Nicolas Perrot (1643 probablement à Ménétreux-le-Pitois, France - à Bécancour, Nouvelle-France) est un explorateur, interprète (truchement), diplomate et commerçant en fourrures en Nouvelle-France. Il est l’un des premiers européens dans la haute vallée du Mississippi.

Il a rédigé un important manuscrit traitant du mode de vie des Autochtones: Mémoire sur les mœurs, coustumes et relligion des sauvages de l'Amérique septentrionale.

Biographie

L’enfance d’un Bourguignon Nicolas Perrot est né en France. Il est le fils aîné de François Perrot, lieutenant de justice de la baronnie de Darcey en Bourgogne, et de Marie Sirot. Son acte de naissance a disparu. Certaines sources mentionnent toutefois qu'il serait probablement né à Ménétreux-le-Pitois, dans l'Auxois, en 1643. Ses parents se seraient mariés au même endroit. Il aurait ensuite passé une partie de son enfance au village voisin de Darcey, où naissent ses frères et sœurs.

La famille de Perrot appartient à la notabilité lettrée rurale. Le père de Nicolas est au service du seigneur Charles de Cluny, en plus d’être l’adjoint de son frère, Laurent Perrot, notaire et tabellion royal à Darcey (1628-1688). En tant que fils aîné, Nicolas est vraisemblablement promis à une carrière en droit ou en notariat. Selon le père Pierre-François-Xavier de Charlevoix, il était « un homme d’esprit, d’assez bonne famille, et qui avait quelque étude ». Il a en effet possiblement été formé par les Jésuites à leur collège des Godrans à Dijon dans les années 1650.

Chez les Jésuites, il prend peut-être connaissance des Relations, qui paraissent dès 1632, et qui ont pu lui donner l’idée de tenter l'aventure à son tour. Il n’y a toutefois pas de source qui permettrait d’établir ses motivations. Toujours selon Charlevoix, « La nécessité l’avait obligé de se mettre au service des Jésuites, ce qui lui avait donné l’occasion de traiter avec la plupart des Peuples du Canada, et d’apprendre leur langue ». Pour l’historien Gilles Havard, cela ne signifie pas pour autant qu’il ait signé un contrat d’engagement avec les Jésuites avant son départ ou qu’il ait été placé dans leur domesticité au Canada. Pierre Berthiaume doute pour sa part qu’il ait été un donné aux Jésuites, car cela impliquait généralement un engagement à vie.

En Nouvelle-France Les nations de la baie des Puants Nicolas Perrot quitte la France pour migrer en Nouvelle-France autour de 1660. Que fait-il dans les premiers temps ? Nous l'ignorons. Peut-être est-il domestique pour Marie Pournin et pour les SulpiciensContrairement à ce que l’on peut lire dans le Dictionnaire biographique du Canada, ce n’est pas Perrot mais un homonyme qui aurait tenté d'empoisonner Cavelier de La Salle. . La date de ses premiers voyages n’est pas non plus connue. Selon Gilles Havard, il a pu aller dans les Pays d’en haut avec des Jésuites en 1665.

Quoi qu’il en soit, pour Claude-Charles Le Roy Bacqueville de La Potherie, « la curiosité l’engagea de vouloir connoître cette Nation [Pouteouatemis] qui demeuroit au fond de la Baye des Puans ». Perrot s’associe à trois autres colons en 1667 pour former une société commerciale. Au printemps suivant, il entreprend une expédition qui le conduit à la baie des Puants (aujourd’hui le Wisconsin). Il y rencontre la nation « fort affable et tout à fait caressante » qui y vit, les Poutéouatamis. Perrot y est reçu par des « vieillards » avec qui il échange un calumet. Toujours selon Bacqueville de La Potherie, Perrot y est alors appelé Metaminens, ce qui signifie « petit bled d’Inde » ou « petit maïs ».

Perrot est ensuite conduit au village voisin, où vivent les Ménominis, par un chamane poutéouatami. Il y est accueilli selon leur rite et on lui présente encore une fois le calumet. Perrot les incite à commercer avec les Français et à faire la paix avec les Poutéouatamis. De retour chez ces derniers, ceux-ci le croient investi de certains pouvoirs à la suite d’un concours de circonstances. À cette occasion, Perrot est l’objet d’une cérémonie durant laquelle il est porté autour du village palissadé, cérémonie qui se conclut par un repas d’esturgeons.

Perrot se rend finalement dans un village mascoutin avec un autre traiteur. Là encore, on lui propose le calumet. Perrot est amené à utiliser son boutefeu, ce qui impressionne fort ses hôtes qui le « boucane » afin de l’honorer. Les Mascoutins veulent également le porter mais il réplique « que sachant pétrir le fer il avait des forces pour marcher ». C’est à ce moment qu’il est appelé « celui qui a des jambes de fer ». Des Mascoutins accompagnent enfin les deux traiteurs chez les Miamis où ils sont reçus avec la pipe cérémonielle et le rituel du soulèvement. Perrot leur remet des présents. Le séjour chez les Miamis se termine par un grand festin.

Premiers pas comme interprète En 1670, remarqué pour sa connaissance des langues autochtones, l’intendant Talon lui demande d’accompagner Simon-François Daumont de Saint-Lusson à titre d’interprète au Sault Sainte-Marie. Saint-Lusson est chargé de trouver la route de la Chine, de découvrir des mines de cuivre et de prendre possession du pays des Outaouas au nom du roi. Perrot en profite encore une fois pour former une société avec des colons afin d'y faire la traite des fourrures. Saint-Lusson et Perrot hivernent chez les Amikoués, sur l'île Manitoulin, au nord du lac Huron. Au printemps 1671, Perrot dépêche des émissaires vers les nations de la baie des Puants pour les inviter au Sault Sainte-Marie, où les Jésuites ont établi une mission. Perrot, accompagné de Poutéouatamis, se rend ensuite chez les Miamis où le groupe est reçu « en guerriers » lors d’une impressionnante cérémonie. Le , en présence de quatorze nations, Saint-Lusson prend effectivement possession du territoire convoité. Au cours de son séjour à la baie des Puants, Perrot avait pratiqué la traite des fourrures. Toutefois, il ne put en tirer profit puisque les peaux sont saisies à son retour à Québec à la demande de Saint-Lusson.

Mariage et installation Perrot passe les 10 premières années de sa vie en Nouvelle-France célibataire. À 28 ans, le temps est venu pour lui de se fixer. Son choix s’arrête sur Madeleine Raclos, fille de Godebon Raclos et Marie Viennot. Âgée de 15 ans et originaire de Chaumont-en-Bassigny, Madeleine arrive à Québec avec deux de ses sœurs. Elles sont accompagnées de leur père, qui repart en France peu après. Bien dotées, les trois filles Raclos trouvent rapidement à se marier. Nicolas et Madeleine signent leur contrat de mariage le dans la région de Trois-Rivières.

Les nouveaux époux s’établissent d’abord à Champlain. En 1672, un premier enfant, François, naît de leur union. Il sera rapidement suivi de 11 autres enfantsNicolas (1674), Clémence (1676), Michel (1677), Marie-Françoise (1678), Marie (1679), Marie-Anne (1680), Pierre (1682), Madeleine (née et décédée en 1683), Claude (1684), Jean-Baptiste (1688) et Jean (1690)... En 1677, le couple s’installe sur une concession de Charles-Pierre Legardeur de Villiers, seigneur de Bécancour, située le long de la rivière Saint-Michel, aujourd'hui appelée rivière Bécancour, au Québec. Dans le recensement de 1681, Nicolas et Madeleine déclarent posséder une terre de 18 arpents, deux fusils et cinq bêtes.

La poursuite des voyages Maintenant marié et père de famille, Perrot ne délaisse pas ses voyages pour autant. Durant les années 1680, il bénéficie de la confiance des gouverneurs qui lui confient diverses missions auprès des Autochtones. Perrot y démontre plus d’une fois ses talents de médiateur. En 1683, il parvient ainsi à régler un différend entre les Outagamis et les Sauteux au sujet de prisonniers. L’année suivante, Greysolon Dulhut charge Perrot de trouver des combattants pour faire la guerre aux Iroquois. Il se rend chez les Outaouais et parvient à convaincre 550 hommes.

Nicolas Perrot passe l’hiver suivant avec sa famille et prépare son prochain voyage dans l’Ouest. Il forme une nouvelle association pour faire la traite des fourrures à la baie des Puants et laisse une procuration à son épouse. En 1685, le gouverneur La Barre le nomme commandant d’un contingent de vingt Français pour tenter de « pénétrer dans l’Ouest ».

Sitôt arrivé à la baie des Puants, Perrot tente de mettre un terme à un sujet de discorde entre les Outagamis et les Sauteux. Il parvient ainsi à délivrer la fille d’un chef sauteux, prisonnière depuis un an chez les Outag.

Les Français trouvent ensuite du bois qui leur sert à ériger un fort sur la rive est du Mississippi. Ils y passent l’hiver. On peut voir ce fort sur la Carte de l’Amérique Septentrionnalle de Jean-Baptiste-Louis Franquelin (1688). Au printemps 1686, Perrot remonte le Mississippi jusqu’au lac Pépin. Il fait ériger un autre fort, appelé fort Saint-Antoine, à l’embouchure de la rivière Chippewa (Wisconsin).

En 1687, comme les Iroquois se montrent de plus en plus hostiles, le gouverneur Brisay de Denonville demande à Perrot de rassembler le plus de Français et d’Autochtones alliés possibles et de rejoindre les hommes de Morel de La Durantaye afin de participer à une opération militaire contre les Iroquois. Ce n’est pas sans peine que Perrot parvient à convaincre les Miamis, puis les Poutéouatamis, les Malomines, les Puants, les Outagamis, les Kikapous et les Mascoutins. Or, des Sokokis et des Loups parviennent finalement à dissuader plusieurs d’entre eux de suivre les Français.

Après cette campagne, Perrot parvient à Montréal où il a le déplaisir d’apprendre que l’église de Saint-François-Xavier et plusieurs bâtiments de la mission de la baie des Puants, où il avait entreposé les fourrures de sa traite, avaient été détruits au cours d’un incendie. Perrot « y perdit pour plus de quarante mille francs de Castors ».

De retour chez lui en 1688, Perrot prépare son prochain voyage de traite. Cette année-là, il achète également la seigneurie de Rivière-du-LoupComme il n’arrive pas à la payer au cours des années suivantes, Perrot devra la restituer en 1698. .. Il ne demeure pas longtemps avec sa famille puisque le gouverneur Brisay de Denonville décide d’envoyer des Français dans l’Ouest afin de contrer les Iroquois qui cherchent à gagner les nations de la région. De retour dans l’Ouest quelques mois plus tard, Perrot y multiplie les actions de médiation, obtenant la restitution de prisonnières sauteuses et sauvant la vie de prisonniers, tout en faisant entretenir le commerce avec les Poutéouatamis et en renouvelant l’alliance avec les Sioux.

Le , alors qu’il est au fort Saint-Antoine, Perrot prend officiellement possession « au nom de Sa majesté de la Baye des Puants, lacs et Rivières des Outagamis et Maskoutins, Rivière de Ouiskouche et celle de Mississipi, païs des Nadouesioux, Rivière Ste Croix Et St. Pierre et autres lieux plus éloignés ». À l’été, il revient auprès des siens. Perrot, comme à l’habitude, planifie son prochain voyage dans l’Ouest. Toutefois, à la différence des années antérieures, des problèmes financiers commencent à se manifester. vignette|Saisie en 1690 aux mains de Nicolas Perrot. Soucieux de consolider l’alliance avec les nations de l’Ouest, courtisées par les Iroquois, le gouverneur Buade de Frontenac dépêche Louis La Porte de LouvignyLouis La Porte de Louvigny à Michillimakinac en . Celui-ci peut compter sur l’aide de « Nicolas perrot qui estoit chargé de presens et de parolles » pour elles afin de « les dissuader de l'alliance qu'ils negocioient auec L'Iroquois et L'Anglois et qui estoit presque conclue ».