La vulgarisation est, selon la définition du Trésor de la langue française informatisé, le .
C'est une forme de diffusion pédagogique des connaissances qui cherche à mettre le savoir (et éventuellement ses limites et ses incertitudes) à portée d'un public non expert. C'est l'ensemble des actions permettant au public d'accéder à la culture, et en particulier aux cultures scientifiques, techniques, industrielles ou environnementales, c'est-à-dire aux savoirs, savoir-faire et savoir-être de ces disciplines.
Définition Dans son sens le plus répandu, la vulgarisation est, selon le Larousse, l'.. Pour le dictionnaire Le Petit Robert, c'est . Enfin, pour le TLFi, c'est le ..
La vulgarisation est intimement liée à la démarche scientifique, et fait partie des missions des chercheurs.
La vulgarisation permet au citoyen de se saisir d'un enjeu de la communauté scientifique, ce qui se développe via certains partenariats entre recherche et citoyens (science participative). Mais cette dernière piste reste encore marginale, comparativement à l'espace occupé par la vulgarisation plus « classique » (magazines, émissions de télévision, livres, musées de science, universités populaires, cours publics, etc.).
La vulgarisation est le lien volontaire de transmission qu'effectue un chercheur, un expert, un enseignant, un animateur, un médiateur, un conférencier, un journaliste du savoir qu'il produit ou maîtrise (science, culture au sens large, acquis par une communauté scientifique, technique et académiques, etc.) vers le public profane.
La vulgarisation inclut aussi, de fait, l'appropriation volontaire par le public de connaissances, y compris quand cette appropriation s'accomplit de manière autodidacte, sans passer par le contact direct avec des vulgarisateurs.
La vulgarisation se fait à plusieurs niveaux de complexité.
Elle est notamment orientée vers des néophytes ou le grand public : information de publics très différents de l'état de l'art, de l'état des connaissances ; par exemple sur la question du changement climatique, les groupes de travail du GIEC publient régulièrement un Résumé à l'intention des décideursExemple de Résumé à l'intention des décideurs, Groupe de travail I, GIEC 2007, PDF, 18 pages, de même, en France, la Mission interministérielle de l'effet de serre a publié un Mémento des décideursPrévenir le changement climatique, mémento des décideurs MIES, , pdf, 134 p., 2003 ; mise en place des conditions permettant au profane ou à l'amateur éclairé de pouvoir dialoguer avec les savants, sachants et spécialistes ; entretien d'interactions et rétro-action entre public et experts, dont sur les réactions du public face aux usages faits des découvertes et savoirs techniques dans la société.
Mais elle prend, parallèlement, des formes nouvelles : dans un monde où les disciplines scientifiques et techniques se sont fortement complexifiées et évoluent très rapidement, il existe aussi un large mouvement de vulgarisation scientifique produite par des disciplines complexes vers d'autres disciplines complexes (dont les acteurs sont parfois pour les premiers l'équivalent d'un public profane). Elle est nécessaire pour la fécondation croisée des savoirs et la transdisciplinarité. Les revues à comité de lecture et leurs articles scientifiques jouent ce rôle. La vulgarisation des sciences dites « dures » vers les sciences humaines et sociales et inversement ou avec d'autres domaines de la culture vulgarisée participe aussi à cette dynamique ; les approches collaboratives se développent (Wikipédia, les Wikibooks et les Wikiversités ainsi que les démarches de sciences citoyennes entrent dans cette dynamique) ; une communauté des ressources scientifiques libres se développe et ouvre de nouvelles perspectives. Elle propose des articles scientifiques, des bases de données et des logiciels gratuits et publiés en licences (Creative Commons, open source, etc.).Cette approche est notamment encouragée par Harold Varmus (prix Nobel de médecine) qui, s'inspirant de l'efficacité apportée aux physiciens par Internet, promeut les articles en accès libre. et les données open source pour une science plus collaborative et ouverte, qui permet également, mais plus rapidement et d'une manière plus riche, l'évaluation par les pairs de la communauté scientifiqueInterview de Harold Varmus. Le comité d'éthique du CNRS a lui-même recommandé en 2007 la diversification des publications open source, malgré l'opposition des éditeurs de publications scientifiques : Rapport du COMETS sur « Réflexion éthique sur la diffusion des résultats de la recherche » (PDF, 16 pages, mars 2007).. , écrivait le comité d'éthique du CNRS. Le CNRS recommandait même l', en rappelant que la recherche est souvent financée par de l'argent public ; depuis les années 2000, le terme de « médiation scientifique » tend progressivement à se substituer à celui de « vulgarisation scientifique ». Il recouvre toutefois un ensemble de pratiques plus vaste, au sens où la médiation scientifique relève davantage d'un dialogue. entre science et société, appuyé par des approches participatives prenant en compte les opinions et valeurs des différents publics, que d'un simple processus de transfert de connaissances et de culture scientifiques.
Moyens et acteurs La vulgarisation est de nature pédagogique. Elle est en cela très proche de la médiation culturelle, vocable plutôt utilisé pour les arts et la culture générale. Un rapprochement dont témoigne l'idée de « médiation scientifique ».
Elle s'appuie sur des moyens de communication, des médias et de plus en plus des approches multimédias. , rappelait début 2010 le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie.
Bibliothèques publiques La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNU) rassemble depuis 1992 un fonds de vulgarisation scientifique et d'histoire des sciences et des techniques, constitué de publications destinées à un public non spécialiste, .. La bibliothèque disposait en 2010 d'une collection de plus de ouvrages de vulgarisation scientifique et médicale, ainsi que d'abonnements à 44 périodiques imprimés et à 62 revues électroniques.
Musées scientifiques
L'histoire de la vulgarisation par des expositions temporaires ou permanentes d'objets de science et de culture commence avec l'école, et pour les sciences avec les sociétés savantes et les cabinets de curiosités du siècle des Lumières.
La France a développé des centres de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI). Les plus célèbres sont le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l'industrie de La Villette. Les États-Unis ont renouvelé le genre ces dernières décennies avec des institutions telles que l'Exploratoriuml'Exploratorium de San Francisco, et où les enfants peuvent toucher sans risquer de casser quelque artefact. Le Québec a développé quelque chose de semblable avec le Centre des sciences de Montréal.
Cette approche diffère sensiblement de celle des années 1935-1970 où la France se caractérisait par une séparation franche entre ce qui était scientifique (le « pourquoi », caractérisé par le Palais de la découverte) et de ce qui était technique (le « comment faire pour que », caractérisé par le Musée des arts et métiers). Cette séparation n'existait pas en Grande-Bretagne (Science Museum de Londres), ni en Allemagne (Deutsches Museum à Munich), où l'on exposait ensemble sciences et techniques sans d'ailleurs prendre le soin de toujours les différencier.
Approches critique et éthiques Analyse critique En réaction à la praxis, aux modes et formats dominants de vulgarisation (TV, Presse souvent réductrices ou sensationnalistes), des courants plus ou moins formalisés récusent ou tout au moins questionnent une vulgarisation à outrance et souvent peu éthique ou transparente. Elles constatent, craignent ou jugent que : certaines vulgarisations sont orientées ou instrumentalisées dès l'amont, c'est-à-dire par le vulgarisateur lui-même ou par celui se présentant comme tel (la différence entre certains articles de vulgarisation et le publireportage est parfois ténue) ; des informations tronquées peuvent faire naître de faux espoirs puis des désillusions ; certaines vulgarisations sont tronquées ou rendues trompeuses au stade d'un second filtrage, par des médias contraints pour retenir le public de sacrifier aux recettes de la simplification et du sensationnalisme (filtrage d'une partie de l'information, par exemple plus spectaculaire, vendeuse, ou les confortant dans leur image ; emplois d'expressions anthropomorphisantes ; engouement collectif pour certains travaux scientifiques de chercheurs qui n'échappent à l'influence ni de leur époque ni des effets de mode théorique interne à leur discipline) ; une appropriation éventuellement sauvage et déformante d'une information par une partie du public peut conduire à des rumeurs et des chaînes de désinformation. Les personnes mal informées colportent alors à leur tour les messages vers d'autres, sans rigueur scientifique ou en ré-articulant une information fausse ou incomplète dans de nouveaux raisonnements non fondés aux conséquences imprévisiblesSciences : le problème de la vulgarisation, Universalia 1985, Encyclopaedia Universalis. C'est un phénomène notamment analysé par des observateurs comme Anne Cauquelin et Roger Lenglet (opinion publique) qui étudient l'appropriation des informations vulgarisées par le public lui-même.
De telles dérives peuvent être expliquées par de nombreux facteurs (politiques, institutionnels, religieux, commerciaux ou d'image). Si elles sont volontaires, elles s'apparentent à une désinformation et posent en outre des questions juridiques particulières (forme de diffamation).
Enjeux éthiques L'enjeu que représente la vulgarisation prend de l'ampleur dans le même temps que sont réalisées les avancées scientifiques et culturelles, en considérant que la somme et la complexité de l'information à diffuser est croissante dans le temps. De plus, internet permet de tendre une certaine idée de démocratisation de cette méthode de diffusion. Son rôle est ainsi exponentiel puisque l'écart entre la population et la connaissance se creuse. Dans cette perspective, la vulgarisation prend une portée quasiment politique, car elle est outil d'information et point de jonction à la fois entre une spécialisation sans limites, et des citoyens pour qui les réalités exposées par les spécialistes paraissent de plus en plus occultes. Ainsi, elle peut être l'objet de manipulations à des fins n'ayant rien à voir avec l'élévation scientifique ou culturelle de la population (voir Approches critique et éthique).
Les enjeux éthiques semblent plus évidents dans certains domaines sensibles : la géopolitique ; les domaines environnementaux (Biodiversité, dérèglement climatique) ; le secteur médical et notamment dans les champs relevant de la bioéthique dont dans le domaine sanitaire, de l'expérimentation animale ou de la sécurité alimentaire. Une vulgarisation déficiente ou trompeuse ou non transparente peut aussi avoir des impacts socio-économiques et culturels importants. Le rôle du vulgarisateur est particulièrement difficile dans des domaines émergents exposant à des risques nouveaux et difficilement prévisibles (OGM, nanotechnologie, nucléaire, smog électromagnétique, clonage, fécondation assistée, NBIC, etc.), qui suscitent des questions socialement vives, voire des controverses sociotechniques. Sur la base d'une vulgarisation parfois peu transparente, partiale et donc peu crédible, on demande souvent au public un « consentement éclairé », un avis qui peut ensuite justifier des actions potentiellement dangereuses ou au contraire un principe de précaution qui - par définition - ne peut être appuyé sur des certitudes.