Un Balrog est une créature de fiction issue du légendaire (legendarium) de l'écrivain . C'est une puissante créature démoniaque, un esprit du feu appartenant à la race des Maiar mais corrompu par le mal. Les Balrogs apparaissent pour la première fois dans le roman Le Seigneur des anneaux (1954-1955) dans les chapitres consacrés aux mines de la Moria, mais figuraient déjà dans des écrits antérieurs de Tolkien, apparaissant de manière posthume dans Le Silmarillion (1977) et d'autres ouvrages.
Les Balrogs sont décrits comme des créatures anthropoïdes de grande taille, capables de s'envelopper dans les flammes ou les ténèbres et les ombres, et inspirant une grande peur. Ils apparaissent fréquemment armés de fouets ardents à plusieurs lanières (des chats à neuf queues) et parfois maniant de longues épées à la lame enflammée.
Dans la conception tardive de Tolkien, les Balrogs ne pouvaient pas être facilement détruits ; une puissance significative était requise. Seuls les dragons rivalisaient avec leur capacité de férocité et de destructionLe Livre des contes perdus, Partie II, « Turambar and the Foalókë », p.85 : et, pendant le Premier Âge de la Terre du Milieu, les Balrogs étaient les êtres les plus redoutés parmi les forces de Morgoth.
Histoire fictionnelle vignette|Gothmog, seigneur des balrogs, monte un dragon. Dans Le Silmarillion, les Balrogs sont des Maiar, des esprits appartenant à la même espèce que Sauron, Gandalf ou Saroumane. Ils ont été séduits par le Vala Melkor (le premier « Seigneur Ténébreux » et maître de Sauron, qui sera connu ensuite sous le nom de Morgoth), qui en a fait ses serviteurs avant la création d'Arda.
Quelques années après l'éveil des Premiers Nés — les Elfes —, les Valar partent en guerre contre Melkor, qui opprime les Elfes et domine la Terre du Milieu. Les Valar font prisonnier Melkor lors de l'assaut de sa place forte, Utumno, qu'ils détruisent. Cependant, ils négligent d'explorer entièrement les profondeurs de cette forteresse ainsi que la seconde place-forte de Melkor, Angband, où se sont réfugiés les serviteurs de Melkor, parmi lesquels se trouvent des Balrogs.
Bien des siècles plus tard, Melkor, désormais appelé Morgoth (« Le Noir Ennemi du Monde » en langue noldor), retourne en Terre du Milieu. Attaqué par Ungoliant, une gigantesque araignée maléfique, il est secouru par les Balrogs toujours réfugiés dans les ruines d'Angband qui entendent son terrible hurlement, accourant à son appel.
Lorsque les Elfes de la race Noldor, venus de l'extrême-ouest (de Valinor) arrivent sur la Terre du Milieu dans la région du Beleriand, ils sont sur les talons de Morgoth, ce dernier s'étant enfui de Valinor avec Ungoliant en emportant les Silmarils de Fëanor et en tuant le père de celui-ci, le roi Finwë. Là, les Noldor remportent une première victoire contre les armées Orques de Morgoth (lors de la bataille de Dagor-nuin-Giliath). Poussé par cette victoire, Fëanor, ivre de vengeance, poursuit les fuyards en direction d'Angband mais se retrouve isolé, constituant alors une cible de choix pour les Balrogs qui surgissent soudain des profondeurs d'Angband. Attaqué de toute part, Fëanor est blessé mortellement par leur prince, le Balrog Gothmog.
Les Balrogs participent également aux batailles de Dagor Bragollach et Nírnaeth Arnoediad, durant lesquelles les Noldor sont vaincus ; lors de la seconde bataille, le Haut roi Fingon est tué par Gothmog. Les Balrogs sont de nouveau présents lors de l'assaut sur la cité cachée de Gondolin (du roi Turgon), mais deux d'entre eux y sont tués : l'Elfe Ecthelion de la Source et Gothmog s’entre-tuent au pied de la Tour du roi ; Glorfindel affronte un autre Balrog pour permettre aux quelques rescapés du saccage de la ville de s'échapper du cercle des montagnes entourant Gondolin. Leur duel s'achève lorsque, au bout du compte, ils tombent tous deux dans l'abîme.
La plupart des Balrogs sont détruits à la fin du Premier Âge, lors de la guerre de la Grande Colère, « sauf quelques-uns qui s'enfuirent pour se cacher dans des grottes inaccessibles dans les racines de la Terre »
Parmi ceux-ci figure le Balrog surnommé le « Fléau de Durin ». Dans le premier tome du Seigneur des anneaux, La Communauté de l'Anneau, on apprend que celui-ci a été libéré en l'an 1980 du Troisième Âge par les Nains vivant sous la montagne de Khazad-dûm, à force de creuser toujours plus profondément les galeries des Mines de la Moria en quête du précieux métal mithril. Le Balrog tue Durin VI puis son fils Náin Ier, ce qui force les nains restants à fuir leur cité. Le Balrog est vaincu en 3019 T.A. par Gandalf, au terme d'un duel débuté sur le Pont de Durin, à la sortie est de la Moria, et achevé au sommet du mont Celebdil.
Caractéristiques vignette|Le Balrog à Khazad-dûm La conception des Balrogs selon Tolkien évolua au fil du temps. Dans La Chute de Gondolin, écrit vers 1916-1917, ils existent en grand nombre : Ecthelion en tue trois et Tuor cinq, et le peuple de Rog en élimine une quantité qualifiée de « prodige ». Leur taille est alors double de celle d'un elfe« ... car ce démon faisait deux fois sa [Glorfindel] taille... », , et on les voit à plusieurs reprises chevaucher des dragons. Ils sont dès l'origine des démons féroces, liés au feu et armés de fouets. Le grand nombre de Balrogs perdure dans la Quenta Silmarillion de 1937 : un millier de Balrogs y sont dits prendre part à la bataille des Larmes innombrables.
À partir du Seigneur des anneaux, le Balrog devient plus puissant et imposant. Christopher Tolkien remarque toutefois que les , en 1958, présentent toujours Melkor commandant « une armée de Balrogs », et ce n'est que dans une note tardive, en marge du manuscrit de ce texte, que Tolkien envisage que « au plus 7 [Balrogs] aient jamais existé ». Ils ont alors cessé d'être des créatures de Melkor pour devenir des Maiar, des Ainur mineurs, à l'image de Gandalf ou de Sauron, ce qui implique que seules leurs formes corporelles peuvent être détruites.
Tolkien indique que les Valar et les Maiar peuvent changer de forme à volonté, et se mouvoir « dénudés », autrement dit invisibles et sans forme. Toutefois, Morgoth et Sauron perdent successivement ces capacités : le premier est incapable de guérir les blessures causées par les Silmarils, par Fingolfin et par Thorondor, tandis que le second ne peut plus prendre d'apparence plaisante à l'œil après la destruction de Númenor. Tolkien n'indique pas explicitement ce qu'il en est pour les Balrogs.
Dans La Communauté de l'Anneau, au chapitre « Le Pont de Khazad-dûm », le Balrog apparaît comme . Sa forme et sa taille exacte ne sont pas dites précisément, ce qui a donné lieu à de nombreux débats, notamment sur l'existence ou non d'ailes, mentionnées à deux reprises dans la description de Tolkien :
La question est de savoir si ces « ailes » ont une existence concrète, ou s'il s'agit seulement d'une image pour décrire le manteau d'ombre du BalrogHammond & Scull, The Encyclopedia of Arda Xenite.org, en effet celles-ci n'empêchent pas la chute du Balrog dans l'abîme.
Le Balrog de la Moria est armé du classique fouet ardent à plusieurs lanières, ainsi que d'une épée enflammée. Dans Le Silmarillion, des Balrogs étaient représentés armés de haches noires. Des écrits antérieurs mentionnent des flèches enflammées, des griffes d'acier et des mailles de fer.
Étymologie Le nom Balrog est très ancien, apparaissant dès La Chute de Gondolin (v. 1916-1917). Dans ses lexiques des années 1920, Tolkien explique ce nom goldogrin comme provenant de bal « angoisse, supplice » ou balc « cruel » + graug « démon ». Son équivalent quenya est incertain : Christopher Tolkien mentionne les noms araukë, Malkaraukë ou Valkaraukë.
Par la suite, une liste de noms des années 1930 décrit ce nom comme d'origine orque, sans équivalent quenya, « Malaroko- emprunté ». Il apparaît par la suite dans « Les Étymologies » sous les radicaux ÑGWAL « tourment » et RUK « démon », avec l'équivalent quenya Malarauko.
La dernière pensée de Tolkien à ce sujet apparaît dans l'essai linguistique « », rédigé vers 1960 : Balrog y est indiqué comme équivalent du quenya Valarauko « Démon de Puissance ». Cette étymologie est reprise par Christopher Tolkien dans Le Silmarillion.
Le pluriel sindarin de Balrog est inconnu : Tolkien utilise systématiquement Balrogs, utilisant la marque plurielle de l'anglais (et du français) -s. Il utilise en un endroit Balrogath, mais le suffixe -ath est un pluriel de classe et non un pluriel simpleArdalambion : Balrogath désigne donc « l'ensemble des Balrogs » plutôt que « des Balrogs ». Helge Fauskanger suggère deux pluriels sindarins « purs » possibles : Balroeg ou BelrygArdalambion. En revanche, le pluriel de Valarauko est attesté : Valaraukar.
Sur le pont de Khazad-dûm, Gandalf appelle le Balrog « flamme d'Udûn ». Udûn est le nom sindarin d'Utumno, la première forteresse de Morgoth.
Quelques Balrogs représentatifs Gothmog
vignette|upright=0.8|Le nom « Gothmog », transcrit en tengwar.
Gothmog est à l'origine le prince des Balrogs. Il était le plus puissant des Balrogs et, avec Sauron, était l'un des principaux lieutenants de Morgoth (il portait le titre de « Capitaine d'Angband »).
Au combat, Gothmog était accompagné d'autres Balrogs et d'une garde rapprochée de Trolls. Son arme de prédilection était une grande hache noire. Il combattit lors de la plupart des batailles du Premier Âge au Beleriand, tuant le seigneur-Elfe Fëanor (le créateur des Silmarils) lors de la bataille de Dagor-nuin-Giliath, et tuant également le roi des Ñoldor, Fingon lors de Nírnaeth Arnoediad. Gothmog mourut ensuite lors de la chute de la cité de Gondolin, après un duel homérique face à l'Elfe Ecthelion, un des seigneurs de la ville ; les deux combattants tombèrent dans le précipice jouxtant Gondolin et y moururent.
La signification de son nom n'est pas claire : « Gothmog » pourrait signifier la « voix de (Mor)goth », ou le « maître de la peur »..
Lungorthin « Mais Lungorthin Chef des Balrogs le frappe à la bouche ; et Morgoth sourit… » Les Lais du Beleriand
Lungorthin est un Balrog qui n'apparaît que dans le Lai des Enfants de Húrin, où il se distingue en frappant Húrin après que celui-ci eut été capturé par les troupes de Morgoth. Il est possible que ce soit le premier nom de Gothmog ; néanmoins, selon Christopher Tolkien, il serait plutôt simplement « un seigneur Balrog »..
Le Fléau de Durin
Le Fléau de Durin (ou la Malédiction de Durin) est le surnom donné à un des Balrogs rescapés de la Guerre de la Grande Colère au Beleriand, qui marqua la fin du Premier Âge de la Terre du Milieu. Afin d'échapper aux Valar, ce Balrog s'était réfugié dans les entrailles des Monts Brumeux. Ancien esprit servant les Valar, corrompu par Morgoth au moment de la création de la Terre du Milieu (comme le fut Sauron), il resta inactif tout au long du Second Âge.
Sous les Monts Brumeux, le Balrog s'établit sous le plus haut pic, le Caradhras (en sindarin ; Barazinbar en khuzdul, la langue des Nains, , « Corne rouge » en westron, la langue des hommes de l'ouest). Depuis le Premier Âge, les Nains du peuple de Durin s'étaient établis sous les pics voisins du Celebdil et du Fanuidhol, élargissant les grottes naturelles pour y creuser la vaste demeure de Khazad-dûm (Cavenain). Au début du Second Âge, la découverte de mithril dans ces montagnes poussa les Nains à exploiter une veine de ce minerai qui s'enfonçait toujours plus profondément sous le Caradhras. L'attrait du mithril était tel qu'il dépassait les craintes des Nains, qui surnommaient le Caradhras « Le Cruel » en raison de son temps très instable et en apparence hostile, sans doute du fait de la volonté maligne du Balrog.