la plus commune du genre Nuphar en Europe de l'Ouest et l'une des espèces nord-américaines. C'est une plante herbacée aquatique.

Il en existe des sous-espècesSchneider, E. L., & Moore, L. A. (1977). Morphological studies of the Nymphaeaceae. VII. The floral biology of Nuphar lutea subsp macrophylla. Brittonia, 29(1), 88-99 (résumé).

Les herbiers de nénuphars accueillent de nombreuses espèces et sont souvent fréquentés par des bancs d'alevins qui y trouvent de la nourriture et des caches.

Histoire En 1854, Trécul présente à l'Académie des sciences une étude comparant l'anatomie et la croissance de cette espèce à d'autres espèces (Victoria regia, Nelumbium)Trécul, A. (1854). Études anatomiques et organogeniques sur la Victoria Regia et anatomie comparée du Nelumbium, du Nuphar et de la Victoria. Académie des sciences..

Habitats Il vit dans les eaux douces tempérées, à courant lent ou stagnantes et ne supporte pas les eaux très polluées, très alcalines ni très acides, ce qui lui donne une certaine valeur bioindicatriceHill, M. O., Mountford, J. O., Roy, D. B., & Bunce, R. G. H. (1999). Ellenberg's indicator values for British plants. ECOFACT Volume 2 Technical Annex (Vol. 2). Institute of Terrestrial Ecology.. Il a besoin d'un ensoleillement important.

Description vignette|gauche|Nuphar lutea -Lithographie tirée du Rariorum plantarum (1601) par Charles de l'Écluse ou Clusius (1526-1609). vignette|gauche|Détail de la fleur.

C'est une plante aquatique des eaux douces, stagnantes ou lentes.

Les feuilles submergées sont plus pâles et fragiles, les feuilles flottantes sont épaisses.

Ses racines et ses rhizomes sont fixés dans le sédiment alors que le limbe des feuilles repose (flotte) à la surface de l'eau.

La fleur prépare son développement sous l'eau, mais s'épanouit hors d'eau. Elle est visitée par de nombreux insectes mais n'est fécondée que par quelques-uns ou une seule espèce (Donacia piscatrix pour la sous-espèce texane Nuphar lutea subsp. macrophylla).

Dans les eaux eutrophes, les tiges et feuilles subaquatiques se couvrent rapidement de périphyton (algues filamenteuses, diatomées épiphytes, bryozoaires et autres microorganismes aquatiques)Delbecque, E. J. P., & Suykerbuyk, R. E. M. (1988). A comparison of the periphyton of Nuphar lutea and Nymphaea alba : spatial and temporal changes in the occurrence of sessile microfauna. Archiv für Hydrobiologie, 112(4), 541-566.. Les diatomées épiphytes observées chez cette espèce semblent être les mêmes que chez Nymphaea alba, qui partage souvent le même habitatDelbecque E.J (1983) A comparison of the periphyton of Nuphar lutea and Nymphaea alba. In Periphyton of Freshwater Ecosystems (pp. 41-47). Springer Netherlands..

Cycle de vie et dispersion vignette|Fruit. Ce nénuphar peut se reproduire de deux manières :

- d'une part par graines (reproduction sexuée). La diffusion des graines à distance se fait théoriquement par hydrochorie, endozoochorie et épizoochorie, l'hydrochorie étant cependant très peu efficace chez ce nénuphar, par rapport à Nymphoides peltata et Nymphaea alba, en raison d'une mauvaise flottabilité des carpelles et de graines relativement lourdes. De plus, des graines de nénuphar jaunes expérimentalement données à des carpes communes (Cyprinus carpio) et à des Canards colverts (Anas platyrhynchos L.) et foulques (Fulica atra L.) ont toutes été digérées, contrairement à des graines d'autres plantes aquatiques partageant le même habitat, telles que Potamogeton natans, Potamogeton obtusifolius et Potamogeton pectinatus qui elles peuvent donc plus facilement coloniser des points d'eau éloignés les uns des autresSmits, A. J. M., Van Ruremonde, R., & Van der Velde, G. (1989). Seed dispersal of three nymphaeid macrophytes. Aquatic Botany, 35(2), 167-180.(résumé). En 2008 une étude basée sur l'analyse génétique de 10 marqueurs microsatellites dans des échantillons prélevés dans 44 sites différents des bassins versants des rivières Cidlina et Mrlina Labe (en République tchèque) a confirmé que les cours d'eau sont effectivement d'assez mauvais corridors de dispersion à longue distance pour cette espèce, malgré le fait que des semences soient communément dispersées selon les auteurs sur des distances de l'ordre de dizaines de kilomètresFÉR, T., & Hroudova, Z. (2008). Detecting dispersal of Nuphar lutea in river corridors using microsatellite markers. Freshwater biology, 53(7), 1409-1422. (dans ce cas ). L'analyse génétique montre néanmoins l'existence d'échanges génétique le long des rivières (plutôt en aval où une diversité génétique légèrement supérieur a été observée) et entre les deux cours d'eau. La fleur jaune (sépales, pétales et étamines) réverbère la lumière solaire dans le spectre UV, ce qui pourrait jouer un rôle d'attraction de certains pollinisateurs, avec une signature de réémission (réflectance dans l'ultraviolet) différente de chez Nymphaea albaLanganger, M., Jokl, S., & Musso, M. (2000). UV-reflectance in flowers of Nymphaea alba L. and Nuphar lutea (L.) Sm.(Nymphaeaceae). Aquatic Botany, 67(1), 13-21. ; chez les deux espèces dans l'UV, un cercle réfléchissant est formé par les anthères ou les filaments des étamines, mais chez Nymphaea alba ce cercle provient du contraste entre les anthères réfléchissant les UV et les pétales et les filaments qui au contraire absorbent les UV, alors que chez le nénuphar jaune, ce contraste provient des filaments qui sont hautement réfléchissant pour les UV alors que le disque stigmatique les absorbe.

- d'autre part par croissance et éventuelle division du rhizome (reproduction asexuée, aussi dite « végétative »). Les capacités de dispersion de ce nénuphar semblent donc médiocres.

La partie "verte" de la plante meurt en hiver et se reconstitue à partir du rhizome au printemps suivant. Les feuilles se décomposent beaucoup plus vite dans une eau eutrophe et alcaline que dans une eau acide et oligotropheBrock, T. C., De Lyon, M. J., Van Laar, E. M., & Van Loon, E. M. (1985). Field studies on the breakdown of Nuphar lutea (L.) SM.(Nymphaeaceae), and a comparison of three mathematical models for organic weight loss. Aquatic botany, 21(1), 1-22 (résumé).

Comme pour l'Iris jaune, la colonisation via les graines semble souvent difficile. Par exemple un suivi de recolonisation d'un morceau non navigué du canal du Rhône a montré que ce processus était lent, et que si environ avait été produites sur occupés par ce nénuphar, aucune germination n'a été observée durant les d'expérimentation. Les auteurs n'ont pas dans ce cas trouvé d'explication environnementale à l'absence de germination. Dans ce cas le poids spécifique de la graine (1.24) était proche de celui du sédiment (1.26). Une explication fréquente pourrait être que le sédiment moderne est souvent très lâche et facilement remises en suspension dans l'eau, ce qui enfonce la graine trop profondément (à plusieurs cm) pour que la plantule puisse lever Barrat-Segretain M.H (1996), Germination and colonisation dynamics of Nuphar lutea (L.) Sm. in a former river channel. Aquatic Botany, 55(1), 31-38 (résumé). De nombreuses populations ne croissent que par multiplication végétative du réseau de rhizome (au détriment de la diversité génétique intraspécifique).

Biologie Le nombre de feuilles flottantes, la vitesse de croissance de la plante et la qualité des feuilles flottantes varie considérablement selon la qualité de l'eau(température, eutrophisation, pollution) et selon caractère acide ou alcalin (les feuilles se cassent par exemple plus facilement en milieu alcalinKok, C. J., Van der Velde, G., & Landsbergen, K. M. (1990). Production, nutrient dynamics and initial decomposition of floating leaves of Nymphaea alba L. and Nuphar lutea (L.) Sm.(Nymphaeaceae) in alkaline and acid waters. Biogeochemistry, 11(3), 235-250 (résumé).).

Le nénuphar peut dans une certaine mesure adapter sa croissance à la pression d'herbivorieKouki, J. (1993). Herbivory modifies the production of different leaf types in the yellow water-lily, Nuphar lutea (Nymphaeceae). Functional Ecology, 21-26 (résumé).. Il peut coloniser les étangs construits par les castors avec leurs barrages.

Cette plante fait preuve de capacités allélopathiques, qui lui permettent de former de grands herbiers monospécifiques subaquatiques et à feuilles partiellement flottantesElakovich, S. D., & Wooten, J. W. (1991). Allelopathic potential of Nuphar lutea (L.) Sibth. & Sm.(Nymphaeaceae). Journal of chemical ecology, 17(4), 707-714.. R Sütfeld et al. ont montré en 1996 que le tout jeune nénuphar produit de grandes quantités (jusqu'à 15 nmol/plant/jour) de résorcinol (1,3-dihydroxybenzène). C'est même l'un des principaux constituants des exsudats produits par la plante au moment de la germination de la graine en conditions axéniques (avec une corrélation inverse observée entre le taux de nitrate et/ou la fourniture de la lumière et la production de résorcinol). Le résorcinol est un composé écotoxique et probablement dans ce cas allélochimique : il contribuerait à empêcher d'autres macrophytes concurrentes pour l'espace ou les nutriments. Il se montre également in vitro écotoxique pour le zooplancton et pourrait donc peut-être protéger la plantule de certains prédateurs herbivores, mais il ne se montre pas phytotoxique pour les cyanophyceae et ChlorophyceaeSütfeld, R., Petereit, F., & Nahrstedt, A. (1996). Resorcinol in exudates of Nuphar lutea. Journal of chemical ecology, 22(12), 2221-2231. résumé.

Comme de nombreuses plantes de zones humides ou aquatiquesOutridge, P. M., & Noller, B. N. (1991). Accumulation of toxic trace elements by freshwater vascular plants. In Reviews of Environmental Contamination and Toxicology (pp. 1-63). Springer New York (résumé)., il peut bioaccumuler (à partir de l'eau ou du sédimentTwining, J. R. (1993). A study of radium uptake by the water-lily Nymphaea violacea (Lehm) from contaminated sediment. Journal of environmental radioactivity, 20(3), 169-189 PDF, 22p.) des contaminants environnementaux, avec un rythme saisonnier très marqué, comme cela a été montré pour les radionucléides de la série de l'uraniumMahon, D. C., & Mathewes, R. W. (1983). Seasonal variation in the accumulation of radionuclides of the uranium series by yellow pond-lily (Nuphar lutea). Bulletin of environmental contamination and toxicology, 30(1), 575-581 (résumé).. Ces contaminants peuvent être saisonnièrement stockés et accumulés dans le rhizome ou être principalement foliaire (comme dans le cas du radium étudié chez une espèce proche, radium qui accéléré la sénescence des feuiles et qui est (en conditions expérimentales) principalement absorbé par la feuille à partir de l'eau et non par les racines ou le rhizome). Plusieurs études ont porté sur sa capacité à concentrer des éléments rares (dont le scandium et l'yttrium, avec des résultats contradictoiresUre, A. M., & Bacon, J. R. (1978). Scandium, yttrium and the rare earth contents of water lily (Nuphar lutea). Geochimica et Cosmochimica Acta, 42(6), 651-652 (résumé). Ce nénuphar peut bioaccumuler certains polluants libérés dans l'eau ou accumulés dans le sédiment (cuivre par exempleAulio, K. (1980). Accumulation of copper in fluvial sediments and yellow water lilies (Nuphar lutea) at varying distances from a metal processing plant. Bulletin of environmental contamination and toxicology, 25(1), 713-717 (résumé).

Autres espèces de nénuphars Morène ou Petit nénuphar — Hydrocharis morsus-ranae Nénuphar blanc — Nymphaea alba Nénuphar bleu — Nymphaea caerulea

Utilisations Usages alimentaires