Dezső Kosztolányi (, ), né le à Szabadka (actuelle Subotica) et mort le à Budapest, est un poète, écrivain, journaliste, critique littéraire, essayiste et traducteur hongrois.
Il est connu pour sa poésie, ses nouvelles et ses romans dont la principale qualité est sans doute un mélange indissociable d'ironie et de tendresse, d'humour et de mélancolie.
Biographie
Il est né le à Szabadka (en serbe Subotica, actuellement la ville fait partie de la Serbie). Son père est professeur de mathématiques et son grand-père était officier dans l'armée révolutionnaire de 1848.
En 1901, il publie son premier poème dans Le Journal de Budapest. Il entame ses études secondaires à Szeged, mais il est renvoyé pour indiscipline. Il passe le baccalauréat en candidat libre.
En 1903, il s'inscrit à la Faculté des Lettres de l'Université de Budapest et commence les études de philologie hongroise et allemande. C'est en participant aux cours de stylistique du professeur László Négyessy qu'il connaît Mihály Babits et Gyula Juhász. Ils entament une correspondance active.
En 1904, il s'inscrit à l'Université de Vienne et suit les cours de philosophie (Hegel) et de littérature (Grillparzer, Schiller). Il rentre au pays en 1905, mais interrompt ses études pour devenir journaliste. Ses articles sont publiés dans le journal Szeged et ses environs et dans Les Nouvelles de Bácska. En 1906, Le Journal de Budapest lui propose de se joindre à la rédaction pour remplacer Endre Ady qui est correspondant du journal à Paris. Ses poèmes, traductions et critiques sont régulièrement publiés dans La Semaine (Hét).
En 1908, il devient l'un des principaux rédacteurs de la prestigieuse revue Nyugat (Occident) après l'avoir fondée.
En 1913, il épouse l'actrice Ilona Harmos qui publie des nouvelles dans la revue Nyugat sous le pseudonyme Ilona Görög. Leur fils Ádám est né en 1915. Il est attiré par la littérature. Ses œuvres sont publiés dans les revues. Il compte parmi les amis de Frigyes Karinthy, qui le cite dans certains de ses écrits, dont la nouvelle Je suis témoin. Recueil Je dénonce l'Humanité..
En 1918, Kosztolányi se joint aux écrivains et artistes qui saluent et soutiennent la République des conseils de Hongrie (dite Commune) (on lui propose de participer à la traduction du Capital). Après la chute de la Commune en 1919 il est chroniqueur de la colonne « Pardon » du journal La Nouvelle Génération (Új nemzedék). Il critique la République déchue et ses dirigeants par une plume au vitriol et devient la cible de vives attaques de tous les milieux de la droite et de la gauche. Parmi les articles anonymes du « Pardon » il est difficile d'identifier les articles de Kosztolányi. Plusieurs journalistes participent à la rédaction.
En 1921, il collabore au quotidien libéral Le Quotidien de Budapest (Pesti Hirlap) où il publiera, jusqu'à sa mort, chroniques, petits essais, articles et comptes rendus.
Entre 1922 et 1926, paraissent quatre romans : Néron, le poète sanglant , Alouette, Le Cerf-volant d'or et Anna la douce, qui accroissent sa renommée puisqu'ils sont traduits et publiés dans de nombreux pays. Travailleur infatigable, il collabore à la plupart des journaux nationaux, traduit les œuvres des grands poètes et romanciers étrangers, prend la présidence du PEN club hongrois en 1930.
En 1931, il rend visite à Thomas Mann qu'il connaît depuis 1910. Sous la pression des conservateurs, il démissionne du PEN club hongrois. 1933 correspond simultanément à la parution de son recueil de nouvelles le plus célèbre, Le Traducteur cleptomane.
Les symptômes précoces de sa maladie (cancer) se manifestent en 1933. Il subit plusieurs interventions chirurgicales. Il se soumet au traitement au radium à Stockholm. En 1935, il séjourne à Visegrád dans la Maison de repos et de convalescence réservée aux journalistes et il s'éprend d'une jeune femme mariée, Mária Radákovich. Les poèmes Une prière courte et Dévotion en septembre sont inspirés par cet amour tardif. À la suite d'une laryngectomie, il perd la voix en . Il écrit sur les feuilles de papier pour pouvoir communiquer avec son entourage. Il meurt à l'hôpital Saint-Jean à Budapest, le . Le Nyugat lui rend hommage dans le numéro spécial de décembre où Babits réhabilite son ami de jeunesse.
Style Si les lecteurs de la revue Nyugat (Occident) vouent un culte à Endre Ady et entourent Mihály Babits d'un respect profond, c'est Kosztolányi qu'ils aiment. Il est sincère et aimable. On a l'impression que ses vers et ses proses nous dévoilent les secrets les plus intimes de son univers.
Son style d'écriture est clair, contenu et plein de vigueur. Ses nouvelles et ses articles nous font croire encore aujourd'hui que c'est l'écrivain qui s'adresse aux lecteurs. La majorité de ses poèmes nous éblouit. Le rythme, les mots mélodieux, les images pittoresques plein de sentiments nous enchantent.
Vivre encore longtemps et savourer les moments bouillonnants. Errer librement à travers les ténèbres nocturnes. Arrête-toi horloge, je te déchire, calendrier. Tu es le témoin de mon passé. Le grenier vermoulu bourré de vieux soucis pourris. Que les drapeaux de ma jeunesse flottent et Montent doucement vers le ciel solennel.
Poésie lyrique
Son premier recueil Entre quatre murs sort en 1907. Le titre symbolique fait allusion au sentiment d'enfermement, à la monotonie de l'existence lorsqu'on ne se sent bien nulle part et le temps semble s'être arrêté. L'image conventionnelle du Grand Alföld, l'éloge des grandes villes et de Budapest révèle l'éclectisme thématique. À l'arrière-fond de ses poèmes se cache de façon assez scolastique la philosophie d'Arthur Schopenhauer et de Friedrich Nietzsche. Adieu aux arbres de l'Üllői út (1906) a connu le plus de succès et on le récite encore aujourd'hui. Ce triste adieu à la jeunesse est devenu une chanson, une belle pièce du genre musical si prisé à la fin du siècle.
Le recueil est favorablement accueilli par la critique. Ady est le seul à émettre des critiques négatives à son égard. Ady lui reproche d'être un qui, au lieu de parler de la vie réelle traite des sujets littéraires en forme de vers. Kosztolányi publiera neuf articles sur l'œuvre d'Ady. Le dernier aura le plus grand effet. La revue La Plume demande aux écrivains de se prononcer sur l'œuvre d'Ady. Kosztolányi répond par l'article La Trahison des illettrés - une opinion particulière. Le culte voué à Ady redouble après la signature du traité de Trianon en 1920 et son œuvre fait désormais partie de la littérature hongroise. C'est à ce moment-là que Kosztolányi publie son article mi-pamphlet, mi-essai. Il pense que la poésie d'Ady est décadente et que la conception de la vie qu'il représente le relègue au (le messianisme, le message politique de son œuvre). D'autre part il lui reproche que sa poésie d'amour est profondément conventionnelle, dépourvue de toute modernité. Kosztolányi n'hésite pas à lui nier sa qualité de néologue génial. Cette créativité selon lui cache le fait qu'il ne maîtrise pas la langue hongroise. Il souligne que le culte voué à Ady et le fait que son œuvre est haussée au rang de norme suprême de l'art entrave le développement de la poésie lyrique hongroise.
Les Plaintes du pauvre petit enfant (1910) est le recueil le plus lu et le plus populaire de la première génération de Nyugat et de la poésie lyrique hongroise du . La première édition comprend , celle de 1923 en compte 63. L'interprétation psychologique de la vie de Kosztolányi nous convainc qu'il reproduit les évènements de son enfance. C'est avec une remarquable authenticité psychologique qu'il nous révèle les manifestations de l'esprit de l'enfant, voire son subconscient. C'est en se mettant dans la peau d'un enfant qu'il compose ses poèmes. Selon l'interprétation de István Margócsy le poète aspire à l'impartialité où l'enfant fait l'objet de la poésie. L'enfant devient l'extériorisation de l'univers actuel. L'enfant n'est pas le point de départ du développement de l'individu mais le résultat final. Cet univers symbolisé par l'enfant connaît la notion de vivre hors du temps, le recommencement éternel, l'émerveillement innocent, l'aspiration à l'intégralité indéfinie. L'enfant est un vieux sujet de la littérature, il symbolise l'état de la plénitude. La première édition du recueil témoigne encore du lyrisme impressionniste reflétant la diversité du monde et l'unité des contraires. Dans le complément d'édition de 1923 l'expressionnisme lyrique apparaît (La Mort ensanglantée du vilain crapaud, Le Tournesol fou).
Le prochain recueil de poèmes à succès se fera attendre assez longtemps. Des poèmes remarquables comme Je peins avec de l'or sur un fond doré, Chant pour Benedek Virág, Veux-tu jouer ? sont publiés dans les recueils Mágia (1912) et Mák (1916).
Le Chant joyeux et triste (1917) est le poème introducteur du recueil intitulé Le Pain et le Vin (1920). Il met en parallèle l'adolescence et l'âge adulte. L'intégration de l'individu à la société met fin aux rêves de la jeunesse. L'illumination dans la mise en scène poétique survient en pleine nuit où le soi émotionnel se détache du monde terrestre et ressent le besoin de s'interroger sur des sujets métaphysiques.
Le recueil Les Plaintes d'un homme triste (1924) est accueilli moins favorablement que Les Plaintes du pauvre petit enfant. Le tome rassemble les poèmes qui dressent un bilan critique de la production poétique et les vers qui annoncent sa poésie lyrique tardive. Le poète fait allusion parfois à mots couverts à la détresse humaine, au sentiment d'être menacé, à la fraternité, à la solidarité sociétale, à la problématique de la mort, au contraste qui existe entre le haut et le bas, entre la sphère terrestre et la sphère métaphysique.
Le poème Je me sens opprimé par la bureaucratie (1921) parle de l'aliénation sociale et de la bureaucratie impersonnelle en particulier qui caractérise le . Le travail administratif est perçu comme imposant et étouffant parce que l'homme qui est unique et singulier est transformé en chiffres et en lettres. (Je veux de l'air de Attila József a été incité par ce poème).
Moi, j'aime ces gens tristes de Pest parle de la solidarité sociétale de façon assez sentimentale. L'image fortement stylisée des quartiers pauvres pousse Attila József de raconter la réalité, la vie impitoyable des périphéries de la capitale.
Le poème J'ai trente-deux ans (1917) fait apparaître le trait caractéristique de son univers. Le message se distingue fondamentalement de celui du Chant joyeux et triste. Il est inutile de chercher le bonheur et la raison de vivre dans les sphères métaphysiques. La joie et la sérénité se cachent dans les instants indiscernables du présent, dans la péripétie quotidienne.
Le recueil Conscience dénudée (1928) est plutôt considéré comme un renouvellement poétique. Kosztolányi fait recours au vers libre et renonce à la rime qui est le moyen de structuration le plus spécifique du texte poétique. La forme devient plus pure, le langage poétique s'approche du langage quotidien. Le portrait devient le genre déterminant. Le trait marquant de son univers est désormais la compassion.
Le poème Emballe tout (1928) tente de faire un inventaire quoique imprécis tout en soulignant l'importance de la compassion envers la vie.
Le poème intitulé L'Étendard (1925) soulève un problème sémiotique. Le poète traite de la relation entre les signes et leurs significations. Selon ce message symbolique l'homme doit se métamorphoser de signe en signification.